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Société française pour le droit International

     

Sentinelle du 23 octobre 2005

Philippe WECKEL--Anne RAINAUD--Roland ADJOVI--Guillaume AREOU--Sarah CASSELLA--Florina COSTICA--Tidiani COUMA--

Sabrina RAHMANI-- Maya LAIDI--Antonella SAMPO

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SOMMAIRE

 
   

 

 

 

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UNESCO

Adoption de la Convention sur la protection et la promotion

de la diversité des expressions culturelles

20 octobre 2005

Florina COSTICA

 

  Lors de sa 33ème session qui s’est tenue à Paris du 3 au 21 octobre, la Conférence générale de l’UNESCO, qui se réunit tous les deux ans, a adopté la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles par 148 voix contre 2, et 4 abstentions (voir le point 8.3 de l’ordre du jour). La Convention entrera en vigueur 3 mois après sa ratification par 30 Etats (conformément à son article 29). Ce texte juridique international s’inscrit dans le cadre des objectifs prioritaires de l’UNESCO, tels qu’énoncés dans son Acte constitutif, : celui d’"assurer la préservation et la promotion de la féconde diversité des cultures" et de «recommander les accords internationaux qu’elle juge utile pour faciliter la libre circulation des idées par le mot et par l’image ».

  En 2003, lors de sa 32ème session, la Conférence générale donnait le point de départ pour l’adoption de cette Convention, en confiant au Directeur général de l’UNESCO la tâche de lui soumettre un instrument normatif international, de nature contraignante, garantissant la protection de la diversité culturelle (voir la résolution 32 C/34).

  Après deux ans de négociations poussées, qui ont été jalonné par des nombreuses réunions d’experts indépendants et d’experts gouvernementaux, le texte de la Convention reprend le vœu  formulé déjà dans la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (adoptée à l’unanimité en 2001), celui de considérer la diversité culturelle comme «patrimoine commun de l’humanité » et «sa défense comme un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ».

 

Le besoin d’une Convention sur la protection et la promotion des expressions culturelles

et son articulation avec les instruments internationaux préexistants

  L’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a représenté le moment le plus attendu lors de cette 33ème session de la Conférence générale. En effet, les menaces de la mondialisation à l’égard de la diversité culturelle avaient fait l’objet d’une prise de conscience au sein de l’UNESCO depuis la Conférence de Stockholm, en avril 1998. Dans le Plan d’action élaboré à cette occasion, la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement souligne : « Les tendances nouvelles, et en particulier la mondialisation, peuvent avoir pour effet d’établir des liens plus étroits que jamais et d’enrichir les interactions entre les cultures, mais elles peuvent aussi être nuisibles pour notre diversité créatrice et pour le pluralisme des cultures ; elles rendent le respect mutuel d’autant plus impératif. ».

  Ainsi, la diversité culturelle est doublement menacée. D’abord, la pluralité et l’originalité des identités culturelles sont mises à mal par le processus de libéralisation des échanges qui, axé sur la concurrence, tend à mettre en doute la possibilité d’une expression culturelle distincte, en imposant une sorte de «moule commerciale » dans différents secteurs d’activité humaine. Ensuite, l’impact de ce phénomène sur la capacité des Etats de maintenir une expression culturelle distincte empêche ces derniers d’adopter des normes qui, justifiées par la nécessité de préservation des expressions culturelles, seraient injustifiées en tant qu’entraves, directes ou indirectes, à la libre circulation des biens et services culturels. Les instruments juridiques contraignants préexistants, susceptibles de régir le commerce des produits culturels, donnent la priorité à l’approche commerciale. C’est pour cette raison que la Convention nouvellement adoptée à l’UNESCO est un moyen valide de médiation des tensions inhérentes entre le commerce et la culture.

  L’intérêt suscité par la Convention portait donc d’abord sur la manière dont ce texte normatif saurait aménager les obligations économiques des Etats (surtout dans le cadre du droit de l’OMC) avec la promotion d’une vision protectrice envers les biens et services culturels. Dès l’origine du processus de préparation, le Directeur général de l’UNESCO a été prié d’être très vigilant sur la question de l’articulation avec les instruments internationaux préexistants. Même si l’entrecroisement des normes juridiques est un phénomène habituel en droit international, un processus de consultations avec d’autres organisations internationales (l’OMC, l’OMPI et la CNUCED) reste une démarche inhabituelle lors de la naissance d’un texte juridique, marque du décloisonnement sous-jacent au phénomène de mondialisation. Ces consultations préliminaires ont permis la valorisation des convergences substantielles entre la Convention et les autres corps de règles, en légitimant une fois de plus le cadre normatif proposé.

  La norme qui régit cette articulation dans le cadre de la Convention est l’article 20, intitulé «Relations avec les autres instruments : soutien mutuel, complémentarité et non-subordination » qui se lit comme suit :

« 1.Les Parties reconnaissent qu’elles doivent remplir de bonne foi leurs obligations en vertu de la présente Convention et de tous les autres traités auxquels elles sont parties. Ainsi, sans subordonner cette Convention aux autres traités :

               a). elles encouragent le soutien mutuel entre cette Convention et les autres traités auxquels elles sont parties ;

               b). lorsqu’elles interprètent et appliquent les autres traités auxquels elles sont parties ou lorsqu’elles souscrivent à d’autres obligations internationales, les Parties prennent en compte les dispositions pertinentes de la présente Convention.

   2. Rien dans la présente Convention ne peut être interprété comme modifiant- les droit et les obligations des Parties au titre d’autres traités auxquels elles sont parties » (c’est nous qui soulignons)

 

Structure et contenu de la Convention sur la protection et la promotion des expressions culturelles

  Cette Convention, adoptée malgré l’opposition des Etats-Unis, constitue un véritable point d’équilibre consacrant en droit international la légitimité des politiques culturelles. Introduite par un Préambule contenant 21 points, la Convention est structurée en sept parties ( I « Objectifs et principes directeurs », II « Champ d’application », III  « Définitions », IV « Droit et obligations des Parties »,  V  « Relations avec les autres instruments », VI « Organes de la Convention », VII« Dispositions finales ») et comprend 35 articles. Parmi les principes qu’elle pose, les enjeux majeurs concernent : la reconnaissance de la nature spécifique des biens et services culturels qui ne doivent pas être considérés pour leur seule valeur commerciale mais aussi comme vecteur d’identité, de valeur et de sens(Préambule, point 18) ; le droit des Etats d’adopter et de mettre en œuvre les politiques culturelles qu’ils jugent nécessaires pour la préservation et le développement de toutes les cultures (articles 6,7 et 8) ; le soutien aux industries culturelles des pays en développement(articles 14 à 18) ; la non-subordination de la convention aux autres traités internationaux et donc aux accords de commerce internationaux(article 20) ; la coopération culturelle internationale (articles 12,19 et 20). Elle institue la Conférence des Parties (organe plénier, article 22) et le Comité intergouvernemental (organe exécutif, article 23), assistés par le Secrétariat de l’UNESCO. La Convention établit aussi une série de mécanisme de suivi, afin de garantir une mise en œuvre efficace du nouvel instrument. Le plus important reste le très débattu mécanisme de règlement des différends (article 25). Promouvant une approche strictement culturelle, ce mécanisme devrait constituer un appui à la résolution des éventuelles divergences de vues sur l’interprétation ou l’application de certaines règles ou principes relatifs à la Convention. Ainsi, il évoque d’abord la négociation, puis la médiation et le recours aux bonnes offices, en indiquant en dernier recours une procédure de conciliation. Même si des nombreuses variantes de cette disposition, qui se sont succédées tout au long du processus de négociation, prévoyaient d’autres alternatives de règlement des différends (comme le recours à l’arbitrage, par exemple), la solution choisie dans la version finale est celle de l’absence d’un mécanisme contraignant, ainsi que de tout mécanisme de sanctions.

 

Les débats autour du projet de Convention : les positions des Etats

  Le projet de Convention proposé à l’adoption a été discuté le 17 octobre dernier au sein de la Commission IV, présidé par M. Jaime Nualart et a fait l’objet des débats ardus au sein de cette commission (voir résumé des débats du 17 octobre, commission IV).

  Les discussions se sont centrées d’abord autour de la position adoptée par les Etats-Unis. La délégation américaine a proposé 28 amendements au projet de la Convention. . (voir le projet de résolution américain). Bien que disposant d’un soutien très limité, les Etats-Unis ont mené une campagne diplomatique très forte, afin d’empêcher l’adoption de cette Convention. Ainsi, «les Etats-Unis estiment que le projet de convention qui a été soumis à la Conférence générale a été rédigé à la hâte et que son étude définitive est inutilement précipitée » et qu’»il convient de préparer un nouveau projet de convention de sorte qu'on ne puisse pas l'interpréter erronément pour dire que les Etats sont habilités à prendre des mesures commerciales protectionnistes sous prétexte de protéger la culture ».

   L’opposition américaine à l’adoption de cette Convention, affichée depuis le début du processus de négociations, concerne notamment deux défauts majeurs du texte. D’après l’avis de la délégation américaine : la Convention contiendrait, d’une part des entraves à la liberté d’expression et au droit de choisir librement les expressions culturelles que l’on souhaite, et pourrait d’autre part, être invoquée pour créer des barrières commerciales au libre-échange des biens et des services culturels (article 20 de la Convention). Néanmoins, les résultats des votes sur les propositions américaines ont démontré la position clairement favorable à l’adoption du projet de Convention par une majorité écrasante d’Etats. (voir les explications du vote dans le projet de rapport de la Commission IV)

  En revanche, la proposition japonaise, soutenue par le Canada et, après quelques réticences, par l’Union européenne, a rencontré l’approbation des Etats. Conformément à cette proposition dans sa version finale, le Comité intergouvernemental, établi par l’article 23 de la Convention, présentera ces rapports, en vertu du §6 de cet article, à tous les Etats membres de l’UNESCO (voir le projet de résolution japonais).

  Soumis aux votes des participants, le projet de Convention a été approuvé au sein de la Commission IV par 151 voix contre 2 (Etats-Unis et Israël), et 2 abstentions (Australie et Kiribati). A la suite de ce vote, cinq délégations ont souhaité faire des déclarations, afin qu’elles soient attachées au procès-verbal de la commission. Ainsi, le Japon a précisé que son soutien était implicitement lié à la proposition qu’il avait transmise, les Etats-Unis ont exprimé leur déception, tandis que la Nouvelle-Zélande a précisé son interprétation des articles 16 (traitement préférentiel pour les PED) et 20 (relation avec les autres instruments juridiques), ce dernier article devant faire primer selon eux les autres accords internationaux en cas de conflit. La Corée a salué le vote, en regrettant néanmoins l’ambiguïté de certains termes employés, qui pourrait, selon eux, conduire à des erreurs d’interprétation. Enfin, le Mexique a souhaité souligner que l’article 20 doit s’interpréter en harmonie avec les autres traités, ce qui ne signifie pas une subordination.

  Il convient de noter ici l’apport de la politique culturelle française et canadienne à l’adoption de cette Convention. En effet, l’initiative de cette Convention trouve ses origines dans les propositions faites par les membres de la communauté francophone, lancées notamment par la voix du Président de la France, M. Jacques Chirac, lors du Sommet de Johannesburg , en septembre 2002.

  Le 19 octobre dernier, un jour avant l’adoption de la Convention, le Ministre français de la Culture, M. Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré « Inscrire dans le droit international que les œuvres d'art et de l'esprit ne peuvent être considérées comme des marchandises, c'est, à notre époque où tout s'échange, où tout peut devenir objet de commerce, donner à la culture une place particulière, conforme à la dignité de l'être humain et à notre responsabilité face à l'histoire. » (voir discours à la Conférence UNESCO)

Le ministre du Patrimoine canadien et ministre responsable de la Condition féminine, Liza Frulla a souligné, à propos de l’adoption de cette Convention : « C'est un grand jour pour la communauté culturelle […]L'adoption de cette Convention donne à la communauté internationale le moyen de tirer tous les avantages de la diversité de nos cultures et de nos identités respectives, et ce, pour des générations à venir. »

La Convention a bénéficie de l’appui constant des organisations internationales, telles que l’Union européenne (voir articles 151 et 133 (11) du Traité CE, version consolidée), l’Organisation Internationale de la Francophonie (voir « La Xème session de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage », synthèse du rapport du Sommet d’Ouagadougou, novembre 2004), le Conseil de l’Europe (voir), le Réseau international sur la politique culturelle (voir).

Lors de cette 33ème session de la conférence générale de l’UNESCO, deux autres instruments normatifs ont été adoptés : la Convention internationale contre le dopage dans le sport (qui possède un caractère contraignant et une portée universelle, adoptée à l’unanimité par la Conférence générale), ainsi que la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme.

Obs.  Le Ministre français de la culture remarque que "Nos amis américains sont débordés, ils n'ont pas vu la mobilisation internationale se faire. Je suis surpris du raidissement, qui est sans doute lié au succès de cette convention. Cette position ne me semble pas judicieuse. Les Etats-Unis devraient être les premiers à promouvoir la diversité culturelle, plutôt que de soulever l'incompréhension à leur égard. Personne ne peut récuser ce concept. C'est un combat pour les valeurs" (entretien avec le quotidien Libération, 17 octobre). On observe en effet à quel point les Etats-Unis ont perdu pied dans cette négociation, se laissant isoler dans une position de complète marginalité par rapport à la quasi unanimité des Etats. Bien sûr il est toujours difficile de peser sur la discussion lorsqu'on annonce par avance qu'on ne signera pas le texte, mais ce fait n'explique pas tout. L'entêtement de la diplomatie américaine qui a poursuivi son combat d'arrière garde alors qu'il était clairement perdu est surprenant et on peut se dire qu'ayant échoué sur le plan multilatéral, les Etats-Unis reprendront l'initiative lors de la négociation des accords bilatéraux en matière de commerce. (PW).

 

archive de Sentinelle

 


UNESCO

La France devrait ratifier la Convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

Philippe WECKEL

 

Le projet de loi relatif à l'approbation de la Convention de l'UNESCO du 17 octobre 2003 a été présenté au Conseil des ministres du 19 octobre 2005. Avec la ratification du Bhoutan le 12 octobre dernier, la Convention compte déjà 25 Etats parties alors que le seuil de l’entrée en vigueur a été fixé à 30 Etats parties.

Aux termes de l’article 2. 1, « on entend par "patrimoine culturel immatériel" les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l'homme, ainsi qu'à l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d'un développement durable ».

La Convention identifie plusieurs domaines :

(a) les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ;

(b) les arts du spectacle ;

(c) les pratiques sociales, rituels et événements festifs ;

(d) les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ;

(e) les savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel.

Chaque Etat partie dressera un inventaire national du patrimoine situé sur son territoire. L’organe de la Convention, le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, publiera une liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et une liste de celui qui nécessite une sauvegarde urgente. Les Etats s’engagent à coopérer aux fins de préserver le patrimoine mondial.

 


UNESCO

Adoption de la Convention internationale contre le dopage dans le sport

Philippe WECKEL

 

Le 20 octobre 2005 la Conférence générale de l’UNESCO a adopté à l’unanimité la Convention internationale contre le dopage dans le sport qui entrera en vigueur après trente ratifications.

Elle marque l’implication des Pouvoirs publics en appui et en complément du mouvement sportif international. Il s’agit du premier instrument juridique possédant à la fois un caractère contraignant et une portée universelle. Il fournit ainsi un cadre juridique pour une harmonisation universelle de la lutte contre un fléau qui affecte les valeurs sociales du sport et menace la santé des sportifs.

Il est à noter qu’un encadrement juridique de cet ordre existe déjà à l’échelle régionale grâce à la Convention européenne contre le dopage du 16 novembre 1989. La nouvelle Convention ne se limite pas à la répression et aux contrôles. Elle incite les Etats « à soutenir, concevoir ou mettre en œuvre des programmes d’éducation et de formation à la lutte contre le dopage ».

En ce qui concerne les sanctions, la Convention de l’UNESCO vise à soumettre tous les athlètes du monde aux mêmes règles, à subir des contrôles similaires et des sanctions identiques en cas d’infraction. Les Etats devront adopter des mesures qui soient conformes aux principes énoncés dans le Code mondial antidopage de l’Agence mondiale antidopage (AMA), qui a été adopté lors de la Conférence mondiale sur le dopage dans le sport à Copenhague en 2003. La Convention prévoit une procédure permettant de soumettre très rapidement à tous les Etats parties, pour approbation, la liste des substances interdites et des exceptions à des fins thérapeutiques, telle qu’elle est établie et mise à jour régulièrement par l’AMA. Les Etats sont tenus de faciliter « la tâche de l’AMA et des organisations antidopage […] pour qu’elles puissent procéder à des contrôles du dopage en compétition ou hors compétition auprès de leurs sportifs, sur leurs territoires ou en dehors », ainsi que « la circulation transfrontalière en temps utile des équipes de contrôle du dopage dûment agréées ». Les Etats devront également assurer la coopération entre les laboratoires et l’harmonisation de leurs pratiques.

Ainsi la Convention précise la responsabilité des Etats dans la lutte internationale contre le dopage, mais elle n’affecte pas le rôle prééminent et distinct que jouent les instances du mouvement sportif. Ainsi la fonction de l’Agence mondiale antidopage est consacrée par le nouvel instrument (l’AMA est une fondation de droit suisse). Le Code mondial antidopage est joint à la Convention mais il n’en fait pas partie intégrante.

 



Conseil de sécurité : résolution 1631 (2005)

renforcement de la coopération entre le Conseil  de sécurité

et les organisations régionales

Sabrina RAHMANI

 

Le 17 octobre 2005,lors de la 52582e séance, présidée par le ministre des affaires étrangères de la Roumanie M.Mihai-Razvan Ungureanu, les membres du Conseil de sécurité  ont adopte à l’unanimité la résolution 1631 (2005) qui reconnaît le rôle des organisations régionales dans le maintien de la paix et la sécurité internationale en général et dans le règlement des  pacifiques différends, dans la lutte contre le terrorisme ou celle contre le commerce illicite des armes légères en particulier. La résolution appelle aussi, le secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, à formaliser cette opération.

Au mois de septembre dernier, les dirigeants du monde ont appuyé un renforcement des relations entre l’ONU et les organisations régionales, comme le prévoit le chapitre VIII de la charte. Cette résolution vise à concrétiser la détermination des chefs d’états et de gouvernements participant au sommet mondial de 2005 à faire participer d’avantage les organisations régionales aux travaux du Conseil de sécurité.

Par ailleurs, le Conseil de sécurité  invite  les organisations régionales et sous régionales dotées de capacité de prévention des conflits et de maintien de la paix a les mettre à disposition de l’ONU. Il prie les Etats et les organisations internationales compétentes de contribuer à renforcer la capacité de celles qui ne disposent pas encore de moyens nécessaires  pour la prévention des conflits, la gestion des crises et la stabilisation après les conflits. A ce sujet, il salue la création de la facilite de paix pour l’Afrique, par L’union européenne.

De plus, il se déclare disposé à tenir des réunions régulières avec les chefs des organisations régionales et sous-régionales et recommande une meilleure communication  entre ces dernières et l’ONU. Il invite le secrétaire général à lui présenter  un rapport sur les enjeux d’avenir concernant cette coopération et l’encourage à étudier avec les organisations régionales la possibilité de conclure des accords établissant un cadre pour la coopération entre leurs opérations de maintien de la paix et celles de l’ONU et leur contribution à ces dernières.

De son cote, le secrétaire général a fait remarquer que les partenariats entre l’ONU et les organisations régionales destinés à appuyer les pays sortant d’un conflit avait évolue au cours de la dernière décennie. Ils avaient revêtu de nombreuses formes différentes dans le domaine du maintien de la paix. A ce titre, il évoque  les partenariats qui ont eu lieu au Liberia, en Bosnie-Herzégovine , en Afghanistan, au Kosovo, en Haïti, en République démocratique du Congo, au Darfour et à Chypre. Il a aussi rappelé que c’est pour cette raison que le Conseil de sécurité a souligné la nécessite d’une collaboration accrue entre l’ONU et les organisations régionales et a établi la pratique consistant à se réunir tous les ans.

Afin d’appuyer cette collaboration renforcée, les réunions de haut niveau entre le secrétariat de l’ONU et les organisations régionales seront désormais tenues chaque année et un comité permanent a été mis en place pour le maintien d’une orientation stratégique et d’offrir des directives générales sur les mesures à prendre au niveau pratique. Il a aussi souligné la nécessite de veiller à ce que les mécanismes de coopération entre l’ONU et les organisations régionales soient efficaces, souples, répondent à un monde en intégration et en évolution constante, être compatible avec la charte et en défendre les buts.

Il a précisé que les progrès doivent être réalises dans quatre domaines principaux à savoir la nécessité de renforcer les capacités des organisations régionales, celle d’exploiter les avantages comparatifs entre elles et l’ONU, l’adoption d’une démarche holistique dans le règlement des conflits et l’importance d’une approche collective de la sécurité. A cet égard, le secrétaire général a félicité  la recommandation adoptée par le sommet mondial qui invite les organisations régionales à envisager de mettre à disposition leur capacité de prévention des conflits ou de maintien de la paix dans le cadre du système de force et moyens en attente des Nations Unies.

Apres l’allocution du Secrétaire général, sont intervenus les représentants de l’Organisations pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), de l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA), de l’Union africaine (UA), du  Conseil de l’Europe, de la Communauté des Etats indépendants (CEI), de Union européenne (UE), de l’Association des nations d’Asie du Sud-est (ANASE), de l’Organisation du traité de l’Atlantique du Nord (OTAN), de la ligue des Etats arabes et du processus de coopération en Europe du sud-est.

Tous ont été unanimes pour déclarer que la future commission de consolidation de la paix sera une instance à même d’assurer une participation active des organisations régionales aux efforts de l’ONU. Pour le représentant de la France cette contribution sera une des conditions au succès  de ce nouvel organe de l’ONU et de la nouvelle vision plus ambitieuse du maintien de la paix que la future commission incarnera.

Concernant  le ministre des affaires étrangères de la Roumanie, celui-ci a expliqué que son pays a organise ce débat sur le thème de la coopération entre les organisations régionales et l’ONU pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales pour faire le point des activités du Conseil de Sécurité depuis le dernier débat du 20 juillet 2004 et d’assurer le suivi de la  6e réunion de haut niveau entre l’ONU, les organisations régionales et autres organisations intergouvernementales, qui a eu lieu le 25 et 26 juillet 2005 a New York.

Il a aussi précisé que son pays avait placé la dimension régionale au centre de sa politique étrangère. Il assumera les mois prochains la présidence du Comite des ministres du Conseil de l’Europe et celle de l’organisation pour la coopération économique dans la région de la Mer Noire.

Enfin, il a fait part de sa conviction que la création d’un lien de complémentarité et de subsidiarité entre l’ONU et l’action régionale ne peut que générer un vivier de ressources dévolues à la paix et permettre à la communauté internationale de traiter rapidement et efficacement de toute tension, toute menace, tout conflit et toute situation fragile.

 


Paix et guerre au 21ème siècle:

Les progrès dans la gestion des conflits au cours de la dernière décennie

Philippe Weckel

 

Le rapport sur la sécurité humaine 2005 publié par le Centre sur la sécurité humaine de l'Université de Columbia (Canada) sous la direction du Professeur Andrew Marek analyse de manière systématique l'évolution des conflits armés sur la période récente. Il montre qu'après une progression inexorable pendant 50 ans le nombre de génocides et de conflits armés a diminué dans une proportion très importante. Il relativise l'incidence du terrorisme international et souligne le rôle de l'ONU dans cette évolution positive. Accessible sur Internet, ce précieux rapport est publié par Oxford University Press (voir le résumé).


Conseil de sécurité :

Résolution 1632 (2005)

prorogation  du mandat du groupe

d’experts relatif à l’embargo sur les armes en Côte d’Ivoire

Sabrina RAHMANI

  

Par la résolution 1632, adoptée à l’unanimité le 18 octobre 2005, le Conseil de sécurité a prorogé, jusqu’au 15 décembre 2005, le mandat du groupe d’experts  relatif  à l’embargo sur les armes en Cote d’Ivoire, imposé le 15 novembre 2004 par la résolution 1572 relative à l’importation ou la vente d’armes et de matériel militaire à ce pays.

 Ce groupe a été crée par la résolution 1584 et est chargé de recueillir et d’analyser toutes les informations pertinentes en Cote d’Ivoire, dans les pays de la région ainsi que dans d’autres pays sur les mouvements d’armes et la fourniture de toute assistance se rapportant à des activités militaires.

A  travers la résolution  1631, le Conseil de sécurité  a  tout d’abord salué  l’action menée par le Secrétaire général de l’Union africaine et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) pour rétablir la paix et la stabilité en Cote d’Ivoire et a  rappelé le rapport intérimaire du groupe d’experts, dont il attend le rapport final. Il a aussi affirmé que la situation  dans ce pays continue de mettre en péril la paix et la sécurité internationales dans la région.

Enfin, il a prié  le groupe d’experts de lui présenter par écrit, par l’intermédiaire du Comité crée par le paragraphe 14   de la résolution 1572 (2004), avant le 1er décembre 2005, un bref point de l’application de l’embargo sur les armes sous forme de recommandations.

 


Conseil de sécurité

Résolution 1633 (2005)

prorogation du mandat du chef de l’Etat ivoirien

Philippe Weckel

 

L’impossibilité de tenir les élections présidentielles à la date du 31 octobre 2005 a menacé directement la continuité de l’Etat ivoirien. Pour y faire face le Conseil de Sécurité a adopté à l’unanimité une résolution qui proroge d’un an le mandat de l’actuel chef de l’Etat, Laurent Gnagdo (dépêche).

Techniquement cette résolution se présente comme une ratification, en vertu du chapitre VII de la Charte, de la décision prise par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Dans ce qui peut apparaître comme une illustration du développement que prend la régionalisation dans la gestion des crises internationales (voir supra), il faut aussi voir un usage exceptionnel des pouvoirs du Conseil de sécurité. Durant cette période de 12 mois à compter du 31 octobre 2005, le Président Gbagbo n’exercera pas ses pouvoirs constitutionnels, y compris sa fonction de haut représentant de l’Etat, sur la base de la Constitution de son pays, mais sur celle que lui impose l’organe restreint de l’ONU détenteur du pouvoir suprême de faire et donc aussi de défaire les princes et autres chefs d’Etat. Ainsi le Conseil de sécurité s’est approprié le glaive que se sont autrefois disputés la Papauté et l’Empire romain germanique. La prorogation n’est pas accordée à Laurent Gbagbo dans son intérêt personnel et elle s’accompagne d’une mise sous tutelle internationale. Le Conseil a donc eu recours a un procédé inédit d’imposition de la paix.

Aux termes de la Décision adoptée par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine le 6 octobre 2005, la prorogation s’inscrit dans le cadre des arrangements de Linas-Marcoussis. Elle constitue l’une des modalités décidées pour permettre la mise en œuvre des accords entre les mêmes parties. Ainsi on note au point 10 ii que « un nouveau Premier Ministre acceptable pour toutes les parties signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis sera nommé. Le Gouvernement qu’il dirigera sera composé de personnalités proposées par les parties ivoiriennes signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis ». Le Premier ministre aura pleinement autorité sur les membres du gouvernement. L’UA créé également un organe international de surveillance qui se réunira une fois par mois, le Groupe international de travail (GIT), constitué de ministres africains et présidé par le ministre nigérian des affaires étrangères.

Le Conseil de sécurité s’est attaché à renforcer ce dispositif établi par l’Union africaine de manière à ne laisser aux parties ivoiriennes aucune possibilité d’échapper à l’application des accords de paix. Ainsi, il considère que, « si un ministre ne participe pas pleinement audit gouvernement, son portefeuille doit être repris par le Premier Ministre ». Ce dernier devra disposer de « tous les pouvoirs nécessaires », ainsi que de « toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues, en particulier dans les domaines de la sécurité, de la défense et des affaires électorales ».

Dans ce contexte de contrôle renforcé sur le gouvernement ivoirien et les parties au conflit, le rappel de la détermination du Conseil de sécurité à prendre des sanctions individuelles contre ceux qui entraveraient le processus de paix prend un sens particulier.

 


Côte d’Ivoire.

La transition se poursuit pour une année encore, et la régionalisation est à l’œuvre en matière de maintien de la paix en Afrique

Roland ADJOVI

 

Après avoir été élu à la suite d’une élection aux résultats contestés, Laurent Gbagbo s’est étonné d’une rébellion d’abord déguisée qui ne lui accorde pas la chance de mener à bout son mandat pour démontrer le côté pratique de son patriotisme. Il tenait à mener son mandat jusqu’à terme, et les négociations ont d’ailleurs abouti à ce qu’il soit convenu que les élections présidentielles devant mettre fin à la transition ne se tiendraient qu’en octobre 2005, terme prévu par la Constitution d’alors pour ce premier mandat du socialiste. Après les accords de Linas-Marcoussis (France), la communauté internationale le presse de se plier aux engagements pris (dossier électronique de Jeune Afrique). Et il a eu maille à pâtir avec nombre de dirigeants africains, et on se souviendra particulièrement de ses gentils mots à l’égard du président gabonais (Xinhuanet, 5 juillet 2005). Pourtant ce sont ses pairs qui ont décidé de proroger son mandat d’une année entière en raison de l’impossibilité pratique de tenir des élections à la fin de ce mois d’octobre 2005 comme prévu, les mêmes pairs ayant réussi l’exploit d’obtenir le soutien de la communauté internationale.

D’abord le 31 août 2005, le Conseil de sécurité a tenu une réunion à huis clos où étaient invités, le représentant du médiateur sud-africain, le représentant du président nigérian qui assure la présidence de l’Union africaine et reste un membre influent de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) (S/PV.5253 du 2 septembre 2005). De cette réunion rien ne semble avoir filtré. Mais on peut imaginer que les développements ultérieurs de la gestion de cette crise tiennent compte des échanges intervenus lors de cette audience privée.

Ainsi, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine s’est réuni à New York à l’occasion du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement pour constater que les parties ne se sont pas convenablement employées à la mise en œuvre de l’Accord de Prétoria (Communiqué du 14 septembre 2005), ce qui n’est qu’une formule diplomatique pour dire que les parties n’ont pas respecté leurs engagements. Le Conseil de paix et de sécurité demande alors à la CEDEAO de tenir promptement une réunion pour évaluer la situation et lui rendre compte, dans la mesure où il semble y avoir lieu de déterminer, en conséquence, de nouvelles échéances, et ce avant la date du 30 octobre 2005.

A la suite de la réunion de la CEDEAO et du rapport soumis, le Conseil de paix et de sécurité se réunit à nouveau le 6 octobre 2005 et fait siens les constats dressés par la sous-région. Sur cette base, et en tenant compte des recommandations de la CEDEAO, le Conseil de paix et de sécurité décide de la prorogation de la transition, du maintien à la présidence de Laurent Gbagbo, du changement de premier ministre, lequel ne doit pas se présenter aux élections à venir, et d’autres mesures. Le nouveau premier ministre devra être accepté par toutes les parties et être responsable de l’action gouvernementale, les ministres ne répondant que devant lui, ces ministres étant nommés étant des personnalités proposées par les parties aux Accords de Linas-Marcoussis et d’Accra III. Ces dispositions semblent clarifier les rapports entre le premier ministre et le président, ce qui n’avait pas été aussi clairement dit après Linas-Marcoussis, imprécision dont le premier ministre Seydou Diarra avait d’ailleurs souffert. Cette décision du Conseil de paix et de sécurité est communiquée au Conseil de sécurité le 11 octobre 2005 (S/2005/639) par le président en exercice de l’Union africaine, le Nigeria.

Le 13 octobre 2005, le Conseil de sécurité tient une autre réunion à huis clos (S/PV.5259 du 13 octobre 2005) où étaient invités cette fois-ci, un représentant de l’Union africaine et un représentant du président nigérian, ainsi que les deux représentants du Secrétaire général en Côte d’Ivoire, Monsieur Elections (S/RES/1603 du 3 juin 2005) et le représentant spécial qui dirige l’ONUCI. Une seconde réunion suit le même jour et est publique celle-là (SC/8522 du 13 octobre 2005). Les discussions portent naturellement sur la décision du Conseil de paix et de sécurité mais aussi sur le sixième rapport intérimaire relatif à l’ONUCI (S/2005/604). Le lendemain, une autre réunion se tient au terme duquel le président du Conseil fait une déclaration (S/PRST/2005/49) où le Conseil endosse la décision du Conseil de paix et de sécurité, lequel avait lui-même suivi la CEDEAO (SC/8524 du 14 octobre 2005). Le Conseil de sécurité non seulement fait sienne les recommandations sous-régionales via la décision du 6 octobre 2005, mais il accède aussi à la demande d’augmentation du nombre des casques bleus déployés : une décision en ce sens est promise et devrait certainement intervenir au terme du mandat actuel.

C’est donc un exercice pratique pour le cadre de coopération avec les organisations régionales en construction depuis les rapports y relatifs de Boutros Boutros-Ghali (1992), et les récentes mesures prises notamment lors du Sommet de septembre 2005 et dans la Résolution 1631 qui clôt la réunion du Conseil de sécurité avec les organisations régionales (SC/8526 du 17 octobre 2005).

Toutefois, la volte face de septembre et octobre 2005 de la sous-région provoquée et suivie par la région avec le soutien de la communauté internationale est d’autant plus étrange que, en juillet encore, tout semblait aller dans le bon sens. Ainsi, à la suite de la déclaration du 29 juin 2005 sur la mise en œuvre de l’accord de Prétoria, le président du Conseil de sécurité félicitait encore le médiateur et l’Afrique entière des efforts fructueux entrepris pour mener si bien les parties vers l’échéance électorale (S/PRST/2005/28 du 6 juillet 2005). Il faut croire que la situation se serait détériorée entre la mi-juillet donc et la mi-septembre ! On peut se demander si la situation a jamais évolué vers une meilleure entente entre les parties et la fin complète des hostilités avec l’établissement d’un nouvel état de paix. Et le sixième rapport intérimaire sur l’ONUCI est édifiant à cet égard : « 2. [d]epuis mon dernier rapport au Conseil, l’application des dispositions de l’Accord de Pretoria sur le processus de paix en Côte d’Ivoire du 6 avril 2005 (S/2005/270, annexe I) n’a malheureusement que peu progressé et l’écart entre les positions des parties s’est creusé. ». Et dans les autres paragraphes du rapport, le Secrétaire général détaille la situation, en pointant du doigt ici et là les belligérants et la violation des engagements pris. Il semble même que ce rapport ait été déposé avant celui de la CEDEAO adressé au Conseil de paix et de sécurité. C’est donc une véritable synergie dont il faut se louer qui aboutit à la prorogation de la transition.

Par ailleurs, il convient de souligner que la question de la volonté politique surgit avec plus d’acuité lorsqu’on constate que d’une part le Conseil de sécurité et la communauté internationale n’usent pas de toutes les mesures de sanction à leur portée, et que d’autre part chaque Etat s’emploie à démontrer dans son rapport au comité des sanctions qu’il a tout mis en œuvre pour donner effet aux sanctions déjà en place. En effet, à la suite de la Résolution 1572 (2004), un comité des sanctions y est établi. Il reçoit les rapports des Etats sur la mise en œuvre des sanctions, lesquelles se limitent pour l’instant à l’embargo sur les armes et munitions. Dans le rapport du Portugal, on apprend ainsi que l’Union européenne a adopté une position commune qui engage les Etats membres et que le Portugal a, par ailleurs, pris des mesures nationales dans le même sens (S/AC.45/2005/32). Les sanctions liées aux armes viennent compléter un mécanisme sous-régional indépendant de la crise ivoirienne (le Moratoire sur les armes légères), dont l’efficacité reste à interroger en raison du flux d’armes dont les parties belligérantes ivoiriennes ont pu bénéficier. Ce mécanisme est doté d’un système de surveillance et d’observation décentralisé. Il faut donc se demander par quelle porte les armes sont entrées en Côte d’ivoire et appliquer les mesures prévues. Pourtant chaque Etat affirme que, de son côté, tout se passe plutôt bien (Sierra Leone, S/AC.45/2005/36 du 9 août 2005 ; et Niger S/AC.45/2005/35 du 29 juillet 2005). Le Mali ira même jusqu’à affirmer qu’aucune violation n’est à noter en ce qui le concerne (S/AC.45/2005/31 du 1er juin 2005). Une certaine impunité demeure donc à ce niveau qui ne peut que nourrir les velléités diverses. On peut donc se demander si les Etats de la sous région – ou tout au moins les plus importants d’entre eux – ont une réelle volonté de mettre fin à la crise. Ce mécanisme n’est pas ignoré de l’Union africaine, ni des Nations Unies, et la même question peut se poser à leur niveau : y a-t-il une réelle volonté d’en venir à bout du conflit en Côte d'Ivoire. La question se pose d’autant plus que les Nations Unies font preuve d’une lenteur exceptionnelle à produire la liste des personnes contre lesquelles seront appliquées les sanctions individuelles prévues pourtant dans la Résolution 1572 de novembre 2004 (§9). Les rumeurs font état d’une liste sur laquelle seraient inscrites nombre des figures politiques actuelles, mais ces rumeurs tardent à se confirmer peut-être parce qu’une telle liste n’est pas pour l’instant exécutable… Ceci répond donc en partie à la question de la réelle volonté politique de la communauté internationale. Il faut seulement espérer que la nouvelle transition de douze mois ne soit pas mal mise à profit.

 

Obs.  On voudrait reprocher à l'ONU et aux autres institutions internationales impliquées dans la gestion de la crise ivoirienne la lenteur de l'action et sur un autre dossier on critiquera, sans doute, la précipitation de la Communauté internationale. Les difficultés dans l'application de l'embargo sont indéniables ; la lenteur dans l'application des sanctions contre les personnes est un fait observable. Il y a toutefois une distance entre cette simple observation des faits et la formulation d'une critique. Les juristes emploient des concepts pour décrire ce champ dans lequel ils n'exercent pas leur jugement : les Etats de la sous région assument une "obligation de diligence" dans la mise en oeuvre du contrôle sur le commerce des armes et ils ne sont donc pas jugés sur les résultats en tant que tels, mais sur les efforts fournis. Le Conseil de Sécurité et les autres instances politiques disposent d'une marge de "pouvoir discrétionnaire" notamment en ce qui concerne le choix du moment de concrétiser les sanctions qui ont été décidées... (PW).

 

archive de Sentinelle

 


 

La Communauté européenne finance les opérations électorales de l’ONU en Irak

Philippe WECKEL

 

Benita Ferrero-Walder, la commissaire chargée des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage a rappelé qu’« aider les Nations unies à être un intervenant majeur dans la transition politique a été l’une des priorités de l’UE, parce que sans ces étapes cruciales et un processus politique ouvert à tous, il ne saurait y avoir d’avenir stable en Irak, ni de véritable reconstruction ”. La Communauté européenne est ainsi le principal bailleur de fonds pour les élections et le référendum en Irak. Elle a alimenté le fonds spécial d’affectation multilatérale  pour l’Irak que gère le Secrétaire général en application de la Résolution 1646 (2004). Pour l’année 2005 le montant de l’aide communautaire s’élève à 80 millions d’euros et la Communauté a financé l’intégralité du référendum (20 millions d’euros) et les deux tiers du budget nécessaire aux deux scrutins électoraux (31,5 millions d’euros en janvier 2005 et 30 millions d’euros en décembre 2005). La Communauté apporte également une aide très substantielle à l’Irak dans le domaines de la santé et de l’éducation (Programme communautaire d’assistance à l’Irak).

 


Tribunal spécial irakien

ouverture et ajournement du premier des procès de Saddam Hussein

Philippe WECKEL

 

Le statut du Tribunal spécial irakien a été établi par l’autorité provisoire de la coalition en Irak (Coalition Provisional Authority (CPA)). L’institution de cet organe judiciaire a été confirmée par l’article 48 de la « loi administrative de transition » promulguée par le Conseil de gouvernement irakien le 1er mars 2004. Il résulte de ce rappel que le tribunal a été constitué en violation des règles du droit de la guerre qui régissent les pouvoirs de la Puissance occupante. Rien en effet ne saurait fonder une mesure de cet ordre qui n’est pas en rapport avec les nécessités de l’occupation et correspond à l’exercice d’une compétence en matière pénale à l’égard de faits qui sont antérieurs à cette occupation. Au demeurant il n’y avait aucune urgence à prendre cette initiative, sauf la nécessité de présenter le plus tôt possible Saddam Hussein et ses coreligionnaires devant leurs juges. Toutefois cette obligation n’est pas absolue et les circonstances pouvaient justifier le report de cette question du jugement de Saddam Hussein. 

Après une première comparution en 2004 le premier procès de Saddam Hussein s’est ouvert le 19 octobre dans ce contexte de contestation de sa légitimité. Il a été immédiatement reporté au 28 novembre. L’ONU a fait savoir qu’elle n’assistera pas le procès qui ne réunit pas toutes conditions imposées par le droit international (dépêche). Bien entendu, si les modalités choisies pour juger l'ancien dictateur ne recueillent pas l'approbation générale, le fait qu'il ait à rendre compte de ses actes devant une justice, même imparfaite, est très satisfaisant.

 


27ème Conférence internationale

des Commissaires à la protection des données et à la vie privée

Antonella SAMPO

 

La 27ème Conférence internationale des Commissaires à la protection des données et à la vie privée s'est déroulée à Montreux du 14 au 16 septembre 2005 (voir le programme). Cette réunion international organisée  sur invitation du Préposé fédéral suisse à la protection des données et qui se tenait pour la première fois en Suisse, a réuni plus de 300 participants provenant du monde entier et s'est achevé avec l'adoption d'une déclaration finale visant au renforcement du caractère universel des principes de la protection des données. La Conférence a également adopté une résolution sur l'utilisation des données biométriques dans les passeports, cartes d'identité et documents de voyage et une résolution sur l'utilisation de données personnelles pour la communication politique.

Les commissaires ont ainsi convenu, dans la déclaration finale, de promouvoir la reconnaissance du caractère universel des principes de protection des données et de collaborer avec les gouvernements et les organisations internationales et supra nationales au développement d'une convention universelle de protection des données. La déclaration appelle en particulier : l'ONU à préparer un instrument juridique contraignant, les gouvernements à favoriser l'adoption de législation conforme aux principes reconnus de protection des données et de l'étendre à leur relations mutuelles, le Conseil de l'Europe à inviter les Etats non membres de l'organisation à adhérer la Convention pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel et à son protocole additionnel, les chefs d'Etat et de gouvernement qui se réunissent à Tunis (16-18 novembre 2005) pour le sommet mondial de l'information à inclure dans leur déclaration finale un engagement à développer ou renforcer le cadre juridique destiné à assurer le droit à la protection de la vie privée et des données personnelles de tous les citoyens dans le cadre de la société de l'information, les organisations internationales et supra nationales à s'engager à se conformer aux règles de protection des données, les organisations internationales non gouvernementales à élaborer des standards de protection des données  et les fabricants de matériel informatique et de logiciel de développer des produits et des systèmes intégrant des technologies respectueuses de la vie privée.

La déclaration visait également le renforcement de la collaboration entre les différentes autorités de protection des données, ainsi que la collaboration de ces autorités avec la société civile. La réalisation de ces objectifs fera l’objet d’une évaluation régulière. La première évaluation aura lieu à l’occasion de la 28ème  Conférence internationale qui se déroulera en septembre 2006 en Argentine.

Durant les séances publiques de la conférence, les représentants de l'économie, de l'administration, de la science, de l'industrie informatique et des organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales ont ainsi débattu avec les commissaires à la protection des données et à la vie privée de quelques 40 Etats de la place du droit à la protection des données et à la vie privée dans un monde globalisé. Lors de leur session à huis clos, les commissaires ont adopté notamment deux résolutions et la déclaration finale. La première résolution, présentée par l'Allemagne, concerne  l'utilisation de la biométrie dans les passeports, cartes d'identité et documents de voyage. Aux termes de la résolution,  l'utilisation à large échelle de la biométrie aura un impact considérable sur la société et devrait être précédée d'un débat ouvert et universel. Par conséquent, les commissaires ont demandé que des garanties efficaces soit d'emblée mises en place pour limiter les risques inhérents à la nature de la biométrie.

Les commissaires ont enfin adopté une autre résolution, présentée cette fois par l'Italie, relative à l'utilisation de données personnelles pour la communication politique. Tout en rappelant l'importance de la communication politique dans le processus démocratique, les commissaires ont insisté sur l’idée que toute activité de communication politique impliquant le traitement de données personnelles doit respecter les libertés et les droits fondamentaux des personnes concernées, y compris le droit à la protection des données. Le traitement de ces informations doivent, selon les commissaires, être conformes aux principes de protection des données, en particulier les principes de minimisation, de licéité et de bonne foi, de proportionnalité, de  finalité, d’exactitude et de transparence.

 

archive de Sentinelle


OMC – Négociations sur l’agriculture

21 octobre 2005

Guillaume AREOU

         

Les négociations en matière agricole ont pris cette semaine une tournure inattendue suite à la proposition américaine. C’est en effet un débat interne à l’Union européenne qui s’est ouvert avec la convocation, à la demande de la France, d’une réunion extraordinaire du Conseil Affaires générales et Relations extérieures.    

Cette situation appelle deux questions : la première relève de la position du Gouvernement français au sein de l’Union européenne. La seconde découle de la première puisqu’il s’agit de s’interroger sur la capacité de négociations européennes dans les semaines à venir.

L’approche « défensive » de la France, si l’on reprend les propos de Pascal Lamy, pourrait irriter certains de ses partenaires européens et notamment la présidence britannique. Le ministre des affaires étrangères, Jack Straw, estime que « la stratégie de Peter Mandelson bénéficie d’un large soutien et le restreindre rendrait les négociations impossibles ». Il rappelle également les prérogatives de chacun : « la Commission est chargée de la tactique de négociations [et] le Conseil est chargé du mandat. » Peter Mandelson dispose donc du soutien appuyé de la présidence britannique. Ainsi, dans un entretien accordé au journal Le Monde, le commissaire européen au commerce prévient que « toute tentative de réduire la marge de manœuvre [dont il dispose] risquerait d’amoindrir les chances d’un succès à Hong Kong. » Il insiste sur la nécessité que l’Europe se présente unie pour parvenir à des résultats positifs. En effet, si le secteur agricole reste le préalable à toute négociation, l’Union européenne a bien plus à gagner dans l’accès au marché, les services ou le secteur industriel.  Le Directeur général de l’OMC a ainsi lancé un appel aux français : « soyez moins défensifs, exploitez vos avantages comparatifs ». L’équilibre souhaité par Jacques Chirac obligerait  donc la France à faire des concessions si elle veut obtenir des résultats. La division est néfaste dans toute négociation. Dans le cadre de l’OMC, elle le serait sur un double plan. L’Union européenne serait affaibli sur le plan interne, mais elle serait également fragilisée sur la scène internationale. Sa force de négociation serait ainsi amoindrie.

Il est possible de soutenir que Peter Mandelson devrait pouvoir « disposer d’une