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Les sanctions européennes ne
sont pas unilatérales
Quai d'Orsay, point de presse du 18/09/2007
(De quoi a t-on parlé dans le off ?)
Nous avons voulu corriger les
informations inexactes que l'on voit ou entend ici ou là à
partir des propos tenus par M. Bernard Kouchner.
Il y a à la fois des éléments
techniques et des éléments politiques.
Les éléments techniques concernent le
contexte : le rappel des deux résolutions qui ont été
adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies,
1737 et 1747 ; la préparation d'une troisième résolution
qui est en discussion, puisque nous constatons tous que
l'Iran ne s'est toujours pas mis en conformité avec ses
obligations internationales, à savoir la pleine
coopération avec l'Agence Internationale de l'Energie
Atomique et la suspension de ses activités sensibles liées
à l'enrichissement. Nous préparons donc une troisième
résolution dans le cadre des Nations unies, avec une
réunion des directeurs politiques des Six en fin de
semaine à Washington, puis la semaine prochaine, à New
York, à l'ONU, au niveau des ministres.
Il a été également rappelé que si les
avancées ne sont pas suffisantes dans le cadre de l'ONU,
nous agirons dans le cadre européen, comme nous l'avons
déjà fait. Nous en parlons avec nos partenaires européens.
Ainsi, hier encore, le ministre des Affaires étrangères et
européennes, M. Bernard Kouchner, en a parlé avec le
ministre néerlandais des Affaires étrangères, M. Maxime
Verhagen, qui a marqué son accord pour réfléchir à des
sanctions dans le cadre européen.
C'est dans ce contexte qu'il faut
situer les déclarations que M. Bernard Kouchner a faites
le 16 septembre, dans le cadre du Grand Jury RTL - Le
Monde - LCI, dans la continuité de ce qu'avait dit le
président de la République, le 27 août, aux ambassadeurs.
Le président de la République avait indiqué qu'il fallait
tout faire pour éviter d'être confronté à l'alternative
qu'il avait qualifiée de "catastrophique" : "la bombe
iranienne ou le bombardement de l'Iran". Quand le
ministre, M. Bernard Kouchner, a dit qu'il fallait tout
faire pour éviter le pire et que le seul moyen de l'éviter
était de persuader les Iraniens de se conformer à leurs
obligations internationales, c'est exactement la même
idée. Cela veut dire qu'il faut poursuivre le dialogue
avec l'Iran, mais poursuivre aussi dans la voie des
sanctions tant que l'Iran ne respectera pas ses
obligations internationales.
(En réponse à une question, vous avez
dit sur les sanctions qu'elles ne seraient pas
unilatérales mais européennes. Or, pour le reste du monde,
européen reste unilatéral. Donc, en dehors du cadre des
Nations unies, quelle est aujourd'hui votre position ?)
Aujourd'hui, il y a les sanctions ONU
et les mesures que nous avons adoptées dans le cadre
européen. Nous avons dit que la France applique des
sanctions dans le cadre européen. Ce n'est pas un cadre
unilatéral.
(Comment décrivez-vous les sanctions
dans le cadre européen, hors Nations unies ? Est-ce
qu'elles sont unilatérales au niveau européen ou pas ?)
L'Europe, c'est multilatéral par
définition. Lorsque je parle de cadre européen, cela
signifie que nous en discutons et décidons à 27. Nous
avons adopté des mesures au niveau européen, à 27. Ce ne
sont pas des mesures unilatérales puisque ce sont des
mesures à 27.
Je rappelle aussi que l'approche
européenne a consisté depuis 2003 à faire une offre de
coopération très ambitieuse à l'Iran, y compris dans le
domaine de l'énergie nucléaire civile, en échange de la
suspension de ses activités illicites. Les Européens ont
été rejoints dans cette approche par les Etats-Unis, la
Russie et la Chine. Mais l'Iran a rejeté cette offre et
c'est pourquoi nous nous sommes engagés dans l'adoption de
sanctions, sanctions qui ont été votées à l'unanimité par
le Conseil de sécurité.
(Avez-vous le sentiment qu'on va vers
une guerre ou un bombardement contre l'Iran ?)
Le ministre a simplement dit qu'il
fallait tout faire pour éviter le pire. Et le pire dans
les relations internationales, c'est la guerre.
(Il a parlé de "préparation à la
guerre" ?)
Il a dit qu'il fallait éviter la guerre
et donc que son objectif était de poursuivre le dialogue,
pour éviter le pire. Vous remarquerez d'ailleurs qu'il y a
eu des déclarations hier dans le même sens de notre
partenaire allemand. L'objectif est de trouver une
solution diplomatique à long terme.
Ne faites pas dire à M. Bernard
Kouchner ce qu'il n'a pas dit et ce qu'il ne pense pas.
(Il y a l'accord entre M. El Baradeï et
l'Iran, ce que l'on appelle l'accord de travail et de
transparence, qui normalement à la fin de l'année devait
aboutir à une évaluation générale du programme nucléaire
iranien pour décider de l'avenir plus tard et des
sanctions éventuelles. Pourquoi n'attendez-vous pas la fin
de ce programme ?)
Nous ne voulons pas attendre la fin de
l'année. L'Iran doit se mettre en conformité avec ses
obligations internationales et doit le faire tout de
suite. Nous saluons l'ouverture qu'il a faite récemment à
l'égard de l'AIEA mais ce n'est pas suffisant. Il continue
de refuser de respecter ses obligations internationales et
c'est pourquoi nous continuons à examiner des sanctions.
(J'ai entendu que M. Hassan Rowhani,
ex-négociateur pour l'AIEA est parti à Bruxelles
aujourd'hui. Va t-il aussi négocier avec la France ?)
Il ne s'agit pas de négociations mais
de discussions informelles. Je n'ai pas d'autres
informations à ce sujet.
(Les Français seront-ils présents ?)
Je ne sais pas.
(Est-ce qu'on a évalué les conséquences
des deux anciennes résolutions de l'ONU contre l'Iran ?)
Nous constatons que l'Iran continue à
ne pas appliquer ses obligations internationales et donc
que ces deux résolutions de sanctions n'ont pas produit
suffisamment d'effets. C'est pourquoi nous réfléchissons à
de nouvelles sanctions.
(Peut-on avoir des éléments concernant
cette nouvelle résolution ?)
Pour l'instant elle est en discussion.
Il s'agit d'aller plus loin, en réfléchissant notamment,
comme l'a dit M. Bernard Kouchner, à des mesures dans le
domaine financier.
(Est-ce que la France conserve toujours
sa confiance pour M. El Baradeï, malgré sa réaction à
propos du ministre ?)
Qu'a t-il dit à propos du ministre ?
(Il a dit qu'il ne fallait pas aller en
guerre)
Mais personne ne veut aller en guerre
et surtout pas le ministre.
(Donc M.Baradeï ne comprend pas, alors
a t-il toujours la confiance de la France ?)
Je ne vois pas le problème. M. El
Baradeï a dit qu'il ne fallait pas aller en guerre, nous
sommes tous convaincus de cela, le ministre le premier
puisqu'il a dit qu'il fallait à tout prix l'éviter. Il n'y
a donc aucune raison de modifier notre attitude de soutien
à l'égard de M. El Baradeï.
(Donc vous le soutenez toujours ?)
Il n'y a aucune raison de ne pas
continuer à le soutenir puisque nous partageons le même
objectif.
(Juste pour information, techniquement,
est-ce que vous avez des informations concernant les
avoirs iraniens éventuellement visés par les sanctions
européennes ?)
Non je n'ai pas d'informations
précises.
(Avez-vous des noms de responsables
iraniens qui puissent être visés aussi par ces sanctions
?)
Regardez dans les textes qui sont
publics, qui sont publiés, vous y trouverez la liste des
noms.
(Les Etats-unis ont déclaré les
"gardiens de la révolution" iraniens comme organisation
terroriste : est-ce que la France ferait de même auprès de
l'Union européenne ?)
Cette perspective qui a été évoquée par
la presse aux Etats-Unis concernerait une décision des
Etats-Unis. La liste européenne, qui résulte de décisions
des 27 prises à l'unanimité, n'est pas la même que la
liste américaine : les décisions prises par les autorités
américaines ne sont pas forcément reprises par l'Union
européenne.
(Est-ce qu'il n'y aurait pas des
conséquences suite au durcissement de la position
française vis-à-vis de l'Iran ? Y a t-il d'autres dossiers
qui sont aussi concernés par cette évolution de la
position française vis à vis de l'Iran ? Je parle du
Moyen-Orient, et surtout du Liban. Est-ce que vous ne
craignez pas une détérioration de ces relations, il n'y
aura pas de conséquences sur les autres dossiers ?)
Je ne partage pas votre interprétation.
Vous, vous voyez un durcissement, moi je vous dis que M.
Kouchner a simplement souligné qu'il fallait éviter le
pire, exactement comme le président de la République
l'avait dit le 27 août quand il avait souligné qu'il
fallait éviter l'alternative que j'ai rappelée. Vous avez
perçu un durcissement dans les propos du ministre mais
notre position reste rigoureusement la même.
(Est-ce que vous confirmez que les
propos du ministre auraient été mal traduits car
quelquefois il y a des erreurs de traduction entre le
français et l'arabe : confirmez-vous qu'il n'y a pas de
nouveauté dans la position de la France ? La France ne va
pas lancer clairement une guerre contre l'Iran ?)
Vous soulevez le problème des
traductions. Le ministre s'est exprimé en français, je ne
sais pas du tout quelle a été la traduction arabe. C'est
peut-être l'une des raisons des malentendus, je n'en sais
rien.
(En arabe, c'est la guerre. On a pensé
au nouveau Dick Cheney, à un nouveau M. Bush qui va lancer
la guerre. Il faut mesurer les choses, la situation est
terrible dans le monde arabe maintenant ?)
Je peux vous dire ce que le ministre a
dit en français, je peux constater des malentendus à la
lecture de la presse, mais je vous confirme ce que je vous
ai déjà dit : ce qu'a dit le ministre, c'est qu'il fallait
éviter le pire. Il a insisté là-dessus, c'est exactement
ce qu'avait dit le président Sarkozy.
(Aujourd'hui quel est le chiffre de
l'échange économique entre la France et l'Iran ?)
Nous allons regarder et vous le dirons.
(Le ministre a parlé de cette question
d'alignement avec Washington. Peut-on parler de relations
un peu plus proches avec les Etats-unis sur l'Iran, sur
l'Irak, sur le Moyen-Orient ?)
Nous avons de très bonnes relations
avec les Etats-Unis. M. Kouchner se rend à Washington en
fin de semaine. Il aura des contacts notamment avec Mme
Condi Rice avant d'aller à New York. Nous parlons avec les
Américains de tous les sujets et le fait d'en parler en
toute amitié, transparence, confiance, ne signifie
aucunement alignement. Je vous rappelle que nous sommes
alliés, pas alignés.
(Est-ce que le ministre a parlé avec
Mme Rice ces derniers jours ?)
Oui, encore très récemment. Il lui
parle de façon très régulière.
(M. Kouchner a dit que si cela était
nécessaire, il était prêt à voyager à Damas. Est-ce que ce
sera le même cas pour Téhéran ou l'inverse, son homologue
pourrait venir à Paris ?)
Il ne s'est pas prononcé sur Téhéran en
ces termes.
(Y a t-il toujours des négociations
entre Paris et Téhéran ?)
Pour l'instant, nous discutons au
niveau européen et au niveau de l'ONU et nous espérons que
ces discussions vont porter leurs fruits.
(Je veux dire par les intermédiaires,
non ?)
Intermédiaires ou pas intermédiaires,
nous essayons dans le cadre multilatéral d'arriver à
convaincre l'Iran de se conformer aux obligations
internationales. Il n'y a rien de nouveau de ce point de
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