Sentinelle No. 96  
VIIIème Sommet de l'Union africaine, 29 et 30 janvier 2007
11 février 2007  
Roland Adjovi & Noémie Simonel
 
 

7. Afrique et les relations internationales

La VIIIème Conférence de l'Union africaine a enfin adopté une série de décisions qui marquent la place ou le rôle de l'Afrique dans les relations internationales.

 

7.1. La coopération avec l'Union européenne (Noémie Simonel)

Deux questions relatives à l'Union européenne ont été sur la table des discussions à Addis-Abeba : les migrations internationales et les Accords de partenariat économique (APE).

Sur le premier plan, le Conseil exécutif a entériné la Déclaration conjointe Afrique – Union européenne sur la migration et le développement émanant de la première conférence euro-africaine sur la migration qui s'est tenue à Tripoli les 22 et 23 novembre. Cette Déclaration engage les Etats africains et de l'Union européenne, dans un cadre de « migration accompagnée » à promouvoir un partenariat entre les pays d'origine, de transit et d'accueil pour une meilleure gestion du phénomène, de manière holistique et équilibrée, afin que le respect des droits de l'homme pour les migrants réguliers et irréguliers, soient en toute circonstance garantis. A cet égard, le Conseil donne mandat à la Commission pour élaborer un plan de mise en œuvre de cette Déclaration. Il a par ailleurs, exhorté la communauté internationale à fournir les moyens nécessaires à la mise en œuvre de la déclaration. Dans la même optique, il invite les Etats membres de l'Union africaine et la Commission à prendre part au Forum mondial sur la migration et le développement prévu du 9 au 11 juillet 2007 à Bruxelles (Belgique), dans le cadre du suivi de la Session de haut niveau des Nations Unies sur la migration, tenue en septembre 2006 (Sentinelle du 3 décembre 2006).

Sur le second plan, il faut noter que le volet économique a été d'une acuité particulière en raison du contexte multilatéral global avec le blocage du cycle de Doha dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La négociation des APE réunit six groupes de pays ACP dont quatre africains et la Communauté européenne. Au vu des obstacles entravant les négociations, la Conférence a entériné une déclaration appelant à la prorogation des négociations au-delà du délai imparti de décembre 2007, et à l'exploration d'alternatives aux Accords de partenariat économique conformément à l'Accord de Cotonou. Rappelant la nécessité de faire aboutir les négociations, les dirigeants africains ont indiqué que les APE doivent privilégier les questions de développement et d'éradication de la pauvreté en Afrique. De même, la Conférence a rappelé que les cycles de négociation APE et OMC devaient être en phase et conformes aux règles de l'OMC. La Conférence a, à cet égard, approuvé la Déclaration ministérielle d'Addis-Abeba du 16 janvier 2007 sur les négociations des APE, émanant de la 3 ème session extraordinaire de l'Union africaine des Ministres en charge du Commerce. Celle-ci a identifié différents aspects de blocages des négociations APE.

En effet, la déclaration ministérielle rappelle les priorités fixées par les deux Déclarations du Caire et de Nairobi sur les APE, adoptées par les Ministres du Commerce de l'Union africaine en 2005 et 2006, qui doivent prévaloir dans la conduite des négociations. Les obstacles identifiés sont entre autres, l'incapacité des négociations à s'articuler autour de la dimension de développement, le déséquilibre dans les négociations tendant à mettre l'accent sur la libéralisation du commerce, la question prépondérante de l'acclimatation des APE dans un contexte de structuration de l'intégration économique africaine. En conséquence, la déclaration ministérielle appelle à un engagement plus politique pour permettre au processus d'avancer, tel que recommandé à Port Moresby (Papouasie Nouvelle Guinée) au cours de la réunion du Conseil des Ministres des États ACP.

Enfin, la déclaration subordonne le cours des négociations au cycle des négociations multilatérales de Doha. « La suspension du cycle de Doha pourrait avoir de graves implications sur le progrès et le contenu des négociations des APE et sur le texte final des APE conclus. La nécessité d'assurer la cohérence dans tous les engagements pris par les pays africains au niveau des APE avec les progrès réalisés dans le cycle de Doha doit être soulignée. Il serait prématuré de finaliser et de conclure les APE avant la conclusion des négociations de l'OMC au titre du Programme de travail de Doha. »

 

7.2. La relance des négociations dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (Noémie Simonel)

En ce qui concerne plus spécifiquement le blocage des négociations multilatérales dans le cadre du cycle de Doha, la Conférence de l'Union a appelé avec fermeté à la reprise des négociations, réaffirmant son total soutien au système commercial multilatéral. Elle formule cependant son exigence, à savoir que la question du développement soit pris en considération dans la relance des négociations, conformément à la Déclaration de Doha, au Programme de Doha pour le Développement et au Sommet du Millénaire + 5, tenu à New York en septembre 2005. A cet égard, la décision rappelle avec vigueur que « notre position selon laquelle toute conclusion des négociations actuelles de l'OMC qui ne parvient pas à tenir les promesses de développement du Programme de Doha pour le Développement serait inacceptable pour l'Afrique. »

 

7.3. La réforme des Nations Unies (Roland Adjovi)

Sur la réforme des Nations Unies, la Conférence semble insatisfaite après avoir pris note du rapport du Comité des dix à la suite de sa réunion en marge du Sommet. La Conférence a donc demandé au Comité de poursuivre les consultations pour proposer une position africaine commune [Assembly/AU/Dec. 155 (VIII)].

 

7.4. Sommet Afrique - Amérique du Sud (Roland Adjovi)

La coopération Sud-Sud n'est pas nouvelle, et nombre de résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies l'encourageaient déjà, et une Journée des Nations Unies lui est spécifiquement dédiée. On se souviendra que le Mouvement des non alignés présentait une autre forme de cette coopération, dans une perspective d'alternative de politique internationale. Mais il aura fallu attendre avril 2005 pour que lors d'une visite au Brésil, le président nigérian émette l'idée d'un sommet Afrique – Amérique latine, à dimension essentiellement économique. Le Nigeria a œuvré à l'effectivité de cette idée qui a rencontré l'assentiment des pays concerné. Le premier sommet s'est tenu à Abuja (Nigeria) du 26 au 30 novembre 2006 (voir Sentinelle du 14 janvier 2007). Dans la Résolution d'Abuja, adoptée le 30 novembre 2006 au terme de cette Conférence, il est établi un Forum de coopération Afrique – Amérique du Sud (ASACOF) qui se réunira tous les deux ans.

Le VIIIème Sommet de l'Union africaine a pris note des résultats de cette première, félicité le Nigeria pour cette réalisation [Décision sur le Sommet Afrique – Amérique du Sud, Assembly/AU/Dec. 159 (VIII)]. La Commission est mandatée pour le suivi de ce dossier.

Il faut souligner que ce nouvel axe pourrait bien constituer une nouvelle alternative de politique internationale. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, mène une bataille populiste contre l'hégémonie américaine, et plus généralement contre tout impérialisme économique, et il pourrait trouver là, un autre auditoire. Dans un contexte où la Fédération de Russie élève aussi le ton contre un monde unipolaire où dominent les Etats-Unis (Discours de Vladimir Putine à Munich, 10 février 2007), une telle perspective n'est pas à négliger.

 

7.5. Afrique – France (Roland Adjovi)

Dans sa Décision 162, la Conférence a pris note du rapport que le Mali lui a soumis sur le suivi de la XXIIIème Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique et de France (Sentinelle du 21 janvier 2007). Se souvenant que cette Conférence avait eu pour thème la jeunesse africaine, la Conférence demande à la Commission de lui rendre compte de la mise en œuvre de la Décision du Conseil exécutif 273 (VIII) où elle lui avait demandé :

« i) [d']Examiner de manière approfondie la proposition de création d'un ‘Fonds euro-africain d'investissement' dans le cadre du Dialogue Afrique-Europe ;
ii) [d']Inscrire la question de l'immigration à l'ordre du jour du Dialogue Afrique-Europe, en particulier de la Troïka et du prochain Sommet Afrique-Europe ;
iii) [de] Sensibiliser les partenaires sur la nécessité d'une plus grande mobilisation des ressources financières pour appuyer les efforts nationaux et régionaux dans la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme, la tuberculose et les autres maladies connexes. »

 

7.6. Afrique – Chine, de nouvelles perspectives (Roland Adjovi)

En novembre dernier, le sommet entre la Chine et l'Afrique avait mobilisé nombre de dirigeants africains et y compris la présidence de l'Union africaine (page d'informations sur les relations sino-africaines). Un plan d'action a été adopté pour la période 2007-2009. Par sa Décision 160, relative au Forum sur la Coopération Afrique – Chine (FCAC), la Conférence se félicite pour cette initiative et pour sa tenue, et donne mandat à la Commission pour assurer la coordination dans la préparation de tous les sommets le continent et le pays-continent.

Tout comme le partenariat sud-sud, cette coopération offre certainement de nouvelles perspectives aux Etats africains sur la scène internationale, mais aussi à la Chine pour asseoir un partenariat stratégique.

 

7.7. Autres questions liées aux relations internationales (Roland Adjovi)

Bien que la question de la Science et de la Technologie était au centre du Sommet, elle n'a pas hérité d'une grande décision. La Décision 161 se contente de prendre note des recommandations du Conseil exécutif. Mais il faut lier cette question à la création de l'Organisation panafricaine de la propriété intellectuelle et à la coopération sud-sud, en tenant compte de la Déclaration 5 sur la science, la technologie et la recherche scientifique pour le développement. Alors, on obtient une meilleure perspective du poids du thème dans les résultats du Sommet.

La Conférence a aussi adopté la Déclaration et le Plan d'action du Caire établissant le principe d'une coopération et d'une solidarité africaine en matière d'hydrocarbures [Assembly/AU/Dec. 148 (VIII)]. Elle donne mandat à la Commission pour la mise en œuvre en collaboration avec la Banque africaine de développement. Il faut espérer que cela aboutisse à un résultat palpable pour les citoyens car dans certains pays la pratique de délestage – privation de l'électricité – est devenue trop courante.

La Conférence a assuré le suivi de la réunion internationale qui s'était tenue à Bamako (Mali) pour discuter de la dimension africaine de la grippe aviaire, et préconiser des mesures spécifiques par les Etats africains. La Conférence a lancé un appel à l'aide financière pour que les Etats puissent mener leurs programmes d'action, et instruit la Commission d'assurer la coordination de l'action africaine [Assembly/AU/Dec. 136 (VIII)].

Enfin, la Conférence a, dans sa Décision 163, approuvé la candidature de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne à la Présidence de la 64ème Session de l'Assemblée générale des Nations Unies en 2009, en invitant les Etats membres à la soutenir.

1. Introduction  
2. Sommets antérieurs  
3. Evolution Institutionnelle  
4. Environnement  
5. Paix et sécurité  
6. Droits de l'homme  
7. Afrique et Relations internationales  
8. Conclusion  
9. Nomenclature  
10. Quelques liens