Philipe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Roland ADJOVI-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Danilo COMBA-- Florina COSTICA-- Tidiani COUMA

Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Virgile RENAUDIE-- Karine RINALDI-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Sabrina URBINATI

 

Sommaire

N°112

 

 

 

 

 

 

 

   
 

© 2006 Tous droits réservés aux auteurs

     

 

CDI: suite des travaux de la 59e session

Sarah CASSELLA

 

La Commission du droit international (CDI) a décidé de créer un Groupe de travail sur le sujet des « Ressources naturelles partagées », sous la présidence de M. Enrique Candioti. Elle a par ailleurs établi un Groupe de travail sur le sujet « Clause de la nation la plus favorisée », sous la présidence de M. Donald M. McRae.

 

Ressources naturelles partagées (18 mai 2007)

Le Rapporteur spécial, M. Chusei Yamada, a présenté son 4e rapport (A/CN.4/580). La CDI a inscrit cette question à son programme de travail en 2002. Elle a examiné la question par étapes, en commençant par les eaux souterraines transfrontières. À sa 58e session, en 2006, elle a adopté en première lecture un projet sur le droit des aquifères transfrontières comprenant 19 articles et les commentaires s’y rapportant et elle a décidé de communiquer le projet d’articles aux gouvernements, en les invitant à présenter des commentaires et des observations au Secrétaire général au plus tard le 1er janvier 2008. La CDI a décidé d’examiner les rapports entre, d’une part, les travaux sur les eaux souterraines déjà réalisés et, d’autre part, les travaux sur le pétrole et le gaz naturel. L’examen de la question du pétrole et du gaz naturel demande une étude approfondie non seulement des aspects scientifiques et techniques, mais aussi des aspects politiques et économiques. Dans l’immédiat, la Commission doit uniquement décider s’il convient ou non de procéder à l’examen en deuxième lecture du projet d’articles sur le droit des aquifères transfrontières indépendamment des travaux relatifs au pétrole et au gaz naturel. Le présent rapport a pour objet d’aider la Commission à prendre une décision sur la suite de ses travaux relatifs aux aquifères transfrontières.

 

Expulsion des étrangers (23-29 mai 2007)

La CDI a examine le 2e rapport (A/CN.4/573) du Rapporteur spécial, M. Maurice Kamto. Elle a décidé de renvoyer les projets d’article 1 et 2 au Comité de rédaction. La CDI a inscrit ce sujet à son programme de travail en 2004. Dans son rapport préliminaire de 2005, le Rapporteur spécial a exposé sa compréhension du sujet et a sollicité l’avis de la Commission sur quelques aspects méthodologiques susceptibles d’orienter son travail futur. La Commission du droit international a approuvé l’essentiel du plan de travail du Rapporteur spécial. La Commission a proposé de prendre en considération notamment les dispositions du droit international des droits de l’homme exigeant la conformité d’une décision d’expulsion « à la loi » :

  • les règles de procédure que les conditions de l’expulsion;
  • l’application du principe de non-discrimination;
  • la recherche de l’équilibre entre l’intérêt de l’État expulsant et les droits de l’expulsé à une vie privée et à une vie familiale;
  • l’examen de la question du risque de violation des droits de l’individu dans l’État de destination.

La Commission est d’avis, avec le Rapporteur spécial, que le projet d’articles doit présenter un régime juridique le plus exhaustif possible, assis sur des principes fondamentaux formant le socle juridique sur lequel repose l’expulsion des étrangers en droit international. Les représentants de plusieurs États ont pris la parole lors de l’examen par la Sixième Commission du rapport de la CDI à l’Assemblée générale à sa 60e session. Lors des débats, diverses suggestions ont été faites. Ainsi, sur le plan de la démarche, les Etats ont estimé que la codification de ce sujet exige une étude comparative approfondie des législations nationales. Il a également été suggéré que soit pris en considération le travail effectué ces quatre dernières années par l’Initiative de Berne et l’Organisation internationale pour les migrations ainsi que par la Commission mondiale sur les migrations internationales. Sur le fond, plusieurs questions ont été débattues. Le Rapporteur a présenté les principales tendances de la pratique récente des États en la matière depuis la rédaction du rapport préliminaire ainsi que des réflexions touchant au sujet en cours au sein de l’ONU et dans d’autres fora internationaux.

Il est apparu qu’il y a un consensus sur ce que le sujet devrait inclure les personnes résidant sur le territoire d’un État dont elles n’ont pas la nationalité, en distinguant les personnes en situation régulière et celles en situation irrégulière, y compris celles qui résident depuis longtemps dans l’État expulsant. Devraient également faire partie du sujet les réfugiés, les demandeurs d’asile, les apatrides et les travailleurs migrants. En revanche, certains membres de la Commission et certains représentants d’États Membres à la Sixième Commission ont estimé qu’il serait difficile d’inclure le refus d’admission qui vise les immigrants illégaux de fraîche date ou non encore établis dans l’Etat d’accueil. On a aussi estimé qu’il faut exclure du champ du sujet les personnes ayant changé de nationalité par suite d’une modification du statut du territoire où elles résident dans le contexte de la décolonisation. Le Rapporteur spécial pense qu’on ne peut exclure par principe ces hypothèses. Il convient de distinguer les cas où un changement de nationalité entraîne un transfert des populations bénéficiant d’une nationalité nouvelle du fait de la modification du statut territorial, des cas d’expulsion éventuelle de personnes bénéficiant de ladite nationalité : une telle expulsion devrait obéir au régime de droit commun, et il n’y a dès lors aucune raison de l’exclure du champ du sujet. S’agissant de la question de la non-admission (ou « expulsion ») des immigrants illégaux, la pratique de certains États et l’identification de l’étranger comme toute personne ayant franchi la frontière et pénétré dans le territoire de l’État où il séjourne donnent à penser, à première vue, que l’on ne pourrait exclure cette question du champ du sujet sans l’amputer gravement. Toutefois, selon la conception traditionnelle, l’expulsion concerne les étrangers dont l’entrée ou le séjour sont réguliers alors que la non-admission vise ceux dont l’État combat l’entrée ou le séjour sur son territoire; l’éloignement de l’immigré illégal se trouvant à la frontière ou qui vient de franchir celle-ci relève donc, à strictement parler, de la non-admission et non de l’expulsion. C’est en vertu de cette distinction que la non-admission n’entre pas, selon le Rapporteur spécial, dans le champ du présent sujet. Quant à l’expulsion des étrangers en cas de conflit armé, le Rapporteur spécial n’a pas trouvé de raison valable à son exclusion du champ du sujet. L’existence de règles précises en la matière dans le droit international humanitaire ne devrait pas constituer un obstacle à l’intégration de cette question dans le champ du sujet.

L’objet du présent rapport est d’étudier les règles générales applicables en matière d’expulsion des étrangers telles qu’elles se dégagent du droit coutumier, du droit conventionnel, de la jurisprudence ainsi que de la pratique des États, et à la lumière de la présentation qu’en fait la doctrine. Sont approfondies dans le cadre du présent rapport portant sur l’étude d’une partie des règles générales en matière d’expulsion des étrangers, les questions devant conduire à la formulation des projets d’articles sur le champ d’application et les définitions des termes clefs du sujet.

 

Les effets des conflits armés sur les traités (29 mai- 1er juin 2007)

Le Rapporteur spécial, M. Ian Brownlie, a présenté son 3e rapport (A/CN.4/578) sur le sujet. La CDI n’a pas été en mesure de conduire jusqu’au stade de la première lecture l’examen des premier et deuxième rapports sur le présent sujet. Il a été tenu compte, dans la préparation du présent rapport, de l’étude du Secrétariat intitulée « Les effets des conflits armés sur les traités : examen de la pratique et de la doctrine » (A/CN.4/550 et Corr. 1 et 2). Le projet d’article 6 qui figurait dans les rapports précédents a été retiré (v. site de la CDI pour tous les rapports et documents).

 

  

 

Politique étrangère

 

Evolution de la doctrine française relative à la légitime défense ?

Prof. Philippe WECKEL

 

Le titulaire de la fonction présidentielle ayant changé, il est naturel de s'interroger sur une évolution de la doctrine française. Personnellement, j'ai plutôt noté une grande continuité des positions du Quai d'Orsay sur toutes les questions abordées depuis l'élection, y compris le Proche-Orient. Je relève tout de même trois éléments intéressants.

  1. Le changement de dénomination du Ministère qui devient celui des "affaires étrangères et européennes"(MAEE). L'évolution était plus que souhaitable, compte tenu de la nature de la construction européenne. On peut se demander si le qualificatif d'étrangères est vraiment adapté aux affaires internationales. A quand le MAIE ? POINT DE PRESSE DU 29 MAI 2007

  2. Un livre blanc sur la politique étrangère ? Le porte-parole du Quai d'Orsay a déclaré : "je crois qu'il y a, de la part de notre ministre, M. Bernard Kouchner, la volonté de réfléchir, comme vous le disiez, à une sorte de corpus de doctrine sur les orientations diplomatiques de la France. C'est un sujet sur lequel, en effet, nous devrions travailler dans la période qui s'ouvre, mais je ne peux pas vous donner, aujourd'hui, plus de précision. Il est vrai qu'il existe, dans d'autres pays, des ''livres blancs'' ou des documents du même type sur la politique étrangère. (Ce sera donc un livre blanc ?) Nous n'en sommes pas encore là et je rappelais juste ce qui existe dans d'autres pays"  POINT DE PRESSE DU 22 MAI 2007

  3. Surtout, je constate que la France pourrait avoir infléchi sa position sur la question de la légitime défense. Qu'on en juge.

(Quelle est la réaction de la France face aux menaces d'un ministre israélien de ''liquider à la première occasion'' Khaled Meshal, un des signataires des accords de La Mecque qui ont permis la création du gouvernement d'union nationale entre le Hamas et le Fatah ?)

Nous avons pris note de ces déclarations.

Je vous rappelle que la France condamne de façon constante la pratique des exécutions extra-judiciaires, contraire au droit international. Ce type de pratique ne fait que renforcer les éléments les plus radicaux à un moment où il faut, au contraire, renforcer la position des partisans d'une solution négociée.

POINT DE PRESSE DU 21 MAI 2007

 

(Permettez-moi d'insister tout de même. Approuvez-vous une action israélienne visant un tireur de roquettes ? Je ne parle pas des civils, mais des actions de l'armée contre des unités qui tirent des roquettes.)

Je ne souhaite pas entrer dans ce débat sur le concept de légitime défense. C'est, d'un point de vue juridique, un débat très complexe, qui plus est dans une région particulière, compte tenu du statut des Territoires. Notre message est simple. Cette escalade de la violence, ce cycle de représailles ne mène à rien. Donc, la conclusion que nous en tirons est assez simple. Il faut à la fois cesser les tirs de roquettes, qui sont effectivement des provocations, et cesser également les actions militaires qui sont conduites en représailles, parce qu'elles font des victimes dans la population civile et parce qu'elles alimentent un sentiment de colère et de révolte contre Israël.

POINT DE PRESSE DU 22 MAI 2007

 

La France condamne sans réserve les tirs de roquette. Elle appelle Israël à user de son droit de légitime défense avec retenue, dans le respect du droit international humanitaire et avec le souci d'épargner les vies humaines.

POINT DE PRESSE DU 28 MAI 2007

 

On observe que la déclaration du 22 mai est particulièrement embarrassée et ambiguë. Finalement elle semble traiter de la même manière une exécution extra-judiciaire et la réplique à un tir de roquette destinée à neutraliser son (ses) auteur(s). La formule "représailles" n'est pas neutre, puisque l'on sait que les représailles militaires sont interdites.

Or dans la déclaration du 28 mai, le droit de légitime défense d'Israël est expressément reconnu. Enfin, -tant pis pour la Cour internationale de Justice- l'évidence est admise. L'article 51 de la Charte n'est pas la Bible et il y a une vie pour la légitime défense en dehors de la Charte.

Le droit d'Israël de se défendre contre les tirs de roquette du Hamas n'est certes pas contesté, mais on voudrait néanmoins ne pas qualifier ce droit de légitime défense, parce que l'Article 51 ne vise que l'emploi de la force armée contre un Etat. Il en résulte une grande confusion qui n'assure finalement pas un encadrement strict du droit de répliquer. Or l'intérêt pratique de la nouvelle position de la France (si elle était confirmée) est de distinguer les représailles militaires et les exécutions extra-judiciaires d'une part, de l'exercice légitime du droit que possède d'autre part tout Etat, naturellement et pas spécialement Israël, de se défendre contre toute force hostile agissant de l'étranger, quelle que soit la nature de cette force. Il s'agit d'une clarification heureuse qui soulève néanmoins de nouvelles difficultés concrètes.

L'objectivité, s'agissant de la détermination de la position de l'Etat, consiste à se mettre à la place de cet autre Etat dont on examine le comportement. Qui croit que la France ne revendiquerait pas le droit inhérent de répliquer, si elle était soumise comme Israël à des attaques répétées venant d'éléments non étatiques ? (PW)

 

  

 

Soudan

demande d’application des résolutions

UA-ONU sur l’opération hybride

Sabrina RAHMANI

Déclaration présidentielle. Le 25 mai 2007, par la voix de son président pour le mois de mai, l’ambassadeur des Etats-Unis Zalmay Khalizad, le Conseil de sécurité a demandé que les dispositifs d'appui initial et d'appui renforcé à la Mission de l'Union Africaine (UA) au Soudan soient mis en oeuvre intégralement sans tarder et que le rapport du Secrétaire général et du Président de la Commission de l'UA sur l'opération hybride soit examiné et appliqué immédiatement. En effet, les membres du Conseil ont été saisis de la photocopie d’une lettre datée du 23 mai 2007, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Secrétaire général, transmettant le rapport du Secrétaire général et du Président de la Commission de l’UA sur l’opération hybride au Darfour.

Dans cette déclaration, le Conseil exige en outre que toutes les parties s'acquittent de leurs obligations internationales, appuient le processus politique, respectent le cessez-le-feu, y compris la cessation des bombardements aériens, mettent fin aux violences contre les civils et aux attaques contre les soldats de la paix et facilitent les secours humanitaires. Il  note que l'accord entre l'UA et l'ONU illustré par le rapport conjoint est un pas important dans l'approche globale du processus de paix au Darfour, qui consiste notamment à relancer le processus politique, à renforcer le cessez-le-feu et à mettre en oeuvre l'approche à trois phases du maintien de la paix devant aboutir à l'opération hybride UA -ONU.

Par ailleurs, le 29 mai 2007, le président américain George W. Bush a annoncé, par le biais d’une déclaration publique, de nouvelles sanctions américaines contre le gouvernement soudanais pour  l'insuffisante coopération de ce dernier en matière d'envoi des  Casques bleus au Darfour. Il a déclaré que les agissements du président Al-Bachir au cours des dernières semaines prolongeaient une attitude qu’ils connaissent depuis longtemps et qui consiste à promettre de coopérer tout en recherchant de nouveaux moyens de faire obstruction.

Ainsi, ces sanctions vont renforcer celles déjà existantes. 31 nouvelles compagnies soudanaises, incluant des firmes exportatrices de pétrole, vont être ajoutées à la liste de celles avec lesquelles les Américains sont interdits de toute transaction commerciale et financière. Deux hauts responsables du régime soudanais et un chef rebelle seront également sanctionnés. Cette décision porte à sept le nombre de personnes frappées de sanctions par les Etats-Unis en raison de violations des droits de l'homme au Darfour. De plus, les Etats-Unis ont aussi multiplié les consultations avec la  Grande-Bretagne et leurs autres alliés, en vue de faire adopter  une résolution de l'ONU pour exercer plus de pressions sur les  autorités soudanaises au sujet du déploiement des forces  internationales du maintien de la paix. 

De son côté, M. Zalmay Khalizad a affirmé que son pays menait des consultations avec ses  alliés au sein du Conseil de sécurité en vue d'une résolution qui  devrait imposer des sanctions économiques et militaires  supplémentaires au Soudan.

Pour l'ambassadeur de France Jean-Marc de la Sablière travailler sur des sanctions serait utile,  mais qu’ils doivent consulter les autres membres du Conseil. L'ambassadeur de la Russie, M. Vitaly Churkin a présenté une  opinion similaire, rappelant que M. Ban Ki-moon faisait des démarches auprès du Soudan et qu'il avait eu des développements positifs. 

Le même jour, M. Ban Ki-moon a déclaré avoir besoin de plus de temps pour faire avancer les négociations sur le Darfour. Il a précisé qu’il était en étroites consultations avec les principaux acteurs de la communauté internationale pour trouver une solution aux questions militaires et humanitaires et qu’il espérait que la communauté internationale pourra agir de façon à renforcer mutuellement ses efforts pour ramener la paix et la sécurité au Darfour. Le 21 mai dernier, le président de la Commission  de M. Alpha Oumar Konaré, en visite au Caire, a rejeté la proposition de certaines nations d'imposer des sanctions au Soudan pour la question du Darfour, déclarant que l'heure n'était pas à ce genre de discussion. Il a déclaré que toute  sanction imposée au Soudan concernant la crise du Darfour pourrait compliquer la situation. Il a par ailleurs précisé que l'UA avait réussi, après de longs mois, à atteindre un accord avec le président soudanais Omar Al-Bashir,  qui permet d'augmenter le nombre de soldats de maintien de la paix étrangers de 20 000 au Darfour.  IL a ajouté que ces forces seraient sous le commandement de l'UA mais  comprendraient des soldats des Nations Unies.    

Le lendemain, l'ambassadeur du Soudan aux  Etats-Unis, M. John Ukec Lueth, a dénoncé ces sanctions, soulignant que cette mesure ne ferait qu'aggraver la  situation dans la région. Il a déclaré qu’il s’agit d'un mauvais remède car les sanctions économiques  vont en fait empirer la situation au détriment du peuple soudanais en général, et du peuple du Darfour en particulier. Il a ajouté que ces  sanctions risquaient de saboter les accords de paix globaux,  notamment celui pour le Darfour et celui pour l'Est du Soudan.  Enfin, le président soudanais Omar Al- Bachir, ces mesures visent à détruire l'économie du Soudan. Il a souligné que ces sanctions pourraient  affecter directement la vie de milliers de familles soudanaises. Il a affirmé qu’imposer des sanctions au Soudan pourrait détériorer la  situation et provoquer plus de problèmes de sécurité et plus de  tragédies humanitaires dans le pays. 

 

Quai d'Orsay

POINT DE PRESSE DU 29 MAI 2007 6 - SOUDAN/DARFOUR

 

(Vous pouvez comprendre notre intérêt concernant le dossier du Darfour sachant que le ministre l'a établi comme étant l'une de ses priorités. Avez-vous du nouveau sur ce dossier, des contacts notamment entre le ministre et d'autres personnalités impliquées dans ce dossier ?)

Comme vous l'avez sans doute lu, le ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, a rencontré hier à Hambourg son homologue chinois avec lequel il a pu évoquer la situation au Darfour. Vous avez noté que, dans ce contexte, le ministre s'est exprimé depuis Hambourg dans le sens de l'étude de différentes options concernant la situation humanitaire notamment.

Comme il l'a indiqué, nous réfléchissons actuellement à différentes options qui permettraient d'appuyer les efforts de la communauté internationale au Darfour, notamment au niveau humanitaire. Nous avons demandé à nos partenaires de l'Union européenne d'envisager plusieurs pistes d'actions, l'une de ces pistes étant d'améliorer l'accès des populations à l'aide humanitaire, notamment grâce à un corridor, en concertation bien sûr avec les organisations humanitaires, avec l'organisation des Nations unies, avec l'Union africaine et avec les gouvernements concernés. Evidemment, d'autres options existent et elles font toutes l'objet de concertations, non seulement avec nos partenaires européens mais aussi avec nos partenaires du Conseil de sécurité, comme le renforcement des moyens de la Force africaine et un appui au déploiement du paquet renforcé de soutien de l'ONU à la Force africaine.

Voilà les différentes pistes de réflexion que nous avons aujourd'hui. Je rappelle que nous avons relancé cette réflexion et vous vous souviendrez que l'une des premières réunions qu'a tenu le ministre, M. Kouchner, a justement concerné le Darfour. C'est donc un sujet qui lui tient particulièrement à cœur.

(En dehors de l'approche humanitaire et de la force onusienne et de l'Union africaine, il y a malgré tout une nécessité de pression politique sur Khartoum afin de mettre en place ce couloir humanitaire. M. Kouchner a-t-il fait valoir cette approche avec son homologue chinois et a-t-il eu un retour favorable de la part de la Chine ?)

Cet entretien a permis de faire passer notre message concernant la nécessité d'exercer une certaine pression sur les autorités de Khartoum et, en même temps, de répondre à la première préoccupation aujourd'hui qui est l'accès des populations déplacées à ce soutien humanitaire. Ces deux points ont été évoqués et, vous le savez, les Chinois ont envoyé un représentant spécial au Darfour récemment.

Par ailleurs, nous sommes soucieux d'avoir la meilleure concertation possible, y compris avec le partenaire chinois, pour que dans le cadre du groupe de contact, nous puissions analyser l'ensemble des éléments relatifs à la situation au Darfour afin de répondre aux préoccupations qui ont été exprimées, à plusieurs niveaux, durant ces derniers jours.

(Dans le cadre des pressions politiques, êtes-vous favorables, comme les Etats-Unis, à une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour des sanctions ?)

Nous avons pris note des déclarations de hauts responsables américains sur le renforcement des sanctions. Comme vous le savez, un certain nombre de sanctions existent déjà. Nous sommes ouverts à la discussion actuelle dans le cadre des Nations unies sur d'éventuelles nouvelles mesures. Mais il y a déjà un certain nombre de sanctions que je rappellerai : les sanctions individuelles, un embargo sur les armes au Darfour et une interdiction des survols offensifs. Tout ce dispositif existe et, dans le cadre de cette discussion que nous avons avec nos partenaires du Conseil de sécurité, nous sommes actifs et nous regarderons les propositions qui seront faites.

(Des discussions sont-elles en cours ?)

Une discussion est en cours et nous étudions les propositions qui sont faites.

(J'ai cru comprendre que le président Bush allait s'exprimer dans moins d'une heure maintenant concernant le Darfour. J'ai entendu cette information sur RFI. J'imagine qu'il va expliciter, voire durcir, la position américaine. Est-ce fait en concertation avec la France ou faut-il maintenant étudier ses propos afin d'en comprendre ce que la France pourra en dire à son tour puisqu'elle ne peut pas rester totalement insensible à ce qu'il pourrait dire ?)

Comme je vous l'ai indiqué, des discussions sont en cours depuis plusieurs jours à New York, dans le cadre du Conseil de sécurité et entre partenaires. Ce n'est pas une surprise, vous savez que certains d'eux sont assez offensifs concernant de nouvelles sanctions. Cette discussion se poursuit et nous regarderons les propositions qui seront faites sur un éventuel durcissement.

(L'initiative française concernant le Darfour est-elle bien établie et définie ?)

Elle est en cours d'évaluation avec nos partenaires. Ainsi que je l'ai indiqué, nous avons plusieurs pistes de réflexion, faut-il établir des corridors humanitaires, faut-il renforcer la dimension humanitaire de la force, faut-il réfléchir à d'autres solutions avec les partenaires de la région ? Tout cela est en cours d'analyse, en cours de discussion. Nous avons saisi nos partenaires de l'Union européenne. Il devrait y avoir prochainement une réunion du Comité politique et de sécurité à Bruxelles portant sur ce thème. Ce qui est important de retenir de ce que je vous dis, c'est qu'à ce stade, nous souhaitons une concertation la plus large possible de nos partenaires, y compris notre partenaire chinois, ainsi que je l'ai indiqué et c'était donc l'occasion, hier à Hambourg, lors de l'entretien entre le ministre et son homologue chinois de faire aussi passer quelques idées pour voir comment nos partenaires réagissaient. C'est une proposition, une dynamique ouverte par la France et sur laquelle nous attendons les réactions de nos partenaires.

(Pour rappel, l'Union européenne et la France, via l'Union européenne ou bien seule, finance-elle en partie l'AMIS ?)

Oui, à ma connaissance, l'Union européenne est la principale source de financement de l'AMIS aujourd'hui.

(A hauteur de quel montant ?)

L'Union européenne, par l'intermédiaire de la commission européenne et des Etats membres, a contribué à l'AMIS à hauteur de 400 millions d'euros, depuis sa création en 2004.

 

POINT DE PRESSE DU 30 MAI 2007 4 - DARFOUR

 

(Le président Bush a annoncé de nouvelles sanctions contre Khartoum et appelle à une nouvelle résolution sur le Darfour. Quelle est votre réaction ?)

Nous avons pris note de la déclaration du président Bush sur le renforcement des sanctions américaines à l'encontre du Soudan. Comme vous le savez, un dispositif de sanctions existe déjà dans le cadre du Conseil de sécurité. Des discussions, auxquelles la France participe, sont en cours à New York sur un éventuel renforcement de ce dispositif.

(Pourriez-vous nous dire davantage sur l'idée d'un corridor humanitaire à partir du Tchad ? Avez-vous proposé l'idée aux pays concernés ? Quelle est votre réaction aux sanctions américaines contre le Soudan ?)

Comme vous le savez, la France réfléchit actuellement à différentes options qui permettraient d'appuyer les efforts de la communauté internationale, au Darfour et dans la région, notamment au niveau humanitaire. Elle a également demandé à l'Union européenne d'envisager des pistes d'actions possibles.

L'une des pistes de réflexion est d'améliorer l'accès des populations à l'aide humanitaire, notamment par un corridor, en concertation avec les organisations humanitaires, les Nations unies, l'Union africaine et les gouvernements concernés.

D'autres options existent, telles le renforcement des moyens de l'AMIS et un appui au déploiement du paquet renforcé de soutien de l'ONU à la force africaine. Elles font toutes l'objet, bien entendu, d'une concertation, non seulement avec nos partenaires européens, mais également au sein du Conseil de sécurité.

S'agissant de votre deuxième question, je vous renvoie à mes propos précédents.

 

Obs. Il convient de rappeler que les déclarations présidentielles sont adoptées par consensus. Elles remplissent un rôle essentiel pour la préparation des résolutions. Elles permettent en effet de clarifier la base de l'accord général sur laquelle la discussion en vue d'une nouvelle résolution sera engagée. Il est souhaitable d'examiner toujours le texte d'une résolution en liaison avec la dernière déclaration présidentielle (PW).

 

Archive

 

  

 

Résolution 1757 (2007) du Conseil de sécurité : l’accord instaurant Le Tribunal spécial pour le Liban entrera en vigueur le 10 juin 2007

Valérie GABARD

  

Sans surprise mais avec une majorité limitée, le Conseil de sécurité a adopté mercredi 30 mai, la résolution 1757 (2007) qui décide de l’entrée en vigueur de l’Accord signé entre le gouvernement libanais et les Nations Unies sur la création d’un Tribunal spécial pour le Liban. Finalement adoptée sous le champ du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, la résolution présentée par la Belgique, la France, l’Italie, la Slovaquie, le Royaume-Uni et les Etats Unis prévoit une entrée en vigueur de l’accord au 10 juin prochain « à moins que le gouvernement libanais n’ait présenté avant cette date une notification » (voir le communiqué de presse). Cette disposition vise à préserver une ultime opportunité de parvenir à une application de la procédure libanaise ordinaire en matière de ratification des accords internationaux. 

Le vote est sans surprise, car le projet de l’adoption d’une résolution circulait depuis plus d’une semaine et répondait à la demande expresse du gouvernement libanais au prise à des blocages minoritaires au plan national qui rendaient impossible toute ratification par le parlement comme l’exige la constitution libanaise (voir les archives de Sentinelle). La résolution permet donc de contourner les obstacles internes et prévoit en outre que le siège du Tribunal, nécessairement installé hors du territoire libanais, sera choisi en consultation avec le gouvernement libanais. L’entrée en vigueur de l’Accord signé entre l’ONU et le gouvernement libanais ne signifie pas néanmoins que le Tribunal commencera à fonctionner immédiatement. Son action ne débutera réellement qu’à une date arrêtée par le Secrétaire général là encore après consultation du Liban. Cette date devra tenir compte de l’avancement des travaux de la commission d’enquête internationale mise en place au Liban et dirigée par Serge Brammertz, dont le mandat a été prorogé en mars dernier (Voir la Résolution 1748 (2007)). 

La majorité obtenue reste cependant modeste, 10 voix seulement et cinq abstentions (le Qatar, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, la Chine et la Fédération de Russie). A ce propos, il est particulièrement instructif de s’attarder sur les réactions des Etats membres du Conseil de sécurité et en particulier celles exprimées lors du vote. La France qui appartient à la catégorie des pays favorables à la résolution, s’est largement exprimée à ce propos. Au cours de la séance, le représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, Monsieur Jean-Marc de la Sablière, a noté que par ce vote le Conseil de sécurité pouvait s’enorgueillir d’un double honneur, celui de ne pas s’être résigné à l’impasse et surtout celui d’avoir assumé ses responsabilités en aidant le Liban à franchir cet obstacle. Le ministre des affaires étrangères, Monsieur Bernard Kouchner et le Président de la république, Nicolas Sarkozy, se sont tous deux félicités à l’annonce du vote. Après avoir évoqué l’importance de la lutte contre l’impunité et de la réconciliation nationale, ils ont rappelé le soutien de la France au Liban. La position des autres Etats qui ont voté en faveur de la Résolution est à peu près identique. La volonté de lutter contre l’impunité est un aspect qui revient fréquemment. Il s’agit d’une décision mûrement réfléchie pour le Royaume-Uni, même la fin des blocages parlementaires et une ratification nationale toujours envisageable serait préférable comme l’a souligné le Pérou.         

Quant aux Etats abstentionnistes, ils ont tous tenus à insister sur l’idée que cette position ne remettait pas en cause leur appui à la création d’un Tribunal spécial pour le Liban et au travail la Commission internationale d’enquête. De manière générale ils estiment que la résolution court-circuite la procédure interne de ratification expressément prévue par l’article 19 de l’Accord sur la création d’un Tribunal international pour le Liban. Ils invoquent également l’ingérence du Conseil de sécurité dans les affaires intérieures du Liban et rappellent l ‘indépendance législative de l’Etat libanais. Pour la fédération de Russie, le fondement juridique est lui même douteux : « Le traité conclu entre les deux entités – le Liban et l’ONU – ne peut pas, par définition, entrer en vigueur sur la base d’une décision prise par une seule des parties ». Le recours au Chapitre VII a également été souvent critiqué notamment comme un facteur d’instabilité politique pour le pays.

 

Obs. Il est intéressant de relever que le débat a été essentiellement d'ordre juridique. L'objet du Chapitre VII et la portée des résolutions du Conseil de sécurité a été discuté. L'argumentation russe n'a que l'apparence du bon sens et de l'évidence. En effet, le gouvernement libanais a signé l'accord et a demandé l'intervention du conseil. Or rien n'empêche un gouvernement de décider de renoncer aux formalités de ratification pour permettre l'entrée en vigueur immédiate de l'accord. Au demeurant, comme le souligne le Quai d'Orsay, l'accord du Liban n'était pas juridiquement indispensable parce que le Conseil avait le pouvoir, en vertu du Chapitre VII d'instituer ce tribunal (PW).

 

Archive

 

  

 

 

Ratification de la Convention de l’ONU sur le mariage

Noémie SIMONEL

 

Le 30 mai 2007, le Gouvernement a adopté un projet de loi visant à adhérer à la convention sur le consentement au mariage, l'âge minimum du mariage et l'enregistrement des mariages. Cette convention onusienne a été adoptée à New York le 7 novembre 1962, conformément à la résolution 1763, et signée par le représentant permanent de la France le 10 décembre 1962.

Elle est entrée en vigueur à l'égard des États l'ayant ratifiée (Nouvelle-Zélande, Suède, Yougoslavie, Finlande, Mali, Samoa et Norvège) le 9 décembre 1964, après le dépôt du huitième instrument de ratification.  À l'heure actuelle, la convention a déjà été ratifiée par une trentaine d'États (Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Afrique du Sud, ainsi que certains pays de l'Est et pays en développement).

En France, après des tentatives infructueuses de ratification, la procédure a été suspendue, pour causes de réserves concernant notamment le statut local de Mayotte. Désormais, les récentes évolutions législatives (ordonnance n°2000-219 du 8 mars 2000 relative à l'état civil de Mayotte, ordonnance n 2002-1476 du 19 décembre 2002 portant extension et adaptation des dispositions de droit civil à Mayotte et modifiant son organisation judiciaire, et la loi n° 2003-660 du 21 juillet 2003 de programme pour l'outre-mer) ont contribué à renforcer la compatibilité des aspects spécifiques du droit français relatifs à l'existence d'un statut de droit local à Mayotte avec les stipulations de la convention. D’où la compréhension de l’intervention tardive du projet de loi.

Rappelons que l’article 16 de la DUDH prévoyait déjà qu’«à partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution, le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux».

La présente conve