Philippe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Roland ADJOVI-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Florina COSTICA-- Tidiani COUMA

Maya LAIDI-- Suany MAZZITELLI-- Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Virgile RENAUDIE-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Sabrina URBINATI

 

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Sommaire

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 
 

Droit des Organisations internationales

 

 

 
 

 

 

 
 

 

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CDI : fin des travaux de la 58e session

Sarah CASSELLA

 

La Commission a terminé les travaux de sa 58e session e a adopté son rapport final, qui comprend les documents adoptés sur tous les sujets en examen.

 

Responsabilité des organisations internationales (14 juillet-8 août)

La Commission a continué l’examen du 4e rapport (A/CN.4/564/Add.1 et Add.2) du Rapporteur spécial (M. G. Gaja) et a decide de renvoyer les articles 25 à 29 au Comité de rédaction. Le président du Comité de rédaction a présenté un nouveau rapport (A/CN.4/L.687/Add.1 et Corr.1). La Commission a examiné le rapport et a adopté les articles suivants :

Ø       Article 25 : Aide ou assistance d'un Etat dans la commission d'un fait internationalement illicite par une organisation internationale ;

Ø       Article 26 : Direction et contrôle exercés par un Etat sur la commission d'un fait internationalement illicite par une organisation ;

Ø       Article 27 : Coercition exercée sur une organisation internationale par un Etat ;

Ø       Article 28 : Responsabilité internationale en cas d'attribution de compétence à une organisation internationale ;

Ø       Article 29 : Responsabilité d'un Etat membre d'une organisation internationale à raison du fait internationalement illicite de cette organisation ;

Ø       Article 30 : Effet du présent chapitre.

La CDI a adopté les commentaires aux articles 17 à 30.

 

Effets des conflits armés sur les traités (18 juillet-9 août)

Le Rapporteur spécial, M. I. Brownlie, a présenté son deuxième rapport sur cette question. (A/CN.4/570 et Corr.1). Celui-ci concerne les sept premiers projets d’article du projet original, contenu dans le premier rapport présenté à la cinquante-septième session de la Commission du droit international, avec un renvoi aux questions soulevées lors des débats ultérieurs de la CDI et de la Sixième Commission. Ces projets d’articles sont les suivants : Champ d’application (article 1er), Définitions (article 2), Extinction ou suspension de l’application ipso facto (article 3), Les indices de prédisposition des traités à l’extinction ou à la suspension de leur application en cas de conflit armé (article 4), Dispositions expresses sur l’application des traités (article 5), Traités relatifs à la situation qui a occasionné le recours au conflit armé (article 6), Application des traités dont l’objet et le but impliquent nécessairement qu’il sont applicables (article 7). La Commission a examiné ce rapport et a adopté le Chapitre X de son rapport final.

 

L’obligation d’extrader ou de poursuivre (“aut dedere aut judicare”) (25 juillet-10 août)

Le Rapporteur spécial, M. Z. Galicki, a introduit son rapport préliminaire (A/CN.4/571) sur le sujet. Il a ainsi indiqué les premiers éléments de réflexion que devrait retenir la CDI. La formule « extrader ou juger » est en général utilisée pour désigner l’obligation qui se présente pour l’Etat face à un délinquant présumé, et qui se trouve dans plusieurs traités multilatéraux de coopération pour la répression de crimes particuliers. Le Rapporteur spécial a remarqué que les faiblesses du système d’extradition et d’entraide actuel résultent pour une grande part du caractère dépassé des traités bilatéraux d’extradition et d’entraide. Ceux-ci prévoient en effet souvent des motifs de refus très généraux et ne donnent pas de garanties en cas d’extradition vers un Etat où les droits de l’homme ne sont pas respectés. L’étude devrait également comprendre l’analyse d’autres éléments tels que la prescription ou l’immunité, qui risquent d’affaiblir ce système. La CDI devrait aborder la question de savoir si l’obligation dont il s’agit découle exclusivement des traités ou si elle est le reflet d’une obligation générale du droit international, au moins en ce qui concerne certains types d’infractions. Certains auteurs ont fait remarquer qu’il fallait faire la distinction entre le principe de la compétence universelle et le principe aut dedere aut judicare et le Rapporteur a noté que la CDI devrait mener à bien une analyse complète des liens qui existent entre le principe de compétence universelle et le principe aut dedere aut judicare. Le Rapporteur rappelle que la Commission avait déjà examiné cette question dans le projet de Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité de 1996 ; elle avait alors souligné notamment que l’obligation de poursuivre ou d’extrader repose sur la qualité des preuves, question qui est traitée de manière très différente par les législations nationales. 3 problèmes principaux devront être résolus dans cette étude : le statut et le champ d’application du principe en droit international, la hiérarchie des choix offerts par la règle, et les difficultés pratiques de l’opération judicaire. La CDI a examiné le rapport et a adopté le Chapitre XI de son rapport final.

 

Fragmentation du droit international : difficultés découlant de la diversification et de l’expansion du droit international (27 juillet-9 août)

Le président du Groupe de travail, M. M. Koskenniemi, a présenté l’introduction de son rapport (A/CN.4/L.702). Le Groupe de travail a ainsi indiqué ses conclusions sur les points suivants : Généralités sur le droit international en tant que système juridique ; La maxime lex specialis derogat legi generali ; Régimes spéciaux ou autonomes ; Le paragraphe 3 c) de l’article 31 de la Convention de Vienne sur le droit des traités ; Conflits entre normes successives ; La hiérarchie des normes en droit international: jus cogens, obligations erga omnes, Article 103 de la Charte des Nations Unies. La Commission a pris note du rapport et a adopté le Chapitre XII de son rapport final.

 

Resources naturelles partagées (2-4 août)

La CDI a adopté ses commentaries sur les articles suivants: 1 (Champ d'application) ; 2 (Termes employés) ; 3 (Souveraineté des Etats de l'aquifère) ; 4 (Utilisation équitable et raisonnable) ; 5 (Facteurs pertinents pour une utilisation équitable et raisonnable) ; 6 (Obligation de ne pas causer de dommage significatif aux autres Etats de l'aquifère) ; 7 (Obligation générale de coopérer) ; 8 (Echange régulier de données et informations) 9 (Protection et préservation des écosystèmes) ; 10 (Zone de réalimentation et de déversement) ; 11 (Prévention, réduction et maîtrise de la pollution) ; 12 (Surveillance) ; 13 (Gestion) ; 14 (Activités projetées) ; 15 (Coopération scientifique et technique avec les Etats en développement) ; 16 (Situations d'urgence) ; 17 (Protection en période de conflit armé) ; 18 (Données et informations relatives à la défense ou à la sécurité nationales) et 19 (Accords et arrangements bilatéraux et régionaux).

 

Actes unilatéraux des Etats (4-11 août)

Le président du Groupe de travail, M. A. Pellet, a présenté le rapport du Groupe (A/CN.4/L.703), qui était chargé d’élaborer les conclusions de la CDI sur les principes directeurs examinés. Le Groupe d’étude a rappelé que le concept d’acte unilatéral des États peut recouvrir plusieurs hypothèses. La CDI a décidé d’étudier uniquement les actes unilatéraux adoptés par les Etats dans l’exercice de leur liberté d’agir au plan international. A l’intérieur de cette catégorie, la Commission a décidé d’étudier seulement les actes unilatéraux qui impliquent une manifestation expresse de la volonté de s’engager de la part de l’État qui en est l’auteur, tout en étant consciente qu’un État peut être engagé par des comportements autres que des déclarations formelles. La CDI a adopté 10 principes directeurs et le Chapitre IX de son rapport final.

 

Protection diplomatique (4-8 août)

La CDI a adopté ses commentaires aux articles suivants: 1 (Définition et champ d'application) ; 2 (Droit d'exercer la protection diplomatique) ; 3 (Protection par l'Etat de la nationalité) ; 4 (Etat de nationalité d'une personne physique) ; 5 (Continuité de la nationalité d'une personne physique) ; 6 (Multiple nationalité et réclamation à l'encontre d'un Etat tiers) ; 7 (Multiple nationalité et réclamation à l'encontre d'un Etat de nationalité) ; 8 (Apatrides et réfugiés) ; 9 (Etat de nationalité d'une société) ; 10 (Continuité de la nationalité d'une société) ; 11 (Protection des actionnaires) ; 12 (Atteinte directe aux droits des actionnaires) ; 13 (Autres personnes morales) ; 14 (Epuisement des recours internes) ; 15 (Exceptions à la règle de l'épuisement des recours internes) ; 16 (Actions ou procédures autres que la protection diplomatique) ; 17 (Règles spéciales du droit international) ; 18 (Protection des équipages des navires) ; 19 (Pratique recommandée).

 

Responsabilité internationale pour les conséquences préjudiciables découlant d’activités qui ne sont pas interdites par le droit international  (responsabilité internationale en cas de perte causée par un dommage transfrontière découlant d’activités dangereuses) (8 août)

La CDI a adopté ses commentaires aux principes suivants: 1 (Champ d'application) ; 2 (Termes employés) ; 3 (Objectifs) ; 4 (Indemnisation prompte et adéquate) ; 5 (Mesures d'intervention) ; 6 (Recours internes et internationaux) ; 7 (Elaboration de régimes internationaux spécifiques) ; 8 (Mise en œuvre).

 

Réserves aux traités (9-10 août)

La Commission a adopté ses commentaries sur les lignes directrices suivantes: 3.1 (Validité matérielle d'une réserve) ; 3.1.1 (Réserves expressément interdites par le traité) ; 3.1.2 (Définition des réserves déterminées) ; 3.1.3 (Validité des réserves non interdites par le traité) ; 3.1.4 (Validité des réserves déterminées) ; 1.6 (Portée des définitions) ; 2.1.8 (Procédure en cas de réserves manifestement non valides).

 

 

 

Conflit israélo-libanais

Obtention d’un cessez-le-feu fragile

Sabrina RAHMANI

 

Le 31 juillet 2006, préoccupé par l’escalade des hostilités, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité  la résolution 1697 (2006), par laquelle il a décidé de proroger pour une période d’un mois le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban(FINUL). En effet, les membres du Conseil ont été saisis du rapport du Secrétaire général sur la FINUL publié sous la cote S/2006/560. Ils ont également été saisis du document S/2006/583, qui contenait le texte d’un projet de résolution présenté par la France. Dans sa résolution, le Conseil a prié instamment toutes les parties intéressées de s’acquitter scrupuleusement de leurs obligations de respecter la sécurité de la FINUL et des autres agents de l’ONU et leur a demandé de permettre à la Force de réapprovisionner ses positions, de mener des opérations de recherche et de sauvetage de son personnel et de prendre toutes autres mesures qu’elle jugerait nécessaires pour assurer la sécurité de son personnel.

Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 1701 (2006), appelant à une cessation totale des hostilités entre le Hezbollah et Israël, demandant au gouvernement libanais de déployer son armée au Sud-Liban et renforçant le mandat de la FINUL. Après plusieurs semaines de négociations, les membres du Conseil ont été saisis du document S/2006/640, qui contenait le texte d’un projet de résolution présenté par la France avec le soutien du Danemark, des Etats-Unis d’Amérique, du Ghana, de la Grèce, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et de la Slovaquie.

Ainsi, la résolution a appelé à une cessation totale des hostilités, en particulier la cessation immédiate par le Hezbollah de toutes ses attaques et la cessation immédiate par Israël de toutes ses opérations militaires offensives. Elle a ensuite appelé le gouvernement du Liban et la FINUL à déployer leurs forces de concert à travers le Sud du Liban et le gouvernement israélien, lorsque commencera ce déploiement, à retirer en parallèle toutes ses forces du Sud-Liban. Le Conseil de sécurité a souligné l'importance de l'extension du contrôle du gouvernement sur tout le territoire libanais, conformément aux dispositions de la résolution 1559  (2004), de la résolution 1680  (2005) et de l'Accord de Taëf de 1989 qui avait mis fin à la guerre civile au Liban entre 1975 et 1990. Selon la résolution, l’un des principaux objectifs de cette extension est qu'il n'y ait plus d'armes déployées sans le consentement du gouvernement du Liban et pas d'autre autorité que celle du gouvernement libanais. Le Conseil de sécurité recommande également la mise en place de mesures de sécurité pour éviter la reprise des hostilités. Outre le contrôle exclusif de l'armée libanaise et de la FINUL sur la zone entre la Ligne bleue et la rivière Litani, il recommande d'interdire la vente ou la fourniture d'armes au Liban, sauf autorisation de son gouvernement. Cette injonction est assortie d'un embargo sur les armes, qui s'impose à tous les Etats Membres, sur la vente d'armes, de munitions, de matériel militaire ou d'assistance militaire à destination du Liban, sauf autorisation du gouvernement libanais ou de la FINUL. De plus, la résolution demande la transmission à l'ONU de toutes les cartes sur les champs de mines au Liban en possession d'Israël. Aussi, la médiation du Secrétaire général de l'ONU est requise pour la mise en oeuvre de l'Accord de Taëf et des résolutions 1559 et 1680 du Conseil de sécurité, qui requièrent notamment le désarmement de toutes les milices au Liban. Elle est aussi requise pour la délimitation des frontières internationales du Liban, en particulier dans les zones où elle sont contestées ou incertaines, notamment en abordant la question de la zone des fermes de Chebaa. Le Secrétaire général devra rendre compte de propositions en ce sens dans les 30 jours. Enfin, la résolution a renforcé la FINUL en portant ses effectifs à un maximum de 15.000 troupes. Elle a bénéficié aussi d'un renforcement significatif de ce mandat qui est de surveiller la cessation des hostilités, ainsi que d'accompagner et de soutenir les forces armées libanaises dans leur déploiement au Sud du Liban et dans les efforts pour que l'armée libanaise soit la seule force armée au sud du pays. De plus, le Conseil de sécurité a autorisé la FINUL à prendre toutes les mesures nécessaires afin de s'assurer que sa zone d'opération n'est pas utilisée pour des activités hostiles quelles qu'elles soient, pour résister aux tentatives de recourir à la force pour l'empêcher de remplir son mandat et pour protéger les civils exposés à une menace imminente de violence physique.

Sur le plan humanitaire, la résolution a appelé la communauté internationale à prendre des mesures immédiates pour apporter son assistance financière et humanitaire au peuple libanais, notamment en facilitant le retour en sécurité des personnes déplacées ainsi que la réouverture des aéroports et des ports. Le Conseil a envisage aussi une assistance à la reconstruction et au développement du Liban. La résolution a demandé à toutes les parties de ne rien faire qui puisse compromettre l'accès humanitaire aux populations civiles, notamment le passage en toute sécurité des convois humanitaires et le retour des personnes déplacées. Enfin, le Conseil a demandé au Secrétaire général de lui rendre compte dans une semaine des progrès accomplis dans la mise en oeuvre de sa résolution.

Le Secrétaire général a salué la résolution, espérant que la cessation des hostilités pourrait conduire à régler la crise sous-jacente au Moyen-Orient. Il n'a toutefois pas caché sa profonde déception du fait que le Conseil de sécurité ne se soit pas prononcé plus tôt. Il a par ailleurs exprimé son admiration pour la façon dont la FINUL avait rempli son mandat dans des circonstances extrêmement difficiles. Il a exhorté les Etats membres à fournir aussi vite que possible des troupes afin de renforcer la FINUL sur le terrain, ainsi qu'à fournir le matériel nécessaire.

Selon la secrétaire d’Etat américain, Mme Condoleezza  Rice, grâce à l’adoption de ce projet de résolution, la communauté internationale contribuera à ouvrir une voie vers la paix durable entre le Liban et Israël qui mettra fin à la souffrance et à la violence du mois dernier. Le status quo qui a hâté l’éclatement de ce conflit était instable. Elle a indiqué que le défi le plus pressant était d’aider des milliers de personnes déplacées à l’intérieur du Liban à rentrer chez eux pour reconstruire leur vie. Elle a ajouté que la reconstruction du Liban sera dirigée par le Gouvernement libanais, mais qu’elle nécessitera la générosité de toute la communauté internationale, en précisant que les États-Unis continueront de travailler avec les Gouvernements libanais et israélien pour soulager les souffrances du peuple libanais.

Pour le Ministre des affaires étrangères de la France, M. Philippe Douste-Blazy, l’essentiel, dans un premier temps, est d’obtenir une cessation des hostilités ainsi que l’enclenchement immédiat d’un processus qui verra le déploiement de l’armée libanaise au sud, avec l’aide d’une FINUL renforcée. Selon lui, cela se fera de façon concomitante avec le retrait graduel, progressif, de l’armée israélienne au sud de la Ligne bleue. Il a ajouté qu’il était indispensable d’amorcer un règlement des questions frontalières, et en particulier des fermes de Chebaa. Il a affirmé que pour la première fois, cette résolution engageait un processus, sous l’égide du Secrétaire général, pour traiter de cette question.

Le Ministre de la culture et Envoyé spécial du Gouvernement du Liban, M. Tarek Mitri, a souligné qu’un long mois s’était écoulé depuis que le Gouvernement du Liban a exhorté au cessez-le-feu et à la cessation de l’horreur qu’Israël a fait régner au Liban.  Il a rappelé que depuis le premier appel au cessez-le-feu, le Liban avait proposé un plan en sept points fondé sur le consensus national. Le Ministre s’est par ailleurs félicité que le Conseil ait reconnu le problème des fermes de Chebaa et a espéré qu’il prendra les mesures nécessaires pour le résoudre, éliminant ainsi l’une des causes du conflit.  Il a plaidé pour le renforcement rapide de la FINUL pour surveiller non seulement la cessation des hostilités mais aussi le cessez-le-feu.  Il a ajouté que le plan en sept points permettrait de régler la situation de façon durable.

De son côté, le représentant d’Israël, M. Dan Gillerman, a revendiqué le droit d’Israël à défendre ses citoyens et à libérer ses soldats enlevés tout en affirmant que son pays était prêt à répondre à l’appel de la communauté internationale en vue de mettre fin aux hostilités.  Il s’est félicité que la résolution adoptée  prévoit un embargo sur les armes et un mandat de la FINUL radicalement différent qui devrait permettre de sécuriser le Sud-Liban et d’assurer le déploiement des forces libanaises.

Le 20 août dernier, les ministres des Affaires  étrangères des 22 Etats membres de la Ligue arabe ont commencé, au Caire une réunion  extraordinaire pour discuter d'une réponse arabe à un Liban  d'après-guerre et à la situation fragile au Moyen-Orient.  Le secrétaire général de la Ligue arabe, M. Amr Moussa avait  déclaré la veille que la réunion se concentrerait sur la  reconstruction du Liban, les préparatifs pour le Conseil de  sécurité qui se réunirait septembre prochain pour réexaminer le  conflit arabo-israélien et la tenue d'un sommet d'urgence arabe. 

Le 21 août 2006, dans son premier rapport sur la situation au Liban remis en application de la résolution 1701 (2006), M. Kofi Annan a attiré l'attention sur l'extrême fragilité de la situation et a engagé les Etats membres à renforcer d'urgence la FINUL. Dans son rapport M. Annan salue la décision historique importante qu'a prise le gouvernement libanais de déployer ses forces armées dans le sud du pays tandis que les Forces de défense israéliennes poursuivent leur retrait, prenant note du consensus national libanais, auquel participent toutes les parties et qui a conduit au déploiement des Forces armées libanaises dans le sud du Liban. Il a salué également le consensus libanais qui s'est exprimé vigoureusement en faveur d'un rôle élargi pour la FINUL et a demandé instamment aux États membres de renforcer d'urgence cette force, comme le demandent la résolution 1701 (2006) et les parties. Il a par ailleurs affirmé que le plus urgent était de mettre à la disposition de la FINUL 3.500 hommes de plus d'ici au 2 septembre. Il a rappelé que la FINUL renforcée ne fera la guerre à aucune des parties et qu’elle n'est pas censée obtenir par la force ce qui doit être réalisé par la négociation et par un consensus interne libanais. Il a ajouté qu’elle ne pourra pas non plus se substituer à un processus politique.

Le 22 août 2006, la majorité des membres du Conseil de sécurité se sont félicitées de la poursuite de la cessation des hostilités au Liban, en dépit de quelques violations isolées.  Toutefois, plusieurs délégations, en particulier la France, se sont déclarées préoccupées par l’opération des forces armées israéliennes lancée le 19 août dernier contre un bastion présumé du Hezbollah dans la vallée de la Bekaa. Cet incident, qualifié par les États-Unis d’acte de légitime défense, rend, selon plusieurs délégations, plus urgent l’élargissement de la FINUL et la mise à disposition de celle-ci de 3 500 hommes de plus d’ici au 2 septembre. Les délégations ont souligné qu’une Force élargie permettrait d’appuyer le déploiement de l’armée libanaise dans la région, simultanément au retrait des forces israéliennes, en vue de rétablir l’autorité du Gouvernement libanais sur l’ensemble de son territoire. Le renforcement de la FINUL a également été identifié comme un préalable incontournable au respect de l’embargo sur les armes prévu par la résolution 1701, particulièrement près des frontières terrestres et maritimes.  Par ailleurs, l’Iran et la Syrie, ont étés appelés à exercer leurs responsabilités en s’abstenant de toute mesure susceptible de relancer les hostilités.

Le même jour, le ministre italien des Affaires  étrangères, M. Massimo D'Alema, a appelé à une réunion urgente  des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE)  pour discuter de la participation des pays de l'UE à une force de  maintien de la paix des Nations Unies au Liban. En effet, l'Italie souhaite connaître  le nombre exact des contingents que préparent les autres pays de  l'UE avant de décider de sa propre contribution. La veille, le Premier ministre italien, M. Romano  Prodi, avait déclaré que son pays était prêt à commander une  force élargie du maintien de la paix de l'ONU au Liban sud pour  aider à assurer le fragile cessez-le-feu d'une semaine entre  Israël et le Hezbollah. Israël et le Liban ont  explicitement exprimé leur souhait que ce pays puisse jouer un  rôle crucial dans la force de l'ONU. Le 25 août, à Bruxelles, une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des Etats de l'UE organisée par la présidence finlandaise,  se tiendra avec la participation du Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan pour évoquer la situation au Liban, la mise en oeuvre de la résolution 1701 et la participation des Etats membres à la FINUL renforcée.

Par ailleurs, dans une allocution télévisée le 24 août dernier, le président Jacques Chirac a annoncé sa décision de dépêcher au Sud-Liban, en renfort de la FINUL 2 000 soldats français, en plus des 200 déjà envoyés après l'adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Le Président Chirac a justifié le temps de réflexion que s'est accordée la France par son souhait de voir clairement définies les modalités de la chaîne de commandement ainsi que les règles d'engagement. Ayant reçu l'assurance que la FINUL renforcée bénéficierait de la liberté de circulation et de la capacité d'action indispensables, le Président Chirac a décidé de participer de manière substantielle à la force. Il a déclaré que la France était prête à en prendre le commandement si l'Onu le souhaite. Le Président George W. Bush a salué cette décision et a appelé d'autres pays à contribuer pour un déploiement rapide de la Force internationale. Il a aussi paru soutenir l'idée que la France conserve le commandement de la FINUL. Le 21 août dernier, le président George W. Bush avait  annoncé que les Etats-Unis allaient offrir plus de 230  millions de dollars pour aider à la reconstruction du Liban. Il a appelé au déploiement rapide de la force  internationale de maintien de la paix dans le sud du Liban.  

Sur le plan humanitaire, le porte-parole du Secrétaire général, M. Stéphane Dujarric, a indiqué que l'effort humanitaire des Nations Unies se poursuivait au Liban avec la fourniture de denrées alimentaires et de matériel, ainsi qu'avec un accompagnement financier et technique dans la reconstruction des équipements du pays. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé qu'il avait déjà distribué près de 3 000 tonnes de nourritures à plus de 530 000 personnes depuis le début du conflit. De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a souligné que l'une des questions cruciales demeure celle de l'approvisionnement en eau. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué dans un communiqué publié à New York, que l'appel à contributions pour le Liban, d'un montant de 165 millions de dollars, été financé à hauteur de 93 millions de dollars, soit 57% des besoins.

 

Obs. Il faut tout d'abord relever que la Résolution 1701 qualifie le conflit armé au Liban de menace à la paix et à la sécurité internationales et non de rupture de la paix.

On constate aussi que cette résolution ne se réfère pas au chapitre VII de la Charte. Le cessez-le-feu n'est donc pas imposé par le Conseil de sécurité et la force internationale ne bénéficie pas d'un mandat fondée sur ce chapitre pour le faire respecter. Néanmoins la nouvelle FINUL se voit attribuer des pouvoirs nettement renforcés. La force de maintien de la paix est en mesure de faire usage de ses armes pour accomplir la mission d'assistance au Gouvernement libanais pour laquelle elle a été sollicitée par ce dernier (voir le paragraphe 12).

Le chiffre de 15 000 hommes mentionné dans la résolution correspond à l'effectif maximum autorisé. La FINUL n'est en effet pas chargée de désarmer le Hezbollah par la force.  En refusant une force d'imposition de la paix le Gouvernement libanais fait son affaire de cette question du désarmement du mouvement armé qu'il ne peut résoudre d'ailleurs que par des moyens pacifiques.

Cette résolution traduit une réorientation de l'action collective pour le maintien de la paix marqué par un certain déclin de la coercition, l'importance accordée à la diplomatie multilatérale et le renforcement de la capacité militaire pour la force de maintien de la paix dans le cadre d'une intervention sollicitée et non du chapitre VII de la Charte. Le cas est cependant si particulier qu'il faudrait se garder de vouloir en tirer un enseignement général. En effet, il est difficile de parler d'un succès de l'ONU et de la diplomatie multilatérale tant les parties au conflit étaient désireuses de sortir à tout prix de la crise.  Ni Israël, ni le Hezbollah n'avait de chance de vaincre l'adversaire ou même de prendre un avantage décisif et définitif. La réprobation générale suscitée par le comportement des deux armées à l'égard des populations civiles a certainement accéléré la recherche d'une issue pacifique.

Finalement il faut prendre la résolution 1701 pour ce qu'elle est : un appel à la raison et une offre d'assistance. Or Israël aura fort à faire pour restaurer une image positive dans l'opinion internationale, même auprès de ses amis les plus inconditionnels. Mais la tâche la plus difficile attend  le Liban et les communautés qu'il rassemble. Il devront apporter la preuve de leur maturité politique. Au vu de ces considérations, l'action internationale minimaliste imposée par la France était sans doute le choix le moins mauvais, voire le seul choix réaliste. Après s'être comportés d'une manière inconséquente et irresponsable, l'un autant que l'autre, Israël et le Hezbollah auront vraisemblablement à coeur de promouvoir une image de respectabilité. L'espoir de paix tient à ce fil, ténu en apparence, mais résistant  (PW).

 

Point de presse du 25 août 2006 du porte-parole du Quai d'Orsay

"4 - LIBAN

(On attendait des garanties. Quelles sont ces garanties qui ont été apportées pendant la dernière semaine et peut-être même mercredi ? Quels engagements la France a-t-elle obtenus de l'ONU, d'Israël et du Liban,  notamment sur les règles d'engagement ?)

Vous comprendrez que je ne vais pas être trop disert sur le Liban aujourd'hui. Le président de la République s'est exprimé hier.  Le ministre va à Bruxelles et s'exprimera à nouveau ce soir. En ce moment même, le président de la République tient une conférence de presse
avec Mme Merkel. Comme le président de la République l'a dit hier, nous estimons que les conditions sont remplies pour que nous puissions apporter notre contribution à cette force. Vous savez que ces garanties sont de plusieurs ordres. Il y a d'abord tout ce qui figure dans ce que nous appelons le concept d'opération, le CONOPS, et dans ce que nous appelons les règles d'engagement. Ces documents sont en cours de finalisation avec les Nations unies, mais nous avons déjà obtenu toutes les garanties que nous souhaitions.

Sur les règles d'engagement, comme vous le savez, il s'agit d'un document qui est classifié et qui n'a donc pas vocation à être divulgué. Il est donc très difficile pour moi d'entrer dans le détail, mais ce que nous pouvons dire est que nous avons obtenu la garantie que la FINUL aura les moyens de remplir ses missions dans les meilleures conditions de sécurité possibles. C'est donc à la fois l'impératif de sécurité et l'impératif d'efficacité qui nous semblent réunis, comme l'a dit le président de la République hier. Cela consiste notamment à garantir la liberté de circulation de la force, à garantir également sa capacité d'action face à d'éventuelles situations hostiles. Bien sûr, il reviendra au commandant de la force d'apprécier, en fonction de chaque situation, quelle est la réaction la plus appropriée.

Voilà ce que nous pouvons dire sur ce point, mais, encore une fois, il n'est pas de tradition d'entrer beaucoup plus dans le détail de ce type de document, pour des raisons évidentes. Par ailleurs, il y a un certain nombre de garanties politiques qui nous ont été apportées. Vous évoquiez Israël et le gouvernement libanais, les contacts que nous avons eus ces derniers jours nous ont permis de nous assurer, à la fois du côté libanais et du côté israélien, qu'il y avait la volonté de travailler avec la force qui va se mettre en place.

(Pourriez-vous faire une comparaison avec les autres missions de l'ONU ? Quelles sont les différences des règles d'engagement ici par rapport, par exemple, à la Bosnie... S'agissant également de la chaîne de commandement ?)

Pour les raisons que je viens d'indiquer, il est difficile de faire une comparaison des choses mais, encore une fois, ce qui est clair, c'est que nous avons obtenu des garanties sur les différents points que vous évoquiez.

Pour ce qui est de la chaîne de commandement, c'est en train d'être discuté. M. Kofi Annan est à Bruxelles aujourd'hui. Il va lui-même apporter un certain nombre de précisions sur le dispositif qui est envisagé. Il est prévu normalement une réunion de génération de forces à New York lundi avec les contributeurs et cette question de la chaîne de commandement va être discutée entre les principaux contributeurs et les Nations unies.

Pour le reste, je vous renvoie à ce que les Nations unies ont déjà indiqué. Le porte-parole des Nations unies a indiqué que serait mise en place, à New York, au sein du Département des Opérations de maintien de la Paix, une cellule stratégique qui aurait vocation à assister le Secrétaire
général. Par ailleurs, il y a le commandement de la force sur le terrain qui a été confié jusqu'en février 2007 au général Pellegrini. C'est un schéma simple, cohérent et qui devrait être efficace."

(Quel genre de garanties peut donner le gouvernement libanais ? Avez-vous des garanties du Hezbollah par exemple ?)

Ce sont des garanties du gouvernement libanais qui sont des garanties de nature politique. C'est la volonté exprimée par les autorités libanaises, qui sont en train de déployer leurs propres forces sur le terrain, de travailler avec la force internationale qui se met en place. C'est le type de garantie que l'on recherchait. Il faudra ensuite qu'il y ait une coordination opérationnelle entre la FINUL et les forces libanaises qui se déploient.

(Et du côté du Hezbollah ?)

Notre interlocuteur, encore une fois, ce sont les autorités libanaises. Nous estimons avoir obtenu les garanties que nous souhaitions. Vous
connaissez par ailleurs la composition du gouvernement libanais.

(Si la question de la chaîne de commandement est en train d'être décidée, cela veut dire que les conditions que la France a demandées n'ont pas été remplies ?)

Nous sommes dans une phase de finalisation. Le dispositif de commandement, par définition, doit se discuter plus concrètement avec les
contributeurs. Il y aura la réunion de génération de forces. Mais sur les conditions que nous souhaitions obtenir, le président de la République a été très clair hier. Il a estimé que ces conditions étaient réunies. Nous sommes dans une phase de finalisation un peu plus technique, c'est tout à fait normal.

(Mais quelles étaient les principales conditions demandées par la France ?)

Ce sont celles que le ministre a rappelées à plusieurs reprises et que le président a rappelées hier, c'est-à-dire la chaîne de commandement,
les règles d'engagement, les garanties politiques de la part de toutes les parties concernées. C'est principalement sur ces points que nous souhaitions
obtenir des garanties et que nous les avons obtenues.

J'ajoute un élément qui est un élément important et qui est la raison d'être de la réunion de ce jour à Bruxelles, c'est que nous avons aussi toujours souhaité, cela a été rappelé par le président et par le ministre à plusieurs reprises, que d'autres contributions s'ajoutent à la nôtre. C'est ce qui va se discuter aujourd'hui à Bruxelles. Nous allons faire un point précis sur les contributions des différents pays européens. Nous avons également rappelé à plusieurs reprises, et le ministre l'a encore fait hier, que nous souhaitions que d'autres pays participent à cette force, en particulier des pays musulmans.

(Le président de la République a exprimé hier la disposition de la France à assurer le commandement de la FINUL. L'Italie s'est dite également prête à assumer cette fonction. Peut-on alors parler (...?)

Le président de la République a effectivement fait état, hier, de notre disponibilité, si l'ONU le souhaitait, à exercer le commandement de
cette force. Comme vous le savez par ailleurs, le général Alain Pellegrini exerce le commandement jusqu'en février 2007. Dans ce type de situation, il y a toujours une conférence de générations de forces, des annonces de contributions et, au vu de ces dernières, des discussions s'engagent ensuite pour définir plus précisément les modalités de commandement, sachant qu'en l'occurrence ce seront les Nations unies qui, in fine, prendront la décision.

C'est ce qui va se passer maintenant. Je ne peux pas vous dire précisément comment cela s'organisera dans la pratique. Comme je l'ai rappelé tout à l'heure, il y aura cette cellule stratégique à New York et le commandement de la Force sur le terrain. Nous verrons quelles seront les responsabilités des uns et des autres en matière de commandement. Mais, comme d'habitude, tout cela se fera en bonne harmonie entre les différents contributeurs. De plus, il y a très fréquemment des roulements qui se font entre les contributeurs en matière de commandement. Tout cela doit être discuté mais, je le redis, cela se fera en bonne coopération et en bonne harmonie entre les contributeurs.

(Y-aura-t-il au minimum une clause qui permettra aux forces françaises de répondre aux feux hostiles de manière explicite ?)

Je ne peux pas entrer dans le détail des règles d'engagement, mais, si vous vous reportez à la fois aux déclarations du ministre ce matin sur
RTL et à l'interview de la ministre de la Défense donnée ce matin dans un quotidien national, il y aura effectivement la possibilité pour la force de se défendre et d'accomplir sa mission.

(Où en est-on de la seconde résolution à l'ONU concernant le Liban ? Est-elle définitivement abandonnée ?)

La question a été évoquée ici-même, à plusieurs reprises. Il n'est pas exclu, en effet, qu'il y ait un jour une deuxième résolution. Mais celle-ci aurait plus pour vocation de mettre en place les éléments politiques d'un cessez-le-feu durable. La résolution 1701 prévoit différentes étapes. Nous allons maintenant continuer à travailler sur les éléments politiques. Le Secrétaire général doit revenir devant le Conseil de sécurité dans un délai de 30 jours avec des propositions. Et c'est au vu de ces éléments politiques que nous apprécierons la nécessité ou non d'avoir une deuxième résolution.

(Et concernant la Conférence de Stockholm sur des donateurs pour le Liban, avez-vous des détails ?)

Je dirai que c'est une conférence d'urgence qui se tient au lendemain de la cessation des hostilités. Nous quittons maintenant la phase humanitaire pour nous engager dans une phase intermédiaire. Cette conférence, qui a été convoquée très rapidement et à laquelle la France sera représentée, comme je l'ai dit, par Mme Colonna, permettra de faire un point sur les contributions.   Ensuite, il faudra sans doute réfléchir à quelque chose de plus ambitieux. Le président de la République y a fait référence hier dans son allocution. Il a évoqué la perspective d'une conférence internationale sur la reconstruction qui pourrait se tenir un peu plus tard. C'est une possibilité à laquelle nous réfléchissons, à laquelle la communauté internationale réfléchit. Avant même la crise, vous savez que nous avions déjà un certain nombre de projets en tête, il y avait eu les conférences de Paris I et Paris II, avec l'idée d'organiser une nouvelle conférence pour voir comment aider le Liban à redémarrer. La crise de l'été rend ces réflexions encore plus importantes et encore plus d'actualité.  Il y a donc cette première conférence de Stockholm, mais il y aura sans doute la nécessité ensuite de réfléchir à une autre réunion internationale qui pourrait être consacrée à la reconstruction à long terme du Liban. C'est à cela que le président de la République faisait allusion hier. 

(Ce serait dans le cadre du "Core Group" ?)

Le "Core Group", c'est l'instrument technique qui avait été mis en place pour réfléchir à ces questions. Maintenant, il faut sans doute voir quel format on retient. Je ne peux pas vous le dire aujourd'hui. Mais, comme le président de la République l'a dit dans son allocution hier, il faut sans doute réfléchir à une conférence internationale sur la reconstruction qui pourrait se projeter un peu plus loin dans l'avenir.

(Cette conférence serait-elle mise en place par l'ONU ?)

Je ne peux pas vous le dire. Vous voyez qu'aujourd'hui nous travaillons à la mise en place de la force internationale. Il y a cette première réunion de Stockholm qui fera la transition entre l'humanitaire et la reconstruction. Ensuite, avec tous les pays concernés, avec toutes les Organisations internationales concernées, avec, bien entendu, les Libanais eux-mêmes, et le Premier ministre, M. Siniora, a déjà donné un certain nombre de pistes de réflexion, nous allons réfléchir à une conférence qui pourrait avoir lieu un peu plus tard et qui serait consacrée à la reconstruction du Liban.

(Parmi les 2.000 hommes qui constitueront les troupes françaises, la France a-t-elle prévu de mettre en place un dispositif aérien ?)

C'est vraiment une question qu'il faut poser au ministère de la Défense. Je vous rappelle quand même qu'il existe déjà un dispositif aéronaval au large des côtes du Liban avec l'Opération Baliste qui comprend 1.700 personnes.

(Concernant la déclaration de la Syrie qui a indiqué qu'elle fermerait ses frontières si la Force se positionne sur ses frontières, ceci compliquera-t-il beaucoup la situation ? Pensez-vous que cette position peut évoluer ?)

S'agissant de la question des frontières et du contrôle de l'embargo sur les armes, la résolution 1701 est claire et le ministre, dans tous ses contacts, s'y réfère bien évidemment. D'une part, la résolution demande au gouvernement libanais de prendre toutes les dispositions nécessaires pour sécuriser ses frontières de manière à empêcher l'entrée au Liban, sans son consentement, d'armes et de matériel connexe. Ensuite, elle demande à tous les Etats, et cela s'applique à tous les Etats, y compris bien sûr la Syrie, de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la vente ou la fourniture d'armes ou de matériel connexe. Par ailleurs, la résolution prévoit également la possibilité, si le gouvernement libanais en fait la demande et c'est à lui d'apprécier, pour la FINUL renforcée d'apporter son concours au gouvernement libanais pour la sécurisation des frontières. Mais c'est au gouvernement libanais d'en décider."

Voir les Déclarations officielles de politique étrangère

Kofi Annan a confirmé le 25 août que la France assurerait encore le commandement de la FINUL et que l'Italie prendrait le relais en février 2007.

 

 

archive de Sentinelle 

 

 

Conseil de sécurité

Nucléaire iranien

Adoption d’une résolution demandant la cessation

de l'enrichissement d'uranium

Sabrina RAHMANI

 

Le 31 juillet 2006, agissant en vertu de l’Article 40 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour rendre obligatoire la suspension réclamée par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Conseil de sécurité a adopté  par 14 voix moins celle du Qatar la résolution 1696 (2006) qui demande à l'Iran de suspendre, sous vérification de l’AIEA, toutes ses activités liées à l'enrichissement nucléaire et au retraitement, y compris la recherche-développement, lui donnant jusqu'au 31 août pour s'y conformer. En effet, les membres du Conseil ont été saisis du document S/2006/589, qui contenait le texte d’un projet de résolution présenté par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

Ainsi, la résolution demande à l'Iran de prendre sans plus tarder les mesures requises par le Conseil des gouverneurs de l'AIEA, essentielles pour instaurer la confiance dans les fins exclusivement pacifiques de son programme nucléaire. le Conseil demande à tous les États de faire preuve de vigilance, afin d’empêcher le transfert de tous articles, matières, marchandises et technologies que l’Iran pourrait utiliser pour ses activités liées à l’enrichissement et au retraitement et pour ses programmes de missiles. Le Conseil a exprimé sa conviction que la suspension des activités de l’Iran et son respect intégral des conditions posées par le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA favoriseraient une solution diplomatique garantissant que le programme nucléaire de l’Iran sert des fins exclusivement pacifiques. Il a fait siennes les propositions de l’Allemagne, de la Chine, des États-Unis, de la Fédération de Russie, de la France et du Royaume-Uni –Groupe des Six- tendant à la mise en place d’un mécanisme global à long terme qui permettrait de nouer des relations et des liens de coopération avec l’Iran et d’asseoir la confiance internationale dans la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire de l’État. La résolution demande par ailleurs au Directeur général de l'AIEA de présenter d'ici au 31 août au Conseil des gouverneurs de l'AIEA un rapport sur l'application par l'Iran des mesures requises par le Conseil des gouverneurs et des décisions énoncées dans la présente résolution, et de soumettre parallèlement ce rapport à l'examen du Conseil de sécurité. Enfin, le Conseil a déclaré son intention, au cas ou l'Iran n'aurait pas appliqué à cette date les dispositions de la présente résolution, d'adopter, sous l'empire de l'Article 41 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, toutes autres mesures qui pourraient être requises pour persuader l'Iran de se conformer à la présente résolution et aux exigences de l'AIEA et souligne que de nouvelles décisions devront être prises si de telles mesures additionnelles s'avèrent nécessaires.

La plupart des neuf membres du Conseil qui ont pris la parole ont souligné que la résolution ne nie en aucun cas à l’Iran le droit de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  Il s’agit tout simplement de placer le programme nucléaire iranien sous le régime de vérification de l’AIEA.  Plusieurs délégations se sont également félicitées que la résolution écarte le recours à la force militaire comme option. 

Cependant, le représentant du Qatar, M. Nassir Abdulaziz Al-Nasser, a déclaré que cette résolution était inappropriée au regard de la situation actuelle au Moyen-Orient.  En outre, il a rappelé que l’Iran n’avait pas rejeté les propositions du Groupe des Six, mais seulement demandé un délai pour y réfléchir.  Il a ajouté que l’Iran devrait être pris au sérieux dans sa volonté d’utiliser son programme nucléaire à des fins pacifiques et qu’en conséquence, cette résolution n’était pas pertinente dans le contexte actuel.

De son côté le représentant de la France, M. Jean-Marc De La Sablière a affirmé que la résolution adoptée avait été rendue nécessaire car l’Iran n’avait montré aucune disponibilité pour discuter sérieusement des propositions qui lui ont été faites par le Groupe des Six. Il a souligné que cette résolution, qui revêt un caractère d’obligation, ne signifiait pas la fin des négociations, toutefois, si l’Iran refuse de se conformer aux dispositions du texte, le Conseil de sécurité travaillera alors à l’élaboration de mesures au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.  M. De La Sablière a enfin lancé un appel à l’Iran pour qu’il réponde positivement aux propositions qui lui ont été faites en juin dernier par le Groupe des Six. 

Le représentant des Etats-Unis, M. John Bolton s’est dit heureux que le Conseil ait clairement et fermement réagi en adoptant cette résolution.  Il a ajouté que la recherche nucléaire était une menace à la paix et à la sécurité internationales et qu’il était bon que la résolution lance un message sans équivoque et sans ambiguïté à l’Iran. Il a dit attendre de l’Iran et des États Membres qu’ils agissent conformément aux obligations inscrites dans la résolution qui est la première à être adoptée à l’égard de l’Iran.  Il a indiqué que la résolution prouvait à l’Iran que la meilleure façon de mettre fin à son isolement était de renoncer à son programme nucléaire.  Enfin, il a précisé qu’à ce stade et compte tenu de l’attitude actuelle de l’Iran, il était important que les États Membres expriment leur intention de prendre des mesures plus fermes en vue de respecter leur résolution. 

En revanche, le représentant de la République islamique d’Iran, M. Javad Zarif a regretté que le Conseil n’ait pas daigné s’informer de la position de l’Iran avant d’adopter sa résolution.  Il a affirmé que l’Iran rejettait la mise au point et l’utilisation de ces armes à des fins idéologiques. Il  a rappelé que l’AIEA a été autorisée par son pays à réaliser toute une série d’inspections, au cours de ces trois dernières années et que le programme de l’Iran ne posait aucune menace à la paix et à la sécurité internationales. Il a ajouté que l’Iran avait le droit d’enrichir l’uranium, conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui maintient l’équilibre requis entre droits et obligations. Il a par ailleurs précisé que son pays avait demandé trois semaines de plus pour examiner les propositions du Groupe des Six et que tout le monde, sauf les États-Unis, était d’accord pour dire qu’il n’y avait pas d’urgence. Il a conclu que son pays était prêt à mener des négociations sérieuses, fondées sur le respect mutuel, et sur un pied d’égalité. Toutefois, il a prévenu que le peuple iranien avait montré sa résilience face à la pression.

Le 21 août 2006, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a lancé  un appel à l'Iran afin qu'elle réponde de façon positive à l'offre qui lui a été faite par les EU3+3, à savoir l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, associés à la Chine, aux États-Unis, et à la Fédération de Russie, afin qu'elle garantisse les visées pacifiques de son programme nucléaire. M. Annan a indiqué qu’il était heureux d'apprendre que la République islamique d'Iran avait indiqué son intention de répondre aux propositions des EU3 plus 3 en vue d'une solution globale à la question nucléaire le 22 août 2006. Il a par ailleurs appelé le gouvernement d'Iran à saisir cette occasion historique.

Le même jour, à Téhéran, le guide suprême iranien,  l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que l'Iran poursuivrait  son programme d'énergie nucléaire. De son côté, le directeur adjoint de l'Organisation iranienne  de l'énergie atomique, M. Mohammad Sa'eedi, a déclaré que la  suspension de l'enrichissement d'uranium était concrètement  impossible malgré la demande du Conseil de sécurité de l'ONU. Le lendemain, le négociateur iranien Ali Larijani  a proposé des négociations sérieuses aux six  pays, en guise de réponse à leur offre visant à la suspension de  son enrichissement d'uranium. Toutefois, aucun détail de la réponse de l'Iran n'a été divulgué, mais  des responsables proches du dossier affirment qu'elle offre une nouvelle formule pour résoudre la crise. 

Le 23 août dernier, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, M. Mikhaïl Kamynine, a déclaré au lendemain de la réponse de l'Iran, que la Russie continuera à chercher une solution politique à la crise nucléaire iranienne. Il a indiqué que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la  France, l'Allemagne, la Russie et la Chine examinaient la réponse  de l'Iran en vue de trouver une position commune sur cette  question. Cependant,  le président iranien Le président iranien, M. Mahmoud Ahmadinejad, a indiqué que son pays n'abandonnerait pas son droit de développer un cycle  complet de combustible nucléaire

Le même jour, les Etats-Unis ont estimé que la réponse de l'Iran à l'offre des grandes puissances sur son programme nucléaire était insuffisante. Le porte-parole du département d'Etat, M. Gonzalo Gallegos, a déclaré qu’elle ne remplissait pas les conditions posées par le Conseil de sécurité sur une suspension complète et vérifiable de toutes les activités relatives à l'enrichissement et à la conversion d'uranium. Il a ajouté que Washington était en étroite consultation avec ses partenaires sur les prochaines étapes.

De la même manière, le 24 août dernier, la Chancelière allemande, Mme Angela  Merkel, a indiqué que la réponse de l'Iran à la proposition  des six pays pour résoudre son problème nucléaire n'était pas satisfaisante. Elle a souligné  que la réponse de l'Iran n'indiquait pas si le pays suspendrait  son enrichissement d'uranium ni s'il retournerait à la table de  négociations. 

De son côté, le 25 août 2006, le ministre français des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy a réaffirmé que la suspension par l'Iran de ses activités nucléaires sensibles constituait toujours la condition préalable à toute reprise de négociations avec ce pays.  Concernant la réponse de Téhéran à la proposition que lui avait soumise le groupe des Six, M. Douste-Blazy a expliqué que c'était un document de 21 pages très détaillé et très complexe qu’ils sont en train d'étudier avec leurs partenaires européens, russes et chinois. Il a estimé qu’il fallait dialoguer avec les Iraniens et tendre la main à Téhéran. Il a ajouté que la pire chose serait de monter en puissance dans une confrontation entre l'Iran d'un côté, et le monde musulman avec l'Iran, et l'Occident de l'autre. Il a indiqué que ce serait le choc des civilisations que la France, seule aujourd'hui, est à même d'éviter.

 

Obs. Noter surtout le recours à l'article 40 de la Charte. Le Chapitre VII n'est appliqué que de manière provisoire et à titre conservatoire. Le geste est significatif (PW).

 

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