Philippe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Roland ADJOVI-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Florina COSTICA-- Tidiani COUMA

Maya LAIDI-- Suany MAZZITELLI-- Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Virgile RENAUDIE-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEl-- Sébastien TOUZE

 

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SOMMAIRE

 

 
 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 
 

FRANCOPHONIE

 

 

 
 

 

 

 
 

F A O

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 

 

   

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Cinquième Commission:

 difficultés dans l’adoption de la décision sur les propositions de réforme du Secrétaire général

 

Sarah CASSELLA

 

La Cinquième Commission de l’Assemblée générale rencontre de nombreuses difficultés dans l’examen des propositions de réforme présentées par le Secrétaire général. Il était en effet prévu qu’elle termine ses travaux le 27 avril, mais malgré une journée de débats ainsi que de nombreuses suspensions consacrées à des consultations supplémentaires, le projet de texte « Investir dans l’Organisation », présenté par l’Afrique du Sud, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, et répondant aux 23 propositions du Secrétaire général pour une Organisation plus efficace, n’a pas rencontré une acceptation générale. L’Afrique du Sud, qui a présenté de nouveaux amendements, a demandé que la Commission prenne une décision au plus vite, par consensus.  Jugeant les changements insuffisants, l’Autriche, au nom de l’Union européenne, la Nouvelle-Zélande, au nom du Groupe CANZ, les États-Unis et le Japon ont affirmé que le texte ne rencontrait pas le consensus et qu’un vote accéléré ne pouvait pas constituer une solution acceptable.  Le représentant de l’Union européenne a en effet estimé qu’il reste des problèmes qui touchent à des questions fondamentales.  L’Union souhaite l’assistance du Président de l’Assemblée générale pour résoudre cette question, alors qu’une quarantaine d’Etats a déjà écrit à ce dernier pour lui demander d’intervenir. L’Afrique du Sud a insisté sur la volonté du Groupe des 77 et de la Chine de voir la question réglée au niveau de la Commission.

Le Secrétaire général a reconnu dans une lettre que deux de ses propositions avaient engendré, des controverses importantes.  Il a donc suggéré que la proposition n° 20, recommandant de nouveaux principes de dialogue entre le Secrétariat et l’Assemblée générale sur les questions de gestion et budgétaires, et la proposition n° 21, invitant l'Assemblée à modifier les modalités de son dialogue avec le Secrétariat sur ces questions, soient mises de côté, afin de permettre une rapide adoption du projet de résolution par consensus. Le représentant de l’Afrique du Sud, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, s’est dit prêt à supprimer toutes les parties du projet de résolution concernant les propositions 20 et 21 et a proposé une nouvelle formulation par laquelle la Commission prendrait note de la lettre du Secrétaire général et de l’abandon de l’examen des propositions 20 et 21.  Les États-Unis ont estimé que cette suggestion n’était pas acceptable, alors que l’Union européenne a déclaré vouloir suivre la suggestion du Secrétaire général.  Le Japon s’est également prononcé contre la proposition du Groupe des 77 qui, selon lui, ne pourrait conduire qu’à une nouvelle divergence de vues. Le représentant de l’Afrique du Sud a estimé que les propositions 20 et 21 doivent être définitivement abandonnées et ne doivent en aucun cas faire l’objet d’un nouvel examen devant l’Assemblée générale (v. toutes les déclarations).

La Cinquième Commission avait commencé l’examen des propositions du Secrétaire général pour mettre en œuvre la réforme de l’ONU au début du mois d’avril. Ces propositions avaient été présentées le 3 avril à l’Assemblée générale par le Vice-Secrétaire général de l’ONU, Mark Malloch Brown et intéressaient six domaines: le capital humain, la qualité de l’encadrement, l’informatique/télématique, les prestations de services, le budget et les finances, la gouvernance, ainsi que la gestion du changement. Le Vice-Secrétaire général a incité les Etats à donner au Secrétariat les moyens de mieux s’acquitter de ses responsabilités. 

Présentant la position du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB,) son Président, Rajat Saha, a déclaré que cet organe recommandait au Secrétaire général d’établir un rapport d’application détaillé avant la fin du mois de mai 2006, présentant concrètement les moyens nécessaires à la mise en œuvre des propositions, le rendement des investissements prévus et le calendrier de mise en œuvre. Le représentant de l’Autriche, au nom de l’Union européenne, avait mis l’accent sur le principe de responsabilisation ; plusieurs délégations ont mentionné que la responsabilisation était un élément clef de la réforme en souhaitant que l’on mette en place des objectifs qui permettront d’évaluer les performances du Secrétariat. Le représentant de l’Afrique du Sud, au nom du Groupe des 77, avait souhaité que l’on introduise des mesures conformes à la nature intergouvernementale de l’Organisation. Dans le même ordre d’idées, la représentante de la Norvège s’est exprimée contre toute nouvelle structure de gouvernance qui atténuerait les pouvoirs du Secrétaire général ou porterait atteinte au caractère multilatéral de l’ONU. La Cinquième Commission a également entendu le 4 avril les déclarations des représentants du Pakistan et du Nigeria qui ont souhaité que la réforme n’entrave pas le rôle de contrôle et l’autorité de l'Assemblée générale. Soulignant l’importance de ce rapport pour parvenir à une Organisation plus moderne, plus efficace et plus performante, les représentants de l’Australie au nom du Groupe de CANZ, des États-Unis, de l’Inde et du Japon ont souhaité des mesures rapides, d’ici au 18 avril, pour améliorer la gestion et la transparence de l’ONU conformément aux ambitions du Document final du Sommet de 2005.  La Cinquième Commission aurait donc dû se prononcer avant cette date afin de permettre au Secrétariat de présenter son rapport au plus vite.

Le représentant de la Fédération de Russie s’est prononcé contre la délocalisation proposée des services linguistiques et de traduction en raison des risques que cela comporte en termes de qualité.  Il a encore estimé, contrairement à l’avis du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires, que la répartition des fonctions entre le Secrétaire général et le Vice-Secrétaire général dépassait les prérogatives du Secrétaire général. La délégation de la République de Corée, a divisé en trois catégories les 23 propositions du Secrétaire général, en définissant un ordre de priorité :

-celles de la prérogative du Secrétaire général n’exigeant pas l’approbation de l'Assemblée;

-celles de la prérogative du Secrétaire général avec des incidences financières exigeant l’intervention de l'Assemblée;

-celles exigeant une décision de l'Assemblée.

Il a demandé au Secrétaire général de mettre en œuvre rapidement les propositions dépendant exclusivement de sa prérogative.

Parmi les questions débattues et controversées figuraient également les prestations du personnel sur le terrain, le renforcement du Fonds de roulement, la création d’un Fonds de réserve pour les fluctuations monétaires, l’imposition d’intérêts sur les arriérés, la transparence du processus de sélection des cadres, les achats dans les opérations de maintien de la paix, le projet de Bureau de la gestion du changement. Le Chef du cabinet du Président de l'Assemblée générale a rappelé que des consultations soutenues avaient été menées depuis début mars 2006 pour permettre à la Cinquième Commission de conclure ses travaux. Une nouvelle réunion devait se tenir avant la fin du mois d’avril pour essayer d’obtenir un accord a minima (v. les déclarations du 3 avril et les déclarations du 4 avril).

 

archive de Sentinelle 

 


Cinquième Commision : « Plan-cadre d’équipement »

 

Florina COSTICA

 

Dans un projet de résolution intitulé « Plan-cadre d’équipement », adopté par consensus le 24 avril 2006, la Cinquième Commission a recommandé à l’Assemblée générale de débloquer environ 100 millions de dollars pour une remise en état du siège de l’ONU à New York. Ainsi, dans un premier temps, l'Assemblée générale ouvrirait un crédit de 23,5 millions de dollars pour financer les phases de conception et d'élaboration des études techniques, en autorisant, dans un deuxième temps, le Secrétaire général à engager, pour le prochain exercice biennal, des dépenses d'un montant maximum de 77 millions de dollars, somme qui financera, lors de la rénovation du siège, la construction et l'équipement d'un centre de conférences provisoire, ainsi que la location de locaux à usage de bureaux transitoires. 

Ce « plan-cadre » de rénovation est censé pallier les insuffisances en termes de sécurité (manque de diffuseurs d'eau en cas d'incendie) et en matière de normes environnementales (présence de l’amiante, gaspillage d’énergie en raison du manque d’isolation) des sept bâtiments du complexe des Nation Unies.

Après plus d’un demi-siècle de sa construction, le siège de l’ONU serait enfin rénové. Aux travaux participerait aussi un des douze architectes qui ont conçu la première construction. Il s’agit du nonagénaire Oscar Niemeyer que le directeur exécutif du nouveau « Plan-cadre » est allé rencontré au Brésil pour le consulter sur la possibilité de construire un bâtiment permanent sur la pelouse nord du siège.

 

 


Sahara occidental:

Rapport du Secrétaire général de l’ONU

 
Tidiani COUMA
 

La  situation au Sahara Occidental  revient ces derniers jours sur le devant de la scène internationale. Objet de nombreuses missions spéciales et de multiples rapports garantissant indistinctement le droit légitime du peuple sahraoui à l'autodétermination, le dossier, qui sommeille indéfiniment dans les tiroirs de l’Organisation mondiale depuis 1975, est encore une fois «réactivé» par le Secrétaire général de l'ONU.

 Dans son Rapport, rendu public le 19 avril 2006, le Secrétaire général, Kofi Annan, a signalé que les Nations Unies ne peuvent  soutenir un plan qui exclut un référendum légitime, alors qu'elle recommande de concéder l'autodétermination au peuple du Sahara occidental en référence à la proposition d'autonomie que le Maroc souhaite pour ce territoire, annexé  depuis 1975, date de départ des Espagnols.

C'est l'un des passages de ce rapport  qu’il a présenté devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Ainsi Kofi Annan semble remettre implicitement en question tous les travaux réalisés par ses prédécesseurs et renvoie les deux parties à des négociations directes, sans préalable aucun.

Tout en exprimant sa vive préoccupation quant au blocage qui caractérise la situation au Sahara occidental, M. Annan a ajouté que le Conseil de sécurité n'allait pas permettre la prolongation de ce blocage et de l'instabilité dans la région, menaçant ainsi la paix et la sécurité internationales. A ce titre, il  recommande que le mandat de la MINURSO soit prorogé pour une nouvelle période de six mois, jusqu'au 31 octobre 2006.

Le Secrétaire général de l'ONU s'est dit particulièrement inquiet par les démonstrations de force, après les récentes manifestations au Sahara, et par la «qualité» des procès qui s'y tiennent à l'encontre des manifestants arrêtés. «Bien que la Mission des Nations Unies pour le Sahara occidental (Minurso) ne soit pas habilitée à intervenir à ce sujet, l'ONU est engagée dans la défense des principes internationaux des droits humains».

Il est établi en droit international, rappelle le Secrétaire général, qu'il n'y a « aucune raison valable pour que les règles concernant la décolonisation et l'autodétermination » ne s'appliquent pas au Sahara occidental, ainsi que l'avait déclaré la Cour internationale de justice dans un avis consultatif en date du 16 octobre 1975.

Réaction :

 Algérie : dans un communiqué, le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères, Mohammed Bedjaoui, a indiqué que « le rapport du Secrétaire Général des Nations Unis concernant le conflit du Sahara Occidental souffre de lacunes ». M. Bedjaoui  qui a rencontré, à New York, Kofi Annan, lui a réitéré la position de l’Algérie sur cette question. Le communiqué rappelle les remarques faites par le ministre algérien des Affaires étrangères à Kofi Annan, concernant la grave dérive qui pourrait se produire au cas où le Conseil de Sécurité et le Secrétaire général des Nations Unis dévieraient de la légitimité internationale et que cela aurait des conséquences fâcheuses sur la stabilité dans la région.

 


Le Secrétaire général de Nations Unies appelle la société civile

à un rôle plus actif dans la réforme

 

Fatma RAACH

 

Lors de la conférence annuelle de l’Association des Nations Unies en Grande Bretagne et en Irlande du Nord, M.Annan a rappelé les nouvelles mesures prises depuis le sommet de 2005 dans le cadre de la réforme de l’organisation, axée sur une plus grande transparence et effectivité pour le bien de l’humanité. Il a rappelé que la réalisation de ces objectifs ne doit pas dépendre uniquement du rôle des gouvernements et des organisations internationales, car elle doit associer la société civile et les hommes et femmes du monde entier qui comprennent la nécessité d’agir en commun et qui luttent contre les dangers communs. Il a ajouté que ceci constitue l’essence du multilatéralisme effectif.

 

archive de Sentinelle 

 


ONU/Conseil de Sécurité: la question palestinienne

« The two States solution »

 

Suany MAZZITELLI

 

Le Conseil de Sécurité a consacré sa séance du 24 avril 2006 à la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne. Si le Conseil n’a adopté aucune mesure particulière lors de cette réunion, il convient toutefois de mettre en évidence les remarques faites à cette occasion au regard de l’avenir d’une solution négociée entre Israël et la Palestine dans l’établissement de l’Etat palestinien (S/PV.5419).

M. Alvaro de Soto, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, a dressé un tableau de la situation plutôt défavorable à la coopération entre Israël et la Palestine, dans l’établissement du nouveau Etat palestinien.

En effet, le Coordonnateur spécial a affirmé que l’on assistait « à une détérioration du conflit israélo-palestinien qui risque d’être dangereuse » (voir message du Secrétaire général du 26 avril 2006).

M. Soto a souligné comment l’attitude adoptée par le nouveau gouvernement palestinien au regard des principes posés par le Quatuor, avait provoqué le désengagement financier de plusieurs grands bailleurs de fonds au regard de l’Autorité palestinienne. Si ces mêmes bailleurs ainsi que d’autres donateurs s’étaient déclarés prêts à offrir une contribution financière, pour satisfaire aux besoins de base du peuple palestinien, il fallait constater que pour l’instant aucun appui financier n’avait été confirmé, ni reçu et que le gouvernement avait « d’immenses difficultés à assumer ses frais de fonctionnement » et notamment à verser les salaires des fonctionnaires, dont le personnel de sécurité. « La situation de non droit, déjà endémique, s’aggrave face aux événements entourant le commandement et le contrôle des forces de sécurité ». A cela s’ajoutent les « dissensions persistantes entre la Présidence et le nouveau Gouvernement », ainsi que celles entre le Hamas et le Fatah, le Hamas accusant le Fatah de « conspirer » dans le but de lui empêcher de gouverner et en vue de renverser le Gouvernement et la Fatah rejetant ces allégations.

M. Soto a examiné ensuite le problème du point de vue israélien. En Israël, les négociations sur la formation du nouveau Cabinet se poursuivent et devraient arriver à terme dans un avenir très proche. Les discussions pour la formation d’une coalition (de Gouvernement) se fondent sur le programme présenté par le Premier Ministre par intérim, M. Olmert. Néanmoins, le Cabinet provisoire israélien a décrété, le 11 avril, que l’Autorité palestinienne était devenue « une entité terroriste », déterminant ainsi son hostilité à des négociations avec celle-ci, et affichant, de ce fait, son opposition à toute solution concertée avec les représentants palestiniens (voir communiqué du 24 avril 2006). Si M. Olmert avait indiqué avoir la ferme intention d’établir les frontières permanentes d’Israël, en éliminant les colonies de peuplement à l’est de la barrière de sécurité, cet engagement était unilatéral. Dans son projet, en outre, l’élimination des colonies à l’est de la barrière, s’accompagnait du renforcement des plus grandes colonies de peuplement et de l’intention de relier Jérusalem à Ma’ale Adumin.

Le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient a également dénoncé, devant le Conseil de sécurité, l’augmentation alarmante de la violence, depuis le 30 mars 2006, entre Israéliens et Palestiniens (voir communiqué du 17 avril 2006). En effet, si le Président palestinien, M. Abbas, avait condamné les deux attaques perpétrées contre Israël, le 30 mars et 17 avril (voir communiqué du 17 avril 2006), en exhortant le Quatuor à intervenir afin d’empêcher la détérioration de la situation, l’absence d’une condamnation formelle de la part du gouvernement palestinien, dirigé par le Hamas (voir communiqué du 25 avril 2006), de ces mêmes attentats, considérés par ce dernier comme des actes de résistance légitimes contre l’agression et l’occupation israéliennes, avait provoqué une recrudescence immédiate de la violence policière et militaire de la part d’Israël. Le gouvernement israélien, tout en exprimant ses regrets quant aux morts civils, avait toutefois indiqué qu’il avait l’intention d’intensifier ses opérations (voir communiqué du 26 avril 2006), qu’il qualifiait de « réaction à la préparation d’actes terroristes », si aucune mesure n’était prise pour prévenir les attaques palestiniennes (voir liste des organisations terroristes de l’Union européenne).

M. Soto a également souligné qu’Israël continue de retenir les revenus fiscaux qu’il perçoit au nom de l’Autorité palestinienne. Par ailleurs, Israël a annoncé qu’il se servira d’une partie de cet argent pour payer l’électricité, l’eau et le carburant dus aux entreprises israéliennes par l’Autorité palestinienne. L’Autorité palestinienne, qui avait déjà des sérieuses difficultés fiscales avant l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, se trouve confrontée à un recul de l’activité économique palestinienne, accru par la crise bancaire. M. Soto a souligné que les risques qui découlent de cette crise sont multiples. D’une part, il est à craindre une révolte des forces de sécurité, d’autre part, la situation humanitaire se détériore et la crise budgétaire pourrait l’accroître. Enfin, l’Autorité palestinienne risque de ne pas être en mesure de fournir aux palestiniens les services essentiels à la survie.

M. Alvaro de Soto a ensuite attiré l’attention du Conseil sur les bouclages et la construction de la barrière, pour lesquels les responsabilités israéliennes sont bien établies au titre du droit international et qui apparaissent comme les facteurs principaux de la récession de l’économie palestinienne. Rappelant au Conseil que l’Accord réglant les déplacements et le passage entre le territoire palestinien et israélien avait été le fruit de plusieurs mois d’efforts laborieux déployés par l’Envoyé spécial du Quatuor, M. James Wolfensohn, et de l’intervention, à la dernière minute, du Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Mme C. Rice, M. Soto a souligné l’insuffisance de sa mise en œuvre.

Parmi les six volets de l’Accord, seulement celui relatif à la traversée du point de passage de Rafah pourrait être qualifié de satisfaisant. Quant au point de passage de Karni, sa réouverture au mois d’avril n’a été consentie que pour un  nombre déterminé de jours, avec une moyenne de passage de loin inférieure à celle prévue par l’Accord. Malgré l’ouverture du passage de Kerem Shalom pour l’importation de produits alimentaires en provenance d’Egypte, aucun produit n’est exporté par cette voie. À ces difficultés, s’ajoute également la décision prise par Israël d’accélérer la construction du mur autour et à l’intérieur de Jérusalem, malgré l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (voir avis consultatif du 9 juillet 2004 et résumé). La Haute Cour de justice israélienne a récemment rejeté une pétition contre la construction de la barrière à Jérusalem – Nord (voir communiqué du 20 avril 2006, voir aussi communiqué du 8 février 2005).

M. Soto a enfin exposé au Conseil les principaux défis à relever afin de garantir la paix et la stabilité dans la région (voir communiqué du 24 avril 2006). Le premier défi étant la stabilisation des conditions de sécurité, M. Soto a affirmé que la responsabilité principale dans ce domaine « incombe absolument aux parties » qui doivent prendre des mesures fermes pour prévenir les attentats et les attaques à la roquette. Néanmoins, le Coordonnateur spécial a souligné que dans la situation actuelle il existait un élément d’incertitude au regard de l’organe chargé de la responsabilité du maintien de l’ordre public au sein de l’Autorité palestinienne.  Quant au deuxième défi, celui-ci serait de répondre aux besoins essentiels du peuple palestinien. Les entités de l’ONU devront continuer de s’acquitter de leurs responsabilités, conformément à leurs mandats respectifs, en continuant leurs échanges avec leurs homologues de l’Autorité palestinienne. Le Conseiller spécial a envisagé à cet égard que les contacts politiques pourraient se faire à la discrétion du Secrétaire général. L’ONU continuera à collaborer avec toutes les parties présentes en vue de trouver le moyen de satisfaire les besoins des Palestiniens. Toutefois, M. Soto a souligné que l’intensification prévue des activités des organisations gouvernementales et des organismes des Nations Unies (voir communiqué du 26 avril 2006) ne saurait pas combler le vide créé, si l’Autorité palestinienne n’était plus à même de fournir les services de base qu’elle fournit à l’heure actuelle à sa population. Le troisième défi consiste selon M. Soto à reconnaître que les deux parties ont pris des trajectoires différentes de celles empruntées, lorsque la Feuille de route a été rédigée par le Quatuor et approuvée par le Conseil de sécurité. M. Soto a souligné à cet effet que « [i]l n'est pas exagéré de dire que la perspective de réaliser la solution de deux Etats [Israël et la Palestine], selon la voie tracée par la Feuille de route, se soient à présent réduites en raison d'une combinaison de  facteurs », dont le changement de cap radical de la part du nouveau Gouvernement palestinien et les faits accomplis sur le terrain par la partie israélienne, qui posent la question de savoir « s’il sera un jour possible de réaliser un Etat palestinien viable et d’un seul tenant » (voir communiqué du 24 avril 2006).

M. Soto a conclu son discours en soulignant que l’ONU devait faire face à cette nouvelle situation avec un juste dosage de strict respect des principes de base et de « créativité » afin de répondre à une réalité qui évolue très rapidement. Le Secrétaire général a invité les membres du Quatuor à se réunir à New York, le 9 mai 2006, afin de discuter de ces questions. 

Le Ministre des affaires étrangères français, M. P. Douste-Blazy, avait déjà exprimé son point de vue au regard de ces problématiques lors d’un entretien avec « Radio J », le 23 avril 2006. Par ailleurs, le Président de l’Autorité Palestinienne, M. M. Abbas, effectue une visite de travail en France, pour rencontrer, à Paris, le Président de la République, le 27 avril (voir propos liminaires de Jaques Chirac et de M. Abbas, déclaration du 28 avril 2006), et le 28 avril M. P. Douste-Blazy. Sont au cœur de ces entretiens les questions des modalités de poursuite de l’aide internationale aux Palestiniens, ainsi que les questions de l’évolution politique interne dans les Territoires palestiniens et des perspectives de reprise d’un processus politique négocié entre Israéliens et Palestiniens (voir aussi point de presse du 26 avril 2006). Les autorités françaises devraient également se rendre par la suite en Israël.   

La ministre déléguée aux Affaires européennes, Mme C. Colonna, dans un entretien avec « RTL », le 27 avril 2006, a réaffirmé le point de vue de l’Union européenne sur la question palestinienne, notamment sur la question de l’aide. Tout en rappelant les principes énoncés par le Quatuor (voir déclaration du 30 mars 2006 et la déclaration du 30 janvier 2006), Mme Colonna ne s’est toutefois pas exprimée sur la future réunion de celui-ci.

Les Etats-Unis ne se sont pas prononcés sur la question de la situation palestinienne, exposée devant le Conseil de sécurité. Il est à noter, en revanche, la demande de rapatriement de l’aide directe fournie à l’Autorité palestinienne (voir communiqué du 25 avril 2006).    

 

archive de Sentinelle 


RDC:

Autorisation de déploiement d'une force d'appui de l'Union européenne

 

Sabrina RAHMANI

 

Le 25 avril 2006, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 1671 (2006), qui a autorisé  le déploiement d'une force de l'Union européenne,  EUFOR RD Congo , afin de soutenir la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (MONUC) durant la période des élections présidentielles dans le pays, prévues au mois de juin prochain. Cette résolution a été adoptée après que les membres aient été saisis du document S/2006/253, qui contenait le texte d’un projet de résolution élaboré au cours des consultations préalables du Conseil. Elle autorise le déploiement pour une période s'achevant quatre mois après la date du premier tour des élections présidentielles et législatives, prévues le 18 juin.

De plus, le Conseil a décidé que la force de l'Union européenne sera autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires, dans la limite de ses moyens et capacités, pour apporter son soutien à la MONUC, au cas où elle rencontrerait des difficultés. Il a ajouté aussi qu’elle apportera son aide à la protection des civils et de l'aéroport à Kinshasa, pour assurer la sécurité et la liberté de mouvement du personnel, ainsi que la protection de ses propres installations, et pour effectuer des opérations à caractère limité, afin d’apporter assistance aux individus en danger.

De son côté, le représentant de la France, M. Jean-Marc de La Sablière, s’est réjoui de l’adoption de cette résolution qui, selon lui, témoigne de l’engagement de la communauté internationale, et notamment des Nations Unies et de l’Europe, en faveur du processus de paix en RDC. 

Par ailleurs, le 27 avril 2006, le Conseil de l'Union européenne a adopté une action conjointe sur l'opération de l'UE d'appui à la MONUC pendant la période électorale. Cette action conjointe, qui représente la base juridique de l’opération européenne, en précise le cadre. Ainsi, l'opération militaire sera conduite en plein accord avec les autorités de la RDC et en étroite coopération avec elles et avec la MONUC. Cette opération autonome sous la direction de l'UE sera menée dans le cadre de la PESD. La déclaration du Haut représentant, M. Javier Solana, soutient cette même approche.  

De plus, le Conseil de l'UE a nommé le Général de corps d'armée Karlheinz Viereck (Allemagne) commandant de l'opération de l'UE et le Général de division Christian DAMAY (France) commandant de la force de l'UE. EUFOR RD Congo comportera le déploiement d'un élément avancé à Kinshasa d'environ 400 à 450 personnels militaires, ainsi que la disponibilité d'une force en attente, de la dimension d'un bataillon, située au-delà de l'horizon hors du pays, mais rapidement déployable si nécessaire sur décision de l'UE.

La décision de lancement de l'opération sera prise à une date ultérieure et à la lumière du calendrier électoral congolais. S’agissant de l'état-major de l'opération de l'UE, il sera situé à Potsdam, en Allemagne. Enfin, sous la responsabilité du Conseil de l'UE, le Comité politique et de sécurité exercera le contrôle politique et la direction stratégique d'EUFOR RD Congo.

 


Situation aux îles Salomon

 

Tidiani COUMA

 

Les Iles Salomon, un archipel d'un demi-million d'habitants à 1 200 kilomètres au nord-est de l'Australie, ont retrouvé le calme après avoir été le théâtre de deux jours d'émeutes suite à la nomination contestée d'un nouveau premier ministre, Snyder Rini. Face à cette situation, des policiers australiens et néo-zélandais étaient venus apporter leur aide. Le couvre-feu a été levé, suite à l'apaisement ‘‘intervenu’’ aprés la démission de M. Snyder Rini.

Les émeutes ont été déclenchées par les partisans de Job Dudley Tausinga, vétéran de la scène politique locale et principal rival de Snyder Rini. Plusieurs centaines de ses partisans ont visé les intérêts de la communauté chinoise, mettant à sac une quarantaine de commerces du quartier de Chinatown. Ils accusent des personnalités locales d'origine asiatique d'avoir versé des pots-de-vin aux parlementaires pour favoriser l'élection de Snyder Rini.

Le Président chinois, Hu Jintao, a demandé à son ministre des Affaires étrangères de faire tout ce qui était en son pouvoir pour assurer la sécurité des ressortissants chinois aux îles Salomon. Après plusieurs jours d'émeutes, ce dernier a publié un avis dans lequel il déconseillait à ses ressortissants de voyager sur ces îles tant que l'ordre n'avait pas été rétabli.

Le ministre australien des affaires étrangères, Alexandre Downer, a  fait part de son espoir que l'élection d'un nouveau Premier ministre dans les îles  Salomon se fasse « sans encombrement ». 

Le département d'Etat  américain a conseillé aux citoyens américains  de reconsidérer leurs voyages aux îles Salomon.

Le Secrétaire  général des Nations Unies, Kofi Annan, avait appelé à une  résolution pacifique des troubles dans les îles Salomon.  Dans un communiqué publié par son porte-parole, M. Annan a  exprimé sa préoccupation concernant les désordres civils sur ces territoires à la suite de l'élection contestée d’un Premier ministre. Il a appelé la population de ces îles à s'abstenir d'actes de  violence et à réaffirmer son engagement à un règlement pacifique  et constitutionnel des litiges dans l'esprit de bonne volonté  qu'elle a démontrée lors des élections. Le Secrétaire général de l'ONU a également salué l'assistance  offerte à ce gouvernement par le Forum des îles du  Pacifique, dans le cadre de la Mission d'assistance régionale aux  îles Salomon (RAMSI), en vue de restaurer l'ordre.  Il a également fait savoir que les Nations Unies étaient prêtes à compléter les efforts des partenaires régionaux.


Situation au Népal :

 réactions de la communauté internationale

 

Florina COSTICA

 

Pour la première fois en quatre ans, le parlement népalais a rouvert ses portes, le 28 avril 2006,  entérinant ainsi la victoire du mouvement antimonarchique, suite aux manifestations déclenchées le 6 avril dernier par « l’alliance des sept partis » d'opposition. La première session du nouveau Parlement, réinstauré à l’issue d’un message du roi Gyanendra du 24 avril dernier, a été suivie par la nomination, quatre jours plus tard, de M. Girija Prasad Koirala, sur la base de la décision de l’opposition, comme Premier Ministre du gouvernement népalais. Au bout de plus de trois semaines de démonstrations violentes qui ont fait une quinzaine de morts et plusieurs milliers de blessés, le petit royaume himalayen retrouve le chemin de la démocratie, parsemé d’événements qui ont retenu l’attention de la communauté internationale à plusieurs reprises depuis le début de l’année.

Le petit royaume himalayen, entouré par ses grands voisins, l’Inde et la Chine, avec une petite frontière à l’est avec le Bangladesh, est une des pays les plus pauvre au monde : parmi ses moins de trente millions d’habitants, un tiers vit sous le seuil du pauvreté et 86% avec moins de deux dollars par jours. En février 2005, le roi du Népal avait dissous le gouvernement et instauré l'état d'urgence, alléguant l'échec du gouvernement à lutter contre l'insurrection maoïste (voir Sentinelle 49).

Les manifestations anti-monarchiques lancées au début du mois ont marqué l’exorde d’un bras de fer brutal entre le roi Gyanendra et ses opposants, avec les forces de sécurité népalaises qui ont ouvert le feu sur plusieurs centaines de milliers de manifestants bravant le couvre-feu imposé par le roi. Le monarque a cédé une première fois à la pression de la rue au bout de seize jours, en annonçant, lors d’une allocution télévisée, le 21 avril 2006, que « [l]e pouvoir exécutif du Royaume du Népal, qui était sous notre garde, sera  à compter d'aujourd'hui restitué au peuple […] Nous demandons à l'alliance des sept partis de recommander au plus vite un nom pour le poste de Premier ministre». Le roi avait précisé que celui-ci devrait « gouverner le pays en conformité avec la constitution », alors que l'opposition réclamait une réforme constitutionnelle pour réduire les prérogatives du souverain.

Intervenue suite à la pression générée par « les inquiétudes » de New Delhi, « évidemment favorable au rétablissement de la démocratie pluraliste », de voir son voisin s’enfoncer dans la crise, cette première réaction du roi Gyanendra a été justifiée du côté royal par « le respect de la tradition de la dynastie des Chah qui est de régner en communion avec la volonté populaire ». Objet d’une réaction internationale mitigée, ce premier recul du roi devant la pression de son peuple a été aussitôt jugé insuffisant par les chefs de l’opposition, puisque les deux principales exigences de la « feuille de route du mouvement de protestation », à savoir la restauration du Parlement élu et le referendum en faveur du pouvoir constitutionnel du peuple népalais, n’avaient pas été mentionnées par le souverain.

La guérilla maoïste, qui a encouragé les partis d'opposition à se révolter contre la monarchie, exigeait  elle aussi une nouvelle constitution et taxé de « insulte » le message monarchique du 21 avril. Les rebelles maoïstes se sont alliés avec les sept partis d’opposition en novembre 2005 et ont déclenché ensemble une première grève générale en janvier 2006, pour demander l'abolition d'une « monarchie autocratique » et le rétablissement de la démocratie. Les rebelles maoïstes népalais sont engagés depuis 1996 dans une «guerre du peuple» qui aurait déjà fait plus de 13 000 morts. Le petit mouvement armé est devenu une véritable force politique et militaire qui affirme contrôler 70 % du pays.

 Quelconque compromis des sept partis de l’Alliance avec le roi après le discours du 21 avril, sous la pression politique de l’Inde, aurait miné irrémédiablement la crédibilité des premiers, tout en confirmant une ancienne rhétorique maoïste qui consistait à dire que « ces partis bourgeois ne représentent pas le peuple ». La pression des rebelles a dès lors été favorable à une deuxième proposition lancée par Gyanendra le 24 avril 2006, par laquelle la Chambre des Représentants du parlement népalais a été réinstaurée, afin            d’« assurer la paix permanente et sauvegarder la démocratie multipartite » au Népal. En réponse, les rebelles maoïstes ont annoncé le même jour une trêve unilatérale de trois mois «avec effet immédiat» et le couvre-feu a été levé le lendemain à Katmandou.

Réactions :

Après avoir insisté, aux côtés des Etats-Unis et de l’UE, pour que les népalais accepte la première proposition royaliste, l’Inde, qui avait activement participée à a résolution de la crise au titre de « close friend and neighbour », s’est déclarée prête « to render unstained support to the people of Nepal in whatever manner they wish », en se félicitant de la restauration de a démocratie multipartite népalaise.

La Chine, à son tour, n’a pas manqué de féliciter par la voix de son Premier ministre l’élection de son homologue népalais nouvellement élu, en espérant que les nouveaux développements politiques aideront « the constitutional forces in Nepal to realize political reconciliation through dialogue ».

Les Etats-Unis, qui ont adressé, dès les premiers jours de la crise, un message au roi du Népal, en soulignant son impuissance politique dans le rétablissement de la paix, ont réaffirmé leur soutien aux partis de l’opposition, en indiquant que le roi devrait maintenant « hand power over to the parties and assume a ceremonial role in his country’s governance » (voir point de presse du Département d’Etat du 24 avril 2006).

Déconseillant à ses ressortissants de se rendre au Népal, la France a « pris note avec intérêt de la nouvelle déclaration du Roi du Népal annonçant la restauration du parlement » et a tenu à indiquer que maintenant «[i]l faut […] que ces intentions se traduisent par des actes ».

L’Australie, le Japon et la Russie ont exprimé leur satisfaction quant au retour de la démocratie au Népal, en indiquant que les rebelles maoïstes devraient arrêter les actes de violence, en participant activement à la restauration de la démocratie dans leur pays. La visite au Népal du ministre du développement international norvégien du 2 au 5 mai 2006 serait pour son gouvernement l’occasion d’aider, par le biais des consultations avec les forces politiques népalaises, « to pave the way for negotiations with the Maoists and resolution of the armed conflict ».

L'Union européenne a  « vivement préconisé la mise en oeuvre rapide de la  décision du roi népalais de rétablir la Chambre des représentants », en se félicitant que « soit reconnu que la souveraineté du  Népal appartient à son peuple » et en indiquant qu’elle « soutient sans réserve les  Népalais dans leurs aspirations de paix et de démocratie » (voir déclaration de la présidence au nom de l’UE)

Les institutions onusiennes, essentiellement par la voix du Secrétaire général, ont promptement réagi dès le début de la crise, afin d’aboutir à la cessation des violences et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les moyens employés par le pouvoir royaliste népalais pour réprimer les critiques exprimées à son encontre. Ainsi, le PAM a lancé plusieurs appels aux parties impliquées dans le conflit de laisser passer l’aide humanitaire, tandis que le Bureau du Haut Commissaire pour les droits de l’homme au Népal, institué en avril 2005, a déploré « fortement l’usage excessif de la force » à l’encontre des manifestants anti-monarchiques, ainsi que les restrictions imposées par les forces royalistes à sa liberté de circulation. En se félicitant de la déclaration de trêve unilatérale des maoïstes, le Bureau a appelé à l’investigation judiciaire indépendante, « afin de faire la lumière sur les violations des droits de l'homme commises par toutes les parties ».

Le 27 avril 2006, M. Kofi Annan a souligné « l’évolution positive de la situation au Népal, après les annonces faites par le roi Gyanendra – rétablissement du parlement - et les rebelles maoïstes –cessez-le-feu ». Ce cessez-le-feu temporaire soulage considérablement la tâche du nouveau gouvernement appelé à prendre le contrôle du pays, mais la situation est loin d’être stabilisée : la santé fragile du nouveau Premier ministre octogénaire, le seul à faire l’unanimité au sein des sept partis de l’Alliance, l’a empêché d’assister, lors de la première session du nouveau Parlement, à sa propre investiture.

Par ailleurs, la guérilla maoïste, qui accuse les partis d'opposition de «trahison» pour avoir mis fin aux manifestations antimonarchiques en échange de la réouverture du Parlement, a toutefois averti que, «si la première session du Parlement n'annonce pas l'élection d'une Assemblée constituante», elle serait «dans l'obligation d'imposer à nouveau le blocus» de la capitale. Incarcérées dans le cadre de la répression des trois dernières semaines, une vingtaine de personnalités népalaises, issues de la société civile, ont unis leur voix aux rebelles, en appelant les partis politiques à n'accepter «rien de moins que l'inconditionnelle Assemblée constituante» et le transfert de l'armée sous contrôle gouvernemental. Leur libération, ainsi que celle de tous les manifestants anti-monarchique, avait été promise par Gyanendra à l’occasion de la levée du couvre-feu.

 


ONU/CS – Liban :

 mise en œuvre de la résolution 1559

 

Suany MAZZITELLI

 

L’Envoyé spécial de l’ONU pour la mise en œuvre de la résolution S/RES/1559(2004), du 2 septembre 2004, Terje Roed-Larsen, a présenté le 26 avril 2006 au Conseil de sécurité le rapport du Secrétaire général, du 19 avril 2006, sur les mesures prises pour rétablir la souveraineté du Liban.

Terje Roed-Larsen, qui présentait les conclusions du rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité, a énoncé que « [c]e jour marque l’anniversaire du retrait de la Syrie du Liban. C’est une étape importante ». En effet, il fallait constater que l’un des principaux points de la résolution 1559, le retrait de «toutes les forces étrangères du pays », avait été mis en œuvre en 2005, lorsque la Syrie avait retiré ses forces armées du Liban, mettant ainsi fin à une présence militaire de 29 ans (voir communiqué du 23 mai 2005).

 Il a ensuite souligné qu’une « autre étape importante » avait été l’intervention, le 21 avril 2006, du Premier ministre du Liban qui, pour la première fois, avait « présenté un exposé devant le Conseil de sécurité, lors duquel il a tendu la main à la Syrie ». En effet, au premier plan des mesures destinées à garantir le respect de la souveraineté du Liban, figure la démarcation de la frontière entre la Syrie et le Liban. Le Secrétaire général avait alors déclaré: « [u]n Liban uni a offert une main tendue à la Syrie. J’appelle la Syrie à accepter l’offre qui lui a été faite et à prendre des mesures notamment pour établir des ambassades et délimiter la frontière entre » les deux pays.

En effet, le 21 avril 2006 (S/PV.5417) le Premier Ministre libanais, M. Fouad Siniora, avait informé le Conseil de Sécurité de l’évolution de la situation au Liban (voir communiqué du 21 avril 2006). Tout en reconnaissant les difficultés pour mettre les relations libano-syriennes sur la bonne voie, M. Fouad Siniora avait affirmé que la Syrie avait joué un rôle très important pour mettre fin aux tentatives de partition du Liban et favoriser le retrait des troupes israéliennes du Sud.  Il avait également souhaité qu’un respect mutuel de parité et de non-ingérence puisse se concrétiser, en exigeant « avant tout un effort pour rétablir la confiance entre les deux pays et l’acceptation par la Syrie d’un Liban libre et souverain, qui pourra ainsi beaucoup mieux servir les intérêts arabes et syriens en particulier ». Le Premier Ministre avait expliqué que la transition amorcée par le Liban était incomplète et que de nombreux défis se présentaient encore sur le chemin d’un Liban autonome, démocratique et prospère. Par ailleurs, le Premier Ministre libanais et le représentant syrien avaient exhorté Israël à se retirer des «fermes de Chebaa» sur les hauteurs du Golan.  Ils avaient rappelé qu’il appartenait, en terme de droit international, aux États concernés et frontaliers de s’entendre sur la délimitation de la zone frontière.  Si le Premier ministre libanais avait indiqué que le Liban allait demander au Secrétaire général de l’ONU de confirmer les mesures spécifiques pour obtenir la souveraineté sur ces fermes, le représentant syrien avait souligné que le retrait d’Israël était un préalable incontournable, avant que le Liban et la Syrie puissent procéder à la démarcation de cette frontière (voir communiqué du 21 avril 2006). 

Le Secrétaire général avait souligné, dans son rapport, établi sur la base des observations formulées par son Envoyé spécial sur la question, que « le Liban a fait des progrès significatifs dans la mise en œuvre pleine et entière de la résolution 1559 (2004) du Conseil de sécurité ». Néanmoins, il constatait que, pour l’heure, « les dispositions relatives au démantèlement et au désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises, l’extension du contrôle du gouvernement sur tout le territoire libanais et le strict respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du Liban sous le contrôle exclusif de l’autorité du gouvernement n’ont pas été entièrement mises en œuvre ».

Le rapport du Secrétaire général avait dès lors mis en évidence deux points essentiels au rétablissement de la souveraineté nationale : la nécessité de délimiter les frontières avec la Syrie et le désarmement des milices.

 Le désarmement des milices concernerait notamment le Hezbollah (voir dépêche du 26 avril 2006) (voir communiqué du 26 avril 2006). En effet, selon le rapport, désarmement et délimitation des frontières sont deux questions strictement liées, dans la mesure où le Hezbollah, groupe armé chiite et dernier grand groupe armé n’ayant pas intégré l’armée régulière libanaise, qui maintient son contrôle armé sur le Sud-Liban, continue d’alléguer que sa présence est nécessaire dans cette partie du territoire, afin de « libérer » les « »fermes de Chebaa» » de la présence israélienne. Par ailleurs, dans son exposé du 21 avril au Conseil de sécurité, le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, avait expliqué que le gouvernement libanais estimait lui aussi que ce territoire lui revenait, pour y avoir exercé sa souveraineté. Le Premier ministre libanais avait aussi déclaré que «la Syrie, si elle déclare désormais que les «fermes de Chebaa» font partie du Liban, elle refuse de signer les documents nécessaires pour le transfert de ce territoire de 42 kilomètres carrés au Liban, afin que les Nations Unies le reconnaissent comme tel ».

 Néanmoins, Terje Roed-Larsen a réitéré, dans son exposé au Conseil de sécurité, qu’Israël avait quitté l’intégralité du territoire libanais et que « [a]ux termes du droit international, il n’y a plus d’occupation du Liban par Israël, la revendication par une milice [le Hezbollah] de son intention de le libérer n’est donc pas légitime ». En effet, les Nations Unies ont certifié dans un  rapport, approuvé par une déclaration du Conseil de sécurité en 2000, qu’Israël s’était retiré de tout le territoire libanais et que les «fermes de Chebaa » appartenaient au Golan syrien (dépêche du 1er novembre 2005), occupé par Israël.  Le rapport explique que «[p]our le Conseil de sécurité, il n’y a pas de controverse sur la question des «fermes de Chebaa » […] Si le Liban entend revendiquer le territoire, il faudra procéder à sa délimitation entre les deux pays, c'est-à-dire avec la Syrie ». Mais « pour l’instant personne n’a de définition exacte du territoire sur les cartes ». «L’intégrité du territoire libanais ne peut être garantie que si son territoire a des frontières délimitées, ce qui ne peut se faire qu’en concertation avec la Syrie ». L’Envoyé spécial pour la mise en œuvre de la résolution 1559 (2004) a souligné à cet égard : « [n]ous encourageons la Syrie et l’Iran à user de leur influence pour contribuer à la mise en œuvre de la résolution ».

En exposant les conclusions du rapport du Secrétaire général, l’Envoyé spécial a également attiré l’attention du Conseil sur le fait qu’il «existe d’autres endroits de désaccords potentiels sur la frontière ». Ainsi, le Liban avait allégué qu’un bataillon syrien se trouve toujours sur le territoire libanais, mais la Syrie estimait que celui-ci était stationné sur le territoire syrien. S’agissant par ailleurs de l’extension du contrôle du gouvernement libanais sur tout son territoire, le Secrétaire général a estimé, dans son rapport, que « l’un des principaux obstacles » à sa mise en œuvre est « l’existence de groupes armés hors du contrôle du gouvernement libanais, outre l’incertitude quant aux frontières exactes du territoire libanais ». Il a dès lors engagé le gouvernement libanais, comme le prévoyait l’Accord de Taëf, à étendre sa souveraineté sur tout le territoire du Liban et à déployer l’armée libanaise dans la zone frontière adjacente à Israël.

Le Secrétaire général avait souligné, dans son rapport, que la question de la présidence du Liban       « avait été au premier plan de l’agenda […] au cours des six derniers mois », mais « qu’il n’y avait pas encore eu de processus électoral présidentiel », tel que prévu par la résolution 1559. Le président du Liban, M. Emile Lahoud, connu pour ses positions pro-syriennes, dont le mandat expirait officiellement en octobre 2004, avait vu proroger son mandat jusqu’en 2007, par la voie d’une modification de la Constitution, par le parlement libanais, sous la pression de Damas.

Jean-Marc de la Sablière, Représentant de la France à l’ONU, a souligné, lors d’un point avec la presse, que « la résolution 1559 n’est pas encore pleinement mise en œuvre », en estimant encore                     « préoccupantes […] les activités des milices et les interventions de pays tiers ». Il a également ajouté que       « [i]l reste maintenant à la Syrie à aider le Liban à mettre en œuvre le reste de la résolution et à montrer qu’elle est prête à respecter la souveraineté de son voisin ». Il a enfin indiqué que le Conseil de sécurité préparait un projet de résolution pour le début de la semaine prochaine, rappelant que le Liban lui-même avait demandé l’assistance du Conseil pour la délimitation de sa frontière. Interrogé sur la poursuite de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’ambassadeur de la France a déclaré attendre le résultat du rapport de Serge Brammertz, directeur de l’enquête internationale mise en place par l’ONU. Serge Brammertz et l’équipe de la Commission indépendante chargée de l’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri, se sont rendus le 25 avril à Damas, en Syrie, où M. Brammertz a séparément rencontré le Président Bashar Al-Assad et le Vice-Président Farouk Al-Charaa (voir déclaration à la presse du 16 mars 2006 et point de presse du 24 avril 2006).  

 

archive de Sentinelle 


CIJ: affaire Commonwealth de la  Dominique/ Suisse

Interprétation  de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires

 

Sébastien TOUZE

 

Le 26 avril 2006, le Commonwealth de la Dominique, en application de l’article I du protocole de signature facultative de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, concernant le règlement obligatoire des différends auquel les deux parties ont adhéré, a introduit une instance contre la Suisse devant la Cour internationale de Justice. Le différend porte sur des prétendues violations par la Suisse de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, ainsi que d’autres instruments et règles de droit international.

Cette affaire fait suite au retrait de l’accréditation par la Suisse d’un diplomate de la Dominique au motif que celui-ci n’était pas, selon les autorités de la Confédération, un diplomate mais un homme d’affaires.

La Dominique affirme qu’il s’agit là d’une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961, de l’accord de siège conclu entre la Suisse et l’Organisation des Nations Unies les 11 juin et 1er juillet 1946, de l’accord sur les privilèges et immunités de l’Organisation des Nations Unies du 11 avril 1946, de la convention sur les privilèges et immunités de l’Organisation des Nations Unies du 13 février 1946, ainsi que des règles et principes généraux bien établis du droit international concernant la nomination, l’accréditation et le retrait d’accréditation de diplomates, l’immunité diplomatique, l’égalité entre les Etats et les droits de légation passive de l’Organisation des Nations Unies. 

A l’appui de sa demande, la Dominique soutient qu’il ne saurait être permis à la Suisse d’« exercer un contrôle sur un petit Etat comme la Dominique, qui compte une population de quelques 70 000 habitants à peine et se trouve ainsi sérieusement limité dans le choix de ses envoyés à l’étranger ».

Elle fait aussi valoir qu’elle « a le droit de nommer pour la représenter auprès de l’Organisation des Nations Unies à Genève toute personne qu’[elle] considère comme digne de son choix, dans le but de favoriser le développement de [son] tourisme et de [son] économie ».

La Dominique soutient que la Suisse l’a privée d’une « assistance utile et efficace, en l’empêchant d’établir et d’avoir une mission à Genève, entravant par là ses efforts visant à développer le commerce et l’investissement ».

La requête introductive d’instance sera prochainement sur le site de la Cour internationale de justice.

 


Darfour:

Le Conseil de sécurité impose des sanctions à quatre responsables Soudanais

 

Sabrina RAHMANI

 

Le 25 avril 2006, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité a adopté par 12 voix, la résolution 1672 (2006), à travers laquelle il impose des sanctions individuelles, consistant en un gel des avoirs et une interdiction de voyager, à quatre Soudanais accusés de menacer le processus de paix ou de commettre des atrocités au Darfour. Toutefois, trois pays se sont abstenus, à savoir la Russie, la Chine, et le Qatar qui a estimé que les preuves n'étaient pas concluantes.

En effet, les membres du Conseil ont été saisis du document S/2006/255, qui contenait le texte d’un projet de résolution présenté par l’Argentine, le Danemark, les États-Unis d’Amérique, la France, le Japon, le Pérou, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et la Slovaquie. C'est la première fois que le Conseil de sécurité décide d'imposer des sanctions individuelles au Darfour depuis l'adoption de la résolution 1591 (2005). Il a souligné à nouveau sa ferme volonté de voir revenir la paix partout au Soudan, notamment grâce aux pourparlers de paix intersoudanais dirigés par l’Union africaine à Abuja (Nigeria), à l’application intégrale de l’Accord de paix global du 9 janvier 2005, et à la cessation des actes de violence et des atrocités au Darfour. Néanmoins, il a considéré que la situation au Soudan demeurait une menace pour la paix et la sécurité internationales dans la région.

 Ainsi, le Conseil de Sécurité a décidé que  tous les Etats devaient mettre en œuvre les mesures spécifiées dans le paragraphe 3 la résolution 1591 à quatre individus de nationalité soudanaise. Les quatre hommes visés par ces sanctions sont: Gaffar Mahammed Elhassan, un ancien commandant de l'armée de l'Air soudanaise, Cheikh Moussa Hilal, chef de la tribu Jalul dans le nord du Darfour, et deux commandants rebelles -Adam Yacub Shant, de l'Armée de libération du Soudan, et Gabril Abdul Kareem Badri, du Mouvement national pour la réforme et le développement.

Pour l'ambassadeur des Etats-Unis, M. John Bolton  l’adoption de la résolution 1672 constitue une première étape importante pour permettre au Conseil de sécurité de s'acquitter de ses responsabilités conformément à plusieurs résolutions adoptées sur le Darfour. Il a estimé que si la Chine et la Russie avaient voulu s'opposer aux sanctions, les deux pays auraient pu utiliser leur droit de veto. Selon lui leur abstention correspond à un acquiescement. Il a ajouté que cette résolution montrait que le Conseil de sécurité déployait des efforts sérieux pour rétablir la paix et la sécurité dans la région et que, loin de s’ingérer dans le processus de paix d’Abuja, ils renforceront ce processus.

Le Quai d’Orsay a salué  « l'adoption hier par le Conseil de sécurité de la résolution 1672. Dans cette résolution, le Conseil de Sécurité a imposé pour la première fois à quatre ressortissants soudanais, dont un général de l'armée soudanaise, un chef janjaouite et deux commandants des mouvements rebelles du Darfour, des sanctions ciblées (interdiction de voyager à l'étranger, gel des avoirs financiers). Il s'agit d'une mesure équilibrée.

Compte tenu de la situation toujours préoccupante au Darfour, la France estime important que le Conseil ait pris cette décision. Celle-ci montre que la communauté internationale est résolue à ne pas accepter les violations par les parties de leurs obligations (respect du cessez-le-feu, recherche d'une solution pour la crise au Darfour). »

De son coté, l’ambassadeur de la France, M. Jean-Marc de la Sablière a estimé que les sanctions n’entraveraient en rien le processus d'Abuja, mais qu’au contraire elles devraient pouvoir le soutenir.

En revanche, M. Konstantin Dolgov, représentant de la Fédération de Russie, a déclaré que son pays n’a pas estimé possible d’appuyer l’adoption de la résolution sur l’imposition de sanctions à quatre ressortissants soudanais. Il a ajouté que la violation des normes internationales, y compris le droit international humanitaire, ne devait pas rester impunie, toutefois, il a estimé que le cycle actuel de pourparlers de paix sur le Darfour à Abuja devait aboutir à la signature par les parties soudanaises de tous les accords de paix conclus jusqu’au 30 avril 2006, comme cela avait été décidé par l’Union africaine. Il a estimé que l’adoption de cette résolution pourrait avoir une incidence négative sur les perspectives de signature d’un accord de paix dans les délais prévus et ne favoriserait donc pas les efforts de la communauté internationale pour instaurer la paix et la stabilité au Darfour et dans l’ensemble du Soudan. Il a aussi, indiqué qu’ils étaient convaincus que, dans le contexte du Soudan et aussi de façon plus générale, l’application de sanctions devrait être étroitement liée à la promotion du processus visant à parvenir à un règlement politique du conflit et à assurer la stabilité régionale (voir également la déclaration du Ministère des Affaires étrangères).

De son côté, M. WANG Guangya, représentant de la Chine et Président du Conseil de sécurité pour le mois d'avril, a déclaré que le moment était mal choisi pour adopter cette résolution, dans la mesure où les pourparlers d’Abuja dirigés par l’Union africaine se trouvent actuellement à un moment crucial. Selon lui, il fallait recourir aux sanctions en tout dernier ressort et avec prudence.

Par ailleurs, l’ambassadeur du Qatar, M. Jamal Nasser Al-Bader, a estimé qu’il n’y avait aucune preuve claire et manifeste qui condamnerait ces personnes au point de nécessiter que des sanctions leur soient imposées. Il a indiqué aussi, qu’en raison de l’exposé positif présenté par M. Salim Ahmed Salim, envoyé spécial de l’Union africaine pour les pourparlers de paix inter soudanais sur le Darfour et médiateur en chef, et des faits positifs survenus dans le cadre du processus d’Abuja, son gouvernement pensait qu’il ne convenait pas d’adopter une telle résolution et qu’il serait préférable de reporter le vote à la fin du processus d’Abuja, le 30 avril 2006.

Enfin, le même jour, le Conseil de sécurité a adopté une déclaration présidentielle dans laquelle il a réitère son appui aux pourparlers d'Abuja, en particulier aux efforts inlassables du médiateur en chef, M. Salim Ahmed Salim et de son équipe qui visent à trouver un accord de paix d'ici la fin du mois d'avril. Le Conseil s’est aussi félicité des progrès réalisés jusqu'à présent dans les négociations et a invité les parties à avancer rapidement vers la conclusion d'un accord de paix global sur le Darfour. Il a par ailleurs déclaré qu’il faisait sienne la décision prise le 10 mars 2006 par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine de fixer au 30 avril 2006 la date limite pour parvenir à un accord et a invité fermement toutes les parties à consentir les efforts nécessaires pour parvenir à un accord d'ici à cette date. De plus, les membres ont de nouveau appelé toutes les parties au conflit à honorer l'engagement qu'elles ont pris de conclure un accord de paix dans l'intérêt de la population du Darfour et du Soudan tout entier. Aussi le Conseil a demandé aux parties d'examiner de bonne foi les propositions que fera le médiateur.

 

archive de Sentinelle 


CIDH:

Publication d’un rapport sur l’administration de la justice en Haïti

 

Antonella SAMPO

 

Durant sa 124ème Session ordinaire, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a publié, le 16 mars 2006, son rapport sur l’administration de la justice dans la République d’Haïti. Ce rapport, intitulé “Haïti: Justice en Déroute ou l’État De Droit ? Défis pour Haïti et la communauté internationale”, rend compte de l’évaluation de la situation actuelle de l’administration de la justice en Haïti dans le cadre des obligations de ce pays envers la  Convention américaine relative aux droits de l’homme et d’autres instruments juridiques pertinents en matière de droits de l’homme.

Le rapport conclut que le système de justice en Haïti connaît « de graves déficiences dans presque tous les domaines et a systématiquement failli à sa tâche de protéger les droits humains fondamentaux du peuple haïtien. » Il met également en exergue que « les efforts visant à remédier aux sérieux et actuels problèmes politiques, sociaux et économiques d’Haïti  n’aboutiront pas sans l’introduction de réformes urgentes propres à renforcer l’administration de la justice et la primauté du droit en Haïti. » Cette mission demande, selon les rapporteurs, « un appui permanent, coordonné et soutenu des États membres de l’OEA et d’autres membres de la communauté internationale. »

Trois domaines principaux d’administration de la justice en Haïti ont été identifiés, a savoir le respect de la loi, le système judiciaire, et le système pénitentiaire et autres établissements de détention. Le rapport établit notamment que « la force de police nationale est accablée par de graves pénuries d’officiers et de ressources, est dénuée d’une hiérarchie de commande et de contrôle claire et réglementée et est entachée de corruption et de violation des droits de l’homme. »

 Selon le rapport, le système judiciaire ne dispose pas des ressources et d’une formation appropriées. La justice est également marquée par la désuétude des lois, « ce qui entraîne des retards chroniques et inacceptables dans le processus judiciaire, ainsi qu’une impunité systématique à l’égard de graves violations des droits de l’homme. » En outre, le rapport établit que les conditions qui prévalent dans les prisons et autres établissements de détention en Haïti sont loin de satisfaire aux normes internationales, notamment en ce qui a trait à la protection spéciale à accorder aux mineurs. À la lumière de cet état de faits et d’autres déficiences fondamentales, le rapport appelle la communauté internationale à accélérer le décaissement des fonds annoncés à Haïti en 2004 et à prendre les mesures nécessaires pour que leurs initiatives dans le secteur de la justice en Haïti se traduisent par des changements durables (voir le résumé officiel et les rapport sur la situation des droits de l’homme en Haïti de 1993 et de 1995).

 


Office des Nations Unies contre la drogue et le crime :

Un état des lieux préoccupant sur la lutte contre le trafic d’êtres humains

 

Valérie GABARD

 

             Lundi 24 avril 2006, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a rendu public son premier rapport global sur le trafic d’êtres humains. Intitulé, « trafficking in persons : Global patterns », le rapport tire des conclusions inquiétantes sur l’étendue à travers le monde du trafic d’êtres humains ainsi que sur la méconnaissance et sur l’inefficacité des Etats à combattre le problème.

Le rapport permet d’établir des lignes directrices communes à toutes les formes de trafic d’êtres humains. Dans tous les cas, les victimes sont enlevées et recrutées dans un pays (le pays d’origine) avant de transiter dans une autre région (région de transit) pour enfin être exploitées dans un pays dit de destination. L’exploitation qui est l’objet même du trafic, inclut la prostitution et les autres formes d’exploitations sexuelles, le travail forcé, l’esclavage et le trafic d’organes.

La conclusion majeure du rapport est qu’aucun pays à travers le monde n’est épargné par la traite des êtres humains. 127 pays ont été identifiés comme pays d’origine des personnes victimes de ce trafic (la part le plus importante des victimes étant originaires du Nigeria, de la Fédération de Russie, de Moldavie, d’Ukraine, de Chine ou encore d’Albanie). 98 Etats sont considérés comme transitoires et 137 pays sont nommément désignés comme lieux de destination du trafic (dont l’Union Européenne, l’Amérique du Nord, les Etats du Golf, Israël, la Turquie et le Japon). Dans la plupart des cas, les victimes de l’exploitation sexuelle et du travail forcé sont des femmes et des enfants alors que neuf pour cent des victimes sont des hommes. L’exploitation sexuelle représente 87 % du trafic d’êtres humains.

De ce premier rapport sur la question, l’office contre la drogue et le crime tire un certain nombre de conclusions plutôt négatives voir alarmistes. Selon l’UNODC, les efforts internationaux pour lutter contre le trafic des êtres humains sont entravés par l’absence de données statistiques fiables et conséquentes. Le directeur exécutif de l’agence onusienne, Antonio Maria Costa, a ainsi noté que l’absence de données statistiques globales et fiables rend plus difficile la lutte des Etats et des Organisations internationales contre ce fléau. Cette méconnaissance de l’ampleur du trafic, notamment par les pays de destination, traduit selon l’office, un manque de volonté des Etats à reconnaître que ce problème affecte leur propre pays. Conséquence logique de la méconnaissance du problème, l’inefficacité et le manque de coordination des efforts pour combattre ce trafic ont été soulignés par Antonio Maria Costa. Ce dernier a donc appelé les Etats à accroître leurs efforts et à prendre pleinement conscience de la gravité du problème car l’existence, au 21ème siècle, de cette forme d’esclavage est honteux pour l’ensemble de la communauté internationale (voir le communiqué de presse de l’UNODC).   

Le rapport de l’UNODC ne se limite pas à constater l’ampleur des dégâts mais a également émis un certain nombre de propositions que le directeur exécutif a résumé en trois défis majeurs pour les gouvernements. Le premier est de réduire la demande en biens et en services dans les domaines qui peuvent conduire au travail forcé et à la prostitution. Le second défi à relever par les Etats doit être celui d’une poursuite accrue des criminels qui bénéficient bien trop souvent d’une relative impunité et qui profitent de la vulnérabilité d’individus qui cherchent à fuir la pauvreté, le chômage, la faim et l’oppression. Enfin, la protection des victimes doit être intensifiée, car le plus souvent, les victimes du trafic d’êtres humains sont elles mêmes considérées comme des criminels par les pays de destination et poursuivies pour des infractions aux lois relatives à l’immigration et aux lois anti-prostitution.

 


L’UNICEF publie son rapport sur la situation humanitaire en Colombie

 

Fatma RAACH

 

Dans son rapport sur le conflit armé en Colombie, publié le 25 avril 2006,  l’UNICEF affirme que le pays connaît « une crise humanitaire dévastatrice ». La poursuite des combats a des conséquences désastreuses sur les enfants et les femmes, « elle aboutit à de graves violations des droits de l’homme et menace la survie et le bien-être des enfants et des femmes ». En fait, l’enrôlement des enfants continue à être un problème préoccupant, malgré son interdiction par la loi colombienne de 2004.

 En outre,  même si les déplacements massifs de population ont baissé, ils continuent à être un problème central. En effet,  cela multiplie le nombre de communautés frontalières et met les personnes déplacées dans des conditions de vie assez difficiles, faute d’accès à l’eau potable et aux services sanitaires et éducatifs de base.  Une augmentation des cas de VIH a également été enregistrée.

D’autre part, l’intensification du conflit a engendré une augmentation de la fabrication et de l’utilisation locale de mines antipersonnel par les groupes armés. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes.

Pour son action en 2006, « l’UNICEF a mis en place une approche intégrée afin de répondre aux besoins des personnes déplacées à l’intérieur du pays, comprenant des volets d’éducation, de santé, d’eau et d’assainissement et de soutien psychologique ».  Elle a également soutenu des actions tendant à prévenir l’enrôlement des enfants et adolescents dans les groupes armés en appuyant des stratégies pour leur  démobilisation, protection et insertion sociale.

Dans le cadre de son programme d’action,  l’UNICEF a renforcé son partenariat avec d’autres institutions des Nations Unies. «  Le programme de coopération comprends les volets suivants politiques de base, suivi et évaluation, communications, protection et affaires humanitaires. Ceux-ci sont ensuite divisés en sous-projets par groupe d’âge (Un bon départ dans la vie, Bases solides pour la citoyenneté, Citoyenneté et participation des adolescents, et Protection spéciale) ».

 


Un ancien ambassadeur du Royaume-Uni

affirme que le MI6 et la CIA utilisent des aveux obtenus par la torture

 

Virgile RENAUDIE

 

Les actes de la CIA et les prisons secrètes sur le territoire de l’Union européenne ont défrayé la chronique l’année dernière (voir également le dossier du Temps, journal suisse). Au-delà de la violation évidente du droit international que peuvent constituer de tels agissements, les pays de l’Union européenne y voyaient des comportements choquants moralement.

Dans le prolongement de cette affaire, un ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan, de 2002 à 2004, Craig Murray, entendu par la Commission temporaire sur l'utilisation alléguée de pays européens par la CIA pour le transport et la détention illégale de prisonniers, a déclaré avoir des preuves selon lesquelles les services secrets de certains pays torturent fréquemment les prisonniers. Il a souligné que les services secrets britanniques et américains ne participaient pas à ces actes, mais dans le cadre d’accords de coopérations, ils partageaient les informations ainsi obtenues. "J'ai vu des éléments probants concernant une multitude de cas de torture en Ouzbékistan : des gens ébouillantés à mort, des photos montrant des blessures graves, des mutilations d'organes génitaux, des personnes violées devant leurs proches pour les forcer à signer des aveux".

L’ancien ambassadeur a fait part de ses sentiments à ce sujet à M. Jack Straw, lequel aurait répondu qu’il n’y avait là rien de contraire à la Convention contre la torture de 1984. Un conseiller juridique du Foreign Office souligne que la Convention de 1984 ne fait qu’interdire l’utilisation judiciaire de telles preuves. Les autorités britanniques continueront donc à exploiter ces informations. L’insistance et les protestations de M. Murray lui ont valu de perdre son poste.

L’un des membres de la commission, M. Claudio Fava,  s’est enquis de savoir si d’autres services secrets de pays de l’UE ont utilisé de tels renseignements. M. Murray a répondu : "Je ne sais pas si la CIA a partagé ses renseignements avec d'autres services de renseignements européens, mais je sais en revanche que l'Allemagne en particulier entretenait des liens étroits avec les services ouzbeks de renseignement et de sécurité et je pense qu'il en est toujours ainsi. Ils  ont toujours une base militaire là-bas". Interrogé ensuite sur l’existence de prisons secrètes dans des pays de l’Union, il a répondu ne rien savoir, mais il a ajouté qu’il en existait en Syrie, en Algérie, en Egypte et au Maroc.

Le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte antiterroriste, M. Gijs De Vries, a rappelé que la lutte antiterroriste devait se faire dans le respect des droits de l’Homme, ce qui marque sa réprobation de la torture, mais également des incitations à la torture. Le coordinateur a affirmé que lui et M. Javier Solana ne sont pas du tout au courant des pratiques décrites par M. Murray, car de telles coopérations ne relèvent pas de la compétence de l’Union européenne. Pour autant, l’audition de M. Solana est prévue pour le 2 mai 2006.

Le projet de rapport intérimaire de la Commission fait la synthèse des problèmes identifiés lors des auditions effectuées par la Commission et ne manque pas de marquer sa réprobation à l’égard de la torture, mais également de l’utilisation des preuves ainsi obtenues. 

 

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Conseil de l’Europe:

Conférence de lancement  du Programme "Construire une Europe pour et avec les enfants"

 

Antonella SAMPO

 

Les 4 et 5 avril 2006, la Conférence de Monaco a lancé le programme triennal du Conseil de l’Europe « Construire une Europe pour et avec les enfants » (2006 - 2008). Présidée par SAR la Princesse Caroline de Hanovre, la conférence à laquelle participaient des représentants des gouvernements et des parlements, des organismes de défense des droits de l'enfant, des organisations internationales et des jeunes âgés de 14 à 18 ans qui ont pris part à des ateliers de travail ( voir le programme de la conférence), s’est ouverte par une série de discours, dont le premier, celui prononcée par Mme Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe.

Les travaux de la conférence se sont articulés autour des quatre thèmes suivants, la promotion des droits des enfants, information et sensibilisation : mise en place d'une stratégie européenne, la participation des enfants : garantir l'accès à l'information et développer des procédures de consultation, la lutte contre l'abus sexuel des enfants à l'ère du numérique, la suppression  des châtiments corporels.

Ce programme triennal s'inscrit dans le Plan d'action adopté par les chefs d'Etat et de gouvernement lors du Sommet de Varsovie de mai 2005. Son objectif est d'aider les décideurs et l'ensemble des acteurs concernés à mettre en œuvre des politiques générales de sensibilisation, d'information et de prévention, en vue du respect et de la promotion des droits des enfants en général, et en particulier de leur droit à la protection contre toute forme de violence.

Il comporte deux volets étroitement liés : la promotion des droits de l'enfant et le Programme d'action « Enfance et violence », lancé à Ljubljana en juillet 2005.  

 

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Trafic d’armes et crimes de guerre: 

 ouverture du procès de Guus Kouwenhoven

 

Antonella SAMPO

 

Le 24 avril 2006, le procès de Guus Kouwenhoven, jugé pour crimes de guerre au Liberia et en Sierra Leone, s'est ouvert aux Pays-Bas. Charles Taylor pourrait être entendu.  Ce néerlandais est poursuivi pour crimes de guerre en raison de sa participation présumée au trafic du bois, élément-clé des conflits du Liberia et de Sierra Leone. La défense a demandé à la Cour la comparution de Charles Taylor, proche de l'accusé. "Mister Gus", comme a été surnommé l'homme d'affaires néerlandais, encoure une de prison à perpétuité pour avoir violé l'embargo décrété par les Nations Unies sur les ventes d'armes au Liberia, en échangeant des armes contre ce qui fut surnommé le "bois du sang".

Arrêté en mars 2005, Guus Kouwenhoven a dirigé, durant les quatorze années de guerre civile (1989-2003), les deux principales compagnies forestières du Liberia (42% de l’espace forestier exploitable) : l’Oriental Timber Company (OTC) et la Royal Timber Corporation (RTC), mais aussi membre influent de l’administration forestière du Liberia. L'une de ses sociétés possédait une milice forte de 2.500 hommes, dont certains "auraient participé à des massacres de civils en n'épargnant personne, pas même les bébés", selon l'accusation. Selon les procureurs néerlandais entendus après son arrestation, "Les armes utilisées par ces milices étaient fournies par Kouwenhoven".

L'avocate de Guus Kouwenhoven, Inez Weski, a indiqué qu'elle attendait dans la semaine la réponse de la défense de Charles Taylor à sa demande de témoignage. L'ex-président libérien est lui-même accusé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Transféré le 29 mars 2006 au Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Charles Taylor pourrait finalement être jugé lui aussi à La Haye, dans les locaux de la Cour pénale internationale (CPI).

             Son procès devrait durer jusqu’au 24 mai 2006, le verdict est attendu pour début juin.

 

archive de Sentinelle 


TPIY : libération provisoire d’Haradin Bala

 

Antonella SAMPO

 

Par décision du 20 avril 2006, la Chambre d’Appel du Tribunal pénal international pour l’Ex Yougoslavie a accordé une mesure de libération provisoire du 23 au 27 avril, à Haradin Bala, afin qu’il puisse assister à la commémoration en honneur de sa fille décédée, le 26 avril 2006 au Kosovo, et passer les jours de deuil précédent auprès de sa famille et de sa communauté ( voir le communiqué de presse).

La Chambre d’appel a assortie cette libération à de conditions strictes. Ainsi, Haradin Bala a du être pris en charge par la Mission des Nations Unies pour le Kosovo dès son arrivée à l’aéroport de Pristina. La MINUK a également du assurer sa sécurité 24 heures sur 24. Pour sa part, l’intéressé a du se conformer à plusieurs exigences des juges de La Haye, notamment ne pas avoir de contact par quelque moyen que ce soit avec les victimes ou témoins, autrement dit, Haradin Bala était tenu par l’obligation de ne pas interférer avec les procédures en cours ou l’administration de la justice. Les juges internationaux, présidés par M. Fausto Pocar, ont également tenu à ce que l’intéressé n’ait pas de discussion avec des personnes autres que ses avocats, y compris les médias. Haradin a du en outre s’abstenir de solliciter un accès aux archives et se conformer aux instructions données par le Représentant spécial su Secrétaire Général et tout autre ordre de la Chambre d’appel concernant sa libération provisoire.

Le 30 novembre 2005, Haradin Bala a été déclaré coupable de torture, traitement cruel et meurtre. Ce verdict est lié au fait que Bala s'est rendu complice des tortures infligées à un prisonnier; qu'il a créé et perpétué des conditions inhumaines de détention au camp de Llapushnik; et qu'il a personnellement participé, le 25 ou le 26 juillet 1998, à l’exécution, dans les monts Berisha, de neuf prisonniers. Il a été déclaré non coupable de tous les autres chefs d’accusation. Ce dernier a été condamné à une peine de 13 ans d’emprisonnement alors que Fatmir Limaj et Isak Musliu ont été acquittés des charges de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour lesquels ils étaient poursuivis.

Il est à noter que l’Accusation a interjeté appel de la décision du 30 novembre 2005.

 


TPIR : Affaire Seromba

La reprise de la présentation des moyens de preuve à décharge

 

Roland ADJOVI

 

Dans l’affaire le Procureur c. Athanase Seromba, après avoir entendu le 11ème témoin à décharge, la Chambre de première instance III avait ajourné sine die, le 8 décembre 2005, la continuation de la présentation des moyens de preuve de la défense. Mais le 16 décembre 2005, la juge Andrésia Vaz a émis une ordonnance portant calendrier qui prévoyait la reprise pour le 13 février 2006, alors que d’une part, la défense avait souhaité une date en mars, et d’autre part, qu’une ordonnance antérieure (13 décembre 2005) avait prévu la reprise dans l’affaire Karemera et consorts pour la même date (13 février 2006). L’ordonnance du 16 décembre 2005 impliquait d’abord un rejet de la requête de la défense en date du 7 décembre 2005 (voir la réponse du procureur à cette requête), et une précision de l’ordonnance portant calendrier de l’affaire Karemera : puisque le juge Kam devait siéger dans les deux affaires, chacune ne pourrait occuper qu’une demie journée. Le même 16 décembre 2006, la Chambre dans sa composition plénière a rendu deux autres décisions, l’une portant sur des mesures de protection et l’autre sur la rétractation d’un témoin et la demande subséquente de la défense que des enquêtes soient diligentées.

Face au rejet implicite de sa requête en ajournement, la défense a naturellement tenté de faire appel, alléguant entre autres que la juge Andrésia Vaz n’avait pas compétence pour prendre une telle ordonnance en tant que juge unique (voir la réponse du procureur à la requête en certification d’appel). Le 23 mars 2006, après trois mois d’intersessions, et sans que la Chambre ait eu à statuer sur cette requête, à notre connaissance, les parties ont repris le chemin de la salle d’audience pour quelques autres semaines durant lesquelles la défense compte appeler à la barre douze témoins et l’accusé.

Ce 23 mars 2006, dès la reprise, le procureur a saisi la Chambre d’une requête orale aux fins de visite des lieux au Rwanda. Les commentaires de la présidente, au terme de la requête, laissait déjà présager de la suite qui ne sera pourtant donnée que le lendemain : « La Chambre prend acte de la requête de Madame le Procureur et, également, du point de vue de la Défense. Nous aimerions toutefois que les parties précisent quels sont les sites qu'elles souhaitent visiter. Nous pourrons prendre la décision après avoir reçu, donc, de plus amples informations. Nous allons voir s'il est possible de partir en semaine. Là aussi, il y a peut-être une possibilité de partir pour revenir le même jour. Tout dépendra, bien entendu, du Greffe. Nous donnerons toutes ces précisions dans l'ordonnance que nous prendrons dès que nous aurons donc les renseignements que nous attendons des parties. »

Le 24 mars 2006, dans une décision orale, la Chambre a accédé à cette requête sans autres motifs que la réponse positive de la défense et l’intérêt de la justice, comme si désormais il allait de soi que la Chambre se déplace sur les lieux du crime, avant même que les parties ne complètent leur demande par la production d’une liste des sites à visiter : ce n’est qu’après la lecture de l’ordonnance orale, que le procureur a informé la Chambre qu’il avait déjà une liste. Par ailleurs, la Chambre émet, quelques jours plus tard, une seconde décision le 29 mars 2006, où elle réitère qu’elle accède à la requête du procureur en offrant, cette fois-ci, d’autres motifs, à savoir le fait que le site de la paroisse de Nyange est pertinent pour les allégations inscrites à l’acte d’accusation, bien que les propositions des parties ne soient pas limitées à la paroisse (voir les propositions du procureur, 24 mars 2006, et de la défense, 27 mars 2006), et l’absence de coût excessif pour le Tribunal. Il faut noter d’une part, que c’est la Chambre elle-même qui a déterminé l’absence de coût excessif sans s’embarrasser de plus de précisions, et d’autre part, que même si la Chambre accède à la requête, elle demande l’autorisation au président conformément à l’article 4 du Règlement.

 On peut se demander pourquoi il y a eu deux décisions sur la même requête, et quelles sont les limites du pouvoir du président lorsqu’une telle demande d’autorisation lui est adressée. Pour l’instant, aucune décision du président sur les demandes d’autorisation à visiter les lieux inscrits à l’acte d’accusation ne nous est connue, alors même que leur publication pourrait donner plus de transparence à la procédure et une mise en exergue de l’interprétation de cette disposition du règlement. Dans tous les cas, la Chambre a conduit sa visite des lieux le weekend du 8 avril 2006 comme prévu (Hirondelle, dépêche du 7 avril 2006), suite certainement à l’autorisation du président, et il faut se féliciter de la célérité dont le Tribunal a fait preuve en l’espèce. On se souviendra toutefois que la Chambre saisie de l’affaire Zigiranyirazo avait fait une demande semblable non pour visiter un site, mais pour entendre un témoin à La Haye (Pays-Bas) (voir la décision du 31 janvier 2006) et qu’à ce jour, aucune décision du président ne semble avoir été prise encore même si la Chambre a prévu reprendre ses audiences avec l’audition du témoin ADE à compter du 5 juin 2006 à  La Haye.

Il faut espérer que cette session soit la dernière de ce procès à accusé unique qui a commencé depuis le 20 septembre 2004.

 


TPIR: Le Procureur c. Joseph Serugendo

 Un autre plaidoyer de culpabilité en cours de négociation ou de considération par les juges ?

 

Roland ADJOVI

 

  Affaire Joseph Serungendo- Parfois, il ne suffit pas d’être au Tribunal pour être bien informé de ce qui s’y passe. Le journal International Tribune Justice a publié le 27 mars 2006 un article sur les confessions au Tribunal, et visiblement le journaliste qui en est l’auteur, Thierry Cruvellier, a des sources exceptionnelles. Il fait état d’une audience à huis clos et secrète qui se serait tenue le 15 mars 2006, sans savoir ce qui s’est dit lors de cette audience. Mais il lance entendre que cela pourrait avoir quelque chose à voir avec des négociations en cours sur un plaidoyer de culpabilité éventuelle, négociations dont l’existence serait confirmée par le chef des poursuites lui-même. On pourrait donc ne pas en douter. Ensuite, le journaliste exprime des craintes sur le temps que la Chambre de première instance II mettait à déterminer la peine dans l’affaire Bisengimana. Une fois le jugement portant condamnation rendu dans cette affaire le 13 avril 2006, on a pu lire ensuite dans la presse une autre formulation de ces craintes : dans la mesure où la peine est supérieure à la fourchette convenue par les parties, il serait à craindre que cette décision ne décourage les autres candidats au plaidoyer de culpabilité (Dépêches de Hirondelle, 13 et 18 avril 2006).

Une telle analyse pêche en deux points. D’abord la peine de 15 ans que la Chambre a ordonnée n’est pas bien supérieure à celle demandée par le procureur (14 ans). Ensuite il n’est pas certain que Paul Bisengimana s’en soit si mal sorti. D’une part, il a plaidé coupable pour extermination d’environ deux milliers de personnes : même si son rôle n’a pas été clairement déterminé dans les faits, il ne peut se prévaloir d’une participation par omission sans aller jusqu’à parler de complicité par omission comme dans l’affaire Rutaganira, car il était présent sur le lieu du crime. D’autres accusés, avec une semblable accusation, ont écopé d’une peine d’emprisonnement bien plus lourde (voir par exemple le jugement Kamuhanda). D’ature part, on se souviendra que dans le Jugement Semanza (paras 211-213), la Chambre avait conclu que la culpabilité du bourgmestre pour avoir coupé le bras et/ou la jambe d’un certain Rusanganwa en présence de Paul Bisengimana : ce témoin dont la crédibilité n’a pas été mise en doute par les juges a aussi affirmé clairement que Paul Bisengimana a fait pareil que Semanza, en coupant aussi l’autre bras et/ou l’autre jambe du même individu. La Chambre ne s’embarassant pas des éventuels droits de Paul Bisengimana, avait clairement considéré comme établi que Laurent Semanza a infligé des blessures mortelles à Rusanganwa pour tirer des informations de lui, commettant ainsi un crime contre l’humanité (torture), le tout en présence de Paul Bisengimana (paras. 486, 549). Par ailleurs, toujours dans le jugement Semanza, Paul Bisengimana serait venu sur la paroisse de Musha le 13 avril 1994 avec des assaillants qui ont exterminé des réfugiés Tutsi (paras. 196-197, 425). Si durant un procès, le procureur réussit à faire établir ces faits au moins, il est certain que Paul Bisengimana ne s’en serait pas tiré avec les 15 ans d’emprisonnement. Autrement dit, il n’est pas certain que cette variation de la peine qui reste bien légère au vu du caractère certainement abominable des crimes commis, soit destructrice pour une stratégie d’achèvement du mandat du Tribunal qui ne saurait faire l’économie de la vérité historique au risque de saper les fondements d’une justice pénale internationale qui n’en est même pas encore à son adolescence !

Pour finir, il faut rappeler que c’est le 22 juillet 2005 que le juge russe Sergei A. Egorov avait confirmé l’acte d’accusation contre Joseph Serugendo, un membre du comité national des Interahamwe et un ancien cadre de la Radio Télévision Libre des Milles Collines (RTLM). Cette confirmation était confidentielle jusqu’à ce que l’ordonnance du 28 septembre 2005 la rende publique en prévision de la comparution initiale devant se tenir deux jours plus tard, l’accusé ayant été arrêté le 19 septembre 2005 à Libreville (Gabon) (communiqué de presse du 23 septembre 2005). A cette audience du 30 septembre 2005, son acte d’accusation lui a été lu et il a plaidé non coupable aux 5 chefs d’accusation : génocide et alternativement complicité, entente, incitation direct et publique et crime contre l’humanité (persécution).

 

archive de Sentinelle 


TPIR: les stratégies de défense conflictuelles dans les procès à accusés multiples

 

Elsa LEVAVASSEUR

Juriste stagiaire au TPIR

 

Cinq procès à accusés multiples sont actuellement en cours devant le TPIR, rassemblant 21 accusés [Butare, Militaires 1, Militaires 2, Gouvernement 2, Karemera et consorts]. Si ce système de procès à accusés multiples permet évidemment de juger un maximum d’accusés dans le cadre d’une logique antérieure à la completion strategy du Tribunal, il pose également des problèmes pratiques et les demandes en disjonction d’instance se multiplient. La question de la compatibilité des stratégies de défense entre les co-accusés est particulièrement d’actualité, avec une décision orale de rejet du 22 mars 2006 dans l’affaire Militaires I (quatre accusés) contre laquelle la défense a immédiatement exprimé sa volonté de faire appel (voir la requête en certification d’appel), et une décision similaire dans l’affaire Butare (six accusés) en date du 7 avril 2006.

La question soulevée dans Militaires I était lourde d’implications puisqu’elle conditionnait la comparution d’un témoin primordial, l’ancien premier ministre Jean Kambanda, condamné par le Tribunal en 1998 à la prison à perpétuité et qui purge sa peine au Mali. Le procès du colonel Théoneste Bagosora et de trois autres officiers, Gratien Kabiligi, Anatole Nsengiyumva et Aloys Ntabakuze, a commencé le 2 avril 2002 et en est actuellement au stade de la présentation des moyens de preuve à décharge, les accusés ayant convenu de présenter leurs témoins en ordre logique, les témoins communs étant appelés en premier, puis les témoins individuels. La présente session qui a débuté le 10 février 2006 est particulièrement houleuse puisque les trois co-accusés de Bagosora se sont, dès le début, fermement opposés à l’audition de Kambanda et du général Marcel Gatsinzi que la défense pour Bagosora envisageait de citer à la barre. Les avocats de Kabiligi, Nsengiyumva et Ntabakuze arguent en effet que ces témoignages leur seraient hautement préjudiciables et détruiraient leur propre stratégie de défense. Jean Kambanda avait en effet plaidé coupable et porté des accusations contre le gouvernement intérimaire mis en place en avril 1994, les partis politiques d’alors et les FAR. Les co-accusés du colonel Bagosora soulignaient également que Kambanda, figurant initialement sur la liste des témoins du procureur, il y avait une crainte légitime que sa comparution, notamment à travers son contre-interrogatoire, ne fasse finalement qu’appuyer la thèse du procureur. La requête déposée par les défenseurs des trois co-accusés le 17 mars 2006, visait donc à la disjonction des instances et à la reprise d’un procès distinct de celui de Bagosora, afin de sauvegarder leurs intérêts.

Dans sa décision orale du 22 mars complétée par un exposé écrit de la motivation en date du 27 mars 2006, la Chambre de première instance I présidée par le juge Møse a rejeté cette requête, confortant ainsi une jurisprudence bien établie. Elle rappelle en effet que le fait qu’un procès soit joint n’implique aucunement que les stratégies de défense des co-accusés le soient aussi. S’appuyant sur une jurisprudence abondante, elle relève que les requêtes en disjonction basées sur des défenses conflictuelles ou incohérentes sont systématiquement rejetées par les juridictions nationales et internationales (para. 5). Certes, l’article 82(B) du Règlement de procédure et de preuve du Tribunal dispose que la séparation des procès peut être ordonnée afin d’éviter un “conflit d’intérêts de nature à causer un préjudice grave à un accusé” ; mais, en l’espèce, la Chambre considère qu’un tel conflit d’intérêts n’est pas démontré, et qu’elle n’entrevoit qu’un désaccord entre Bagosora et ses co-accusés sur leurs stratégies de défense. Concernant le témoignage contesté de Jean Kambanda, la Chambre note qu’il n’est en aucune façon “extraordinairement préjudiciable”, et elle rappelle en outre que les trois requérants pourront à loisir contre-interroger et éventuellement appeler des témoins supplémentaires. Les avocats de Kabiligi, Nsengiyumva et Ntabakuze ont immédiatement interjeté appel et, dans l’intervalle, il a été convenu de ne pas entendre le témoin Kambanda (procès verbal du 28 mars 2006).

Il est intéressant de noter que les derniers paragraphes de cette décision, après une  démonstration juridique pourtant claire et sans appel, traduisent une autre préoccupation plus terre-à-terre : la Chambre suggère en effet que les exemples de disjonction d’instances avancés par les requérants, à savoir dans les affaires Kovacevic et Kajelijeli, étaient non seulement différentes sur le fond mais également sur la forme, puisque dans ces cas les disjonctions avaient été décidées en amont du procès et non lorsqu’il tendait à sa fin. De même, la Chambre énonce clairement que le moment choisi pour cette requête ne pèse pas en faveur d’une disjonction d’instances – la liste des témoins à décharge et la volonté des avocats de Bagosora de faire comparaître Kambanda étaient connues dès décembre 2005. En clair, il y a eu une absence manifeste de diligence qui aurait joué contre la requête. Il faut donc se demander si la décision aurait été différente à un autre stade du procès.

Il est dit que ces procès fleuves continueront de faire parler d’eux, et que la stratégie de recourir à de tels procès à accusés multiples fera encore l’objet de contestations. Il faut rappeler que la jonction des instances contre les quatre officiers dans l’affaire Militaires 1 avait été effectuée en juin 2000, en dépit des objections de toutes les équipes de défense; et que, depuis lors, déjà deux requêtes en disjonction d’instance ont été rejetées (Décisions des 28 octobre 2003 pour Ntabakuze et 24 mars 2005 pour Kabiligi). Toujours est-il que, dans la motivation écrite de sa décision orale (27 mars 2006), la Chambre défend sa position et sa préférence pour conserver le procès joint, listant entre autres les avantages, autant juridiques qu’administratifs, de tels procès (para. 3). Elle n’est pas la première juridiction, nationale ou internationale, à se prononcer en ce sens.

Si les co-accusés de Bagosora demandaient une disjonction “limitée” des instances, Pauline Nyiramasuhuko demandait elle une reprise de son procès à zéro... Elle réclamait, en effet, dans une requête déposée le 17 février 2006, l’arrêt des procédures au motif qu’un conflit d’intérêt l’opposait à deux de ses coaccusés, Sylvain Nsabimana et Joseph Kanyabashi, et que le préjudice grave et irréparable en découlant était tel que la Chambre se devait de procéder à la disjonction de son procès et à sa reprise de novo. Les audiences dans l’affaire Butare ont repris le 3 avril, et dès le 7 avril 2006 la Chambre de première instance II rejetait la requête en disjonction. Dans une décision aux motifs similaires à ceux de la Chambre de première instance I, elle juge sans surprise que le conflit d’intérêts n’est pas prouvé. Se basant sur une autre décision du TPIY dans l’affaire Brdjanin et Talic, elle précise en outre que les circonstances entourant le conflit d’intérêt qui justifieraient une disjonction des instances devraient être extraordinaires.

 


CEDH: informations confidentielles et liberté d’information

Condamnation de la Suisse dans les arrêts "Stoll" et "Dammann"

 

Sébastien TOUZE

 

Le 25 avril 2006, la quatrième section de la Cour européenne des droits de l’homme a rendu deux arrêts condamnant la Suisse pour violation de l’article 10 de la Convention.

Ces deux affaires rendues simultanément présentent des situations de fait quelque peu différentes mais elles mettent en lumière un problème commun : la question du droit pour les journalistes de disposer, d’exploiter et de publier des informations classées confidentielles.

Dans l’affaire Dammann, un journaliste d’un quotidien populaire suisse avait été condamné par les juridictions suisses pour avoir obtenu, de la part d’une secrétaire du parquet du canton de Zürich, des informations relatives à différentes condamnations de plusieurs individus impliqués dans un grand cambriolage d’un bureau de poste à Zürich. Bien que n’ayant pas utilisé ou publié les informations obtenues, les juridictions suisses ont considéré qu’en ayant soutiré des informations confidentielles auprès d’un fonctionnaire, le requérant avait contribué à la violation du secret de la fonction justifiant ainsi sa condamnation à une amende (500 francs suisses). Cette condamnation fut confirmée en appel et en cassation ainsi que devant le Tribunal fédéral.

Dans la seconde espèce, l’affaire Stoll, le requérant avait été condamné par les juridictions suisses pour avoir publié dans un quotidien suisse un document confidentiel émanant de l’ambassadeur suisse aux Etats-Unis relatif à la stratégie suisse durant les négociations entreprises entre la Confédération (et ses banques) et le Congrès juif mondial au sujet des fonds juifs en déshérence sur les comptes bancaires suisses. Estimant que le requérant, en publiant un document de cette nature, avait fortement fragilisé la position extérieure de la Suisse, le Tribunal de district de Zürich condamna le requérant à une amende de 800 francs suisses (peine confirmée en appel et devant le Tribunal fédéral).

Les deux requérants ont, par la suite, saisi la Cour européenne des droits de l’homme invoquant une violation de l’article 10 de la Convention.

En ce qui concerne le recours introduit par M. Dammann, la Cour a donc dû se prononcer sur la question de savoir si une condamnation découlant de la seule obtention d’informations jugées confidentielles par l’administration de la justice devrait s’analyser en une violation de la liberté d’expression. La Cour, sans procéder à de longs développements, a constaté que la condamnation se fondait en réalité sur un acte journalistique préparatoire inhérent à la fonction de tout reporter. L’obtention d’informations (non-confidentielles aux yeux de la Cour) ne pouvait dès lors pas être considérée, en l’absence de manœuvre délictueuse pour les obtenir et de préjudice pour les personnes sur lesquelles portaient les renseignements, comme contraire aux obligations déontologiques du journalistes et ce, d’autant plus, selon la Cour, que ces informations s’intégraient dans une question d’intérêt général eu égard à la médiatisation du cambriolage. Considérant finalement que le montant minime de la condamnation n’était pas adéquat et que le seul fait d’avoir condamné le requérant constituait une sanction suffisamment grave, la Cour conclut à l’unanimité à la violation de l’article 10 de la Convention.

La seconde affaire semblait plus complexe à trancher eu égard au fait que, contrairement à l’affaire Dammann, les informations en cause, avaient été publiées et commentées dans un quotidien à grand tirage et touchaient, sur le plan interne et international, une question des plus sensibles. Ainsi, l’examen opéré par la Cour a été plus dense que dans la première espèce d’autant plus que, selon la Cour, en ce domaine la marge d’appréciation des Etats est réduite. La Cour a considéré en premier lieu, que les questions soulevées par le document en cause s’inscrivaient dans un débat d’intérêt général. Par la suite, et partant du principe que le classement confidentiel de l’information n’était pas pertinent, la Cour a examiné le document en cause afin de déterminer si ce dernier portait véritablement sur des questions fondamentales pour la sécurité nationale et la sûreté publique. Concluant par la négative, la Cour a dès lors admis que la divulgation de ce document ne portait pas atteinte à des intérêts prépondérants susceptibles de justifier une limitation de la liberté d’expression. Par la suite, la Cour s’est attachée à déterminer si le requérant avait respecté les devoirs qui lui sont assignés par l’article 10 de la Convention et a considéré que, sur ce point, rien ne pouvait lui être reproché et ce, d’autant plus que sa condamnation sur le plan interne ne se fondait aucunement sur une infraction découlant du non respect des principes de l’éthique journalistique.

Affirmant, comme dans l’arrêt Dammann, que la seule condamnation d’un journaliste peut être considérée comme une peine suffisamment lourde, la Cour a conclu que : « si la sanction qui a frappé son auteur ne l’a à proprement parler pas empêché de s’exprimer, sa condamnation n’en a pas moins constitué une espèce de censure tendant à l’inciter à ne pas se livrer désormais à des critiques formulées de la sorte. Dans le contexte du débat politique, pareille condamnation risque de dissuader les journalistes de contribuer à la discussion publique de questions qui intéressent la vie de la collectivité. Par là même, elle est de nature à entraver la presse dans l’accomplissement de sa tâche d’information et de contrôle. » Ce faisant la Cour a reconnu à quatre voix contre trois l’existence d’une violation de l’article 10 de la Convention.

Cette solution, mise en parallèle avec la solution Dammann a été à l’origine de l’opinion dissidente du juge Wildhaber à laquelle se sont ralliés les juges Borrego Borrego et Sikuta.  Le contrôle qui est opéré dans les deux espèces sont semblables alors que les informations en cause sont de nature très différente. En outre dans le premier cas, il n’y avait eu aucune publication (ce fait aurait d’ailleurs pu justifier en soi la violation de l’article 10) alors que dans le second, l’information confidentielle avait été publiée. Il est fort probable que ces quelques éléments, parfaitement mis en avant par le juge Wildhaber dans son opinion dissidente, puisse conduire la Grande Chambre à préciser la jurisprudence de la Cour en la matière.

 


 CEDH: procréation médicalement assistée et droits des détenus

Dickson c. Royaume-Uni

 

Sébastien TOUZE

 

Le 18 avril 2006, la quatrième section de la Cour européenne des droits de l’homme a rendu son arrêt dans l’affaire Dickson contre Royaume-Uni.

Une nouvelle fois appelée à se prononcer sur la question de la fécondation in vitro après le très récent arrêt Evans, la Cour européenne devait, en l’espèce se prononcer sur une question quelque peu différente à savoir le droit pour les détenus de recourir à la procréation médicalement assistée durant leur détention.

En 1994, M. Kirk Dickson fut déclaré coupable de meurtre et condamné à la prison à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 15 années. En 1999, il rencontra sa future épouse dans le cadre d’un programme d’échange de correspondance avec les détenus. Les deux requérants se marièrent en 2001 et demandèrent la même année à pouvoir recourir à l’insémination artificielle, seule manière, selon eux, de pouvoir avoir un enfant ensemble eu égard à leur âge et à la date de sortie de prison de M. Dickson.

Dans un courrier du 28 mai 2003, le ministre compétent rejeta leur demande. Dans sa décision, le Ministre mentionnait les différents critères pris en compte pour apprécier cette demande et se fondait sur cinq motifs excluant selon lui une autorisation de recourir à la fécondation in vitro dans leur situation. Parmi ces motifs, le Ministre relevait notamment que l’âge de Mme Dickson ainsi que la date de sortie de son époux excluait toute procréation naturelle. Toutefois, il estimait que leur relation était née dans des conditions particulières et ne pouvait par conséquent être appréciée comme une relation de couple habituelle. Par ailleurs, la décision du Ministre faisait état de l’absence de garanties permettant d’assurer le confort matériel de l’enfant et de l’absence d’un réseau de soutien autour de la mère et de l’enfant. En outre, le Ministre considérait que le fait de grandir en l’absence de son père ne pouvait créer, chez l’enfant, un climat de croissance favorable. Enfin, le Ministre fit état de la gravité du crime pour lequel M. Dickson avait été condamné.

Les requérants firent appel de cette décision auprès de la High Court et de la Cour d’appel qui confirmèrent toutes deux la position ministérielle.

Ils saisirent par la suite la Cour européenne des droits de l’homme invoquant une violation des articles 8 et 12 de la Convention.

Relativement au premier grief, les requérants considéraient que le refus qui leur avait été opposé par le Ministre contrevenait à leur droit à la vie privée et familiale tels que garanties par l’article 8.

Sur ce point, la Cour a considéré en premier lieu que la détention d’un individu, bien que compatible avec la Convention, avait des conséquences sur les libertés et droits des personnes et ce notamment en ce qui a trait à la question de la procréation. Estimant que les Etats avait des obligations positives en la matière (point critiqué par les juges Casadevall et Garlicki dans leur opinion dissidente), la Cour a admis que les requérants étaient fondés à soutenir qu’en leur refusant l’accès à la procréation médicalement assistée, le gouvernement avait failli à son obligation de protection de leur vie privée et familiale. Toutefois, la Cour a immédiatement relativisé cette affirmation en avançant le fait que le problème juridique soulevé était plus large et touchait des questions de politiques et considérations nationales qui, en l’absence de consensus parmi les Etats membres sur la question de la fécondation in vitro, s’appuyaient sur une large marge d’appréciation. Ce point de départ du contrôle de la Cour, devenu habituel dans ce type d’affaires, a dès lors amené celle-ci à procéder à un contrôle restreint de l’ingérence qui s’est uniquement concentré sur la vérification de l’absence d’arbitraire de la part des autorités britanniques. Et sur ce point, la Cour s’est contentée de confirmer point par point les motivations avancées par le Ministre, ce qui lui a permis de conclure, à quatre voix contre trois, à la non-violation de l’article 8 de la Convention. Constatant dès lors que les différentes questions sur lesquelles elle devait se prononcer au regard du grief tiré de la violation de l’article 12 avait déjà été envisagées sous l’angle de l’article 8, la Cour a conclu, par quatre voix contre trois, à la non-violation de cette disposition.

La solution adoptée a été critiquée par le Juge Borrego Borrego qui a mis en exergue les lacunes grevant la méthode adoptée par la Cour et l’absence de pertinence des motifs retenus pour justifier la décision de refus opposée aux requérants. En particulier, le juge dissident a mis en évidence le fait que toute la motivation avancée, très critiquable selon lui, ne l’était qu’au regard de M. Dickson et ne prenait pas en compte les intérêts de Mme Dickson qui était la personne oubliée de cette affaire. La conclusion du juge Borrego Borrego, appelant de ses souhaits une saisine de la Grande Chambre, rappelle ainsi une nouvelle fois que les différentes questions de la procréation médicalement assistée au regard de la Convention sont encore loin d’avoir toutes été envisagées et devront faire l’objet, de la part de la formation plénière de la Cour, d’un examen général devant permettre de poser une ligne jurisprudentielle claire en la matière.

 


 Atelier sur le Mécanisme pour un développement propre

 

Jacobo RIOS RODRIGUEZ

 

Entre le 24 et le 28 avril 2006,  une réunion sur le Mécanisme pour un développement propre (MDP) a eu lieu au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie, à Paris, avec la présence de 80 responsables de l’environnement de 24 pays francophones en développement. L’atelier a porté sur  le sujet « Les Autorités nationales désignées pour le MDP: attributions, organisation et fonctionnement ».

Le Mécanisme pour un développement propre, créé par l’article 12 du Protocole de Kyoto, permettra l’élaboration de projets favorisant l’investissement public ou privé dans des activités tendant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans des pays en développement, tout en donnant la possibilité à ces pays d’acquérir des crédits en retour. L’article précité dispose que « l’objet du mécanisme pour un développement ‘propre’ est d’aider les Parties ne figurant pas à l’annexe I à parvenir à un développement durable, ainsi qu’à contribuer à l’objectif ultime de la Convention et d’aider les Parties visées à l’annexe I à remplir leurs engagements chiffrés de limitation et de réduction de leurs émissions prévus à l’article 3 ». Avec l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto en février 2005 et les accords de Marrakech adoptés lors de la 11e Conférence des Parties à la Convention sur le climat de décembre 2005, le Mécanisme peut devenir un outil important pour les pays en voie de développement, aussi bien dans le domaine du transfert de technologies, que de la création d’emplois et du renforcement de l’efficacité énergétique.

À l’heure actuelle, la participation francophone au Mécanisme est encore limitée et faible, en raison de plusieurs facteurs, principalement de l’absence d’Autorités nationales et de procédures d’approbation de projets MDP, ainsi que d’une connaissance limitée du cadre juridique des contrats de vente des unités de carbone de ces projets. C’est pourquoi cet atelier, premier d’une série de trois, a pour but de développer une meilleure compréhension des fonctions de l’Autorité nationale, ainsi que de doter les pays en difficultés des instruments nécessaires à la mise en place de cette dernière, en s’appuyant tout particulièrement sur l’échange d’expériences entre eux. Dans les initiatives récentes en la matière, il convient de souligner l’ouvrage en langue française Mettre en place une Autorité Nationale Désignée (AND)  pour le MDP. Pourquoi et comment ? qui tente de pallier les difficultés liées à la complexité de la mise en place des Autorités, en expliquant la procédure à suivre (voir).

En effet, si une politique nationale fixant les objectifs du développement dans des normes juridiques adaptées au mécanisme est l’une des conditions de base, la création de l’Autorité nationale chargée du Mécanisme est indispensable du point de vue institutionnel. Parmi les thèmes abordés dans l’atelier se trouvent aussi, en plus des outils, procédures et ressources de l’AND, des études de cas concrets, ainsi que le point de vue des acheteurs de crédits carbone, qui peuvent faire partie des agences gouvernementales ou du secteur privé.

Deux autres ateliers seront organisés dans les mois qui suivent l’un, en octobre 2006 sur le montage des projets et l’autre, en avril 2007 portant plus concrètement sur les contrats de vente des unités de réduction certifiées des émissions de gaz à effet de serre. Les trois réunions forment les axes  de l'initiative Francophone pour le MDP, organisée sous l’égide l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), organe subsidiaire de l’OIF créé en 1988.

 


OMC:

Affaire relative aux avions civils gros porteurs

 

Guillaume AREOU

 

  •    Affaire Etats-Unis – mesures affectant le commerce des avions civils gros porteurs (WT/DS317/6) 18 avril 2006  

Le Président du Groupe spécial établi le 20 juillet 2005 a indiqué que le délai de 6 mois prévu pour rendre les travaux ne pourrait être respecté en raison de la complexité des questions de fond et de procédure. Le Groupe spécial compte achever ses travaux en 2007.

  • Affaire Communautés européenne – Mesures affectant le commerce des avions civils gros porteurs (WT/DS316/7) 13 avril 2006

C’est pour les mêmes raisons que le Président du Groupe spécial a indiqué que le délai a été reporté à l’année 2007.

 


OMC:

CE– mesures affectant le commerce des avions civils gros porteurs

11 avril 2006

(WT/DS316/5&6)

 

Guillaume AREOU

Les Etats-Unis ont demandé l’établissement d’un nouveau groupe spécial dans cette affaire. Ils ont donc estimé nécessaire que les questions soulevées dans cette nouvelle demande soient jointes à celles du Groupe spécial établi le 20 juillet 2005. Les mesures en cause comprennent :

-                          l’octroi par les Etats membres aux sociétés Airbus (Airbus SAS, Airbus GIE ainsi que les sociétés affiliées actuelles et précédentes) d’un financement pour la conception et le développement d’avions civils gros porteurs ;

-                          l’octroi par les CE et les Etats membres d’un financement de la banque européenne d’investissements en rapport avec la construction, la création, le développement, l’expansion, la modernisation et l’utilisation d’installation et d’autres infrastructures pour ou par les sociétés Airbus ;

-                          la prise en charge et/ou le remboursement par les CE ou les Etats membres de dette et/ou des pertes des sociétés Airbus ;

-                          l’octroi de dons aux sociétés Airbus et la prise de participations au capital social des sociétés Airbus par les CE et less Etats membres ;

-                          l’octroi par les CE et les Etats membres de contribution financière pour des activités de recherche, de développement et de démonstration liées à l’aéronautique.

Les Etats-Unis considèrent que les aides au lancement seraient des subventions incompatibles avec les articles 3.1 a) et b) et 3.2 de l’accord sur les subventions et les mesures compensatoires. Les mesures des CE et de certains de ses Etats membres causeraient également des effets défavorables pour les intérêts des Etats-Unis qui seraient contraires aux articles 5 a), 5 c) et 6.3 a) b) c) de l’accord sur les subventions et les mesures compensatoires.

 


OMC:

« Lois, réglementations et méthode de calcul des marges de dumping »  (« Réduction à zéro »)

Rapport de l’Organe d’Appel

(WT/DS294/AB/R)

18 avril 2006 

 

Florina COSTICA

 

L’Organe d’Appel modifie l'interprétation faite par le rapport initial du panel (voir Sentinelle 42), mais arrive à la même conclusion de la violation par les Etats-Unis de l’Accord antidumping et du GATT’94. Les argumentations sont différentes en ce qui concerne la possibilité de contester la méthode de « réduction à zéro », relative aux enquêtes initiales et calculée selon la méthode « moyenne pondérée à moyenne pondérée », même si l’incompatibilité constatée par le Groupe spécial est reconnue. Par ailleurs, l’OA constate que l’assimilation de la « méthode » de réduction à zéro à une « mesure », ainsi que le critère utilisé par le panel pour cette assimilation, à savoir qu’il s’agirait d’une « norme », sont « erronées en droit », d’où l’invalidité de la constatation y découlant.

Au bout de plusieurs constats de «manque de pertinence » et d’ « inutilité » des constations du panel, l’OA infirme les conclusions de ce dernier quant à la non violation par la partie américaine de l’Accord antidumping pour ce qui est du Règlement USDOC. Le rapport ne se prononce pas sur les « appels conditionnels » de la CE relatives à la « pratique américaine » des « réductions à zéro ». De même, il déclare « sans pertinence » la distinction faite par le rapport initial entre la phase de réexamen et celle de l’enquête initiale.

L’UE a certes saluée cette décision qui entérine l’incompatibilité des « réductions à zéro » avec les règles du commerce international, en fermant ainsi la porte aux « exagérations de la responsabilité en matière de dumping infligée aux exportateurs européens ».

 


Union européenne:

Adoption de droits anti-dumping sur les chaussures en cuir

 

Guillaume AREOU

 

La Commission européenne a suivi les recommandations de Peter Mandelson dans le cadre de l’enquête anti-dumping sur les chaussures en cuir en provenance de Chine et du Viêt-nam. Elle a donc adopté des droits anti-dumping provisoires. Cette mesure est entrée en vigueur le 7 avril dernier. Les droits anti-dumping imposés seront progressifs.

Le Viêt-Nam condamne une décision qu’il qualifie d’injuste puisque la détermination du dumping serait infondée. Les autorités vietnamiennes cherchent cependant à trouver une solution commune et satisfaisante avec l’Union européenne sur ce différend.

 


Projet de loi français relatif aux OGM

 

Guillaume AREOU

 

Le Sénat français a examiné en mars dernier un projet de loi relatif aux organismes génétiquement modifiés. Il a pour objet la transposition des directives européennes 98/81/CE du Conseil (26 octobre 1998) relative à l'utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés et 2001/18/CE du Parlement et du Conseil (12 mars 2001) relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'environnement.

La France faisait partie des Etats membres qui n’avaient pas encore transposé dans leur ordre juridique interne la réglementation européenne en matière d’OGM. Ainsi, la législation française répondra aux obligations communautaires. L’Union européenne avait elle-même dû modifier sa réglementation pour se conformer à la pratique internationale et rendre plus lisible un dispositif normatif complexe.

Le principal effet de cette transposition tient principalement dans la modification du titre III du livre IV du Code de l’environnement. Des changements ont également touché de manière plus substantielle le code rural, le code de la consommation et le code de la santé publique.

Le système d’expertise français sera en outre plus efficace dans la mesure où les trois instances existantes (la commission du génie génétique, la commission d’étude de la dissémination et des produits issus du génie biomoléculaire et le comité de la biovigilance) fusionneront en une seule instance consultative.  

Enfin, un fonds de compensation verra le jour pour couvrir le préjudice économique dans l’hypothèse où une présence fortuite d’OGM dans un produit issu d’une culture non-OGM serait avérée.

 


Accords de coopération France-Egypte

 

Florina COSTICA et Jacobo RÍOS RODRÍGUEZ

 

À l’occasion de la visite officielle du Président de la République Française en Egypte, le 19 et le 20 avril 2006, les liens entre les deux pays se sont renforcés au moyen de la signature de plusieurs accords dans le domaine des investissements, du développement, et de l’enseignement (sur la vision du Président de la République Française de la coopération entre la France et l’Egypte, voir l’entretien du 19 avril du Président de la République Française au journal égyptien Al Ahram).

En premier lieu, le 19 avril, un échange de lettres entre Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur, et Mme Fayza Aboul Naga, ministre de la Coopération internationale, a défini les modalités pratiques de mise en œuvre de l'accord de conversion de créances du 1er mai 1999. Il s’agit d’un accord destiné à faciliter la conversion de 45,7 millions d'euros de créances françaises sur l'Egypte en investissements privés dans ce pays. Attirer des investissements étrangers tout en remboursant une partie de la dette égyptienne est le but déclaré de l’accord, qui rend intéressants du point de vue économique les investissements français en Egypte (voir cadre des relations économiques et commerciales de la France et l’Egypte).

En deuxième lieu, la Convention d'établissement de l'Agence française de Développement (AFD) en Egypte a été signée. Elle prévoit l'implantation de cette agence en Egypte et la fourniture, par l'AFD, d’une aide économique et d'études à des entités gouvernementales publiques et privées, dans un souci de favoriser le développement. Cette contribution de l'AFD à l'Egypte fera partie de l'Aide officielle française au Développement (AOD) à l'Egypte. Cela constitue la mise au premier plan et le renforcement de la coopération financière entre la France et l’Egypte.

Enfin, un accord entre les deux États a été signé dans le domaine de l’enseignement supérieur et la recherche. Cet accord est censé créer un partenariat privilégié entre la France et l’Egypte dans le domaine, en rénovant l’enseignement supérieur professionnalisant et en procédant à la mise en place de programme de recherches en sciences exactes, environnementales et de la santé. Dans ce sens, Jacques Chirac a rendu une visite à l’Université française d’Egypte à l’occasion de laquelle il a rappelé le passé et le futur de la collaboration franco-égyptien, en indiquant : « L'héritage est sans prix : deux siècles de dialogue et d'échange entre deux nations de grande et haute culture qui ont tissé, entre nos deux peuples, les liens du cœur et les liens de l'esprit. L'ambition est immense : relever les défis du monde contemporain en formant les futures élites de ce XXIème siècle mondialisé qui se dessine sous nos yeux ». La France, comme il l’a signalé, est en effet le deuxième partenaire commercial de l’Egypte : une collaboration accrue dans le domaine de l’éducation ne peut qu’être positif pour les deux parties et représente la traduction dans ce domaine des liens privilégiés qui les unissent.

Les deux Présidents se sont aussi prononcé sur la situation en l’Iran et au Moyen-Orient (voir la conférence de presse conjointe du Président de la République Française et du Président de la République arabe d’Egypte). « S'agissant du Proche-Orient, nous avons évoqué l'espoir de voir des négociations reprendre. [...] Pour l'Iran, vous le savez, ce pays est signataire du Traité de non-prolifération. Il n'a pas, à proprement parler, respecté ses engagements. La France et l'Egypte travaillent dans le même esprit de dialogue ».

Le contexte de fond survenu immédiatement après la visite, les deux attentats perpétrés dans le nord du Sinaï le 26 avril,  quelques jours après les événements de Dahab, a été interprété comme un rappel et une confirmation du besoin de coopération internationale entre les deux pays (voir le communiqué de la Présidence de la République et la lettre de condoléances du Président français, M. Jacques Chirac).

 


Conférence des ministres de la Zone franc
 
Tidiani COUMA
 

La réunion des ministres des Etats ayant en commun l’usage du franc a pris fin par un engagement de la France d'apporter une aide de 100 millions d'euros dans la filière coton des pays membres de la Zone. Les ministres des finances des 15 pays de la Zone franc et la France, ont « réitéré leur demande d'un traitement ambitieux, rapide et spécifique du dossier du coton.

Les pays producteurs de coton pour leur part se sont engagés à « poursuivre les réformes structurelles pour accroître leur compétitivité ».

A cette conférence, la France a présenté un dispositif d'atténuation des effets de la volatilité des cours mondiaux sur les revenus des filières africaines productrices de coton. Il faut rappeler que le président Chirac avait lancé une initiative commerciale pour l'Afrique, lors du G8 d'Evian , en 2003, qui prévoyait de jeter les bases d'un partenariat Europe Afrique sur le coton.

Lors de la  Conférence de l'OMC à Hong Kong, en 2005, il avait été décidé d'étudier l'établissement d'un mécanisme pour amortir la baisse des revenus du secteur du coton. Le ministère des Affaires étrangères et l’Agence Française de développement ont admis depuis 2004 un tel mécanisme. C'est dans cet esprit que l'AFD vient de lancer l'étude de faisabilité d'une opération pilote au Burkina Faso et au Sénégal. Trois millions d'euros sont affectés à un fonds interprofessionnel au Burkina Faso, cinq pour celui du Sénégal et dix pour un fonds régional.

 


La Commission du commerce international du Parlement européen

appelle à un marché transatlantique libre d’entraves

d’ici 2015

 

Virgile RENAUDIE

 

L’UE et les USA sont « le moteur de l’économie mondiale ». Les liens économiques entre les deux puissances sont déjà extrêmement développés, mais divers obstacles subsistent. C’est pourquoi la Commission du commerce international souhaite la disparition des entraves existantes d’ici 2015.

Le 3 décembre 1995, à Madrid, un nouvel agenda transatlantique avait été signé. Cet accord était fondé sur la volonté d’établir de nouvelles relations économiques de meilleure qualité et plus intenses. Un plan d’action y était adjoint. Progressivement, certaines barrières au commerce ont été levées et une nouvelle initiative eut lieu au sommet de Londres le 18 mai 1998. Le dernier sommet entre l’UE et les USA, en juin 2005, a conclu à la nécessité de renforcer les relations transatlantiques. Une réunion ministérielle économique avait eu lieu en novembre 2005 qui avait déjà déterminé un programme de travail prévoyant des actions concrètes dans 11 domaines pour faire progresser l’intégration économique transatlantique.

Dix ans après le nouvel agenda transatlantique, en février 2006, un rapport rédigé par Erik Mann (PSE, All.), approuvé en avril 2006, préconise un nouveau partenariat entre les deux géants. Il constate que,  malgré les tensions qui peuvent parfois exister, un marché économique transatlantique subsiste de facto, dès lors, il convient de le renforcer.

Le volet économique de ce nouveau partenariat serait fondé sur trois piliers : une coopération en matière réglementaire, un ensemble d'instruments opérationnels de coopération - système d'alerte rapide, mécanisme bilatéral pour le règlement des différends commerciaux et accord de troisième génération sur l'application du droit de la concurrence - et, enfin, des accords de coopération économique sectoriels qui s'appuient sur le programme de travail commun UE - États-Unis.

L’actualisation préconisée par M. Mann devrait alors être envisagée lors du prochain sommet UE-USA de 2006. Ce nouvel accord devrait prévoir l’élimination progressive des barrières non tarifaires sur les grands marchés d'ici 2015, par la voie d'une harmonisation progressive des réglementations et de la reconnaissance mutuelle des règles et normes en vigueur. Pour les services financiers et les marchés de capitaux, la date d'un marché sans entraves est fixée à 2010.

Les litiges opposants les USA à l’UE devant l’OMC peuvent laisser parfois douter de la sincérité de chacun dans le fonctionnement des relations économiques transatlantiques. Toutefois, ces litiges ne concerne que 2 % de leurs échanges. Afin de réduire et surtout de régler plus rapidement ces litiges, le rapport recommande à la Commission européenne de créer un mécanisme d’ordre diplomatique, afin d’éviter de saisir l’organe de règlement des différents de l’OMC. De manière générale, l’auteur du rapport lance un appel au respect des décisions des panels de l’OMC par les parties.

L’auteur souligne également l’importance d’une coopération constructive dans le cadre de l’Agenda de Doha pour le développement. On peut d’ailleurs voir un signe positif dans la récente levée des contre sanctions par l’UE à l’encontre des USA qui avaient pris des sanctions à l’égard de certains pays de l’UE, dans le domaine des marchés publics. Enfin, il termine en insistant sur la nécessaire association des législateurs de l’UE et des USA lors des sommets entre les deux puissances.


La Banque mondiale constitue la Commission sur la croissance et le développement

 

Virgile RENAUDIE

 

Le 20 avril 2006, la Banque mondiale, en partenariat avec les autorités suédoises, néerlandaises, britanniques et avec la Fondation William et Flora Hewlett a annoncé la constitution d’une Commission indépendante de haut niveau sur la croissance et le développement.

Cette commission sera composée d’experts et de praticiens appartenant à la fonction publique, au monde de l’entreprise et aux cercles des dirigeants. Son objectif, sur une période de deux ans, est de mieux comprendre comment la croissance économique peut être mise au service du développement et de la réduction de la pauvreté. Cette commission travaillera en toute indépendance. Elle sera présidée par Michael Spence, lauréat du prix Nobel et ancien Doyen de Stanford Graduate Business School. Danny Leipziger, Vice-président de la Banque mondiale, assumera aussi la vice-présidence de cette commission.

Le président de la Banque mondiale a souligné : « Nous espérons que la somme considérable des expériences et la diversité des opinions représentées replaceront dans une perspective nouvelle et concrète nos travaux sur la croissance économique et nous permettront de découvrir de nouveaux outils pour aider les pays à promouvoir et maintenir leur croissance à l’avenir.»

La commission aura un travail d’une double nature : faire la synthèse et le bilan des connaissances dans son domaine et identifier des points aigus et les tendances actuelles , d’une part, et en dégager les évolutions possibles afin de définir les actions et les stratégies à mettre en œuvre, d’autre part.

Il s’agit d’obtenir une croissance durable et de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus affectées. Selon M. Spence : « Une croissance durable est l'un des facteurs déterminants de la réduction de la pauvreté  (…) Notre objectif consiste à donner corps aux réflexions les plus pertinentes (basées sur l’analyse et la réalité économiques) pour produire des actions, des politiques et des investissements au niveau national et international à l’appui d’une croissance durable. Notre intention est de fournir un cadre utile aux responsables de l’élaboration des politiques et aux praticiens des pays en développement et des institutions internationales, pour les aider à s'acquitter de leurs responsabilités en mettant au point des stratégies permettant de générer et nourrir la croissance et de réduire la pauvreté. Nous espérons que cette nouvelle entreprise permettra de mieux comprendre la croissance, de relever les taux de croissance et de faire reculer plus vite la pauvreté dans les pays en développement.  »

La publication d’un rapport définitif est prévue pour fin 2007.

 


GeoNetwork : instrument cartographique de lutte contre la pauvreté et la faim

 

Jacobo RÍOS RODRÍGUEZ

 

Le 24 avril 2006 a commencé à fonctionner la nouvelle version du FAO GeoNetwork un instrument de lutte contre la faim et la pauvreté rurale utilisant des technologies par satellite, des bases de données spatiales et des cartes interactives.

Ces cartes et bases de données sont entre autres celles de la FAO, le PAM, le PNUE et le Groupe consultatif de recherche agricole internationale (CGIAR), ce qui constitue le point de départ d’une collaboration poussée entre les institutions internationales dans leurs domaines de spécialité. La démarche est la suivante : les usagers peuvent avoir accès, à travers le réseau, à des cartes provenant des différentes sources et les combiner, selon des critères comme la densité de la population, la qualité du sol, la végétation, le PNB par habitant et l’accès à la commercialisation. Cela implique que les données biophysiques, démographiques, économiques, et infrastructurelles peuvent être analysées dorénavant, à l’aide de ce système, non plus comme des compartiments étanches, mais comme partie d’un ensemble rattaché aux circonstances propres de chaque État.

Les conséquences pratiques, selon Jeroen Ticheler, expert de la FAO en télédétection, sont évidentes : « En cas d'urgence, les cartes créées par les différentes agences dans leurs domaines d'expertise respectifs peuvent être assemblées pour comprendre le lien entre les différents facteurs affectant les populations et l'environnement ». Le lancement s’effectue en même temps que la nouvelle version du Programme GeoNetwork du PAM.

Qui peut donc utiliser le FAO GeoNetwork, et avec quels buts ? Il semblerait que trois types d’utilisateurs potentiels aient été repérés pour la mise en place de ce catalogue de données spatiales, qui est en outre basé sur un logiciel libre. En premier lieu, les décideurs, ceux qui organisent les plans humanitaires et de gestion de crises, nécessitant de bases de données cartographiques actualisées et    d’accès facile. Et aussi, deux autres catégories d’usagers non négligeables, les experts qui échangent des données géographiques, et les analystes spatiaux préparant des interventions dans des secteurs vulnérables. Le partage des données provenant de sources diverses qui s’adapte facilement aux situations envisagées constitue la base et l’atout du système, sa singularité.

Entre le 24 et le 28 avril 2006, s’est tenue une réunion de travail à propos de cet outil au siège de la FAO à Rome, afin d’évaluer les résultats de sa première version et de discuter de ses nouvelles applications. A cette réunion, ont participé, entre autres,  la FAO, le PAM, le PNUE, l’OMS et le Haut Commissariat pour les réfugiés. « Cette nouvelle version de GeoNetwork est plus rapide et plus fiable que la précédente. En outre, plusieurs autres organisations des Nations Unies ont adhéré au réseau, ajoutant ainsi une quantité impressionnante d'informations géospatiales précieuses », soulignait Alexander Müller, Sous-Directeur général du Département du développement durable de la FAO.

Cela devrait permettre une coopération rapide dans la recherche de l’information, associant différentes organisations intergouvernementales et non gouvernementales dans une stratégie commune, sans que les frais ne soient excessifs pour aucune d’entre elles. La FAO assume ainsi un rôle déterminant dans la gestion internationale des informations spatiales.

 

archive de Sentinelle 


Organisation pour la coopération économique dans la région de la Mer Noire:

14ème réunion des ministres des Affaires étrangères

 

Florina COSTICA

 

     Le 26 avril 2006, a eu lieu à Bucarest la 14ème réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation pour la coopération économique dans la région de la Mer Noire (OCEMN/BSEC). Cette réunion,  qui marque aussi la fin de la présidence roumaine de l’OCEMN, a souligné le besoin d’une coopération multilatérale dans la région (voir Sentinelle 62). L’ambitieuse et dynamique organisation régionale, qui fêtera son 15ème anniversaire en juin 2007, constitue un cadre juridique privilégié pour la coopération dans cette région d’importance grandissante pour l’Europe (voir déclaration finale) et se trouve actuellement en phase de restructuration pour répondre aux besoins de pragmatisme, réitérés, à l’occasion de cette réunion, par le président de l’OCEMN, M. Jeopadize.

Dans la perspective de l’adhésion de la Roumanie à l’UE, la frontière européenne se situera sur la Mer Noire et la participation des 12 Etats membres de l’OCEMN, non tous membres de l’UE, achoppera sans doute sur la diversité des choix juridiques pour ce cadre de coopération, suite à l’enchevêtrement des compétences des deux organisations, d’une part, et de ces organisations et leurs Etats membres, d’autre part. A cela se rajoutent les instruments de politique extérieure de l’UE, y compris la politique de voisinage, qui concerne la totalité des Etats de l’OCEMN, mais qui se retrouvent, dans leurs rapports avec l’UE, dans des degrés de rapprochement complètement diverses. Un problème similaire se pose actuellement dans les rapports entre la Commission de l’UE et les commissions fluviales internationale.

Même si présagée par Bruxelles comme « inefficace », l’OCEMN se propose de devenir “an essential enabler of the Neighborhood Policy that can help deliver the relationships and programs it will need to be effective from an EU perspective. In so doing BSEC does not “sell-out” its role of promoting the self-interests of its members, rather quite the opposite, it actually positions itself to enhance that responsibility”.  La présidence roumaine de l’OCEMN a mis l’accent, tout au long de son mandat, sur la dimension communautaire de la région de la Mer Noire, ainsi que sur les perspectives du partenariat et les modalités de coopération entre les deux organisations régionales, comme l’a d’ailleurs rappelé le ministre des Affaires étrangères roumain, M. Mihai- Razvan Ungureanu, lors de son discours à cette réunion. En revanche, le Président roumain, M.Basescu, a déclaré, en ouverture de la réunion, que « chaque Etat de la région de la Mer Noire devrait prendre individuellement ses décisions relatives à la région […] la région ne pourra plus attendre des solutions prises ailleurs que dans la région ». A cet égard, il faudra aussi rappeler que la présidence de l’OCEMN sera assurée pour les six prochains mois, par la Russie.

Précédée par la séance du Comité des Hauts fonctionnaires, la réunion a évalué aussi la coopération entre les Etats membres dans des « domaines d’intérêt majeur » pour les participants, tels que les transports, l’énergie, le commerce et le développement économique, la protection de l’environnement, le tourisme, mais aussi la science et les technologies, l’assistance en cas d’urgence, la bonne gouvernance ou encore la lutte contre le crime organisé. 

Organisée autour d’une approche pragmatique, l’OCEMN a été lancée en 1992 par 11 Etats côtiers ou situés en proximité du bassin de la Mer Noire, dans le but de promouvoir l’intégration progressive de la région dans l’économie européenne et mondiale. La coopération dans le cadre de l’OCEMN est structurée sur plusieurs niveaux : gouvernemental, parlementaire, économique, financière- bancaire et scientifique. Depuis 1999 fonctionne aussi la Banque pour le commerce et le développement de la Mer Noire et depuis 2004, le Fonds pour le développement des projets, instruments spécifiques de soutien aux projets de coopération des Etats de l’OCEMN (voir la stratégie de travail, le calendrier d'événements  et les objectifs de la Présidence roumaine de l'OCEMN).

 

archive de Sentinelle 


15ème Sommet UE Japon

 

Florina COSTICA

 

Le 15ème sommet UE -Japon qui s’est tenu à Tokyo, le 24 avril 2006, a décidé les deux partenaires de « continuer à développer leur partenariat économique et politique [et] de renforcer le dialogue multilatéral pour améliorer la sécurité mondiale et le développement durable ».. A cette réunion ont participé, du côté de l’UE, le Président de la Commission européenne, M.Barroso, la Commissaire européenne aux relations extérieures, Dr. Ferrero-Waldner, ainsi que le Chancelier autrichien, M. Wolfgang Schüssel, et le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier Solana.

Les discussions, qui ont porté sur les aspects politiques et économiques de la relation bilatérale, ainsi que « sur les problèmes mondiaux, en particulier les problèmes énergétiques, ainsi que sur diverses questions internationales très importantes, dont la coopération régionale en Asie de l’Est et les relations avec la Chine, la péninsule coréenne, la Russie, l’Iran et le Moyen-Orient », ont abouti à un ensemble d’actions « prioritaires » qui sera mis en œuvre avant le prochain Sommet pour « structurer les relations UE-Japon ».

Ainsi, quatre objectifs prioritaires ont été identifiés : promouvoir la paix et la sécurité, consolider le commerce, œuvrer de concert pour affronter les défis mondiaux et rapprocher les peuples et les cultures (voir déclaration finale). Des progrès allant dans ce sens ont déjà été faits par l’adoption du cadre d’investissement pour promouvoir la croissance des investissements directs bilatéraux en 2004, la participation commune au projet scientifique ITER (concernant la faisabilité et l'utilité de la fusion comme source d'énergie à grande échelle) en 2005 et la signature d’un accord Japon- Euratom cette année. 

Les deux mastodontes du commerce international, qui représentent ensemble 40% du PIB mondial, jouent aussi un rôle considérable dans les actions humanitaires mondiales. C’est la raison pour laquelle les deux partenaire envisage une « collaboration plus étroite », tant dans le cadre de l’agenda du Doha, que pour la « préparation du régime multilatéral de lutte contre le réchauffement planétaire qui succédera au Protocole de Kyoto en 2012 ».  Des accords bilatéraux seraient « sur le point d’aboutir » les domaines de la coopération douanière, mais aussi dans ceux scientifique et technologique. En tant que « démocraties, partageant les mêmes valeurs et croyant dans l’État de droit, les droits de l’homme et le développement économique durable », les deux partenaires ont une vision politique commune dont le renforcement ouvrira « de vastes possibilités de projeter plus largement leurs idées et leurs intérêts communs à l’échelle mondiale ».

Positions :

Le Président Barroso a déclaré: «Ce sommet est une importante occasion de développer davantage notre partenariat stratégique avec le Japon. Je souhaite faire passer notre relation au niveau supérieur. En particulier, nous pouvons renforcer encore notre coopération politique, garantir le dynamisme de notre relation économique et aborder plusieurs questions bilatérales en suspens».

Mme Ferrero-Waldner a déclaré: «Le Japon et l’Union européenne sont tous deux de grandes économies, des démocraties et des acteurs de plus en plus importants sur la scène mondiale. Notre coopération – en tant que donneurs d’aide, de l’Irak aux Balkans, en tant que partenaires pour faire face au changement climatique et, de plus en plus, en tant que gros consommateurs d’énergie – ne cesse de s’étendre et en oeuvrant ensemble, nous faisons une réelle différence».

Le Premier ministre japonais, M. Jonichiro Koizumi, a souligné la convergence de points de vue entre les deux partenaires sur un grand nombre de sujets, allant de la protection de l’environnement au processus de paix au Moyen-Orient. 

 


Bosnie-Herzégovine : échec de la première phase des réformes constitutionnelles

 

Maya LAIDI

 

Après plusieurs mois de discussions, la Bosnie-Herzégovine, pressée par la communauté internationale, avait finalement décidé de s’engager sur la voie des réformes constitutionnelles, en soumettant au Parlement une révision de la Constitution. Ces réformes sont, aujourd’hui, non seulement indispensables, mais urgentes. En effet, comme l’a récemment souligné le Haut Représentant et Représentant de l’Union européenne, M. C. Schwarz-Schilling, la Bosnie-Herzégovine ne se trouve plus dans une phase de reconstruction post-conflit, mais prépare son intégration aux structures euro atlantiques. (cf. déclaration devant le Conseil de Sécurité du 18 avril 2006).

Or, les institutions actuelles de la Bosnie-Herzégovine ne lui permettent pas de faire face à ces défis. La faiblesse de l’Etat, voulue au départ comme un élément de compromis au sortir de la guerre, représente maintenant un obstacle à toute perspective européenne. Le constat de la Commission de Venise dans son Avis n° 308/2004, § 26 et 27 est, à cet égard, sans appel : « [u]n Etat aussi faible ne permettra pas à la Bosnie-Herzégovine de faire beaucoup de progrès sur la voie de l’intégration européenne. L’UE voudra avoir affaire à un interlocuteur unique et ne sera assurément pas disposée à négocier avec les deux Entités séparément. L’UE n’admettra pas les retards, l’indécision et l’incertitude associés à une multiplicité d’instances gouvernementales. A l’heure actuelle, l’échelon de l’Etat n’est pas en mesure de garantir véritablement le respect des engagements du pays vis-à-vis  du Conseil de l’Europe et de la communauté internationale en général ».

L’unique solution résidait donc dans le renforcement des capacités de l’Etat. La Commission de Venise avait ainsi formulé des propositions en ce sens, concernant l’Exécutif et le Législatif dans son Avis n° 308/2004 de mars 2005. Avec la réforme initiée, le renforcement du Législatif devait s’opérer par une augmentation du nombre des députés à la Chambre des Représentants. Le renforcement de l’Exécutif reposait sur la réforme de la Présidence et du Conseil des Ministres. D’une Présidence tripartite fondée sur des critères ethniques, avec un membre serbe, un membre bosniaque et un membre croate (article V de l’actuelle Constitution) et tournante, l’on passait à l’élection indirecte d’un Président et de deux Vice-Présidents aux pouvoirs réduits. Le Conseil des Ministres devait voir ses compétences étendues et deux ministères supplémentaires devaient être créés au niveau de l’Etat. Sur ces questions, l’on observe que les recommandations de la Commission de Venise avaient été suivies (cf. § 23 et § 43-44 de l’Opinion provisoire 375/2006 sur les projets d’amendements à la Constitution de Bosnie-Herzégovine).

En revanche, sur certains points, aucune modification substantielle n’était envisagée : c’était le cas pour la Chambre des peuples. La Commission de Venise préconisait, à terme, sa suppression estimant qu’elle ne jouait pas de rôle positif dans le processus législatif : « [l]a Chambre des peuples n’a que le rôle négatif d’une chambre dont les membres exercent leur droit de veto, car ils considèrent que leur tâche consiste exclusivement à défendre les intérêts de leur peuple, sans qu’ils se sentent concernés par l’aboutissement du processus législatif. Il semblerait donc préférable de transférer l’exercice du droit de veto au nom d’intérêts vitaux à la Chambre des Représentants et de supprimer la Chambre des peuples ». Pourtant, le projet de réforme prévoyait seulement d’accroître le nombre des membres de cette chambre de 15 à 21. Même si l’Union européenne s’est félicitée de ce projet de réforme (cf. déclaration de la Présidence de l’UE du 24 avril 2006), la Commission de suivi de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a été plus modeste en la qualifiant de « première tentative des citoyens de Bosnie-Herzégovine de prendre leur avenir en main ». Des sujets extrêmement importants tel le veto au nom d’intérêts vitaux qui, mal défini et utilisé abusivement peut entraîner des blocages institutionnels, avaient été laissés de côté. Les décisions sur la répartition des compétences entre l’Etat et les Entités, ainsi que le caractère ethnique des institutions étaient renvoyées à plus tard. Pour la Commission de suivi de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le manque de confiance entre les groupes ethniques devait être surmonté pour aller vers un système représentatif fondé sur le principe de citoyenneté.

Ce projet minimaliste a toutefois été rejeté par le Parlement bosniaque le 28 avril 2006 (cf. article de l’Association Sarajevo). Certains y ont vu l’occasion de s’opposer à la division du pays entérinée à Dayton et les Croates ont estimé que ce projet remettait en cause leurs droits « constitutifs ». Pour les représentants de la communauté internationale et, plus précisément, pour le Haut Représentant, ainsi que pour la diplomatie américaine qui avait pris une part active dans cette réforme, ce vote est une grande déception. Il n’en reste pas moins que ces réformes sont inévitables et essentielles à une Bosnie-Herzégovine viable et stable. (cf. communiqué du Bureau du Haut Représentant).

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