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Déclaration du Conseil de sécurité sur la situation au Myanmar du 11
octobre 2007 (CS/9139)
Le conseil de sécurité déplore vivement
l’utilisation de la violence contre des manifestations pacifiques au
Myanmar
Il souligne l’importance de la libération
rapide de tous les prisonniers politiques et des autres détenus
À l’issue de consultations officieuses, le Président du Conseil de
sécurité pour le mois d’octobre, M. Leslie Kojo Christian (Ghana), a
lu, cet après-midi, au nom des membres du Conseil, la déclaration
suivante:
Le Conseil de sécurité est satisfait de la mission récemment
accomplie par le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le
Myanmar, M. Ibrahim Gambari, et de l’exposé qu’il a fait le 5
octobre 2007 à la demande du Conseil. Il réaffirme son soutien
énergique et sans faille à la mission de bons offices du Secrétaire
général conformément à la résolution 61/232 de l’Assemblée générale,
et remercie le Secrétaire général de son engagement personnel.
Le Conseil déplore vivement l’utilisation de la violence contre des
manifestations pacifiques. Il accueille favorablement la résolution
S-5/1 du Conseil des droits de l’homme en date du 2 octobre 2007. Il
souligne l’importance de la libération rapide de tous les
prisonniers politiques et des autres détenus. Il demande au
Gouvernement du Myanmar d’œuvrer avec toutes les parties concernées
dans le sens de l’apaisement de la situation et d’une solution
pacifique.
Le Conseil souligne qu’il est nécessaire que le Gouvernement du
Myanmar crée les conditions nécessaires à l’établissement d’un
véritable dialogue avec Daw Aung San Suu Kyi et toutes les parties
et groupes ethniques concernés afin d’aboutir à une réconciliation
nationale n’excluant personne, avec l’appui direct de l’Organisation
des Nations Unies. Le Conseil encourage le Gouvernement du Myanmar à
examiner sérieusement les recommandations et propositions de M. Gambari
et à prendre toutes les mesures voulues pour régler les problèmes
politiques, économiques, humanitaires et de droits de l’homme qui
inquiètent les populations, et souligne que c’est l’ensemble du
peuple du Myanmar qui tient l’avenir du pays entre ses mains.
Le Conseil se félicite que le Gouvernement du Myanmar se soit
publiquement engagé à travailler avec l’ONU et ait nommé un officier
chargé de la liaison avec Daw Aung San Suu Kyi. Il souligne qu’il
importe que de tels engagements soient effectivement tenus. Il
constate que le Gouvernement du Myanmar avait invité M. Gambari à se
rendre dans le pays, et souligne qu’il appuie son retour dès que
possible afin qu’il facilite des mesures concrètes et des résultats
tangibles. Le Conseil engage le Gouvernement du Myanmar et toutes
les parties concernées à coopérer pleinement avec M. Gambari.
Le Conseil accueille favorablement le rôle important joué par les
pays membres de l’ASEAN, qui incitent à la modération, appellent à
une transition pacifique vers la démocratie, et soutiennent la
mission de bons offices. Il note qu’une mission de bons offices est
un processus, et encourage la communauté internationale à aider le
Myanmar par son soutien et sa solidarité constants.
Le Conseil entend rester activement saisi de la question. |
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Situation en Birmanie : l’histoire peut elle se
répéter ?
Valérie GABARD |
La
presse officielle du Myanmar l’affirme, ceux qui ont mené, sont
impliqués ou ont soutenu les manifestations du mois de septembre ont
été convoqués et sont interrogés. Il est clair que ces arrestations
et la répression se poursuivent au Myanmar et ceci même si les
médias étrangers ne peuvent que partiellement en rendre compte eu
égard au peu d’informations dont ils disposent (voir
les informations de l’ONU et de la
presse française). Au niveau international, les réactions se
succèdent depuis la répression des manifestations (voir les
archives de Sentinelle) et il est intéressant de faire un point
régulier sur ces réactions et les actions entreprises pour disséquer
le processus diplomatique en cours et mettre en exergue les avancées
ou au contraire les reculs de ce processus.
·
Union
européenne: renforcement des sanctions confirmé
Tel qu’elle l’avait annoncé, l’Union européenne a décidé d’accroître
les sanctions européennes existantes à l’encontre de la junte
birmane.
Au cours d’une réunion qui s’est tenue les
15 et 16 octobre dernier, le
Conseil affaires générales et relations extérieures a décidé
« compte tenu de la gravite de la situation actuelle et en
solidarité avec la population de la Birmanie/du Myanmar, l'UE juge
nécessaire d'intensifier les pressions directes sur le régime par
l'adoption de mesures plus énergiques ainsi que des mesures
restrictives supplémentaires suivantes: l'interdiction d'exporter
des équipements destines aux secteurs de l'exploitation forestière,
de la transformation du bois et de l'extraction des métaux, des
minéraux, des pierres précieuses et des pierres semi-précieuses;
l'interdiction d'importer les produits provenant desdits secteurs et
l'interdiction de procéder a des investissements dans ces
secteurs. »Cette
série de mesures ne doit en principe pas nuire à la population mais
est dirigée contre la junte militaire au pouvoir. Dans le même ordre
d’idée, l’Union européenne entend maintenir ses programmes d’aide
humanitaire en faveur des populations les plus vulnérables.
Les Etats-Unis qui avaient déjà accru les sanctions à l’encontre
des membres de la junte ont exprimé leur soutien à l’annonce des
nouvelles sanctions européennes. Avec lucidité, les autorités
américaines ont expliqué que ces sanctions à elles seules ne
permettraient certainement pas de changer la situation en Birmanie.
Elles restent cependant indispensable en ce qu’elles font partie
intégrante des efforts internationaux visant à maintenir une
pression sur la junte.
·
Accentuer la pression asiatique sur le Myanmar
Pleinement conscient que seule une pression régionale forte et
tangible sur le Myanmar permettra de débloquer la situation, le
Secrétaire général de l’ONU
a
décidé de dépêcher de nouveau
son envoyé spécial Ibrahim Gambari dans la région. Il ne s’agit pas
seulement de retourner au Myanmar mais aussi et surtout de
rencontrer et de consulter la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie,
l’Inde, la Chine et le Japon. La stratégie est claire : exercer une
pression sur les Etats de la région afin qu’ils exercent eux même
une forte pression sur le Myanmar.
On rappellera que l’ASEAN avait, contrairement à son habitude,
fermement condamnée l’attitude du gouvernement birman. Cette
attitude saluée sur l’ensemble de la scène internationale est
cependant restée sans lendemain et Ibrahim Gambari souhaite
désormais que l’organisation s’implique « un cran plus haut ». La
situation n’est cependant pas restée immobile puisque
le Japon a annoncé la réduction de son aide financière au
Myanmar. Pour le représentant spécial les liens historiques qui
unissent les deux pays et le fait que le Japon soit l’un des
principaux donateurs du Myanmar, devrait obliger la junte à écouter
le message avec une attention particulière.
Les résultats de cette stratégie restent pour l’heure insuffisants,
mais le Secrétaire général semble croire en cette solution et refuse
de relâcher la pression sur les Etats asiatiques. Signe que le
relâchement n’est pas à l’ordre du jour, le représentant spécial du
Secrétaire général a déjà annoncé qu’il retournait dans la région au
plus tard au cours du mois de novembre.
·
ONU :
Faiblesse de la réaction du Conseil de Sécurité malgré la forte
implication du Secrétaire général
Le Conseil de sécurité a finalement réussi à se mettre d’accord sur
une
déclaration à propos de la situation au Myanmar. Le texte est un
bel exemple de langage diplomatique et de négociation international.
Ainsi la déclaration « déplore vivement l’utilisation de la violence
contre les manifestations pacifiques ». Sans mettre de pression
effective sur le régime birman le Conseil « souligne » l’importance
de la libération rapide de tous les prisonniers politiques et des
autres détenus et « demande » au gouvernement du Myanmar d’œuvrer
dans le sens de l’apaisement et d’une solution pacifique.
Par ailleurs le Conseil apporte son
soutien à la plupart des condamnations et des initiatives. La
Conseil salue ainsi résolution
du Conseil des droits de l’homme la position prise par l’ASEAN
et l’action de Monsieur Ibrahim Gambari. Le Conseil encourage
sur ce point, le Gouvernement du Myanmar à examiner sérieusement les
recommandations et propositions faites par l’envoyé spécial
(voir le
communiqué de presse).
L’adoption d’une déclaration par le Conseil de sécurité n’était pas
a priori une évidence. Néanmoins les blocages chinois et russes
n’ont pu être totalement levés et le texte reste loin de mesures
coercitives ou même d’une condamnation ferme et sans ambiguïtés.
Pour certains membres du Conseil de Sécurité et notamment pour le
représentant français Jean Maurice Ripert, la position du Conseil
est insuffisante et qu’il est partisan de l'adoption de sanctions
par le Conseil de sécurité si le gouvernement ne répondait pas à la
déclaration adoptée.
Les Etats-Unis ont également indiqué qu’ils souhaitaient que le
Conseil de sécurité restât saisi de la question.
Le
Sécrétaire général a de nouveau qualifié le traitement des
manifestants d’intolérable et d’inacceptable et souhaiter que les
autorités pensent à « l’avenir de leur pays » et mettant en œuvre la
feuille de route en sept points pour la démocratisation. Celle-ci
prévoit notamment nouvelle convocation de la Convention nationale
afin de rédiger une nouvelle constitution, l’adoption de la
Constitution par voie de référendum national, la tenue d’élections
libres et régulières pour les organes législatifs conformément à la
nouvelle Constitution et sur la convocation des organes législatifs.
L’idée de cette feuille de route n’est pas nouvelle, il s’agit en
réalité d’une proposition déjà dans les tiroirs de l’organisation
depuis plusieurs années.
La junte militaire a annoncé le 18 octobre la création d’une
commission qui se verra confier la charge de rédiger une nouvelle
constitution. Cette commission dirigée par le président de la Cour
suprême constitue de prime abord un geste de la part des autorités
birmanes en faveur de la mise en œuvre de cette feuille de route.
Le
Secrétaire général semble sincèrement décidé à s’attarder sur la
question de la démocratisation du Myanmar. Cependant on peut
s’interroger sur l’étendue de la marge de manœuvre dont il dispose.
Les promesses faites à la communauté internationale par le Myanmar
sont toujours les mêmes et les violences contre les manifestants
pacifistes et les vagues d’arrestations qui ont suivi sont la preuve
que rien ne change sur le plan de la démocratie au Myanmar. Les
efforts démocratiques affichés ne visent qu’à rassurer la communauté
internationale, à calmer son énervement et à préserver ainsi, aussi
longtemps que possible, le statu quo. La technique a déjà fait ses
preuves à la fin des années 1980 et les autorités birmanes tentent
de répéter l’histoire et les vingt ans de répit qu’elle lui a
offerte. Il reste l’espoir que la communauté internationale ne sera
pas dupe. Il nous semble cependant qu’aucun véritable changement
n’interviendra sans une véritable mobilisation des Etats influents
dans la région et du Conseil de sécurité sur le sujet ce qui
implique nécessairement un changement radical de la position
chinoise.
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Obs. Il ne faut pas sous
estimer l'importance de cette déclaration présidentielle qui
confirme que le Conseil suit avec attention l'évolution de la
situation critique et qui conforte le consensus de ses
membres, préparant ainsi une éventuelle montée en puissance (PW). |
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