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Le Conseil de sécurité autorise les Etats-Unis à demeurer en Irak une année supplémentaire Philippe WECKEL
La Résolution adoptée le 8 novembre 2005 renouvelle pour un an l’autorisation accordée à la coalition militaire menée par les Etats-Unis par la Résolution 1546 (2004). Cette décision a été demandée par le gouvernement irakien et le projet de résolution a été présenté par quatre Etats membres de cette coalition, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Roumanie, le Japon et le Danemark. La résolution a été adoptée à l’unanimité. En dehors de ces Etats « pro-guerre », seules la France et la Russie se sont exprimées afin d'expliciter les conditions de leur approbation. Une brève dépêche et un communiqué de presse ont été les seules réactions de l’ONU à la décision du Conseil de sécurité. John Bolton a estimé que l’unanimité obtenue au Conseil marquait un appui très fort au processus politique engagé en Irak (déclaration, voir également la déclaration du ministre britannique des affaires étrangères). On remarque que les membres du Conseil de sécurité invitent fermement la coalition à apporter une aide humanitaire et pour la reconstruction. Le Conseil de sécurité se félicite « que la force multinationale soit disposée à continuer de concourir au maintien de la sécurité et de la stabilité en Iraq, notamment à participer à la fourniture d’une aide humanitaire et en matière de reconstruction, comme la Secrétaire d’État des États-Unis l’a indiqué dans la lettre qu’elle a adressée le 29 octobre 2005 au Président du Conseil, qui figure en annexe à la présente résolution ». Mme Rice ne mentionnait pas expressément ces activités humanitaires et de reconstruction dans sa lettre, mais elle s’est référée aux engagements explicités par M. Powell lors de l’adoption de la Résolution 1546 (2004). Les Etats membres du Conseil de sécurité prennent également acte de l’engagement de la coalition de respecter le droit international. On observe que le droit humanitaire n’est pas le seul droit visé : le Pacte des droits civils et politiques est applicable de même que la Convention européenne de droits de l’homme (pour les membres européens de la coalition). Le devoir de coopérer avec les Organisations internationales est rappelé. Là encore la formule large devrait empêcher les Etats-Unis de s’opposer à l’accès des organes de contrôle de l’ONU en matière de respect des droits de l’homme : « Affirmant qu’il importe que toutes les forces qui concourent au maintien de la sécurité et de la stabilité en Iraq agissent conformément au droit international, y compris aux obligations découlant du droit international humanitaire et coopèrent avec les organisations internationales concernées, et se félicitant des engagements que ces forces ont pris à cet égard ». Même si le processus électoral devrait être achevé avec les élections générales du mois prochain, le rôle « moteur » de l’ONU est réaffirmé et la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) est mentionnée. Les axes de l’action de l’ONU pour cette nouvelle phase que l’on serait tenté de qualifier de « transition prolongée » sont précisés : « l’Organisation des Nations Unies devrait continuer de jouer un rôle moteur pour ce qui est d’aider le peuple et le Gouvernement iraquiens à poursuivre le développement politique et économique, y compris pour ce qui est de conseiller et d’appuyer le Gouvernement iraquien ainsi que la Commission électorale indépendante de l’Iraq, de contribuer à la coordination et à l’acheminement de l’aide à la reconstruction, au développement et à l’action humanitaire, et de promouvoir la protection des droits de l’homme, la réconciliation nationale et la réforme judiciaire et juridique afin de renforcer le respect du droit en Iraq ». La visite surprise effectuée par le Secrétaire général de l'ONU à Bagdad le 12 novembre exprime bien la volonté de l'ONU de s'impliquer davantage en Irak et d'assumer pleinement le rôle moteur que lui attribue les résolutions du Conseil de sécurité. Il est noter qu'elle est intervenue le lendemain de celle de la Secrétaire d'Etat américaine, Madame Rice, et le surlendemain de celle du Ministre britannique des affaires étrangères, Monsieur Straw. Le représentant de la France, Michel Duclos, a souligné que « le Conseil ne préjuge pas de l'attitude du futur gouvernement iraquien à l'égard de la Force multinationale ». En effet ce dernier « Décide en outre que le mandat de la force multinationale sera réexaminé à la demande du Gouvernement iraquien ou au plus tard le 15 juin 2006, et déclare qu’il mettra fin à ce mandat plus tôt si le Gouvernement iraquien le demande ». A tout moment le gouvernement irakien a la possibilité de décider le départ immédiat des forces étrangères et son soutien à la présence de la coalition sera vérifié à mi-parcours, à la date du 15 juin 2006. Le représentant de la Fédération de Russie a révélé que son gouvernement « avait estimé que le projet de résolution devait entériner la nécessité d'une réunion internationale sur l'Iraq. Compte tenu de la demande de l'Iraq de ne pas retarder l'adoption de la résolution et des consultations en cours entre Bagdad et la Ligue arabe sur une éventuelle conférence, la Fédération de Russie n'a pas insisté sur cette requête ». De son côté le représentant de la France a soutenu l’idée « d'une conférence nationale organisée avec l'aide des pays de la région afin de favoriser l'intégration de tous les groupes et communautés de l'Iraq au sein du processus politique ». On remarque que la Résolution demeure très modérée à l’égard de l’opposition armée en Irak. Il n’y a pas de condamnation de cette rébellion dans le dispositif couvert par le Chapitre VII et les considérants soulignent la tâche de réconciliation nationale qui pèsera sur le futur gouvernement irakien, demandent l’abandon de la lutte armée et la participation au processus électoral et rappellent les obligations des autres Etats en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Enfin le renouvellement de l’autorisation accordée à la coalition est accompagné du maintien du mécanisme du Fonds de développement pour l’Irak (Résolution 1483 (2003)) et du Conseil international consultatif et de contrôle en ce qui concerne les ressources de pétrole et de gaz. En somme, la transition sera maintenue tant que les forces étrangères resteront en Irak. Le moins que l’on puisse dire de cette résolution est qu’elle ne comporte pas de validation de l’entreprise militaire de 2003, ni de blanc-seing à l’égard des autorités américaines.
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Fonds de développement pour l’Irak des irrégularités dans l’attribution de contrats à des sociétés américaines révélées par Conseil international consultatif et de contrôle (CICC) [IAMB] Philippe WECKEL
Le 8 novembre 2005, le jour même de l’adoption de la résolution 1637 (2005) du Conseil de sécurité (supra), l’organe de contrôle du Fonds de développement pour l’Irak a révélé des anomalies dans la passation par les Etats-Unis d’un marché sans mise en concurrence avec la Kellogg, Brown and Root (KBR), filiale de la société Halliburton (dépêche). Le Fonds de développement pour l’Irak est alimenté par les ressources provenant de la vente du pétrole et il est géré par la Banque centrale irakienne. La Résolution 1483 a constitué le Conseil international consultatif et de contrôle pour surveiller l’emploi du Fonds afin d’aider « le gouvernement iraquien à veiller à ce que les ressources du pays soient utilisées de manière transparente et équitable au profit du peuple iraquien ». L’audit sur les contrats passés sans mise en concurrence aurait dû être effectuée par la société KPMG, une société multinationale d’audit et de conseil qui avait été choisie par les Etats-Unis en avril 2005. Or cette dernière, après avoir accepté cette mission, s'est récusée en raison de liens avec la société Halliburton. Les Etats-Unis en ont informé le CICC en septembre 2005. L’Inspecteur général spécial pour la reconstruction en Iraq a finalement effectué cet audit à la place de l’organisme indépendant pour le contrat avec la filiale d’Halliburton. Le Conseil international a, cours de sa réunion des 4 et 5 novembre 2005, regretté l’attitude des Etats-Unis qui ne lui ont pas permis de chercher une solution alternative après la récusation de KPMG (procès-verbal). Selon l’inspection américaine le contrat en question ne serait pas intrinsèquement irrégulier. Toutefois, l’enquête n’est pas encore achevée puisque que cinq des six volets de ce contrat examiné par l'Inspecteur général spécial font encore l'objet d'un examen. « Un des éléments clefs du rapport révèle que 1) les propositions du contractant n'étaient pas acceptables dans la négociation d'un prix raisonnable et équitable, 2) les informations fournies pour justifier les coûts des sous-traitants n'étaient pas toujours adéquates et que 3) les propositions n'étaient pas toutes établies conformément aux règles de comptabilité américaines », indique le CICC. Finalement ce dernier constate qu’au moment où il est à même d’exercer sa mission de surveillance, 1,2 milliards de dollars sur les 1,4 milliards prévus au contrat ont déjà été versés à la filiale d’Halliburton (on rappelle que, selon la Commission Volcker, les détournements de fonds réalisés par la manipulation du programme pétrole contre nourriture s’élèvent à 1, 8 milliards de dollars, voir http://www.sfdi.org/actualites/Sentinelle%2039.htm#volcker ). « Compte tenu des sommes impliquées et du temps que prennent les procédures, le CICC recommande que le gouvernement des Etats-Unis résolve avec le gouvernement iraquien la question de l'utilisation des ressources du Fonds de développement pour l'Iraq qui pourraient être contraires à la résolution 1483 (2003) du Conseil de sécurité et que les montants qui ne peuvent être qualifiés d'équitables versés aux contractants soient rapidement remboursés » S’agissant des 24 autres contrats examinés par la société d’audit KPMG, le rapport montre l’absence d’éléments justificatifs à l’appui de la passation du marché sans mise en concurrence. Les pratiques dénoncées en 2004 n’ont donc pas cessé. On comprend bien pourquoi le mécanisme du Fonds de développement pour l’Irak ainsi que la surveillance internationale ont été maintenus par la Résolution 1637 du Conseil de sécurité.
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Lutte contre le terrorisme renforcement de la coopération entre Interpol et le Conseil de Sécurité de l'ONU Laurent GROSSE*
Le Secrétaire Général d’Interpol, M. Ronald K. Noble, a présenté jeudi 3 novembre 2005 aux membres du Comité contre le terrorisme créé par le Conseil de sécurité des Nations Unies le travail accompli par Interpol pour aider à combattre le terrorisme, de même que la coopération croissante entre l’organisation et l’ONU dans un ensemble de domaines de la lutte contre la criminalité. Dans un discours devant le Comité marquant le premier anniversaire de l’ouverture du bureau d’Interpol aux Nations Unies, à New York, le Secrétaire Général d'Interpol s’est engagé à entreprendre sans tarder la mise en place d’une nouvelle notice Interpol réservée à l’ONU, visant à informer les pays membres que des terroristes présumés figurant sur une liste de surveillance des Nations Unies font l’objet de sanctions et, à ce titre, d’un gel de leurs avoirs, d’un embargo sur les armes et d’une interdiction de voyager. En septembre 2005, l’Assemblée générale d’Interpol a adopté une résolution approuvant la création de cette nouvelle notice. Interpol a par ailleurs invité les membres du Comité à encourager tous les Etats membres de l’ONU à contribuer à l’alimentation de la base de données d’Interpol sur les documents de voyage volés, comme le demande la résolution 1617 du Conseil de sécurité, afin d’empêcher les terroristes et autres malfaiteurs de franchir librement les frontières nationales. Bien que cette base de données ait pris de l’ampleur – son contenu étant passé de 3 000 à plus de 8 millions d’enregistrements en seulement trois ans –, seuls 87 pays participent à son alimentation. Suite à un accord entre M. Noble et le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi Annan, le Bureau du Représentant spécial d’Interpol au siège de l’ONU, à New York, a été ouvert en octobre 2004. "La décision d’ouvrir un bureau Interpol au siège des Nations Unies repose sur la conviction que les Bureaux centraux nationaux d’Interpol et les fonctionnaires de police de ses pays membres peuvent conférer plus de force aux résolutions du Conseil de sécurité et les faire suivre d’effets réels", a déclaré le Secrétaire Général d'Interpol. "Très prochainement, des policiers du monde entier seront mieux à même d’aider le Conseil de sécurité de l’ONU à identifier les terroristes présumés et à les empêcher de circuler aussi librement qu’aujourd’hui". On rappellera utilement qu'un accord de coopération général avait été conclu entre Interpol et l'ONU en juillet 1997.
*Doctorant à l'Université Paris I (Dir. Prof. Eisemann) Directeur de la Gestion et du Budget de l'O.I.P.C.-Interpol
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Conseil de sécurité :
prorogation de la Mission de l'ONU au Sahara Occidental Tidiani COUMA
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé le 28 octobre 2005, par la résolution 1634, adoptée à l'unanimité, de proroger le mandat de la Mission des Nations Unies au Sahara occidental (MINURSO) jusqu'au 30 avril 2006. Il a également appelé au plein respect des accords militaires de cessez-le-feu conclus avec la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental. L’organe restreint de l’ONU était saisi du dernier rapport du Secrétaire général sur la question. Le Secrétaire général y rappelle que « les parties ne sont toujours pas parvenues à sortir de l'impasse dans laquelle elles se trouvent en ce qui concerne la recherche d'une solution mutuellement acceptable, qui permettrait au peuple du Sahara occidental d'exercer son droit à l'autodétermination ». « L'absence de progrès a de plus été aggravée par le climat politique généralement tendu dans la région, signale-t-il, indiquant qu'outre les déclarations publiques véhémentes que font périodiquement les parties, les manifestations et allégations faisant état de violations des droits de l'homme dans le territoire donnent à penser que la situation pourrait se détériorer encore en l'absence de solution ». Le Secrétaire général se déclare également préoccupé par les allégations faisant état de violations des droits de l'homme par les parties, aussi bien dans le territoire que dans les camps de réfugiés de la région de Tindouf. « Bien que la MINURSO ne soit dotée ni du mandat ni des moyens voulus pour s'attaquer à ce problème, l'Organisation des Nations Unies, en tant qu'organisation, se consacre à la protection des normes internationales en matière des droits de l'homme », signale-t-il dans son rapport. « C'est à ce titre que le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme se propose de prendre contact avec les parties et l'Algérie, en tant que pays d'asile, en vue d'explorer les mesures à prendre éventuellement à cet égard », remarque-t-il. Le Secrétaire général se félicite enfin de la libération par le Front POLISARIO des 404 prisonniers de guerre marocains restants, dont certains étaient en captivité depuis plus de 20 ans (voir dépêche).
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Nouvelles élections à la CIJ Florina COSTICA
Le 7 novembre dernier, à la suite d’une élection simultanée au Conseil de Sécurité et à l’Assemblée générale de l’ONU, cinq juges ont été élus à la Cour Internationale de Justice, pour un mandat de neuf ans(voir communiqué de presse). Le tiers des membres de la Cour est renouvelé tous les trois ans, conformément à l’article 13 §1 et §2 du Statut de la Cour. Les mandats des nouveaux membres de la Cour prendront effet à partir du 6 février 2006, tel que prévu à l’article 2 §1 du Règlement de la Cour. A l’exception du juge américain, M. Thomas Buergenthal, qui siège à la CIJ depuis 2000, les autres quatre juges sont des nouveaux entrants. Ainsi, à partir de 6 février 2006, la composition de la Cour sera enrichie par la présence d’un juge marocain, M. Mohamed Bennouna, qui est le représentant permanent du Maroc aux Nations Unies depuis 2001 après avoir siégé au TPIY ; d’un juge néo-zélandais, M. Kenneth Keith, qui est juge à la Cour suprême de son pays ; d’un juge mexicain, M. Bernardo Sepùlveda Amor, qui avait déjà siégé à la CIJ en qualité de juge ad- hoc dans l’affaire « Avena » et qui est membre de la Commission du Droit international des Nations Unies ; et d’un juge russe, M. Leonid Skotnikov, qui est le représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’ONU et des autres organisations internationales ayant leurs sièges à Genève. Les quatre nouveaux juges élus remplaceront M. Vladlen S. Vereshchetin (Fédération de Russie), M. Pieter H. Kooijmans (Pays-Bas), M. Francisco Rezek (Brésil) et M. Nabil Elaraby (Egypte), dont le mandat expire le 5 février 2006. En effet, tous les trois ans, les mandats des cinq parmi les quinze membres de la CIJ prennent fin. Les quinze juges sont élus pour un mandat de neuf ans renouvelable, conformément à l’article 13 du Statut de la Cour. Les mandats des membres de la Cour n’expirent pas tous en même temps, afin d’assurer une certaine continuité au sein de l’organe judiciaire. Au mois de février, la Cour élira en son sein un président et un vice-président pour un mandat de trois ans, conformément à l’article 21 de son Statut et aux articles 10 et 11 de son Règlement. La CIJ est actuellement présidée par le juge chinois, M. Shi Jiuyong, dont le mandat expire en 2012. Le vice-président est le juge malgache, M. Raymond Ranjeva, dont le mandat expire en 2009. Outre le président, le vice-président et les cinq membres nouvellement élus pour neuf ans, la Cour se compose de quatre juges élus jusqu’en 2009 (le juge français, M. Ronny Abraham, la juge anglaise, Mme Rosalyn Higgins, le juge vénézuélien, M. Gonzalo Parra-Aranguren, le juge jordanien, M. Awn Shawkat Al-Khasawneh) et de quatre juges élus jusqu’en 2012 ( le juge Abdul Koroma de Sierra Leone, le juge japonais, M. Hisashi Owada, le juge allemand, M. Bruno Simma, et le juge slovaque, M.Peter Tomka). Huit candidatures ont été présentées pour cette dernière élection. Les articles 2 à 15 du Statut de la Cour constitue le régime juridique des élections à la CIJ, comme le prévoit l’article 1§1 de son Règlement. Même si tous les Etats parties au Statut de la CIJ (191 actuellement) ont le droit de présenter des candidats, les propositions de candidature ne se font pas directement par le biais des gouvernements, et cela pour éviter toute pression d’ordre politique. Ainsi, ce sont les groupes nationaux de la Cour Permanente d’Arbitrage (ou, pour les Etats qui n’en font pas partie, des groupes nationaux constitués de la même manière, conformément à l’article 4§2 et §3 du Statut de la Cour) qui peuvent présenter chacun quatre candidats maximum. Parmi ceux-ci, seulement deux peuvent avoir la nationalité du groupe qui les a proposés. Les noms des candidats sont ensuite communiqués au Secrétaire général de l’ONU qui les communique, à son tour, à l’Assemblée générale et au Conseil de Sécurité, comme prévu à l’article 7§2 du Statut de la Cour. L’article 8 du Statut précise que l’Assemblée générale et le Conseil de Sécurité doivent procéder à ces élections indépendamment l’un de l’autre. Pour être déclaré élu, le candidat doit obtenir la majorité absolue, conformément à l’article 10§1 du Statut de la CIJ, tant à l’Assemblée générale ( 96 voix actuellement), qu’au Conseil de Sécurité (8 voix actuellement). Au sein de ce dernier, aucune distinction n’est faite entre les membres permanents et non permanents à l’égard de ce vote (article 10§2 du statut de la CIJ), et le droit de veto ne joue pas dans cette circonstance. Six tours de scrutin ont été nécessaires au Conseil de Sécurité pour élire les cinq juges parmi les huit candidats proposés. Après le retrait du candidat nigérian, M. Seidou Adamou Mazou, le juge américain et le candidat russe ont obtenu chacun 13 voix, les candidats marocain et mexicain,12 voix chacun, et le candidat néo-zélandais, 11 voix. A l’Assemblée générale, à l’issue de quatre tours de scrutin, les candidats marocains et mexicains ont réuni chacun 158 voix, le candidat néo-zélandais, 149 voix, le candidat russe, 145 voix, tandis que le juge américain a été réélu avec 134 voix. A l’issue du 2nd tour dans chacun des organes, la Tunisie et la Suède ont annoncé le retrait de leur candidat, M. Abdelfattah Amor, qui avait obtenu 2 voix au Conseil de Sécurité et 47 voix à l’Assemblée générale. Le candidat espagnol, M. Julio González Campos, avait obtenu aux élections finales 89 voix à l’Assemblée générale et 7 voix au Conseil de Sécurité. Aux termes de l’article 2 du Statut de la Cour, les juges sont élus «sans égard à leur nationalité, parmi les personnes jouissant de la plus haute considération morale, et qui réunissent les conditions requises pour l’exercice, dans leurs pays respectifs, des plus hautes fonctions judiciaires, ou qui sont des jurisconsultes possédant une compétence notoire en matière de droit international». Quant à l’article 9 du Statut, il stipule que les personnes appelées à faire partie de la Cour doivent «assure[r] dans l’ensemble la représentation des grandes formes de civilisation et des principaux systèmes juridiques du monde». Ce principe se traduit par une répartition géographique des membres de la Cour entre les principales régions du globe, à savoir : trois juges pour l’Afrique, trois pour l’Asie, cinq pour l’Europe occidentale et les autres Etats (y compris les Etats d’Amérique du Nord et d’Océanie) et deux pour l’Europe orientale (y compris la Russie). La Cour ne peut en outre comprendre plus d’un ressortissant d’un même Etat, conformément à l’article 3§1 de son Statut.
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Conseil de sécurité Résolution 1637 (2005) compétence de la MINUL pour arrêter et transférer Charles Taylor au tribunal spécial pour la Sierra Leone Philippe WECKEL
Le 11 novembre le Conseil de sécurité a adopté une résolution qui confère, sur la base du Chapitre VII de la charte, le pouvoir à la Mission des Nations Unies pour le Libéria (MINUL) de capturer l’ancien dictateur libérien Charles Taylor (dépêche, communiqué). Ce dernier fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Il devrait répondre de 17 chefs d'accusation, notamment de crimes de guerre et contre l'humanité pendant la guerre civile sierra-léonaise (acte d’accusation). Le Conseil de sécurité a ainsi attendu la fin du processus de transition au Libéria pour marquer clairement la volonté de la Communauté internationale de faire juger Charles Taylor. En effet, après des élections législatives, les élections présidentielles dont le second tour s’est déroulé le 8 novembre ont constitué la dernière étape dans la mise en œuvre de l’accord de paix signé le 18 août 2003 par Charles Taylor avant son exil au Nigeria. Le Président de ce pays, M. Olusegun Obasanjo, qui a recueilli Taylor a refusé de céder à toutes les pressions visant à le livrer au Tribunal spécial pour la Sierra Leone. En effet l’accord définissant les conditions de son exil prévoyait que le Nigeria ne remettrait l’exilé qu’à un président libérien élu. La Résolution du Conseil de sécurité interfère-t-elle dans l’exécution de cet accord ? Toutes les conditions sont réunies pour que la restitution de Charles Taylor à son pays d’origine puisse s’effectuer. La décision de l’organe exécutif de l’ONU l’emporte sur l’accord de 2003 en vertu de l’article 103 de la Charte des Nations. Cet argument devrait convaincre le Président Obasanjo de mettre fin à l’exil du fugitif s'il y était encore réticent. Cette résolution illustre parfaitement la nécessaire conciliation entre les exigences de justice et les nécessités de la paix. Pendant deux ans Taylor a été accueilli par le Nigeria qui avait accepté cette formule pour faciliter la conclusion de l’accord de paix avec le soutien de très nombreux Etats qui ont applaudi son initiative courageuse. Dans l’immédiat la paix l’a donc emporté sur la justice et la lutte contre l’impunité. Et le Conseil de sécurité rend un hommage appuyé au Président Nigerian : « Remerciant le Nigéria et son président, M. Olusegun Obasanjo, de tout ce qu’ils font pour contribuer au rétablissement de la stabilité au Libéria et dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest, et considérant que le Nigéria bénéficiait d’un large appui international lorsqu’il a décidé de pourvoir au séjour temporaire sur son sol de l’ancien Président Charles Taylor ». Aujourd'hui, l’exécution du mandat d’arrêt international s’impose non pas seulement pour répondre à l’exigence de la lutte contre l’impunité des violations massives des droits de l’homme, mais aussi pour neutraliser l’ancien dirigeant dont le retour dans son pays d’origine pourrait fragiliser la paix : « Soulignant que l’ancien Président Taylor demeure inculpé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone et considérant que son retour au Libéria constituerait un obstacle à la stabilité et une menace pour la paix au Libéria et pour la paix et la sécurité internationales dans la sous-région ». La Résolution du Conseil de sécurité ne laisse pas à la Présidente Ellen Johnson Sirleaf nouvellement élue la possibilité de refuser la livraison de Charles Taylor au Tribunal spécial pour la Sierra Leone et de le faire juger au Liberia. Il y a là une atteinte à la souveraineté de cet Etat, justifié en définitive par la nécessité de préserver le processus de paix. Devant le Conseil de sécurité le Brésil et l’Argentine s’en sont inquiétés. « Commentant ce texte, le représentant du Brésil, Henrique Valle, a tenu à souligner que la promotion de la primauté du droit relève exclusivement des institutions nationales qui peuvent toujours demander l’assistance internationale. En toute chose, il a prôné le strict respect du cadre juridique national et du droit international. Son homologue de l’Argentine, Martin Garcia Moritan, est allé dans le même sens. Il a d’abord insisté sur la nécessité pour tout processus de consolidation de la paix après un conflit de respecter les principes du droit et de la justice, l’impunité ne pouvant qu’affaiblir la réconciliation nationale. Il a souligné ensuite que tous les efforts soient déployés dans le plein respect des institutions nationales et en coordination avec le Gouvernement libérien. Il a ainsi réaffirmé l’attachement de son pays à l’état de droit et aux principes du droit international, « en toute circonstance et sans exception » ». Toutefois rien n’exclut, a priori, que le Libéria puisse juger Taylor après son procès au Sierra Leone. On attend de voir les répercussions éventuelles de cette affaire sur Hissène Habré dont l’extradition vers la Belgique est réclamée au Sénégal ( Mandat d'arrêt international de la Belgique contre Hissène Habré A. SAMPO). Le mardi 15 novembre, Hissène Habré a été arrêté à Dakar en vue de son éventuelle extradition vers la Belgique.
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TPIYTransfert officiel du procès Ademi et Norac en République de CroatieSabrina RAHMANI
Le 1 novembre 2005, le procès de Rahim Ademi et Mirko Norac a été officiellement transféré en République de Croatie par le Tribunal pénal international pour l'ex-yougoslavie, conformément à l'article 11 Bis du règlement de procédure et de preuve. La demande de transfert d’un procès peut se faire soit à l’initiative de la formation de renvoi du tribunal, composée de trois juges, soit à la demande du procureur. Une décision favorable ne sera rendue que si la formation de renvoi est persuadée que l’accusé sera jugé conformément aux standards internationaux, que toutes les conditions relatives à la protection des témoins, au procès juste et équitable ainsi que l’assurance que la peine de mort ne pourrait être imposée sont réunies. Le 14 septembre dernier, les juges avaient accepté la demande de transfert introduite par l’accusation, le 2 septembre 2004. Ils ont aussi demandé à l’accusation de remettre au procureur de la République de Croatie tous les documents soutenant l’acte d’accusation pas plus tard que 30 jours après la décision. Les deux anciens généraux croates sont accusés de deux crimes contre l’humanité et trois crimes de guerre pour le meurtre de 29 civils et de cinq soldats serbes blessés pendant une opération militaire croate visant à chasser la population serbe de la Poche de Medak entre le 9 et 17 septembre 1993. A la suite de cette opération, la région est devenue inhabitable, les villages ont été complètement détruits et la population civile a été forcée d’abandonner leurs maisons, leurs propriétés, de manière permanente. En tant que supérieurs hiérarchiques lors de l’opération, leurs responsabilités individuelles sont engagées du fait de leurs subordonnés. Ce procès est le premier à être transféré en Croatie et entre dans le cadre de la stratégie de désengorgement du tribunal afin qu’il puisse terminer ses activités d’ici 2010.
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Etats-Unis : la Cour Suprême américaine et la légalité des tribunaux militaires d’exception Antonella SAMPO
Le 7 novembre 2005, la Cour Suprême des Etats-Unis a fait part de sa décision de lancer une enquête sur la légalité des tribunaux militaires d'exception mis en place par l'administration Bush pour les étrangers suspectés de terrorisme. La Cour a enfin accepté de se pencher sur le fait de savoir si les tribunaux militaires mis sur pied par le Président américain ont compétence pour juger les détenus étrangers soupçonnés d’être impliqués dans des activités terroristes. Cette annonce, qui est intervenue peu après les déclarations du président George W. Bush, qui avait affirmé, lors de son déplacement au Panama, répondant aux questions sur les prisons secrètes présumées de la CIA, que "nous ne torturons pas", relance la discussion sur la légalité des commissions militaires (notamment le caractère discriminatoire de ces procédures). La plus haute instance judiciaire américaine décidera l'an prochain si Salim Ahmed Hamdan, le chauffeur yéménite du chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden, pourra être jugé pour crimes de guerre par des responsables militaires sur la base américaine de Guantanamo, Cuba. L'affaire Hamdam concerne la décision du Président des Etats-Unis de ne pas déférer les membres de ce groupe devant les tribunaux de droit commun comme des civils américains, ni devant une cour martiale comme des militaires américains, mais de constituer des commissions militaires, rustiques tribunaux d'exception placés sous l'autorité du Président, pour ceux que les autorités de ce pays qualifient de "combattants irréguliers" étrangers. Hamdan, un Yéménite, avait été capturé en Afghanistan en novembre 2001 et est actuellement incarcéré dans une prison militaire américaine depuis 2002. Il a été accusé de conspiration, pour avoir planifié des attaques contre des civils, de meurtres et de terrorisme. Dans le cas où la Cour suprême répondrait par l’affirmative, Hamdan serait le premier accusé à être jugé par les tribunaux spéciaux à Guantanamo. Son procès et celui de trois autres suspects ont été suspendus en novembre 2004 après qu'un verdict d'un juge fédéral de Washington eut mis en cause la légalité desdits tribunaux. En revanche, en juillet dernier, une cour d'appel a jugé conforme à la loi la poursuite judiciaire des détenus à Guantanamo. En effet, un panel de trois juges du District de Colombia, dont le juge Roberts, aujourd’hui Président de la Cour, avait débouté Hamdan, estimant que les Conventions de Genève de 1949 ne s'appliquaient pas pour les membres d'Al-Qaïda. La Cour avait estimé que Hamdan ne pourrait pas se prévaloir de ce droit à la non-discrimination conféré par la 3ème Convention de Genève. En effet, les droits individuels du prisonnier de guerre résultant de cette convention ne sauraient, selon la Cour, être mis en oeuvre devant les juridictions fédérales ( voir à ce sujet, l’affaire Avena devant la CIJ). En 2004, se saisissant d'une première série d'affaires liées à la guerre contre le terrorisme menée par l'administration Bush, la juge Sandra Day O'Connor, aujourd'hui sur le départ, écrivait qu'un "état de guerre n'équivaut pas à un chèque en blanc pour le président quand il s'agit des droits des citoyens du pays". C'est désormais la situation des ressortissants étrangers inculpés par une justice militaire d'exception que la Cour suprême va examiner. Le porte-parole du Pentagone, le Major Michael Shavers, a déclaré que « le département continue de croire que la procédure devant les commissions militaires est la meilleure façon de juger les violations du droit de la guerre ». Michael Greenberger, ex-membre du ministère de la Justice sous Bill Clinton et professeur de droit à l'Université du Maryland est convaincu que cette décision de la Cour Suprême d’enquêter sur la légalité des dits tribunaux militaires, «ouvre la boîte de Pandore ». Il convient de rappeler que 50 des 660 détenus de Guantanamo ont saisi une juridiction fédérale pour déterminer leur statut et que 500 étrangers y sont aujourd’hui détenus.
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Etats-Unis inculpation de cinq autres détenus de Guantanamo Antonella SAMPO
Quelques heures après l’annonce de la décision de la Cour Suprême d’enquêter sur la légalité des tristement fameux tribunaux militaires pour les détenus étrangers soupçonnés de terrorisme, le Pentagone a rendu publique l’inculpation de cinq nouveaux détenus de la prison américaine dans la baie de Guantanamo à Cuba pour complot lié au terrorisme, portant à 9 le nombre de détenus inculpés dans la base ( voir le communiqué du Pentagone). Les inculpés sont Bhassan Abdoullah al Sharbi et Jabrain Said ben al Qahtani, originaires d'Arabie Saoudite, l'Algérien Sufyian Barhoumi, l'Ethiopien Binyman Ahmed Mohamed et le Canadien Omar Ahmed Khadr. Ce dernier, âgé aujourd’hui de 19 ans et accusé d’avoir tué un soldat américain en Afghanistan, n’avait que 15 ans lors de son arrestation par les autorités militaires en juillet 2002. Aucune date n'a été fixée pour les procès de ces cinq détenus devant des commissions militaires américaines. Il semble que tout dépendra de la décision que rendra la Cour Suprême dans l’affaire Hamdan. Il convient de rappeler que seul le Comité international de la Croix Rouge est autorisé à pénétrer dans l’enceinte du centre de détention de Guantanamo. Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld avait indiqué, à cet égard, que les Etats-Unis maintenaient sa politique de Washington d'interdiction d’accès de la base navale de Guantanamo à Cuba aux représentants des Nations unies. S'exprimant lors d'une conférence de presse, M. Rumsfeld a indiqué qu'il n'était pas "approprié" de donner au personnel des Nations unies le même accès à Guantanamo qu'aux responsables de la Croix-Rouge. "Il faut qu'il y ait une limite", a dit M. Rumsfeld, soulignant que ce refus américain était une politique du gouvernement des Etats-Unis. Il faisait référence à un cas spécifique dans lequel des experts de l'ONU ont été invités la semaine dernière à visiter Guantanamo, mais sans pouvoir interroger les détenus. Les experts de l'ONU ont expliqué qu'il n'y avait aucun intérêt à visiter la base si l'accès aux prisonniers leur est refusé ( voir la dépêche). Un grand nombre des 500 détenus de Guantanamo y sont prisonniers depuis plus de trois ans et demi sans accusation ni accès à des avocats. La plupart ont été capturés en Afghanistan lors de la guerre en 2001, et sont suspectés de liens avec le réseau al-Qaïda ou le régime taliban. Plus tôt cette année, une enquête interne de l'armée américaine a découvert de nombreux cas de sévices sur les prisonniers dans cette base. Environ 200 détenus mènent une grève de la faim en rotation depuis août pour protester contre leur détention sans limite de temps ni procès (voir le rapport du 4 juillet 2004 d’Anne-Marie Lizin).
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La stratégie mondiale de lutte contre la grippe aviaireSabrina RAHMANI
Face à la menace d’une pandémie de grippe, de nombreuses réunions internationales se sont tenues lors des derniers mois, notamment, une réunion organisée le 31 octobre2005 en Australie dans le cadre du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) dont le thème était « préparation et réponse contre une épidémie de grippe aviaire ». Celle-ci a réuni, à Brisbane, les experts de la santé publique et les coordinateurs de la gestion des catastrophes venant des régions d’Asie-Pacifique . Pour le ministre australien des affaires étrangères, Alexander Downer, l’objectif de cette réunion est de garantir la mise en place de mesures appropriées en cas d’épidémie. Il a aussi précisé que son gouvernement serait peut être forcé de fermer les frontières aux personnes qui fuient une propagation de la grippe aviaire afin d’éviter que le pays ne soit infecté par le virus. Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) toutes ces réunions ont permis de recenser plusieurs questions essentielles en rapport avec la préparation aux pandémies et d’alerter plusieurs pays du manque d’accès aux antiviraux ainsi que des méthodes obsolètes de production de vaccins antigrippaux humains. Selon l’organisation, une dizaine de fabricants de vaccins au moins , travaillent actuellement dans dix pays environ à des projets de démonstration dont l’objectif est d’élaborer et d’évaluer des vaccins dirigés principalement contre le sous type H5N1. Du 7 au 9 novembre 2005 une réunion intitulée « le virus H5N1 : vers une stratégie mondiale » a eu lieu à Genève au siège de l’OMS en présence de 400 experts en santé, décideurs politiques, économistes et industriels. L’objectif était de mettre en place une stratégie mondiale pour lutter contre la grippe aviaire et prévenir une pandémie de grippe humaine. Pour l’OMS cette réunion sera l’aboutissement des réunions internationales qui se sont tenues ces dix dernières semaines. Cette conférence internationale fut organisée conjointement par l’OMS ,l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO),l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et la Banque mondiale, regroupant au total plus de 600 délégués venant de plus de 100 pays. Elle a fait suite à une réunion d’experts sur la mise au point de vaccins contre la grippe pandémique du 2 au 3 novembre 2005. Les mots clefs de la stratégie adoptée le 9 novembre 2005 sont les contrôles à la source, la surveillance et la détection, les politiques d’endiguement rapide, la préparation à une pandémie humaine et le plan d’action de pays intégrés ainsi que les communications. Une série de mesures a été énoncée par les hauts responsables et les spécialistes afin de faire face à la menace du virus grippal H5N1, il s’agit notamment de :
Par ailleurs, la réunion a aussi porté sur les principaux besoins financiers des pays à court, moyen et long terme. Selon une analyse de la Banque mondiale, les besoins des pays touchés au cours de ces trois prochaines années, pourraient atteindre 1 milliard de dollars. L’appel en faveur de la mobilisation d’urgence de 35 millions de dollars pour financer les mesures prioritaires de l’OMS, de la FAO et de l’OIE pendant ces six prochains mois, a été approuvé par les participants. Néanmoins, d’autres ressources doivent être recueillies d’urgence pour financer les activités de surveillance, de lutte et de préparation dans les pays. L’OMS a besoin d’urgence de moyens pour aider les pays à améliorer les systèmes de surveillance essentiels et à renforcer les systèmes d’alerte précoce ainsi que les capacités en matière de communication. A l’ouverture de la conférence internationale, le directeur de la division production et santé animale de la FAO, M. Samuel Jutzi, a indiqué qu’un programme d’investissement mondial était nécessaire pour contrer ou stopper la circulation du virus chez les animaux et réduire les possibilités de son éventuelle transmission à l’homme. La FAO a aussi souligné l’importance de la diffusion de rapports sur les foyers de la maladie et l’échange des informations épidémiologiques ainsi que des échantillons du virus. Concernant la Banque mondiale, elle a mis en place un nouveau programme de lutte contre la grippe aviaire doté de 300 à 500 millions de dollars , qui devrait commencer à fournir aux pays qui en ont besoin pour combattre le virus ,dans les prochaines semaines. M. Jim Adams, Vice-président du département Politique opérationnelle et services aux pays (OPCS) de la Banque mondiale et chef de la délégation de cette dernière à la conférence de Genève, a indiqué que la Banque se préparait, dans un premier temps, à soumettre à son Conseil, immédiatement après la conférence de Genève, son propre mécanisme de financement qui couvre une enveloppe de 500 millions de dollars maximum afin d’aider les pays dans la phase initiale. L’autre volet de l’action consistera à fournir des financements pour renforcer les systèmes sanitaires de surveillance qui doivent être intégrés aux activités vétérinaires. Il a aussi ajouté que ce mécanisme de financement, analogue a celui utilisé par la Banque mondiale pour financer les programmes de lutte contre le SIDA en Afrique, permettra aux pays à faible revenu d’avoir immédiatement accès à des dons et à des crédits concessionnels de l’institution de prêt de la Banque, à savoir l’Association internationale de développement .La Banque étudie aussi, avec des bailleurs de fonds tels que la Commission européenne , et avec l’OMS, la FAO et l’OIE , la possibilité de créer un fond fiduciaire multidonneurs spécifiquement chargé de financer les plans d’action mis en place par les pays pour combattre la grippe aviaire. De son côté, la Commission européenne a affecté jusqu'à 30 millions d’euros pour aider les pays partenaires d’Asie à relever le défi de la grippe aviaire en 2006. La décision concernant l’allocation de cette somme sera prise dés qu‘une évaluation internationale des besoins a moyen et à long terme aura été effectuée. Depuis son apparition en Asie en 2003, la grippe aviaire a provoqué l’abattage de 150 millions d’oiseaux. L’impact économique est estimé à plus de 10 milliards de dollars dans les pays affectés. L’OIE et la FAO ont estimé le coût du plan d’urgence pour les pays les plus défavorisés d’Asie du sud -est à 102 millions de dollars et à 75 millions de dollars celui de l’aide à l’Europe de l’est et à l’Afrique. Jusqu'à présent, seuls 30 millions de dollars ont été versés par l’Allemagne, le Japon, les Pays-Bas, la Suisse et les Etats-Unis, pour lutter contre la maladie chez les animaux. Aujourd’hui le virus H5N1 est fermement implanté chez les animaux en Asie et commence à s’étendre à Europe. Depuis le 19 octobre 2005, la FAO alertait que le risque de contamination au Moyen-Orient et en Afrique s’accroîssait, notamment, par les oiseaux migrateurs, depuis l’apparition de la grippe aviaire en Roumanie et en Turquie. Le 29 septembre 2005, le coordinateur principal du système des Nations Unies pour les grippe aviaire et humaine, David Nabarro, a indiqué que la menace d’une pandémie de grippe frappant les humains était quasiment certaine si la grippe des oiseaux n’était pas maîtrisée. Il a aussi affirmé que le nombre de victimes pourrait s’étaler entre 5 millions et 150 millions. Le 3 novembre 2005, il avait indiqué ,lors d’une conférence de presse donnée au siège de l’ONU à New York , à l’issue d’une réunion organisée par le Conseil économique et social afin d’étudier les réponses à la pandémie de la grippe aviaire en présence de gouvernements et de la société civile, que le coût de la prévention était estimé à 425 millions de dollars tout en rappelant qu’un grand nombre de pays n’avaient pas les ressources nécessaires pour lutter contre la maladie. |