|
 |
Assemblée générale : les positions relatives au
développement exprimées lors du débat général
Sarah CASSELLA |
La plupart des Etats a estimé lors du débat général de l'Assemblée
générale (25 septembre – 3 octobre 2007) qu'il est nécessaire non
seulement d'atteindre les
Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), mais même
de les dépasser ; il devient en effet urgent de redéfinir un
certain nombre de priorités face aux réalités actuelles.
Certains Etats ont rappelé que l'objectif de vivre avec « un dollar
plus un centime » ou d'échapper de justesse à une mort prématurée ne
conduit pas à « mener une vie décente ». Plusieurs propositions ont
été avancées dans le sens de cette redéfinition. Le président de l'Équateur,
Rafael Correa, a estimé que la première limite des OMD réside dans
le fait qu'en tant que stratégie visant à la réduction de la
pauvreté, ils ne représentent qu'un cadre minimal. Il a proposé des
objectifs communs qui soient basés sur des « maxima sociaux » au
lieu de « minimums de vie ». Le président de la République de
Madagascar, Marc Ravalomanana, a déploré la priorité accordée
aux intérêts nationaux sur les intérêts communs et les promesses non
tenues. Il a affirmé que l'augmentation de l'aide internationale
limiterait l'exploitation des ressources naturelles par les paysans
pauvres. Il a appelé à un « plan Marshall pour l'Afrique », idée
qu'il avait déjà présentée. Affirmant que le continent pourrait être
le fournisseur d'énergies propres et de produits naturels, il a
proposé un « nouveau partenariat écologique » entre les pays
industrialisés et les pays africains, qui comprendrait un programme
d'investissements, la protection de la nature et la préservation de
la biodiversité. Le Premier ministre du Royaume de Norvège,
Jens Stoltenberg, a estimé que la Déclaration du Millénaire ne sera
pas respectée. Il a annoncé que son Etat s'est engagé à verser 1
milliard de dollars américains sur 10 ans pour soutenir les
Objectifs du Millénaire pour le développement qui portent plus
précisément sur la santé infantile et maternelle. Il a recommandé
d'établir « une organisation des Nations Unies dans chaque Etat : un
dirigeant, un programme, un budget et un bureau, partout où cela est
possible ».
Certains Etats ont souligné les progrès accomplis et les
objectifs déjà atteints. Seyoum Mesfin, le ministre des Affaires
étrangères de l'Ethiopie, a indiqué que la croissance
économique de son Etat est de 10% en moyenne et que l'avancée vers
la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement est
réelle. Il a souligné que la démocratisation des institutions a
facilité les progrès accomplis dans les domaines économique et
social. Lygia Kraag-Keteldjik, le ministre des Affaires étrangères
du Suriname, a indiqué que le gouvernement de son Etat s'est
engagé à atteindre les OMD. Philip Sealy, le représentant de
Trinité-et-Tobago, a signalé que son Etat souhaite aller au-delà des
Objectifs du Millénaire pour le développement et assurer en 2020 un
niveau de vie comparable à celui des pays développés.
Dans l'ensemble des discussions, la question du développement a été
rapprochée de celle de la lutte contre le réchauffement
climatique et de la protection de l'environnement. Un certain
nombre d'Etats insulaires ont particulièrement insisté sur ce point.
Charles A. Savarin, le ministre des Affaires étrangères de la
Dominique, a déclaré que les changements climatiques risquent de
compromettre la capacité à réaliser les OMD. Avec la fonte des
glaces, les petits Etats insulaires et les îles basses pourraient
disparaître d'ici 30 ans. La pêche est par ailleurs en péril avec le
réchauffement de l'eau. Addulla Shahid, le ministre des Affaires
étrangères des Maldives, a regretté la réduction de l'aide au
développement mais a indiqué que son Etat entrerait l'année
prochaine dans la période de transition permettant de sortir du
groupe des pays les moins avancés. Gonzalo Gutiérrez Reinel, le
Vice-ministre et Secrétaire général des Affaires étrangères du
Pérou, a indiqué que son Etat est désormais un pays émergent
dans la région, grâce à la croissance économique continue des
dernières années. Cependant, hautement vulnérable aux changements
climatiques, le Pérou a perdu 22% de sa surface glaciaire au cours
des 30 dernières années. Lisa Shoman, la ministre des Affaires
étrangères du Belize, a recommandé que la question du
développement soit au cœur du débat sur les changements climatiques.
Samuel R. Insanally, le ministre des Affaires étrangères du
Guyana, a dénoncé l'extravagance des sociétés consuméristes et
le fait que les pays développés posent comme condition préalable à
l'aide au développement une plus grande contribution des PED à la
campagne contre les changements climatiques. Elvin Nimrod, le
ministre des Affaires étrangères de Grenade, a demandé que
les petits Etats insulaires en développement bénéficient de
nouvelles règles de la part du système des Nations Unies et des
institutions de Bretton Woods.
La question du financement du développement était logiquement
au centre de nombreux débats. De nombreux chefs d'Etat et de
gouvernement ont appelé à l'accroissement de l'aide au développement
et à la création de mécanismes d'ajustement du prix du pétrole pour
les Etats les plus pauvres. Le président de la République d'El
Salvador, Elias Antonio Saca Gonzalez, s'est en effet inquiété
de l'instabilité des prix des produits de base et des matières
premières, surtout celui du pétrole. Notant que cette situation a
une incidence négative sur les efforts de développement, il a plaidé
pour une coordination des politiques macroéconomiques au niveau
international, avec la participation des pays développés et en
développement. Il a également appelé les pays producteurs de pétrole
à mettre en place des mécanismes flexibles afin que les prix
n'affectent pas de manière excessive les pays en développement (PED).
Il a affirmé que son Etat encourage les initiatives en faveur des
énergies renouvelables, notamment par le biais d'une loi incitant
les investissements dans ce secteur. Le Ministre des relations
extérieures de Cuba, Felipe Perez Roque, s'exprimant au nom du
Mouvement des non-alignés, a regretté que trop de ressources
continuent à être consacrées à l'armement. Le monde en aurait besoin
afin d'atténuer les effets des changements climatiques et de lutter
contre la pauvreté et l'exclusion. Assurant qu'il « suffit de 150
milliards de dollars pour y parvenir », il a dénoncé un manque de
volonté politique. Le ministre a plaidé pour la réalisation de
l'objectif visant à consacrer 0,7% du PIB à l'aide publique au
développement (APD), l'annulation de la dette des PED et pour la
conclusion du Cycle de Doha. Bruno Stagno Ugarte, le ministre des
Affaires étrangères du Costa Rica, a également estimé que les
OMD auraient été atteints en 2006, si on y avait consacré un dixième
des 1.200 milliards de dollars affectés aux dépenses militaires. Le
Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de
l'immigration du Luxembourg, Jean Asselborn, a mis en garde
contre un tassement de l'aide publique au développement, indiquant
que son Etat a consacré 0,9% de son revenu national brut à l'APD en
2007. Raphaël Tuju, le ministre des Affaires étrangères du Kenya,
a déclaré que les ressources et les capacités pour améliorer le
monde se trouvent dans les pays développés. Reinaldo Gargano, le
ministre des Relations extérieures de l'Uruguay, a déclaré
qu'il faut s'interroger sur les causes du sous-développement et a
dénoncé les organismes financiers internationaux. Selon lui, il faut
développer des normes de commerce équitable, car les PED n'ont pas
besoin d'aide, mais d'un accès libre aux marchés. Un commerce libre
éviterait d'avoir recours au crédit international. Sonatane T.
Taumoepeau-Tupou, le ministre des Affaires étrangères du Royaume des
Tonga, a déclaré soutenir l'idée d'une réunion de dirigeants
sur les OMD. Il a souligné le fait qu'il est nécessaire d'aborder
aussi la question du financement du développement dans ce cadre. Il
a aussi déclaré qu'il espérait une issue positive à la future
Réunion de haut niveau sur le financement du développement à Doha en
2008. Il faut selon lui conclure rapidement le cycle de l'Uruguay et
s'assurer notamment de l'élimination des subventions aux
exportations. Riaz Mohammad Khan, le Secrétaire d'Etat aux Affaires
étrangères du Pakistan, a souligné que son Etat a mis en
avant des mesures pour permettre aux PED de mieux coordonner et
élargir leurs efforts centrés sur le financement du développement,
du commerce, des technologies, de l'énergie et des changements
climatiques. Kenneth Baugh, le Vice-premier ministre de la
Jamaïque, a appelé à un partenariat pour le développement en vue
d'atteindre les Objectifs de Millénaire pour le développement. La
Jamaïque ne peut pas les atteindre sans cette aide. Préoccupé par
l'impasse actuelle du cycle de Doha, il a ajouté qu'un traitement
différentiel garantirait l'égalité des chances, car un modèle unique
ne tient pas compte des spécificités et de la complexité de chaque
situation.
Un certain nombre d’Etats a souligné sa volonté d’augmenter l’aide
au développement. Anders Liden, l'ambassadeur de la Suède, a
qualifié l'aide au développement de complément indispensable à
l'ouverture des marchés de nombreux Etats. Les PED représentent une
trop petite part du commerce mondial. Dans cette optique, la Suède a
lancé un processus de réforme de sa politique d'aide. Dermot Ahern,
le ministre des Affaires étrangères de l'Irlande, a annoncé
que son Etat, qui consacre 0.5% de son PNB à l'aide publique au
développement, compte l'augmenter à 0.7% en 2012. Robert Hill,
l'ambassadeur de l'Australie, a annoncé que son Etat est sur
la bonne voie afin de doubler son budget d'assistance au
développement d'ici 2010. Carsten Staur, l'ambassadeur du
Danemark, a proposé la tenue d'un sommet de l'ONU axé sur les
progrès vers les Objectifs de Millénaire pour le développement et le
financement du développement. Une Réunion de haut niveau sur la mise
en œuvre à mi-parcours des Objectifs du Millénaire pour le
développement doit avoir lieu en 2008 et constituera l’occasion de
préciser un certain nombre de positions sur la question.
|