| Sentinelle No. 96 | VIIIème Sommet de l'Union africaine, 29 et 30 janvier 2007 |
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| 11 février 2007 | Roland Adjovi & Noémie Simonel |
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5. Paix et sécurité Les questions de paix et de sécurité constituent en général le cœur des sommets africains, sauf si une question d'actualité internationale vient leur voler la vedette. Durant ce VIIIème sommet, même les thèmes du changement climatique et de la relation entre la science et le développement n'y ont rien changé. Pourtant on peut s'étonner que le Sommet soit silencieux sur des conflits majeurs et d'une grande actualité, notamment la crise qui persiste en Guinée avec son lot d'exactions. Depuis la mi-janvier un mouvement de revendications sociales a pris des allures de guerre civile où les forces de l'ordre avec l'autorisation présidentielle affrontent des civils, ou plutôt tirent à balles réelles sur ces derniers (Voir les communiqués de IRINNEWS des 16, 18, 23, et 24 janvier 2007). Même le Conseil de paix et de sécurité est resté jusqu'à présent silencieux. Seul le Président de la Commission a manifesté le 23 janvier 2007 dans un communiqué de presse sa préoccupation face à la crise guinéenne, en indiquant qu'il était en consultation avec les chefs d'Etat et de gouvernement pour trouver les mesures appropriées pour la résolution de la crise civile. Le 12 février 2007, le Président de l'Union a réitéré sa préoccupation, dans un nouveau communiqué de presse, et « condamne fermement l'usage disproportionné de la force et la répression contre les populations civiles qui ont occasionné de nombreuses pertes en vies humaines ». Le Président en appel même à une enquête internationale indépendante. C'est dire à quel point la crise est sérieuse, et le silence du Sommet encore plus problématique.
On notera en tout premier lieu, les développements dans les relations entre les Nations Unies et l'Union africaine. Le sommet a été aussi l'occasion de formaliser la stratégie de rapprochement entre les deux organisations. Dans sa Décision 140, la Conférence s'est félicitée de la déclaration conjointe adoptée par le Secrétaire général des Nations Unies et le Président de la Commission sur le renforcement de la coopération entre les deux organisations, et l'établissement d'un cadre formel pour le programme décennal de renforcement des capacités de l'Union africaine [A/61/630, 12 décembre 2006]. La Conférence s'est aussi félicitée qu'un premier pas concret dans la mise en œuvre des priorités de l'Union africaine soit déjà consacré avec le Plan d'action adopté par la Commission économique africaine concernant la période 2007-2009. A côté de ce cadre général de la coopération entre les Nations Unies et l'Union africaine, il faut se souvenir de la décision du Conseil de paix et de sécurité en date du 14 décembre 2006 [PSC/PR/Comm(LXVIII)], sur la coordination et la consultation le Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Conseil était saisi d'une proposition structurée de l'Egypte en ce sens, sur laquelle ses membres ont échangé leurs vues. Le Conseil avait décidé d'engager des consultations plus larges, c'est-à-dire avec les autres parties intéressées, soit les Etats africains et les Nations Unies mêmes. En conséquence, le Conseil a sollicité l'avis des Etats membres de l'Union mais aussi de leur représentation à New York, en espérant ainsi recevoir aussi des vues non africaines. La question de la formalisation des rapports entre les Nations Unies et l'Union demeurera donc sur la table des débats, tout au moins au sein du Conseil de paix et de sécurité.
La Conférence était saisie du rapport d'activités du CPS [Assembly/AU/Dec. 145 (VIII)]. Ce rapport n'étant pas rendu public à ce jour, on se contentera de noter que la Conférence a pris acte des situations dans lesquelles des mesures récentes semblent attester d'une résolution du conflit, tout au moins dans un futur proche. D'abord il y a l'aboutissement du processus de transition en République démocratique du Congo, avec la tenue d'élections qui ont permis l'avènement d'un nouvel ordre politique. Ensuite il y a eu la signature de l'accord de cessation des hostilités entre le Gouvernement de l'Ouganda et l'Armée et le Mouvement de Résistance du Seigneur, et la Conférence s'est bien gardée de faire quelque référence à la procédure en cours devant la Cour pénale internationale s'agissant des leaders rebelles. La Conférence a aussi pris acte de la poursuite du processus de transition en Mauritanie. Enfin, la Conférence a aussi pris bonne note des progrès réalisés au Libéria, en Sierra Leone et au Burundi, avec pour ce dernier la survenance de l'accord de cessez le feu avec le Palipehutu/FNL. Appelant la communauté internationale à soutenir ses efforts dans la pacification du continent, la Conférence a rappelé la nécessité de consolider le processus de réconciliation dans les Comores, notamment en prêtant attention au partage des compétences entre les entités comoriennes, à rétablir dans le strict respect de la constitution de l'Union des Comores. La Conférence a invité le Conseil à considérer l'option d'une mission de sorte à créer un environnement sécuritaire favorable dans la perspective des élections prévues dans les îles autonomes en mars-avril prochain. La Conférence a aussi invité le Conseil et la Commission à développer le système de prévention des conflits de l'Union, même si elle se félicite déjà des avancées dans la structuration de l'architecture africaine de paix et sécurité, visant notamment le Système continental d'alerte rapide, la Force africaine en attente, et le Groupe des Sages. La Conférence a invité le Conseil à veiller au parachèvement de ce processus d'opérationnalisation.
Après avoir apprécié le rapport d'activités du Conseil, la Conférence s'est intéressée à certains conflits en particulier et a adopté des mesures spécifiques.
5.3.1. Darfour (Soudan) La question du Darfour a été au centre des discussions s'agissant de la gestion des conflits en cours. Dés l'ouverture du sommet, le Président de la Commission de l'Union a réclamé l'arrêt « des massacres et des bombardements » au Darfour, dans un contexte génocidaire comme l'avaient déclaré les Etats Unis en 2004. En effet, la région du Darfour est en proie à une guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts et 2 millions de déplacés depuis février 2003. La détérioration de la situation au Darfour a été dénoncée par six organisations non-gouvernementales, dont Oxfam, dans un communiqué commun, daté du 29 janvier 2007 en ces termes : « L'énorme réponse humanitaire au Darfour va bientôt être paralysée, à moins que l'Afrique et les dirigeants au sommet de l'UA prennent des actions urgentes (...) contre l'augmentation des violences contre les civils et les travailleurs humanitaires ». Par ailleurs, le risque de contamination régionale est patent, le Tchad accusant le Soudan de servir de base arrière à des rébellions. A cet égard, la République du Tchad a menacé de suspendre sa participation à l'Union africaine, si le Soudan prenait la présidence de l'organisation continentale. Le Ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allam-Mi, avait averti le 27 janvier 2007 : « si le Soudan est désigné comme président de l'UA, nous suspendrons notre participation à l'UA pendant le mandat d'Omar al-Béchir ». Le chef de la diplomatie tchadienne a insisté pour dire que « les mêmes conditions qui avaient prévalu au refus de la désignation du Soudan sont toujours là : aggravation de la situation au Darfour, aggravation de la situation entre le Tchad et le Soudan et d'autres pays voisins ». Le Secrétaire général de l'ONU a pris le relais, pour dénoncer « la politique de la terre brûlée au Darfour », faisant de ce dossier sa priorité. Participant au sommet, il a tenté de trouver un accord avec le gouvernement soudanais pour le déploiement d'une force hybride ONU-UA, qui comprendra des casques bleus onusiens conformément à la résolution 1706 adoptée le 31 août 2006. Ce principe d'une force mixte avait été accepté par le Soudan, lors d'une réunion le 16 novembre 2006, mais le Soudan s'est ensuite rétracté pour « clarifications ». Le prédécesseur de Ban Ki-moon, Kofi Annan avait déjà essayé d'obtenir l'accord de Khartoum pour le déploiement de Casques bleus au Darfour, mais en vain. Sous-équipée, la MUAS, Mission de l'Union Africaine au Soudan, forte de 7.000 hommes a été jusqu'à présent impuissante à empêcher les combats et les exactions, sans compter qu'elle essuie régulièrement des attaques meurtrières. Le cessez le feu prévu par l'Accord de paix obtenu en mai dernier, reste toujours lettre morte. Ainsi, le bilan du sommet sur cette question reste mitigé. De façon laconique, la présidence du Conseil exécutif affirmera : « Sur la question du Darfour, nous espérons nous acheminer vers un accord du Gouvernement soudanais pour le déploiement de la force hybride Union africaine - Nations Unies. Les répercussions de la crise du Darfour sur les Etats voisins, au Tchad et en Centrafrique, demeurent une préoccupation pour l'ensemble de l'Organisation continentale. Les efforts diplomatiques devront se poursuivre pour parvenir à un règlement pacifique de cette crise. » (Allocution de Rodolphe Adada, Ministre d'Etat, Ministre des affaires étrangères et de la Francophonie, République du Congo, 25 janvier 2007).
5.3.2. Somalie Concernant le cas de la Somalie [Assembly/AU/Dec. 142 (VIII)], les dirigeants africains ont adopté une déclaration visant au déploiement immédiat de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), conformément à la Décision de la 69 ème Session du Conseil de Paix et de Sécurité. A cet égard, ils en ont appelé à la communauté internationale pour soutenir matériellement et financièrement la force africaine, autorisée par la résolution 1725 du Conseil de Sécurité, afin d'éviter tout vide sécuritaire consécutif au retrait des troupes éthiopiennes de la Somalie. Alors que les forces éthiopiennes ont amorcé leur retrait après avoir mis en déroute les tribunaux islamiques, il appartiendrait à l'Union africaine soutenue par la communauté internationale de saisir l'opportunité d'une paix durable en Somalie et de passer à la phase de reconstruction. Pour autant, le bilan reste encore tout aussi mitigé. On aurait pu penser que Sommet serait l'occasion idoine pour lever des fonds et trouver des troupes, mais les résultats restent plutôt maigres. Seul le Burundi a annoncé qu'il enverrait 1.000 soldats. A ce jour, l'Union ne dispose que d'un contingent de 4.000 hommes alors qu'il en faudrait au moins le double pour stabiliser et amorcer la phase de reconstruction de la Somalie. Comme pour le Darfour se pose la question des financements. Et la menace d'un enlisement, faute de moyens, n'est pas écartée, selon Alpha Oumar Konaré. Un tel enlisement se produirait s'il n'y a pas de dialogue politique inclusif, les soldats de maintien de la paix africains courant le risque d'être perçus comme des forces d'occupation.
5.3.3. Côte d'Ivoire Un autre dossier prépondérant de ce sommet, a été celui de la Côte d'Ivoire, même s'il n'y a pas eu de décision spécifique sur la situation. Dans le cadre de sa Décision 145 sur le rapport d'activités du Conseil de paix et de sécurité, la Conférence a entériné la décision de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) du 19 janvier 2006, soutenant la stratégie de dialogue direct présentée par Laurent Gbagbo, avec Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles. Le 19 janvier à Ouagadougou au Burkina Faso, la CEDEAO avait exprimé sa vive préoccupation face à l'impasse politique persistant en Côte d'Ivoire et souligné la nécessité de trouver une solution urgente, basée sur le « lancement immédiat et concomitant des programmes d'identification et de désarmement des groupes armés, afin de créer les conditions nécessaires à l'organisation d'élections libres d'ici octobre 2007 ». L'organisation sous-régionale avait aussi appelé toutes les forces politiques ivoiriennes à coopérer dans la mise en œuvre de la résolution 1721 du Conseil de sécurité des Nations Unies. L'Union africaine soutenant cette stratégie, a félicité le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, pour son rôle de facilitateur dans cette volonté de sortie de crise. |
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| 1. Introduction | ||
| 2. Sommets antérieurs | ||
| 3. Evolution Institutionnelle | ||
| 4. Environnement | ||
| 5. Paix et sécurité | ||
| 6. Droits de l'homme | ||
| 7. Afrique et Relations internationales | ||
| 8. Conclusion | ||
| 9. Nomenclature | ||
| 10. Quelques liens | ||