Guillaume Le Floch
L’urgence devant les juridictions
internationales : contribution à l’affirmation des juridictions
internationales en droit international
Thèse soutenue le 25 novembre
2005 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (mention très honorable avec
félicitations du jury à l’unanimité)
Jury :
Directeur de recherches
M. Jean-Marc SOREL
Professeur à l’Université Paris I
Panthéon-Sorbonne
Rapporteurs
M. Ronny
Abraham
Juge à la Cour internationale de
Justice
M.
Denys Simon
Professeur à l’Université de la
Réunion
Suffragants
Mme. Hélène RUIZ FABRI
Professeure à l’Université Paris
I Panthéon-Sorbonne
M. Dean SPIELMANN
Juge à la Cour européenne des
droits de l'homme
RéSUMé :
L’écoulement
du temps étant susceptible de porter irrémédiablement atteinte à une situation
litigieuse, les juridictions internationales, tout comme les juridictions
internes, ont été amenées à intégrer l’urgence dans leurs règles de procédure.
A des degrés certes divers, les procédures accélérées et les procédures
d’urgence ont toutes pour effet d’investir les juridictions d’un large pouvoir
d’appréciation. Néanmoins, ces procédures sont également d’une utilisation très
délicate puisqu’elles peuvent avoir pour effet de rompre l’égalité entre les
parties. D’un côté, l’urgence tend à porter atteinte à certains des droits du
défendeur, tandis que de l’autre, elle conforte bien souvent la position du
demandeur. C’est ce qui explique que ce dernier cède parfois à la tentation et
invoque l’urgence là où il n’y a pas lieu de le faire.
Si cette
tentation explique au moins partiellement l’accroissement constaté du recours à
l’urgence devant les juridictions internationales, d’autres facteurs doivent
également être pris en compte. Ainsi on observe une étroite corrélation entre
l’augmentation du recours à l’urgence et l’engorgement du prétoire. L’urgence
apparaît à la fois comme cause et conséquence. Cela dit, c’est une chose
d’invoquer l’urgence, c’en est une autre que le juge accède à la demande.
Compte tenu de l’impact potentiel de ces procédures sur les parties mais aussi
sur la juridiction, il y a place pour une politique judiciaire. Si les
juridictions internationales ont effectivement une politique judiciaire en
matière d’urgence, elles n’ont en revanche pas toutes fait le même choix.
Certaines accèdent très facilement aux demandes urgentes alors que d’autres
font preuve de circonspection. Pour autant, par-delà la diversité des choix
opérés, ces différentes politiques judiciaires poursuivent toutes implicitement
le même objectif. Il s’agit de consolider la place et le rôle du juge au sein
du système dans lequel il opère. A travers l’urgence, les juridictions
internationales s’affirment de manière pleine et entière.