Arabie Saoudite: une victime de viol punie pour avoir parlé
Un tribunal saoudien a doublé la peine de flagellation à laquelle avait été condamnée une victime de viol qui avait parlé publiquement de son cas et des efforts entrepris pour obtenir justice, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Le tribunal a également harcelé son avocat, lui interdisant de s’occuper du dossier et lui confisquant sa licence professionnelle.
Un fonctionnaire de la Cour générale de Qatif, qui a prononcé le jugement le 14 novembre, a expliqué que la cour avait aggravé la peine de la femme en raison de « sa tentative d’envenimer la situation et d’influencer l’appareil judiciaire par l’entremise des médias ». La cour a condamné la victime de viol à six mois de prison et à 200 coups de fouet, soit plus du double de la peine prononcée en octobre 2006, après que son verdict antérieur eut été revu par la plus haute cour d’Arabie Saoudite, le Conseil suprême de la Justice.
Human Rights
Watch a appelé le Roi Abdallah à annuler immédiatement le
verdict, à abandonner toutes les charges à l’encontre de la
victime du viol et à ordonner à la cour de mettre un terme à
son harcèlement à l’égard de l’avocat de la victime.
« Une jeune femme courageuse risque la flagellation et la
prison pour avoir parlé publiquement de ses efforts pour
obtenir justice », a déploré Farida Deif, chercheuse à la
division Droits des Femmes de Human Rights Watch. « Non
seulement ce verdict transmet aux victimes de violence
sexuelle un message suggérant qu’elles ne devraient pas
porter plainte mais dans les faits, il offre aussi
protection et impunité aux auteurs de ces violences. »
La jeune femme, qui est mariée, a déclaré qu’elle avait rencontré une connaissance masculine qui lui avait promis de lui rendre une vieille photo d’elle. Après avoir rejoint l’homme en question dans la voiture de ce dernier à Qatif, un gang de sept hommes les ont attaqués et violés tous les deux, à de multiples reprises. En dépit des demandes de la partie plaignante de condamner les violeurs à la peine maximale, le tribunal de Qatif a condamné quatre d’entre eux à des peines allant de un à cinq ans de prison et de 80 à 1 000 coups de fouet. Ils ont été reconnus coupables d’enlèvement, apparemment parce que les plaignants n’ont pas été en mesure de prouver le viol. Les juges auraient ignoré une preuve fournie par une vidéo de téléphone portable dans laquelle les agresseurs avaient enregistré l’agression.
Par ailleurs, en octobre 2006, le tribunal a également condamné l’homme et la femme victimes du viol à 90 coups de fouet chacun, pour ce qu’il a qualifié de « fréquentations illégales ». Human Rights Watch s’inquiète particulièrement du fait qu’en Arabie Saoudite, la criminalisation de tout contact entre personnes non mariées de sexe opposé constitue une grave entrave à la capacité des victimes de viol de réclamer justice. Un tribunal risque de considérer qu’en déposant plainte pour viol, une femme reconnaît avoir eu des relations sexuelles extraconjugales (ou « fréquentations illégales ») à moins qu’elle ne puisse prouver, au moyen d’éléments soumis à des critères stricts, que ce contact était légal et qu’elle n’était pas consentante.










