Par l’adoption de la
résolution 1767 à l'unanimité, le
Conseil de sécurité a prorogé pour une nouvelle période de six
mois, jusqu'au 31 janvier 2008, le mandat de la Mission des
Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE),
exigeant de ces deux pays qu'ils respectent les
accords de paix.
Aux termes de la
résolution 1767, le Conseil requiert de l'Éthiopie et
l'Érythrée de désamorcer la situation, notamment en ramenant les
effectifs de leurs troupes à leur niveau du 16 décembre 2004 et en
évitant les provocations militaires.
La résolution exige à nouveau de l'Érythrée qu'elle retire
immédiatement ses forces et son matériel militaire de la Zone de
sécurité temporaire et lève toutes les restrictions toujours plus
fortes qu'elle impose aux opérations de la MINUEE se trouvant en
pratique, dans l’incapacité de s’acquitter de son mandat de
surveillance.
Comme le rappelle le
dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur l’évolution
du processus de paix dans la région, la situation militaire dans
la zone temporaire de sécurité et les zones adjacentes reste
tendue et imprévisible.
L’Érythrée a continué d’introduire des forces armées dans la zone
temporaire de Sécurité. De même observe –
t-on une mutation des forces érythréennes, les miliciens
cèdent de plus en plus la place aux troupes régulières des Forces
de défense érythréennes.
Le réinvestissement de la zone temporaire est en violation directe
des paragraphes 9, 12, 13 et 14 de l’Accord de cessation des
hostilités.
Les
deux Accords d’Alger: l’Accord sur la cessation des hostilités
et l’Accord de paix qui a suivi, conclus il y a sept ans ont mis
un terme à des années de guerre dévastatrice et établi les
conditions d’une normalisation des relations entre l’Érythrée et
l’Éthiopie. Ils ont jeté les bases d’une paix entre les deux pays.
L’Accord sur la cessation des hostilités prévoyait l’établissement
d’une zone temporaire de sécurité qui, en séparant les forces, a
contribué à prévenir les actes d’hostilité. En vertu de cet
accord, les parties se sont engagées à renoncer à l’usage de la
force comme mode de règlement de leur différend et à créer les
conditions nécessaires au règlement de ce dernier. L’Accord de
paix qui a suivi visait la cause première du différend, à savoir
le
tracé de la frontière entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
L’une des assises des Accords d’Alger est le mandat confié à la
MINUEE par l’Accord de cessation des hostilités de surveiller la
zone temporaire de sécurité. Rappelons à cet effet les paragraphes
9, 12, 13 et 14 de l’Accord de cessation des hostilités. Aux
termes du paragraphe 12, « en vue de contribuer à réduire la
tension et à créer un climat de quiétude et de confiance et pour
réunir les conditions propices à un règlement global et définitif
du conflit par le biais de la délimitation et de la démarcation de
la frontière, les forces érythréennes resteront à une distance
située à 25 kilomètres (portée de canon) des positions auxquelles
les forces éthiopiennes doivent se redéployer conformément au
paragraphe 9 du présent document. Cette zone de séparation est
désignée comme la “zone temporaire de sécurité”. »
Selon l’alinéa c) du paragraphe 14 de l’Accord, la MINUEE est
chargée d’assurer la sécurité dans la zone temporaire de sécurité
au moyen d’une« surveillance continue par ses unités militaires
déployées à des postes situés dans des positions clefs et
sensibles comprises dans la zone temporaire de sécurité en vue de
veiller à l’exécution des engagements pris par les deux parties en
vertu des paragraphes 9 et 12... ».
Cette situation dangereuse pour la paix régionale amène à douter
de l’existence réelle de la zone considérée. Rappelons à cet égard
la déclaration du Président de l’Érythrée, s’adressant à la
nation, le 24 mai, à l’occasion de la fête de l’indépendance. «la
zone temporaire sécurité n’a désormais plus de raison d’être ..;l’Érythrée
a le droit souverain et légitime d’y entreprendre des projets de
développement sans avoir à demander l’autorisation de qui que ce
soit».
Le Président a par ailleurs déclaré que «les Forces de défense
érythréennes avaient l’obligation et le droit d’engager des
programmes de développement à l’intérieur de la zone temporaire de
sécurité – zone dont ils devaient par ailleurs assurer la
protection». Depuis, lorsqu’ils se trouvent face au personnel de
la MINUEE, de nombreux commandants des FDE mettent ouvertement en
doute la validité de la zone temporaire de sécurité et permettent
aux Forces de défense érythréennes de s’y trouver.
De même, bien que les dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée
aient affirmé à maintes reprises que la guerre n’était pas
imminente, la situation reste préoccupante au vu de la déclaration
le 28 juin 2007, du Premier Ministre éthiopien devant le
Parlement; selon laquelle «son gouvernement allait donner aux
forces de défense les moyen d’enrayer toute tentative d’agression
de l’Érythrée». Les parties poursuivant leurs préparatifs
militaires, le risque est grand qu’un incident relativement mineur
déclenche un affrontement militaire.
Face à cette situation de tensions, quelques évolutions positives
sont à rappeler.
Ainsi, la lettre datée du 8 juin 2007 que le Ministre éthiopien
des affaires étrangères a adressée au Président du Conseil de
sécurité dans laquelle il a affirmé « que son gouvernement avait
accepté, sans conditions préalables, la décision de la Commission
du tracé de la frontière relative à la délimitation de cette
dernière». De même, le Président érythréen, le 9 juin 2007 s’est
déclaré prêt à coopérer avec l’ONU en vue d’appliquer la décision
de la Commission.
Il faut désormais que ces déclarations soient appliquées.
Ainsi, à l’occasion du vingt-quatrième rapport sur les travaux de
la Commission, la Commission du tracé de la frontière entre
l’Érythrée et l’Éthiopie, a rappelé que les parties n’ont encore
fait aucun progrès dans l’application de la décision de
délimitation annoncée par la Commission du tracé de la frontière
entre l’Érythrée et l’Éthiopie le 13 avril 2002 justifiant la
tenue d’une réunion avec les parties concernées, le 6 septembre
2007, - les dernières ayant été annulées-. L’objectif de cette
réunion est d’examiner comment implanter les bornes le long du
tracé.
Rappelons que l ’Éthiopie continue à enfreindre les dispositions
du paragraphe 17 de l’article 4 de l’Accord d’Alger en vertu
desquelles elle est tenue de contribuer aux dépenses de
fonctionnement de la Commission( §5 du
précédent rapport). En octobre 2006, la Commission a dû faire
appel au Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour le
tracé et l’abornement de la frontière entre l’Érythrée et
l’Éthiopie. En mai 2007, le Fonds a été en mesure de régler une
grande partie, mais pas la totalité, de ses dettes. Les dépenses
imposées par la tenue de la réunion prévue en septembre mettront
de nouveau la Commission dans le rouge.
Parallèlement, depuis la trente-septième réunion du31 juillet 200
de la Commission militaire de coordination, instance irremplaçable
pour examiner les questions militaires ou de sécurité les plus
pressantes , la MINUEE n’a pas réussi à
organiser d’autres réunions entre l’Éthiopie et l’Érythrée. La
trente-huitième réunion prévue de la Commission a été annulée
après que l’Éthiopie eut demandé un changement de date.