|
 |
L’ONU et la situation au Myanmar (Birmanie)
Valérie GABARD |
Il semble désormais possible d’affirmer que le calme soit revenu au
Myanmar, mais à quel prix ? Les manifestations pacifiques
quotidiennes organisées par les moines bouddhistes accompagnés de
civils n’ont cessé qu’en raison de la répression disproportionnée
menée par la junte militaire. Il reste difficile de connaître la
situation exacte dans le pays, cependant selon les informations
rapportées, on dénombrerait au moins 10 morts et des milliers de
personnes arrêtés, civiles ou moines bouddhistes (entre 2000 et
4000) ainsi que du personnel du
PNUD. La répression mise en œuvre par la junte militaire avait
suscité la semaine passée de nombreuses réactions nationales,
régionales et internationales (voir les
archives de Sentinelle). Sans nier l’existence d’initiatives
hors de l’Organisation des Nations Unies c’est au cœur de cette
enceinte que la situation au Myanmar a été principalement évoquée
cette semaine.
C’est tout d’abord
l’Assemblée générale de l’ONU qui a offert une tribune au
ministre des Affaires étrangères du Myanmar, U Nyan Win afin de
défendre son point de vue. Il a expliqué que les manifestations
protestant initialement contre la situation économique ont été
« exploités par des opportunistes politiques ». Les mesures adoptées
par la junte étaient selon lui nécessaire pour rétablir l’ordre
public.
Quant aux bons offices du Secrétaire Général Ban Ki-moon, il est
désormais possible de dresser un premier bilan de la visite de
Ibrahim Gambari au Myanmar. Arrivé dans la capitale birmane samedi,
l’envoyé spécial de Ban Ki-moon
a pu s’entretenir avec plusieurs représentants du régime mais il
n’a pu rencontrer
le général en chef de la junte, Than Shwe que le mardi 2
octobre. L’envoyé spécial a obtenu de rencontrer à deux reprises,
l’opposante politique Daw Aung San Suu Kyi qui est toujours en
résidence surveillée mais n’a pu en revanche s’entretenir avec
d’autres membres de son parti politique, la Ligue nationale pour la
démocratie. De plus il est intéressant de relever l’escale effectuée
par le
Conseiller spécial du Secrétaire général à Singapour où il s’est
entretenu avec le premier ministre Lee Hsien Loong et son ministre
des affaires étrangères. Cette visite est ciblée car Singapour
préside actuellement
l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN).
L’organisation dont est membre le Myanmar a, de manière tout à fait
exceptionnelle, adoptée un communiqué la semaine passée condamnant
l’attitude de la junte birmane et soutenant l’action du Secrétaire
Général. Il s’agit sans doute pour Ibrahim Gambari d’un moyen de
s’assurer du soutien sans réserve l’action menée par le Conseiller
spécial et d’espérer que cette pression se maintienne voir
s’accentue.
Le
communiqué de presse est en revanche beaucoup plus lapidaire
voir silencieux sur le contenu même de ces entretiens. Il aura donc
fallu attendre le vendredi 5 octobre et la troisième réunion sur le
Myanmar du Conseil de sécurité pour le seul mois de septembre afin
d’obtenir plus de précisions. L’envoyé spécial et le Secrétaire
général ont ainsi dressé un bilan de la situation dans le Pays (voir
le
communiqué de presse du 5 octobre 2007). L’envoyé spécial,
Ibrahim Gambari, a
souligné que « le monde n'est plus ce qu'il était il y a de cela
20 ans ». « Aucun pays ne peut se permettre d'agir en isolation,
ignorant les normes qui engagent tous les membres de la communauté
internationale ». De plus les manifestations ne sont pas selon
lui uniquement basées sur un mécontentement lié aux conditions
socioéconomiques mais revêtent sans doute un caractère politique.
Ban Ki-moon et estimé qu’un dialogue ouvert entre le gouvernement et
l’opposition et ainsi : « un des possibles résultats de la mission
de mon Conseiller spécial est l'annonce par le gouvernement d'une
éventuelle réunion entre le général en chef Than Shwe et Daw Aung
San Suu Kyi ». Le simple emploi des termes « possibles » et
« éventuelle » nous permet de comprendre qu’une telle rencontre
reste pour l’heure plus qu’hypothétique. De plus la mission de
l’Envoyé spécial n’est pas terminée et il devrait poursuivre sa
tâche avant de se rendre une nouvelle fois au Myanmar en novembre
prochain.
Au-delà
de ce communiqué de presse, peu d’informations ont filtré sur la
position de chacun des Etats membres lors de cette réunion. Aucune
action précise n’a semble t’il été adoptée au sein du Conseil.
L’action du Conseil de sécurité se limite pour l’heure à un bref
communiqué, approuvé la semaine passé à l’issue d’une réunion
spéciale sur le Myanmar. Elle ne contient qu’un appel à la retenue
« en particulier de la part du gouvernement birman » et un soutien
aux bons offices engagés par le Secrétaire général. Cependant le
représentant des Etats-Unis auprès de l’ONU a déclaré que les
Etats Unis sont prêts à proposer au Conseil de sécurité de l'ONU une
résolution prévoyant des sanctions à l’encontre de la Birmanie en
cas d'échec de la mission de l'envoyé des Nations unies Ibrahim
Gambari
Enfin le Conseil des droits de l’homme a tenu une session
extraordinaire le mardi 2 octobre sur la situation des droits de
l’homme au Myanmar. Il s’agit de la cinquième session extraordinaire
du Conseil depuis sa création (voir le
communiqué de presse). Les membres du Conseil ont adopté une
résolution par consensus condamnant la répression des
manifestations et demandant la libération de tous les manifestants
arrêtés et des prisonniers politiques. Outre la condamnation la
résolution appelle également les autorités birmanes :
·
au respect des
droits de l’homme et aux libertés fondamentales, ainsi que le devoir
pour la junte d’enquêter et de poursuivre les auteurs de violations
des droits de l’homme ;
·
à la libération
des prisonniers politiques ;
·
à la
suppression de tous les obstacles aux activités politiques
pacifiques et à garantir la liberté de rassemblement pacifique, la
liberté d’association et la liberté d’information ;
·
à coopérer avec
le représentant spécial du Secrétaire général ;
·
à mettre en
place un dialogue national pour parvenir à la réconciliation
nationale ;
·
D’engager un
dialogue avec le Hait commissariat aux droits de l’homme pour
parvenir au respect des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ;
·
De coopérer
avec les organisations humanitaires
De plus
la résolution confie au Rapporteur spécial sur la situation des
droits de l’homme au Myanmar la mission de dresser un bilan de la
situation actuelle des droits de l’homme dans le pays et de
s’assurer de sa mise en œuvre au besoin en se rendant dans le pays
de manière urgente. Présent lors de cette séance le Rapporteur
spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar a souligné
que le manque de réaction de la communauté internationale face aux
3000 morts dans les manifestations de 1988 ne devait pas se
reproduire.
Bien qu’ayant rejoint le
consensus, l’Inde et la Fédération de Russie se sont défavorablement
exprimés lors de cette séance, estimant que le texte n’aurait pas dû
être une condamnation mais un encouragement et un engagement
constructif avec les autorités birmanes dans la voie la démocratie
(voir le
résumé de la session extraordinaire). Quant au représentant du
Myanmar, Nyunt Swe, il a affirmé que la situation était « complexe »
et que le pays se trouvait en situation d’insurrection. Il a
également brandit le spectre de l’ancienne commission des droits de
l’homme estimant que l’adoption de cette résolution créait un
précédent dangereux pour les petits et faibles Etats comme le
Myanmar car elle visait à exercer sur eux des pressions politiques.
Lors de son point presse,
le ministère des affaires étrangères français a salué l’adoption
de cette résolution et affirmé que « la tenue de cette session
spéciale à l’initiative de l’Union européenne, a montré la capacité
du Conseil des droits de l’Homme à réagir rapidement quand les
droits de l’Homme sont violés. »
Il est donc net que
l’Organisation des Nations Unies n’entend pas se désintéresser de la
situation au Myanmar comme en témoigne la multitude des fora saisis
de cette situation. Cependant la réponse onusienne reste pour
l’heure très diplomatique et il est possible de douter de l’effet de
ces condamnations si la pression onusienne et des pays voisins
influents ne s’accentuent pas sur le Myanmar. |