Philippe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Roland ADJOVI-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Danilo COMBA-- Florina COSTICA-- Tidiani COUMA

Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Virgile RENAUDIE-- Karine RINALDI-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Sabrina URBINATI

 

Sommaire

N°93

 

     
 

 

 

 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 
   
 
 

index universel des droits de l'homme

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Iran, tensions au sujet de la en œuvre de la résolution 1737 du CS

Sabrina RAHMANI

 

 

Depuis l’adoption de la résolution 1737 (2006) du Conseil de sécurité de l'ONU, le 23 décembre 2006, imposant pour la première fois, des sanctions contre l'Iran en raison de la poursuite de ses activités nucléaires (voir note du 5.01.2007), de fortes tensions opposent les Etats-Unis à l’Europe, notamment la France, sur la question de sa mise en œuvre. En effet, l'administration américaine entend donner une interprétation large du texte, afin d'accroître la pression sur le régime iranien, notamment concernant les transactions financières avec l'Iran. En revanche, l’Europe favorisent une approche plus restrictive dans le but de préserver des chances de règlement diplomatique de la crise avec Téhéran.

 Le 14 janvier 2007, le porte-parole du ministère iranien  des Affaires étrangères, M. Mohammed Ali Hosseini, a déclaré que les activités d'enrichissement  d'uranium se poursuivaient normalement à  Natanz, dans le centre de  l'Iran. Le même jour, l'Iran s'est dit prête à discuter avec les Etats-Unis dans des conditions justes et  appropriées.

Le 16 janvier 2007, le porte- parole du ministère français des  Affaires étrangères, M. Jean-Baptiste Mattéi, a confirmé que la France était en train  d'étudier l'envoi d'un émissaire en Iran pour discuter des  questions régionales, mais qu’aucune décision n’avait encore été prise. Il a par ailleurs affirmé que la réflexion en cours tenait compte notamment des engagements  tangibles qui pourraient être obtenus de la parti de l'Iran à  l'occasion de cette visite. Il a indiqué que l’objectif d'un éventuel dialogue avec l'Iran serait de  réaffirmer les positions françaises sur les questions régionales, espérant que l'Iran contribue à la stabilité de la  région. S’agissant du dossier nucléaire iranien, M. Mattéi a noté que la France était pleinement solidaire de la communauté internationale  et qu'elle était très attachée à  la mise en oeuvre des  résolutions de l'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et du Conseil de sécurité. 

Le lendemain, la ministre britannique des Affaires étrangères, Mme Margaret Beckett, a averti l’Iran que son refus persistant de négocier au sujet de son programme nucléaire n’était pas une solution sans conséquences. Mme Beckett a déclaré qu’elle était certaine que les grandes puissances mondiales pouvaient résister ensemble aux ambitions nucléaires de Téhéran, malgré les critiques selon lesquelles les sanctions des Nations Unies sont inefficaces et trop modérées suite à la pression de la Russie et de la Chine.

De son côté, la secrétaire d'Etat américaine, Mme Condoleezza Rice, a déclaré que Washington refusait tout dialogue direct avec l'Iran, en raison notamment de son attitude de défi à l'égard de l'ONU qui exige la suspension de ses activités d'enrichissement d'uranium.

Le même jour, des représentants des pays  membres de l’AIEA ont été invités à  visiter les sites du nucléaire iranien du 2 au 6 février. Les personnes invitées comprennent des représentants du  Mouvement des non-alignés et des pays du Groupe des 77. Ainsi, le principal objectif de cette  invitation à visiter l'Iran est d'afficher l'ouverture et la transparence du programme de combustible atomique iranien et d'obtenir davantage de soutiens des pays en développement. Le chef de la délégation iranienne à  l'AIEA, M. Ali Asghar  Soltanieh, a déclaré que de telles visites dans des installations nucléaires aideront  l'Iran à  créer la confiance et à  démontrer les objectifs  pacifiques du programme nucléaire iranien. 

Par ailleurs, l’annonce de l’arrivée, dans un mois, d’un nouveau porte-avions américain au Moyen-Orient, a semé des  spéculations selon lesquelles les Etats-Unis pourraient lancer une opération militaire contre l'Iran en avril.  Cependant, le porte-parole de la Maison Blanche, M. Tony Snow,  a démenti  tout plan visant un recours à  la force pour désarmer l'Iran, en mettant l'accent sur une solution diplomatique pour résoudre la question nucléaire de l'Iran, bien que le secrétaire  américain à  la Défense, M. Robert Gates, ait indiqué que le  renforcement de la présence américaine dans la région visait à envoyer un message à  l'Iran. Le 18 Janvier dernier, plusieurs députés de la  Chambre des représentants ont présenté un projet de résolution  demandant à  l'administration Bush de recevoir l'approbation du  Congrès avant de lancer une guerre contre l'Iran. Déposé par six députés, dont le républicain Walter Jones, le  projet de résolution appelle l'administration Bush à  solliciter en avance une autorisation pour lancer des opérations militaires  contre l'Iran, à  moins que les Etats-Unis ou leurs intérêts ne  soient premièrement attaqués. 

De son côté, le  président iranien Mahmoud  Ahmadinejad a déclaré que son pays était prêt à  tout faire à  propos de son programme nucléaire, montrant son intransigeance  devant la résolution de l'ONU et les rumeurs sur une éventuelle  attaque militaire américaine.  A propos de la résolution 1737 de l'ONU, il a déclaré que son pays ne serait pas stoppé par les sanctions et la menace. 

Enfin, le directeur général de l'AIEA a appelé à une reprise des négociations avec Téhéran sur son programme nucléaire. En visite à Paris, M. Mohamed El-Baradeï s'est inquiété d'une possible escalade causée par les sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l'ONU en décembre. Il a estimé que l’emploi de la pression pourrait conduire la République islamique à imiter la Corée du Nord, qui a renvoyé des inspecteurs de l'ONU et s'est retirée en 2003 du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) avant de procéder à son premier essai nucléaire en octobre dernier. Il a par ailleurs laissé entendre que toute frappe militaire sur des installations nucléaires iraniennes ne contrecarrerait pas les ambitions de Téhéran. Enfin, il a souligné que trois à quatre ans d'inspections poussées n'avaient pas permis de déceler le moindre signe d'installations nucléaires non déclarées.

 

Obs. Il ne faut pas se méprendre sur la portée des divergences. La situation de l'Iran a basculé dans le régime des sanctions. Ce dernier est un processus bien connu qui peut être comparé à un noeud coulant : plus l'Iran va s'agiter pour s'opposer aux sanctions, plus celles-ci seront renforcées. Il n'est de l'intérêt de personne qu'un tel processus soit engagé. Or, d'une part, dans un souci d'efficacité immédiate des sanctions, les Etats-Unis retiennent une interprétation large de la résolution du Conseil de sécurité que ne partagent pas les Européens. La position de ces derniers est logique : cette tension brusque de la corde va provoquer l'agitation du sujet et peut compromettre l'objectif d'un retour rapide aux négociations. D'autre part, l'Iran est convaincu de sa capacité de nuisance et pourrait s'en servir pour répliquer aux sanctions. Ainsi son influence dans les crises régionales, en Iraq et au Liban essentiellement, pèserait de manière négative sur l'évolution de la situation, retardant le règlement. L'idée de la France, qui semble encore mal aboutie, serait de bien distinguer, dans les rapports avec l'Iran, la question de la prolifération de celles des crises régionales. La démarche est compréhensible parce qu'il est indispensable de privilégier les voies de la modération. Entre la satanisation d'Israël ou des Etats-Unis et la diabolisation de l'Iran, il y a les chemins de la raison. Certains répliqueront cependant que l'enfer est pavé de bonnes intentions et que l'Iran ne peut que se méprendre sur la portée d'une initiative conciliante. Hélas cette opinion pessimiste est peut-être la bonne (PW).

 

Quai d'Orsay

Point de presse du 19 janvier 2007

3 - IRAN

(A propos du Conseil, concernant l'Iran, y a-t-il une possibilité d'aller au-delà des sanctions déjà proposées par les Nations unies de la part de l'Union européenne ?)

Les ministres discuteront de la transposition par l'Union européenne de la résolution 1737, de la manière de la mettre en oeuvre entre Européens. Vous savez qu'il faut un certain nombre de décisions sur le plan européen pour mettre en oeuvre cette résolution 1737. La position française est que nous devons mettre en oeuvre toute la résolution 1737, rien que la résolution 1737.

(Il y a une question d'interprétation pour comprendre exactement ce que veut dire cette résolution, est-ce cela ?)

Il peut en effet exister de petits problèmes à la marge, notamment pour savoir exactement quelles entités sont visées. Ce sont plutôt des problèmes techniques et à la marge, mais notre position sur le plan politique est que nous devons mettre en oeuvre cette résolution, qui a été adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité. C'est cela la priorité. Nous n'envisageons pas d'aller au-delà de cette résolution 1737 entre Européens.

(Cette résolution a été adoptée le 23 décembre, quand fallait-il commencer à l'appliquer ?)

Je ne sais pas si la résolution prévoyait elle-même un délai. Traditionnellement, vous savez que, pour ce genre de résolution et c'était vrai aussi pour la résolution concernant la Corée du Nord qui a été adoptée par le Conseil de sécurité, cela prend nécessairement un peu de temps, car ce sont des sujets compliqués.

Lorsque l'on veut mettre en place un gel des avoirs financiers pour certaines entités, lorsque l'on veut mettre en place des listes de biens dont on interdit l'exportation ou le transit, cela prend nécessairement du temps. Nous sommes dans ce processus, et d'ailleurs, je ne suis pas persuadé que lundi nous serons complètement en position, pour ce qui est de l'Union européenne, de décider effectivement de mesures de transposition. Je crois que c'est plutôt prévu pour le mois de février, mais tout cela est en bonne voie.

(Je ne parviens pas à comprendre. Cette décision donne 60 jours à l'Iran pour s'y conformer et vous n'avez pas encore commencé à l'appliquer.)

Nous donnons 60 jours à l'Iran pour revenir à la table des négociations, pour suspendre ses activités d'enrichissement et, à ce moment-là, en effet, les pays de la communauté internationale pourraient revenir sur les sanctions décidées.

Ce qui est important, c'est que nous ayons engagé cette transposition. L'Iran pourrait, en fonction du rapport qui sera fait par le directeur général de l'AIEA, nous envoyer un signal positif et faire en sorte que nous ne soyons pas obligés d'aller de l'avant dans la mise en oeuvre de ces mesures.

(Et après 60 jours, que va-t-il se passer ?)

Après 60 jours, ce qui est prévu, c'est un rapport de M. El Baradeï. Lorsqu'il a rencontré le ministre hier, il nous a confirmé qu'il allait présenter ce rapport. A partir de là, le Conseil de sécurité se prononcera, soit dans un sens, soit dans l'autre.

(En décidant d'une prolongation des mesures ?)

Non, il n'y a pas à prolonger les mesures. Les mesures sont prises et on ne revient sur ces mesures que si l'Iran change d'attitude.

(Lorsque vous dites que dans 60 jours, on ira dans un sens ou dans l'autre, cela veut-il dire que l'on ne prolongera pas les sanctions ou que l'on ira plus loin ?)

Soit l'Iran donne des signaux positifs, accepte de suspendre les activités d'enrichissement et, à ce moment-là, nous suspendons l'application des sanctions. Soit l'Iran ne donne pas de signaux positifs et, en effet, il est possible que nous envisagions de nouvelles mesures, mais il n'y a rien d'automatique. Il faudra bien sûr une discussion entre les membres du Conseil de sécurité pour arrêter de nouvelles mesures.

(Apparemment, il y a eu une annulation d'un contrat d'un milliard de dollars de la Société Générale avec l'Iran, est-ce dans la continuité de la résolution 1737 ?)

Je ne suis pas informé de cela. Ce sont des décisions qui sont prises par les banques commerciales et elles le sont en fonction de considérations qui leur sont propres. En tout cas, cela ne correspond pas à une consigne de la part des autorités françaises.

(C'est indépendant donc ?)

Oui, ce sont des décisions prises par les banques en fonction de leur propre appréciation des choses.

(Cela concernait un champ pétrolier ?)

Peu importe, il n'y a pas de consigne générale des autorités françaises allant dans ce sens.

(Quel sera le contenu du rapport de M. El Baradeï, après les 60 jours ?)

Il a déjà rédigé plusieurs rapports de ce type. Il va, en fonction des informations dont dispose l'Agence, en fonction éventuellement d'inspections conduites sur le terrain, nous dire, selon l'Agence, où l'Iran en est au regard de ce qui avait été demandé par l'AIEA et par le Conseil de sécurité.

(La suspension ou l'annulation des sanctions demandera-t-elle une nouvelle résolution au Conseil de sécurité ?)

Il faudrait alors revoir la position prise.

(Ce serait une décision ou une nouvelle résolution ?)

Dans le paragraphe 25 de la résolution 1737, qui prévoit un rapport dans les 60 jours, il y a en fait trois options.

Il y a une option de suspension des mesures, si l'Iran suspend les activités d'enrichissement. Le texte de la résolution est clair : si l'Iran suspend les activités d'enrichissement, il y aura alors une suspension de la mise en oeuvre des sanctions pour permettre la reprise des négociations. C'est la première option.

(Est-ce automatique ?)

J'imagine qu'il y aurait une discussion entre les membres du Conseil de sécurité, mais la façon dont c'est rédigé est assez affirmative. S'il y a une suspension des activités d'enrichissement, il devrait y avoir une suspension de la mise en oeuvre des sanctions.

La deuxième option, c'est l'option où l'on mettrait complètement un terme à ces mesures, si l'Iran remplit toutes ses obligations vis-à-vis de l'AIEA et du Conseil de sécurité.

La troisième option, c'est le cas où l'Iran ne se conforme pas à la résolution. A ce moment-là, il est dit que le Conseil de sécurité adoptera d'autres mesures au titre de l'Article 41 de la Charte.

(Il y a donc un droit de veto. Il suffit qu'un des pays membres permanents dise non pour que les sanctions continuent.)

Rien n'est automatique mais, en même temps, lorsque l'on adopte une résolution, surtout à l'unanimité, et que l'on dit les choses aussi clairement qu'elles sont dites ici, cela lie les membres du Conseil de sécurité pour l'avenir d'une certaine façon*.

(L'Iran s'est dite ouverte à accueillir un émissaire français, sans définir son identité. J'aimerais tout d'abord savoir si vous aviez un commentaire à faire sur cette attitude iranienne ? Y a-t-il du neuf concernant l'envoi de cet émissaire ?)

Je commencerai par le deuxième point. Non, il n'y a pas d'élément nouveau dont je puisse vous faire part aujourd'hui sur l'envoi éventuel de cet émissaire, ni sur la décision de principe, ni sur l'identité de cet émissaire, ni sur la date d'une éventuelle visite à Téhéran. Par ailleurs, pour ce qui est des déclarations iraniennes, nous les avons notées, et comme l'envoi de cet émissaire correspondrait à une volonté de dialogue avec les Iraniens, nous avons noté cette disponibilité iranienne à accueillir un émissaire.

(Qu'est-ce qui explique que l'on prenne autant de temps pour une décision concernant l'envoi d'un émissaire à Téhéran, puisque l'on sait depuis mardi que le projet est dans l'air. Nous sommes aujourd'hui vendredi, cela fait quatre jours que vous nous dites que la réflexion est en cours, qu'aucune décision n'a été mise, qu'il n'y a ni date, ni nom.)

Tout d'abord, ce type de réflexion se fait dans la confidentialité et dans la discrétion, comme on a pu le constater depuis quelques jours. Nous prenons en compte différents éléments et c'est à partir de là que les autorités politiques apprécieront pour voir si le principe d'un déplacement est confirmé et à quelle date il pourrait intervenir.

Je comprends toutes les questions que tout cela suscite, mais n'oubliez pas quand même que nous avons déjà un dialogue avec l'Iran. Nous avons, je le rappelle, un ambassadeur à Téhéran. Le ministre a rencontré M. Mottaki, le ministre des Affaires étrangères iranien, à Beyrouth au mois d'août dernier. Il l'a revu au mois de septembre à New York. Comme M. Douste-Blazy l'a dit hier et ce matin je crois sur certaines radios, une visite de sa part n'est pas d'actualité. Ce dont nous parlons, c'est de l'envoi d'un émissaire qui ne serait pas le ministre, très clairement, mais cela s'inscrit dans le cadre d'un dialogue qui n'est pas quelque chose d'exceptionnel vis-à-vis de l'Iran.

(Les sanctions qui sont en cours d'élaboration vis-à-vis de l'Iran sont-elles d'un genre nouveau ?)

Pour cela, je vous renvoie à tout ce que nous avons dit sur le sujet et à la lecture de la résolution qui est, je crois, assez précise.

Ce sont des mesures d'un type assez classique, qui concernent le gel des avoirs, les restrictions à l'exportation de certains types de biens. Ce n'est pas quelque chose de complètement nouveau pour répondre à votre question.

(On n'entrevoit pas la possibilité de sanctions économiques plus lourdes si je comprends bien ?)

Ce que nous avons toujours dit, c'est que nous sommes favorables à des sanctions progressives et réversibles, comme le Conseil de sécurité le dit lui-même dans sa résolution. Ce sont de premières mesures qui sont prises et cela n'exclut pas que d'autres mesures soient prises, si l'Iran ne se conforme pas aux demandes de la communauté internationale.

* A noter, P.W.

 

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Projet de loi d’approbation d’un accord de coopération en matière de destruction d’armes chimiques entre France et Russie

Sarah CASSELLA

 

La commission des affaires étrangères du Sénat français a rendu son rapport sur le Projet de loi autorisant l'approbation d'un accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Fédération de Russie relatif à une coopération en matière de destruction des stocks d'armes chimiques en Fédération de Russie. Ce texte sera discuté au Sénat au courant du mois de janvier 2007. L’accord comportant des dispositions de nature législative, il est soumis au Parlement en vertu de l'article 53 de la Constitution française. La France et la Fédération de Russie ont signé le 14 février 2006 un accord relatif à une coopération en matière de destruction des stocks d'armes chimiques en Fédération de Russie. Cet accord s'inscrit dans le cadre du Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes (PMG8), lancé en juin 2002 lors du sommet du G8 de Kananaskis. Les Etats du G8 s'étaient alors engagés à appuyer des projets de coopération, en premier lieu avec la Russie, pour promouvoir la non-prolifération, le désarmement, la lutte contre le terrorisme et la sûreté nucléaire. Les Etats ont identifié 4 priorités :

·         la destruction des armes chimiques ;

·         le démantèlement des sous-marins nucléaires ;

·         l'élimination des matières fissiles ;

·         le recrutement d'anciens chercheurs du secteur de l'armement.

La première partie de ce processus vise en particulier à aider la Russie à respecter les obligations de destruction de son stock d'armes chimiques, qui lui incombent au titre de la convention sur l'interdiction des armes chimiques (CIAC). A ce jour, la Russie, qui est le plus important État possesseur d'armes chimiques, n'a détruit que 3 % du stock de 40 000 tonnes qu'elle a déclaré à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. La mise en place du cadre juridique nécessaire à la coopération franco-russe forme un préalable indispensable à sa mise en oeuvre, afin de fournir toutes les garanties indispensables. Un premier projet technique sera mis en oeuvre dès l'entrée en vigueur de l'accord entre la France et la Fédération de Russie ; il s'agit d'une coopération relative à la surveillance environnementale du site de destruction d'armes chimiques de Chtchouchie. D'autres projets pourront être identifiés et décidés d'un commun accord entre les autorités russes et françaises.

Cet accord intergouvernemental se compose d'un préambule et de dix-sept articles. Il fait référence à l'Accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Fédération de Russie relatif à la protection des informations et matériels classifiés, signé à Paris le 18 décembre 2000. L'article 1er décrit l'objet principal de l'accord, qui consiste dans l'assistance française à des projets de coopération liés à la destruction d'armes chimiques en Russie. Du fait du caractère technique des projets de coopération, il est prévu que l'accord sera complété par des accords d'application conclus entre les « organismes habilités » chargés de sa mise en oeuvre. L'article 3  désigne comme organismes « habilités » le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) pour la Partie française et l'Agence fédérale de l'industrie pour la Partie russe. Il prévoit par ailleurs la désignation d'organismes habilités additionnels, ce qui peut être nécessaire pour garantir un pilotage efficace et continu des projets. L'article 4 impose la désignation de points de contact au sein des organismes habilités et définit le rôle de ces organismes. Le CEA a ainsi vocation à sélectionner des « entrepreneurs principaux », qui sont considérés comme les représentants officiels de la Partie française. Ils ont comme tâche d’organiser et de surveiller les travaux des entrepreneurs sur le terrain. Les travaux qui ne relèvent pas de cette organisation doivent revenir à des sous-traitants russes. L'accord permettra ainsi des bénéfices économiques pour les entreprises qui seront retenues par le CEA. L'article 2 permet la participation financière d'un État tiers aux projets de coopération franco-russe.

En raison des difficultés à obtenir des visas pour la Fédération de Russie et afin de ne pas en faire un obstacle au bon déroulement des coopérations, l'article 5 prévoit un octroi rapide, gratuit, et sur demande de la Partie française, de visas pour ses représentants officiels chargés de la mise en oeuvre de l'accord. L'article 6 est destiné à prévenir toute difficulté que pourraient occasionner la législation et la réglementation russes. Il prévoit donc que la Partie russe délivre rapidement tous permis, licences ou autorisations douanières nécessaires à la mise en oeuvre des projets de coopération.

Afin de garantir la bonne utilisation des moyens mis à disposition, l'article 7 prévoit que l'emploi des moyens financiers et des équipements fournis à titre gracieux par la France pourra être vérifié par la Partie française, avec la collaboration de la Partie russe. Les procédures de vérification devront faire l'objet d'un accord d'application. L'article 8 prévoit que les informations recueillies doivent être utilisées exclusivement aux fins spécifiées par l'accord et doivent être considérées comme confidentielles. Leur divulgation est soumise à autorisation écrite de l'autre Partie. La question de la protection et de la répartition des droits de propriété intellectuelle relève, si nécessaire, d'accords d'application (article 9). L'article 10 est une des dispositions les plus importantes pour l’application de l’accord, car il exempte de droits de douane, d'impôts et de taxes russes l'assistance fournie par la France. Les experts étrangers, notamment français, présents en Russie au titre de l'accord, ne seront pas soumis à imposition. Le non respect par la Partie russe de ces dispositions suffit à suspendre un projet de coopération. L'article 11 vise à empêcher un détournement des matériels mis à disposition de la Partie russe par la Partie française.

L'article 12 précise que l'accord intergouvernemental n'exonère pas les parties des droits et obligations qui découlent d'autres accords internationaux qui les engagent. L'article 13 précise les conditions restrictives d'engagement de la responsabilité des représentants officiels militaires et civils français, sans préjudice des immunités qui s'appliquent en vertu du droit international. Dans l'exercice de leurs fonctions, leur responsabilité civile ne peut être engagée qu'en cas de mauvaise conduite volontaire, de négligence grossière, ou d'un accident de la route non pris en charge par une assurance de responsabilité civile. Cette disposition permet donc de ne pas entraver la mise en oeuvre des projets de coopération en cas d'accident dû à un représentant de la Partie française. L'article 14 renvoie, pour les conditions de suspension des projets de coopération, aux accords d'application qui les définissent. L'article 15 traite de façon classique du règlement des différends concernant la mise en œuvre de l’accord. Il invite, dans un premier temps, les Parties au dialogue et prévoit éventuellement le recours à un arbitrage international. L'article 16 requiert un accord additionnel écrit pour amender le présent accord. L'article 17 prévoit que l'accord, valable cinq ans et renouvelable par tacite reconduction pour de nouvelles périodes d'une année dans la limite de dix ans, peut être dénoncé à tout moment avec un préavis de quatre-vingt-dix jours.

 

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Entrée en vigueur du 3ème protocole additionnel aux Conventions de Genève de 1949

Antonella SAMPO

Le 14 janvier 2007, le Protocole additionnel III aux Conventions de Genève de 1949, qui introduit le cristal rouge comme nouvel emblème en droit international humanitaire, est entré en vigueur. Six mois après son adoption par une grande majorité des participants lors d’une conférence diplomatique qui s’est tenue à Genève en décembre 2005 sous la présidence de la Suisse et à laquelle ont assisté la plupart des États parties aux Conventions de Genève, le 3è