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Responsabilité internationale |
Les sociétés militaires privées en Irak :
contrôle laxiste et compétence limitée des juridictions
américaines
Florence PARODI |
Alors que jusqu’ici l’activité et la gestion des sociétés militaires
et de sécurité privées en Irak étaient restées discrètes, les
récents évènements impliquant la
société Blackwater ont été l’occasion pour le Congrès américain
de s’emparer du dossier, révélant ainsi des disfonctionnements
importants en termes de contrôle et d’encadrement juridique.
Cette société intervient en Irak depuis août 2003 ; elle a pour
mission de garantir la sécurité de certaines personnalités
officielles. Le contenu de son contrat a évolué dans le sens d’un
élargissement de son mandat en juin 2004 et mai 2006 avec la
conclusion des contrats « Worldwide Personal Protective Services »
(WPPS) I et II.
Cette société a pu toutefois occasionnellement passer dans les faits
du statut de force défensive à celui de force offensive, s’étant
engagée dans des combats auprès de l’armée américaine tel qu’à
Nadjaf. Cette réalité de fait montre bien ainsi combien le statut de
ces forces reste incertain, celui-ci évoluant au gré des réalités du
terrain en dehors de tout cadre juridique fixé préalablement par le
contrat conclu avec l’Etat cocontractant.
Blackwater intervient aujourd’hui aux côtés de deux autres sociétés,
DynCorp International et
Triple Canopy, chacune opérant dans des zones géographiques
délimitées.
Si ces deux sociétés ont été impliquées dans divers incidents, c’est
toutefois la société Blackwater qui a retenu le plus l’attention du
Congrès américain. A l’origine d’une fusillade le 16 septembre 2007
faisant 11 morts et 14 blessés parmi des civils irakiens, cette
société a en effet fait l’objet d’une enquête par une commission du
Congrès américain. Trois aspects de l’intervention en Irak des
sociétés militaires et de sécurité privées ont été retenus. Il
s’agit de mesurer l’impact positif ou négatif de ces sociétés sur la
reconstruction de l’Irak, la charge financière que représentent ces
contrats, et surtout de voir quelle a été la réponse du Département
d’Etat suite aux évènements du 16 septembre. Cette commission avait
déjà rendu un
rapport sur Blackwater alors que quatre de ses employés
s’étaient trouvés pris dans une embuscade à Fallujah, puis mutilés
et brûlés.
Cette commission,
Committee on Oversight and Government Reform, a siégé
sous la présidence du démocrate Henry Waxman les 2 et 3 octobre
2007. Son premier rapport, “Blackwater
USA: Private Military Contractor Activity in Iraq and Afghanistan”
a été complété par un
Mémorandum sur la base notamment des
réponses apportées par le Département d’Etat ainsi qu’à partir
de témoignages d’officiers. Elle a notamment pu auditionner
Erik Prince en sa qualité de PDG de la société,
Ambassador David M. Satterfield, Special Adviser,
Coordinator for Iraq,
Ambassador Richard J. Griffin, Assistant Secretary,
Bureau of Diplomatic Security and Director of the Office of Foreign
Missions, et William H. Moser, Deputy Assistant
Secretary for Logistics Management, qui travaillent au
Département d’Etat.
·
Concernant les modalités d’exercice de son mandat,
il est apparu que la société Blackwater a joui d’une certaine
liberté, n’en respectant pas les termes concernant principalement
l’usage des armes à feu.

Le nombre d’incidents qui lui sont imputés est à cet égard
révélateur du laxisme dont a fait preuve le Département d’Etat dans
le contrôle de ses missions. 195 incidents dus à un usage illégal
d’armes à feu par la société ont ainsi eu lieu depuis 2005, ce qui
représente une moyenne de 1,4 tirs par semaine. Or il s’est avéré
que dans 84% des cas c’est la société qui a tiré la première alors
même que le contrat conclu avec le Département d’Etat stipule que
l’usage de la force n’est autorisé qu’à titre défensif.
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Concernant les mesures prises par le Département d’Etat au vu des
incidents impliquant une société cocontractante,
aucune information n’a jusqu’ici été ouverte. Seules des
mesures d’exfiltration consistant à sortir hors d’Irak l’employé
impliqué dans un incident ont été décidées. Le Département a par
ailleurs souvent vivement conseillé à la société de verser des
dédommagements à la famille des victimes ainsi que de présenter
des excuses. En dehors de ces mesures, aucune poursuite n’a été
engagée.
La fusillade du 16 septembre 2007 a toutefois donné lieu à
l’ouverture d’une
enquête menée par le Federal Bureau of Investigation. La
société Blackwater fait de même l’objet d’une instruction devant le
Département de justice de Caroline du Nord. Ces derniers
évènements ont donc été l’occasion de se saisir réellement du
dossier des sociétés privées. Reste à savoir dans quelle mesure la
législation américaine offre un cadre juridique effectif.
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L’état de la législation américaine
présente des lacunes importantes concernant la compétence des
juridictions américaines pour des faits commis à l’étranger par des
américains qui ont le statut de civils et non de membres de la force
armée.
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Alors que plusieurs
Coalition Provisional Authority (C.P.A.) Order
réglementent l’enregistrement, l’obtention d’une licence délivrée
par le Ministère de l’Intérieur, et le port d’armes, il n’est fait
que mention de quelques règles de comportement à titre informatif
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Le
C.P.A. Order number 17 du 27 juin 2004 prévoit
l’immunité juridictionnelle des employés des sociétés privées, et
exclut toute mesure de contrainte exercée par les autorités
irakiennes à leur encontre.
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Le
Military Extraterritorial Jurisdiction Act, (M.E.J.A.),18
U.S.C. § 3261, prévoit toutefois la compétence des juridictions
américaines pour des faits commis à l’étranger par un soldat
américain ou un civil accompagnant les forces américaines qui aurait
conclu un contrat avec le Département d’Etat. Mais son champ
d’application reste limité dans la mesure où seuls les contrats
conclus avec le Département d’Etat sont envisagés, à l’exclusion de
ceux conclus par d’autres départements ou agences, telles que la
C.I.A., comme cela avait été le cas pour certains employés
recrutés pour interroger des prisonniers d’Abu Ghraib.
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Le Congrès a toutefois décidé d’étendre la compétence matérielle des
juridictions en votant à 389 voix contre 30 le
MEJA Expansion and Enforcement Act of 2007 le 4 octobre.
Cette proposition de loi prévoit ainsi l’hypothèse où les civils
seraient employés par “any department or agency of
the United States, where the work under such contract is carried out
in a region outside the United States in which the Armed Forces are
conducting a contingency operation”.
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Il reste que les dispositions du
Uniform Code of
Military Justice
ne sont pas opposables aux employés des sociétés privés qui restent
en dehors de toute chaîne de commandement en tant que civils. La
compétence matérielle des juridictions américaines s’en trouve donc
restreinte.
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L’Alien Tort Claims Act de 1789
connaît toutefois un renouveau en ce qu’il permet aux tribunaux
fédéraux de juger "toute action civile engagée par un étranger pour
un dommage commis en violation de la loi des nations ou d'un traité
des Etats-Unis".
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C’est sur le fondement de
cette loi que plusieurs plaintes ont pu être déposées
concernant des faits commis par des sociétés militaires et de
sécurité privées.
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