Philipe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Julien CHESNEL-- Danilo COMBA

Florina COSTICA-- Emmanuelle DEWUYST-- Tidiani COUMA-- Valérie GABARD -- Abdoulaye MOUSSA -- Edith PINCOVAI-- Anne-Laure PROVENCE

Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Karine RINALDI-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Aude VASSEUR-- Sabrina URBINATI

 

Sommaire

N°139

 

 
 
 
 

 

 

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L'Iran est encore sur la sellette, tant dans le cadre de l'AIEA, suite au rapport du 22 février 2008 de Mohamed El Baradei, que du Conseil de Sécurité de l'ONU; en effet, ce dernier a adopté la résolution S/RES/1803(2008) qui prévoit une série de nouvelles sanctions contre cet Etat. Le Conseil de Sécurité, se fondant sur les travaux du Directeur de l'Agence internationale, constate que l'Iran n'a pas respecté ses diverses obligations; ainsi instruit par les travaux du Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (notamment les rapports des 23 mai 2007 (GOV/2007/22), 30 août 2007 (GOV/2007/48), 15 novembre 2007 (GOV/2007/58) et certes celui du 22 février 2008 (GOV/2008/4), le Conseil de Sécurité note avec une "vive inquiétude" que "l’Iran n’a ni suspendu intégralement et durablement toutes activités liées à l’enrichissement et au retraitement ainsi qu’à l’eau lourde visées dans les résolutions 1696 (2006), 1737 (2006) et 1747 (2007), ni repris sa coopération avec l’AIEA, au titre du Protocole additionnel, ni pris les autres mesures prescrites par le Conseil des Gouverneurs de l’Agence, ni satisfait aux dispositions des résolutions 1696 (2006), 1737 (2006) et 1747 (2007), toutes mesures qui sont essentielles pour instaurer la confiance, et déplor(e) le refus de l’Iran de prendre ces mesures"... Cette 'préoccupation" du Conseil face à un Etat récalcitrant aux dispositions onusiennes dont la finalité touche à la paix et la sécurité internationales via le prisme particulier de la non prolifération, sera réaffirmée avec insistance avant l'annonce du détail des sanctions annoncées. La résolution est soigneusement motivée au point de se risquer à la répétition.

Si le Conseil de Sécurité reconnaît que des progrès ont été réalisés, il insistera néanmoins sur l'absence de transparence du nucléaire iranien : "saluant les efforts ... pour régler les questions en suspens touchant le programme nucléaire de l’Iran dans le plan de travail convenu entre le secrétariat de l’AIEA et l’Iran (GOV/2007/48, appendice), se félicitant des progrès de la mise en oeuvre du plan de travail, exposés dans les rapports du Directeur général de l’AIEA en date du 15 novembre 2007 (GOV/2007/58) et du 22 février 2008 (GOV/2008/4), soulignant combien il importe que l’Iran produise rapidement et véritablement des résultats tangibles en achevant la mise en oeuvre de ce plan de travail, y compris en apportant des réponses à toutes les questions de l’AIEA, de manière que cette dernière, par l’application des mesures de transparence requises, puisse évaluer l’exhaustivité et l’exactitude de la déclaration de l’Iran".

Pour le Conseil de Sécurité, le respect de ses obligations par l'Iran est le préalable à toute solution diplomatique : "Exprimant sa conviction que la suspension envisagée au paragraphe 2 de la résolution 1737 (2006) et le respect intégral par l’Iran, dûment vérifié, des exigences dictées par le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA favoriseraient une solution diplomatique négociée garantissant que le programme nucléaire de l’Iran sert des fins exclusivement pacifiques"; ... "une fois que la confiance de la communauté internationale dans le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire de l’Iran sera rétablie, celui-ci sera traité de la même manière que tout État non doté d’armes nucléaires partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires"...

Il est donc notable que l'Iran pâti d'un traitement différencié si ce n'est discriminatoire tant selon les termes régulièrement employés par les ressortissants officiels de cet Etat (cf. notamment l'article de Mr.Ali Ahani, ambassadeur de la République islamique d'Iran en France, Le Monde, 6 mars 2008) que du représentant permanent adjoint au Conseil de sécurité des Nations-Unies, Mr. Jean-Pierre Lacroix : ..."les relations avec l'Iran ne sont plus tout à fait normales" (cf. déclarations officielles de politique étrangère, MAE 4 mars 2008, entretien du représentant permanent avec France 24).

En tant que Partie au TNP, l'Iran voit donc ses droits à un programme nucléaire civil gelés (suspension de toutes ses activités liées à l’enrichissement et au retraitement, y compris la recherche-développement, sous
vérification de l’AIEA), faute d'avoir su instaurer un climat de confiance en termes de non prolifération, situation qui n'a aucune vocation à durer selon le Conseil de Sécurité, car l'accent est clairement mis sur le souhait d'une issue diplomatique avec à la clef un programme de coopération.

La résolution 1803 du Conseil de Sécurité énumère ainsi trois séries de sanctions contre l'Iran touchant aux personnes, aux biens et aux financements (cf. les paragraphes 3 à 11 de la résolution 1803(2008)) : "La présente résolution ajoute des noms aux listes de personnes ou entités placées sous gel d'avoir en raison de leurs liens avec les activités proliférantes de l'Iran. Elle formule une interdiction de voyager pour les personnes les plus impliquées. Elle interdit la fourniture à l'Iran de biens sensibles à double-usage. Elle appelle à la vigilance dans les transactions avec les banques iraniennes, en particulier les banques Melli et Saderat; pour la même raison, elle appelle à limiter la fourniture de crédit à l'export au profit de l'Iran. Enfin, elle incite les Etats à s'assurer que les cargaisons aériennes ou maritimes transportées par deux compagnies iraniennes impliquées dans des trafics ne comportent pas de biens prohibés" (in intervention du représentant permanent adjoint au Conseil de Sécurité). La résolution est ainsi complétée par trois annexes qui pointent crûment les "agents" et les entreprises de la prolifération iranienne. Le procédé n'est peut-être pas très adroit au regard de la susceptibilité de l'Iran. Mais les Etats non dotés de l'arme nucléaire (ENDAN) ont déjà amplement souligné le caractère vexatoire et discriminatoire des contrôles ; les failles du TNP sont connues, certes dans le camp des ENDAN qui demeurent pour certains proliférants mais aussi concernant les engagements non tenus des Etats dotés de l'arme qui ne sont toujours pas pour certains "désarmants".

La résolution 1803 est l'expression d'un rapport de force qui se poursuit dans la communauté internationale, mais dans un souci nous semble-t-il d'assurer une crédibilité au système onusien associé au respect de l'état de droit d'une part et, dans une optique géostratégique, d'empêcher une escalade des tensions dans cette zone "volatile" d'autre part (selon la formule du représentant J.P Lacroix dans son intervention précitée). Ainsi, le représentant français souligne-t-il : "Nous n'avons pas d'autre choix, pour maintenir la confiance dans le TNP, que d'adopter des sanctions contre ce pays". Force est de constater que la résolution a été adoptée à la quasi unanimité (une abstention uniquement). Le Directeur général de l’AIEA devra présenter dans les 90 jours au Conseil des Gouverneurs de l’AIEA, et parallèlement, pour examen au Conseil de sécurité, un rapport concernant la suspension complète et durable par l’Iran de ses activités.
 


 
 

Obs. Rupture et continuité dans la gestion internationale de la crise iranienne.

1. Le Conseil de sécurité prend la main.

Il y a plusieurs mois j'avais souligné la nécessité de clarifier les rapports entre l'AIEA et le Conseil de sécurité. C'est chose faite.

UE + 3 !) - la ligne du consensus des Puissances sur la question iranienne Prof. Philippe WECKEL

L'Agence s'est arrogée un rôle de médiation qui excède sa compétence en tant qu'organisation technique. Elle délivre un message brouillé, alors que l'on attend d'elle soit la constatation de la transparence des activités nucléaires d'un Etat, soit le constat clair de la carence de l'Etat dans sa collaboration. Toutefois, l'Agence n'a pas de responsabilité dans la gestion des menaces à la paix et à la sécurité internationales. Or le Conseil de sécurité n'est jamais allé jusqu'au bout des responsabilités affirmées en matière de prolifération dans la Déclaration présidentielle du 31 janvier 1992. Par la Résolution 1540 (04) il s'est imposé comme le maître d'œuvre d'une politique de non-prolifération. Il doit aller plus loin avec la préoccupation de faciliter l'accès de tous au nucléaire civil en préservant les peuples du monde du risque de prolifération engendré par cette ouverture. D'une certaine manière la non-prolifération l'emporte sur le droit au nucléaire civil, mais la conciliation de ces deux exigences est possible et nécessaire. Il n'appartient pas à l'AIEA et à son Conseil de décider si une carence qu'ils constatent représente une menace à la paix et à la sécurité internationales. Ainsi la clarification des rôles respectifs de l'Agence et du Conseil de sécurité figure certainement parmi les mesures nécessaires.

Les Etats du groupe des 6 (3 (UE) + Chine, Etats-Unis et Russie) supportaient donc de plus en plus mal un mode de fonctionnement dans lequel l'AIEA pouvait gêner l'action du Conseil de sécurité en adoptant des positions trop conciliantes et en prétendant jouer un rôle diplomatique dans la crise. On a bien remarqué que le Directeur général de l'Agence venait de constituer un comité des sages pour réfléchir au rôle de l'AIEA en matière de sécurité internationale (High-Level Panel of Experts to Recommend Future Course for IAEA). Toutefois, la reprise en main du dossier iranien par le Conseil de sécurité est d'ores et déjà opérée.

Ainsi le Rapport El Baradei de février 2008 est un plus négatif à l'égard de l'Iran que les précédents rapports. En outre, l'exposé présenté le 25 février par l'un des adjoints du Directeur, le Finlandais Olli Heinonen, renforce considérablement les soupçons au sujet du maintien d'un programme militaire par l'Iran (voir Le Monde du 2-3 mars 2008). Au sein même de l'Agence, les experts ont ainsi brisé le verrou politique et diplomatique posé par Monsieur Baradei. L'inflexion un peu contrainte de l'AIEA sur ce dossier très sensible est donc manifeste.

Surtout, le Conseil de sécurité s'est complètement affranchi de l'influence politique de l'Agence. Dès que le rapport El Baradei a été connu, les travaux en vue de l'adoption d'une nouvelle résolution ont été engagés devant le Conseil de sécurité, sans attendre une décision du Conseil des Gouverneurs de l'Agence. Une fois la Résolution 1803 adoptée, les principales Puissances sont parvenues aisément à faire admettre qu'une résolution du Conseil des Gouverneurs n'était plus nécessaire.

2. Le Conseil de sécurité poursuit sa politique.

a) Le consensus est préservé. Les 6 ont attendu le temps qu'il fallait et ont œuvré pour maintenir, non seulement un accord général entre eux mêmes, mais aussi entre les 15 membres du Conseil de sécurité.  Il a manqué finalement la voix du Venezuela d'Hugo Chavez, pas grand chose donc. Par contre la Lybie et la Syrie ont voté pour le texte proposé par le P6.

b) Le cap est maintenu. Le Conseil s'appuie toujours sur le défaut d'application de ses résolutions par l'Iran et sur l'insuffisance de sa coopération avec l'AIEA et non sur une allégation de détournement des activités civiles. Il s'appuie donc sur des violations établies des obligations internationales.

Les sanctions de l'article 41 (aucune mesure de force n'est envisagée par les 6)  n'ont toujours pas de caractère afflictif. Il ne s'agit pas, en effet, d'infliger un dommage à l'Etat visé afin de faire pression sur lui, mais d'"assécher" le programme nucléaire iranien.  Ces mesures sont néanmoins fortement pénalisantes de manière indirecte :  "il y a, a expliqué le représentant de la France, Jean Pierre Lacroix, tout un ensemble de mesures qui ont d'abord une portée sur la capacité de l'Iran à poursuivre son programme nucléaire et qui au-delà ont un impact car elles affirment de manière croissante que les relations avec l'Iran ne sont plus tout à fait normales. Je crois que cela incite beaucoup d'acteurs, notamment économiques, à réfléchir avant de s'engager en Iran, ce qui est un élément susceptible de peser sur le comportement de l'Iran." (PW).

 

 

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Crise diplomatique Andine à la suite de l’intervention armée de la Colombie en Equateur.

Provence Anne-Laure

   

Une crise diplomatique sans précédent remue l'Amérique latine depuis le samedi 1er mars 2008, suite à une incursion militaire de l'armée colombienne en territoire équatorien.

Cette opération avait pour but de combattre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) réfugiées en Equateur. Le ministre colombien de la défense, Juan Manuel Santos, a annoncé dans un communiqué que l'armée avait tué le numéro deux des FARC , Raul Reyes, et 16 de ses hommes, en territoire équatorien. Le Président équatorien, Rafael Correa, a  pour sa part qualifié la situation de "grave et intolérable", tout en annonçant l'envoi d'une patrouille militaire sur le terrain pour éclaircir les faits.( cf. Communiqué de presse)

Ce n'est pas la première fois que Quito et Bogota sont confronté à ce problème. En effet, la politique sécuritaire du président colombien Alvaro Uribe conjuguée aux effets du plan Colombia est un problème latent entre les deux Etats. Selon l'Observatoire Politique de l'Amérique Latine et des Caraïbes ( OPALC) , ‹‹ l’incursion de l’armée colombienne sur le territoire équatorien pour lutter contre les Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc) n’est pas fait nouveau. La mort de Raul Reyes, second en chef de la guérilla, durant l’attaque du samedi 1er mars au matin dans le Sucumbios, a enrayé un conflit régional et une médiatisation internationale de pratiques répétées auxquelles s’opposent l’Equateur depuis 2005››.

La Colombie a invoqué le principe de la ‹‹légitime défense›› pour justifier cette incursion militaire. En réponse, l'Equateur a rappelé son ambassadeur à Bogota, et a annoncé l'envoi de troupes militaires à la frontière avec la Colombie. Dans un même temps, le Venezuela a annoncé l'expulsion de l'ambassadeur colombien et à lui aussi déployé des troupes militaires à la frontière. Ces deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Colombie, qui annonce l'existence d'un lien entre les Farc, le gouvernement équatorien et vénézuélien. Selon ces gouvernements, ces liens seraient exclusivement noués afin de faire progresser le processus de libération des otages des Farc dont la franco-colombienne, Ingrid Betancourt. Le Venezuela a fermé, mardi, sa frontière avec la Colombie. Selon le ministre de la défense, le général Gustavo Rangel Briceno, ce dispositif ‹‹n'est pas dirigé contre le peuple de Colombie, mais contre les visées expansionnistes de l'empire›› américain. (Communiqué de presse)

Le président Uribe a annoncé son intention de poursuivre son homologue vénézuélien Hugo Chavez devant la Cour pénale internationale (CPI) pour ‹‹soutien et financement de génocide››, à cause des 300 millions de dollars que M. Chavez aurait versé aux FARC, sans doute en contrepartie des six otages libérés. Mais juridiquement son argumentation est sans fondement.( Statut CPI)

Rafael Correa a accusé M. Uribe d'avoir sciemment torpillé les efforts déployés avec M. Chavez qui permettaient d'espérer prochainement la libération de plusieurs otages des Farc, et a entamé une tournée Sud américaine afin de trouver des soutiens. Cependant une issue diplomatique a essayé d'être trouvé au sein de l'organisation des Etats Américains ( OEA), soutenue par les Etats-Unis et par l'Union Européenne, qui appelé ces trois pays ‹‹à faire preuve de retenu et à ne pas intensifier la crise.›› Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi  appelé à la retenue, appel relayé par le Brésil, l'Argentine et le Chili, alors que le Conseil permanent de l'OEA se réunit mardi à Washington pour évoquer la crise.

 L'OEA, convoquée  en session extraordinaire, n'est pas parvenue à se mettre d'accord sur une résolution. Mais le lendemain, elle est arrivée à une résolution de compromis ; dénonçant la "violation de souveraineté" commise par la Colombie à l'égard de l'Equateur lors de l'attaque contre le chef guérillero Raul Reyes, samedi, en territoire équatorien mais ne condamne pas explicitement la Colombie.

Le secrétaire général de l'OEA, José Miguel Insulza, et une commission devraient se rendre à la frontière, avant une réunion des ministres des affaires étrangères des Amériques, le 17 mars. « La résolution adoptée hier par l'OEA fournit un mécanisme impartial afin de clarifier les événements et d'offrir aux deux pays le moyen de résoudre leur différend de manière pacifique et dans un esprit de coopération » a déclaré Ban Ki-moon. ‹‹Il reste encore beaucoup de travail à faire pour surmonter la crise diplomatique entre la Colombie et l'Équateur », a dit José Miguel Insulza.

On pensait alors la crise endiguée. Cependant, nouveau coup de théâtre le jeudi 6 mars, lorsque le Nicaragua a annoncé qu'il rompait lui aussi ses relations diplomatique avec la Colombie(Communiqué de presse) en ‹‹ solidarité ›› avec l' Équateur et  que le Venezuela a dénoncé le même jour la Colombie devant le Conseil des Droits Humains de l'Organisation des Nations Unies (ONU), suite aux incursions illégales en territoire équatorien, ce qui viole les principes du Droit International Humanitaire.

L'espoir d'une issue diplomatique subsistait lors de la réunion du groupe de Rio, qui par un hasard du calendrier a réuni pour la première fois toutes les parties depuis le début de la crise, vendredi à Saint-Domingue. Mercredi, depuis Santiago, la présidente chilienne Michelle Bachelet avait également rappelé que le Groupe de Rio était ‹‹un espace d'échanges, de dialogue, d'engagement et de discussions sérieuses entre toutes les parties pour parvenir à un objectif commun: la paix dans la région››. A l'issue de cette réunion, après de nombreux débats houleux et des échanges assez vifs entres les présidents Uribe, Correa et Chavez une réconciliation est à espérer entre l'Equateur, la Colombie, le Nicaragua et le Venezuela. ‹‹En tant que pays, nous pourrions considérer comme dépassé ce grave incident qui nous a fait tant de mal››, a affirmé M. Correa lors d'un discours. Alvaro Uribe s'est immédiatement levé pour aller serrer la main du dirigeant équatorien scellant ainsi un apaisement de la crise. En effet, le leader vénézuélien a alors annoncé ‹‹Nous allons commencer à faire retomber la tension et les eaux vont retrouver leur cours normal›› assurant que son pays allait reprendre ‹‹le chemin de la paix›› avec la Colombie. M. Chavez devrait ainsi retirer les chars envoyés à la frontière colombienne après le début de la crise. A l'issue de cette réunion, le Nicaragua a annoncé la reprise de ces relations diplomatiques avec la Colombie. La clôture de la réunion s'est soldé par l'approbation de la Déclaration de Saint-Domingue, acceptant les  excuses du président colombien Alvaro Uribe. Le président colombien a affirmé dans la déclaration son  engagement au nom de son pays qu'il ne répètera plus ce genre  d'actions dans n'importe quelle circonstance, mais il a dénié la  violation du territoire de l'Equateur. 

Pour sa part, M. Correa a indiqué qu'il attendait le verdict  des responsables judiciaires équatoriens qui enquêtent sur les  éventuelles violations de la loi nationale de l'Equateur après les études des documents livrés par M. Uribe. 

La déclaration a également souligné que le conflit entre la  Colombie et l'Equateur constituait une profonde préoccupation pour la région latino-américaine et réitéré l'engagement pour la  coopération pacifique dans la région. 

Cette réconciliation a fait renaître l'espoir d'une libération rapide des otages aux mains des FARC, et constitue une victoire diplomatique pour l'Amérique latine. Mais il n'est pas certain que les tensions se dissiperont pour autant, étant donné la position de la Colombie, unique allié des Etats-Unis dans une région qui a basculé à gauche.

 

 

 

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Conflit israélo-palestinien : le processus de paix survit à l'opération  "Hiver chaud"

Prof. Philippe WECKEL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Briefing by Vice Prime Minister and Minister of Foreign Affairs Tzipi Livni to the Diplomatic Corps
Jerusalem, March 3, 2008

 

L’escalade des violences entre l’autorité de fait du Hamas et Israël a connu son sommet avec l’opération « Hiver chaud » menée par Tsahal à Gaza sur 48 heures, Samedi et Dimanche derniers. Comme à chaque fois le nombre de victimes et, parmi elles les non-combattants, font l’objet de discussions. En incluant les deux jours précédents l’engagement terrestre, le chiffre d’une centaine de palestiniens dont un certain nombre de « civils » (dans ce contexte, il s’agit des personnes non combattantes) peut être admis. Les Forces israéliennes de défense (IDF) ont voulu « nettoyer » la zone Nord de la Bande de Gaza d’où sont tirées les roquettes vers Israël. Sans doute la mort d’un Israélien frappé par un Qassam explique-telle cette incursion.

Il faut surtout y voir la réaction à l’utilisation par les activistes palestiniens de roquettes de type « Katioucha » (les orgues de Staline de la Seconde guerre mondiale) contre la ville d’Ashkelon. Dérivée de la roquette d’artillerie de 122 mn GRAD B-M21 vendue par l’Union soviétique à partir des années soixante à de nombreux Etats, dont l’Iran et la Syrie, l’engin d’une soixantaine de kilos transporte 30 kg d’explosifs et sa portée dépasse les 20 km. Il convient de rappeler qu’Ashkelon est une ville de 100 000 habitants qui se trouve désormais à portée des tirs palestiniens (Sderot compte 20 000 habitants). Ces Katioucha qui ne sont pas des armes artisanales comme les Qassam (mais pas non plus des missiles en l’absence de système de guidage) sont aussi plus précises. Le Hamas et les groupes paramilitaires inféodés ont tiré très épisodiquement de telles roquettes depuis 2006. Elles sont vraisemblablement introduites à Gaza en pièces détachées par les tunnels de la frontière égyptienne et proviendraient d’Iran. On peut supposer que la récente ouverture de cette dernière pendant quelques jours a facilité cette introduction. Par ailleurs les Qassam ont été améliorés et leur portée a donc été renforcée. L’inquiétude des autorités pour la sécurité de la population qui a connu des pics en ce qui concerne les tirs palestiniens de l’ordre d’une cinquantaine par jour est considérable et parfaitement fondée. Il n’est pas aberrant de craindre que, dans une perspective qui n’est pas si lointaine, la quasi-totalité du territoire israélien sera sous la menace de roquettes, voire de missiles comme le Zelza iranien. D’une manière ou d’une autre, il est donc temps de sortir de la situation actuelle qui menace à terme l’existence même d’Israël.

Or les attaques palestiniennes visent des civils et les tirs sont effectués à partir de zones habitées. Les répliques et réactions israéliennes provoquent donc des dommages incidents considérables, insupportables pour la Communauté internationale. Les opérations militaires menées par l’Etat juif (à Gaza bien sûr, mais aussi en Cisjordanie) ont renforcé les radicaux palestiniens au détriment des modérés et le Hamas s’est replacé au centre du conflit israélo-palestinien. La situation est donc désespérée.

Avant l'opération "Hiver chaud" les négociations étaient non seulement paralysées, mais elles avaient aussi été vidées de leur objet, pour l'essentiel, puisque le Gouvernement israélien avait décidé de repousser les discussions sur les questions sensibles et fondamentales, le statut de Jérusalem d'abord, le sort de la Cisjordanie ensuite. Dans un tel contexte on pouvait s'attendre à ce que l'incursion israélienne à Gaza mettent fin au processus de paix ou le suspende pour longtemps. Il n'en a rien été. Tout d'abord, l'opération militaire a été interrompue dès le second jour sous la pression des Etats-Unis. Ensuite, après la visite de la Secrétaire d'Etat américaine, l'Autorité palestinienne, qui avait pris la décision de suspendre tout contact avec Israël, a accepté de retourner à la table des négociations. Ce miracle a une explication, puisque Madame Rice n'est pas venue dans la région les mains vides. En effet, pour que les négociations puissent progresser il est indispensable que les Etats-Unis soient présents et s'impliquent en permanence. Livrés à eux-mêmes, Israéliens et Palestiniens sont paralysés. Ainsi, le Général Frasier devrait bientôt faire le point sur l'application de la Feuille de route par les deux parties et s'efforcer de les guider. Madame Rice a souligné que

"on roadmap obligations, there really is need for improvement on both sides. No one is doing this particularly well. And so I think it's a good time -- I got the first report from General Frasier, who is going about this in a very systematic way and I think it's now -- and he believes it's now time for a trilateral. But I'm quite aware of the fact that that was important for Abu Mazen as a part of the way to make sure that the ground is really there for the negotiations to go forward" (voir).

Les Etats-Unis vont également s'impliquer plus fortement auprès de l'Egypte pour la réouverture du passage de Rafah. Surtout, un nouvel ambassadeur en Israël a été nommé par le Président Bush. Proche des Nations Unies et de l'Union européenne, le nouvel ambassadeur, Monsieur  James Cunningham, s'est illustré par son objectivité à l'égard d'Israël et il représente, à cet égard, une garantie importante pour la partie palestinienne. C'était en 2004, période qui a précédé l'abandon de Gaza par Israël et qui est loin d'être sans analogie avec la situation actuelle.

 

La déclaration faite par le nouvel ambassadeur des Etats-Unis,  James Cunningham, devant le Conseil de sécurité en 2004

http://www.america.gov/st/washfile-english/2004/May/20040520115419cpataruK0.9666254.html

Statement by Ambassador James B. Cunningham, Deputy U.S. Representative to the United Nations, on the Situation in the Middle East, in the Security Council, May 19, 2004

Thank you, Mr. President.

We deeply regret the loss of life of innocent Palestinian civilians today in Gaza.

While we believe that Israel has the right to act to defend itself and its citizens, we do not see that its operations in Gaza in the last few days serve the purposes of peace and security. They have worsened the humanitarian situation and resulted in confrontations between Israeli forces and Palestinians, and have not, we believe, enhanced Israel's security.

We note that the Government of Israel has expressed its "deep regret" for what it called a "tragic event." These events in fact serve as a grim reminder of the wisdom of Israel disengaging from Gaza, and having its security presence replaced by reformed Palestinian security forces that will -- and must -- themselves act to stop smuggling and halt terrorism. The roadmap calls upon the Palestinian Authority to "declare an unequivocal end to violence and terrorism and undertake visible efforts on the ground to arrest, disrupt, and restrain individuals and groups conducting and planning violent acts on Israelis anywhere" and to begin "sustained, targeted, and effective operations aimed at confronting all those engaged in terror and dismantlement of terrorist capabilities and organizations."

We have urged the Israeli government to exercise maximum restraint now. All parties should find a reason to calm the situation.

We intend to consult immediately with the relevant parties, which include Israel, the Palestinians, and the Government of Egypt, about effective ways to move forward against smuggling of arms into Gaza and terrorist activities there, so as to create the best possible conditions on the ground leading toward the disengagement that we continue to favor.

While we are clearly concerned about Israel's operations in Gaza, including the demolition of homes of innocent Palestinians and the deaths of Palestinian civilians, we could not vote in favor of this resolution because we do not believe it addresses sufficiently the context of the recent events in Gaza. It is clear that Palestinian terrorists have been smuggling weapons into Gaza through tunnels in Rafah. It is clear that the Palestinian Authority has not taken serious action to address this threat, or to put an end to terrorist acts as it is obligated to do under the roadmap. Because these issues are not addressed in the resolution, the United States abstained.

Thank you, Mr. President.

 

 

Un premier pas concret vers le démantèlement des colonies sauvages

Plusieurs des colonies sauvages créées après 2001 sur un total de 26, dont celle de Migron dont la Cour suprême a exigé la suppression, vont être évacuées dans les jours à venir sur la base d'un accord conclu entre les colons et le Ministre de la défense.

Settlers agree to evacuate some illegal West Bank outposts in deal struck with Barak  

 

Les méthodes de guerre envisagées par l'armée sont inquiétantes

 

On sait que l'armée israélienne par la voix de son ministre, le Général Barak, souhaite depuis quelques mois engager une grande offensive terrestre à Gaza. J'avais même constaté avec effroi qu'une préparation d'artillerie était initialement projetée... On imagine sans peine l'émotion accusatrice que susciterait une telle pratique.

Décidément l'artillerie est à l'honneur (pour une activité militaire en milieu urbain). Le Ministre de la Défense aurait voulu être autorisé à effectuer des bombardements de zone, en d'autres termes des tirs indiscriminés sur une zone d'un km2 autour de chaque tir de roquettes. Actuellement il semble s'orienter plus raisonnablement vers la possibilité d'évacuer les habitants de certains quartiers. Il consulte des juristes pour trouver une solution permettant à Tsahal d'accroître sa marge d'action à Gaza. Barak Ravid rapporte dans Haaretz quelques éléments de la discussion.

"At the meeting were Justice Minister Daniel Friedmann, Deputy Defense Minister Matan Vilnai, Deputy Attorney General Shai Nitzan, Brigadier General Avichai Mandelblit - in his role as military advocate general - and legal experts from the army and Foreign Ministry.

During the meeting, Barak presented a series of possible operations the IDF could undertake in the Gaza Strip on which he asked for a legal opinion.

Barak raised options including cutting all fuel supplies to Gaza, firing single artillery shells against sources of rocket fire, clearing areas in the Strip from which Qassam rockets are launched, evacuating civilians from these areas, and shelling or bombing areas after warning the civilians to leave."

"Deputy Attorney General Shai Nitzan said the main principles on whose basis Israel's actions would be measured are proportionality and precision.

He said it is impossible to undertake an operation in which Israel will inform the Gaza population that every area from which rockets are fired will be hit by artillery.

"This is not proportional," Nitzan said. "It is possible to fire at the sources of fire, but specific areas need to be defined and efforts must be made to distinguish between fighters and civilians."

Deputy Defense Minister Matan Vilnai suggested declaring areas in the Gaza Strip "combat zones," and inquired whether it is possible to warn the residents there that they are in danger and recommend that they leave.

Vilnai also said this could be done through flyers or announcements in the media.

The legal experts were requested to prepare an opinion on a "gradual evacuation of the population" in Gaza from areas of fighting". 

Barak seeks legal okay to move Gazan civilians from homes

 

 

"Hiver chaud", les réactions

GAZA
COMMUNIQUE
DU MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES

(Paris, 1er mars 2008)

La dégradation de la situation à Gaza est aujourd'hui extrêmement préoccupante.

La France condamne les tirs de roquettes sur les villes d'Israël, ainsi que l'opération militaire israélienne, qui se traduit par de nombreuses victimes parmi les populations civiles palestiniennes.

La France s'inquiète de cette escalade de la violence qui menace la stabilité de la région et risque de porter atteinte à la poursuite du processus de paix./.

 

Gaza : le Conseil des droits de l'homme demande l'arrêt immédiat des attaques israéliennes

7ème session du Conseil des droits de l'homme

BAN KI-MOON CONDAMNE DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ LES TIRS DE ROQUETTES PALESTINIENS ET LES ATTAQUES DISPROPORTIONNÉES D’ISRAËL

 

note : l'attentat qui a frappé un groupe d'élèves dans une école talmudique à Jérusalem Jeudi dernier n'a pas été revendiqué par le Hamas et l'origine semble se situer plutôt au Liban. Il est néanmoins très inquiétant, même dans la perspective du conflit israélo-palestinien, parce qu'il visait une activité confessionnelle en tant que telle. Ce n'est plus l'Israélien ou le Juif qui est visé, mais l'Israélite dans l'exercice de son culte. Un pas a été franchi vers la négation de la liberté religieuse et le conflit interconfessionnel.

 

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Cuba : signature des deux pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme

Aude Vasseur

 

 

Le 28 février 2008, le Ministre des Affaires étrangères cubain, M. Felipe Perez, a annoncé la signature par son pays du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Il a précisé que cette décision souveraine de son Etat n’était pas le résultat de pressions extérieures et qu’elle faisait suite à la décision du Conseil des droits de l’homme de mettre fin à la procédure spéciale dont Cuba faisait l’objet de la part de l’ancienne Commission des droits de l’homme (voir Sentinelle n° 125).  Il a également affirmé que la Constitution et la législation cubaines consacrent les droits de l’homme, mais que leur garantie effective est mise en péril par le blocus imposé par les Etats-Unis depuis 1961 (voir Sentinelle n° 42). Il a profité de cette occasion pour demander de nouveau la levée du blocus afin de permettre une amélioration de la situation des droits de l’homme à Cuba.

 Ces signatures ne signifient pas l’adhésion de Cuba aux deux pactes. En effet, en droit international, la signature ne vaut consentement à être lié que lorsque le traité le prévoit. Or, l’article 48 § 4 du PIDCP et l’article 26 § 4 du PIDESC prévoient que l’adhésion est soumise à ratification. Ainsi, pour que les obligations contenues dans les pactes deviennent opposables à Cuba, il faut qu’il les ratifie conformément à la procédure prévue en droit interne. Toutefois, la signature d’un traité a tout de même des effets en droit international. En effet, en vertu de la Convention de Vienne sur le droit des traités, les Etats ayant signé un traité doivent s’abstenir de tout acte privant le traité de son objet et de son but, tant qu’ils n’ont pas manifesté leur intention de ne pas devenir partie au traité. Cuba ayant ratifié la Convention de Vienne le 9 septembre 1998