Philipe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Julien CHESNEL-- Danilo COMBA

Florina COSTICA-- Emmanuelle DEWUYST-- Tidiani COUMA-- Michel DJOUMBE DJOMENI -- Valérie GABARD -- Abdoulaye MOUSSA -- Edith PINCOVAI

Anne-Laure PROVENCE -- Fatma RAACH-- Sabrina RAHMANI-- Karine RINALDI-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ

Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Aude VASSEUR-- Sabrina URBINATI

 

Sommaire

N°143

 

 
 

 

 
 

 

 

© 2008 Tous droits réservés aux auteurs

 

 

 

Conseil de Sécurité : reconduction des sanctions imposées à la RDC.

PROVENCE Anne-Laure

 

 

Le Conseil de sécurité a ajusté et reconduit, jusqu'au 31 mars 2009, les sanctions imposées à la République démocratique du Congo (RDC). La résolution 1807, adoptée à l'unanimité des 15 membres, est une avancée dans le processus de rétablissement de la paix dans la région des grands lacs. En effet, par cette résolution le Conseil de sécurité a décidé que les restrictions sur les armes qu’il avait imposées à tous par la résolution 1493 (2003) ne s’appliqueraient plus au Gouvernement de la RDC.

Aux termes de cette résolution, le Conseil avait décidé que tous les États, y compris la RDC, devraient prendre les mesures nécessaires pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert directs ou indirects, d'armes, à tous les groupes armés et milices étrangers et congolais opérant dans le territoire du Nord et du Sud-Kivu et de l’Ituri, et aux groupes qui ne sont pas parties à l’Accord global et inclusif, en RDC.

La résolution 1807, qui a été adoptée lundi dernier engage tous les autres États à continuer de respecter ces mesures, qui visent les personnes et entités non gouvernementales menant des activités sur le territoire congolais; et en particulier ceux de la région, à soutenir l’application de l’embargo sur les armes.

Le Conseil a par ailleurs décidé de reconduire les mesures en matière de transport imposées par la résolution 1596 (2005), ainsi que les mesures financières et celles ayant trait aux déplacements imposées par les résolutions 1596 (2005), 1649(2005) et 1698 (2006).

Le Conseil prie la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) et le Groupe d'experts de continuer à concentrer leurs activités de surveillance dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, et en Ituri. À cette fin, le Conseil ‹‹exhorte les parties et tous les États à garantir la sécurité des experts et à leur ménager un accès sans entrave aux personnes, documents et sites que le Groupe d’experts estimerait susceptibles de présenter un intérêt aux fins de l’exécution de son mandat.››

De plus, le Conseil ‹‹prie le Gouvernement de la République démocratique du Congo, les gouvernements d’autres pays de la région selon qu’il convient, la MONUC et le Groupe d’experts de coopérer intensément, notamment en échangeant des informations relatives aux livraisons d’armes, de manière à faciliter la mise en œuvre effective de l’embargo sur les armes imposé aux personnes et aux entités non gouvernementales››.

Le Conseil de sécurité réexaminera le 31 décembre 2008 au plus tard, les mesures visées, afin de les ajuster, en fonction de la consolidation de la sécurité en RDC, et en particulier des progrès accomplis dans la réforme du secteur de la sécurité, y compris l’intégration des forces armées et la réforme de la police nationale, ainsi que dans le désarmement, la démobilisation, le rapatriement, la réinstallation et la réintégration des groupes armés congolais et étrangers.

 

 

Obs. Comparez l'évolution de l'attitude du Conseil de sécurité à l'égard de la RDC à la décision prise au même moment par le Conseil des droits de l'homme. Ce dernier n'a pas renouvelé le mandat du rapporteur spécial pour la RDC et lui a substitué un mécanisme de suivi allégé (voir  la résolution adoptée le 27 mars par le CDH "Technical cooperation and advisory services in the Democratic Republic of the Congo" (21 voix pour, 10 voix contre et 14 abstentions, A/HRC/7/L.11, 28 March 2008).8)

PW

 

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Résolutions de supervision de la mise en œuvre des arrêts de la Cour IADH dans les affaires indigènes contre le Paraguay

Karine RINALDI.

 

 

Dans le système régional interaméricain, à la différence du système européen, comme il n'existe pas d’organe de contrôle de la mise en œuvre des arrêts, c’est la Commission interaméricaine des droits de l'homme qui doit, conformément à la Convention américaine des droits de l’homme, informer annuellement l’Assemblée de l’Organisation des Etats Américains des Etats qui ne mettent pas en œuvre correctement les arrêts de la Cour. Mais ceci n’empêche pas la Cour interaméricaine de considérer que surveiller la mise en oeuvre de ses propres décisions est une faculté inhérente à ses fonctions juridictionnelles. Ainsi, le 14 décembre 2007, elle convoquait le Paraguay, la Commission interaméricaine et les représentants des victimes à 2 audiences privées sur les 2 affaires Yakye Axa et Sawhoyamaxa (17 juin 2005 et 29 mars 2006).

Lors de la dernière période ordinaire de sessions qui s’est tenue du 28 janvier au 8 février 2008 à son siège au Costa Rica (voir Sentinelle numéro 136), la Cour a donc entendu les représentants de l’Etat du Paraguay au sujet de l’avancement dans la mise en œuvre de ces 2 arrêts, et les observations de la Commission interaméricaine ainsi que des membres des ONG CEJIL et Tierraviva (représentants des communautés Yakye Axa et Sawhoyamaxa), de même que des leaders des 2 communautés (Esteban Lopez et Carlos Mareco Aponte, respectivement), qui se sont par ailleurs exprimés en Guarani.

A la fin du XIX°, de grandes extensions de terres avaient été vendues, à travers la bourse de Londres, à des entreprises britanniques. Les indiens, notamment des communautés Yakye Axa et Sawhoyamaxa, travaillaient dans ces entreprises installées sur leurs terres, sans recevoir de salaire, les femmes étaient exploitées sexuellement, l’insuffisance sanitaire et alimentaire était relativement importante. Il leur avait ensuite été interdit de pénétrer sur ces terres pour se procurer leurs moyens de subsistance. Les membres de la communauté survivaient, littéralement, sur le bord d’une route, sans eau potable, sans aucune assistance médicale, sans ressources alimentaires. De nombreuses personnes décédaient.

Dans la première affaire arrivée devant la Cour, l’affaire Yakye Axa du 17 juin 2005, après avoir déclaré l’Etat responsable pour la violation des articles 8 et 25 (garanties et protection judiciaire), 21 (propriété) et 4.1 (violation du droit à une vie digne, uniquement, pour – selon la Cour - absence de preuves de la violation du droit à la vie en tant que telle…), la Cour avait ordonné au Paraguay de : 1, identifier le territoire traditionnel de la communauté afin de le lui remettre, gratuitement, dans un délai de 3 ans à partir de la date de notification de l’arrêt ; 2, fournir aux membres de la communauté, en attendant qu’ils récupèrent leurs terres, les biens et les services nécessaires à leur subsistance ; 3, créer, d’ici 1 an, un fond destiné à l’acquisition des terres à remettre ; 4, créer un fond de développement communautaire ; 5, adopter, en droit interne, les mesures législatives, administratives ou d’autre nature qui soient nécessaires pour garantir aux communautés autochtones  leur droit effectif à la propriété ; 6, réaliser d’ici un an un acte public de reconnaissance de responsabilité ; 7, publier l’arrêt ; et 8, réaliser avant un an les paiements pour les dommages matériels.

Les seuls points résolutifs ayant été totalement mis en œuvre sont l’acte public de reconnaissance de responsabilité ainsi que le paiement des indemnisations. La supervision de mise en œuvre est par conséquent terminée pour ces deux points mais continue pour le reste.

Concernant la remise des terres - point essentiel puisque de l’absence de terres découlent toutes les autres violations - l’Etat a informé la Cour qu’il avait sollicité l’expropriation, en septembre 2007, de 16 000 hectares. Les représentants ont indiqué quant à eux que le projet de loi d’expropriation n’existait toujours pas. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les hectares mentionnés ne correspondent pas aux terres traditionnelles revendiquées par la communauté.

Au sujet des biens et services nécessaires que l’Etat doit fournir en attendant la restitution des terres, les représentants des victimes ont informés la Cour que l’eau acheminée une fois par mois n’est suffisante ni en quantité ni en qualité ; l’assistance médicale est déficiente, les médicaments sont périmés ; les aliments fournis ne permettent pas de lutter contre la malnutrition, 8 décès ont eu lieu depuis la notification de l’arrêt pour des causes qui auraient pourtant pu être évitées. La Cour estime qu’aux vues des informations apportées, l’Etat n’a pas mis en œuvre ces points résolutifs de l’arrêt, ce qui provoque une situation de haut risque pour les membres de la communauté, allant jusqu’à impliquer des pertes de vies.

Au sujet de la création du fond destiné à l’acquisition des terres, des divergences existent, la Cour sollicite donc davantage d’information avant de se prononcer sur ce point, de même que sur le fond de développement communautaire et sur la publication de l’arrêt. Concernant les mesures à adopter en droit interne, l’Etat n’a présenté aucune information.

Dans l’affaire Sawhoyamaxa du 29 mars 2006 qui concerne une tribu appartenant au même peuple autochtone que la communauté Yakye Axa (Enxet), un pas supplémentaire est franchi quant à l’incidence que peut avoir la négation du droit à la propriété sur le droit à la vie. Ce sont deux affaires dans lesquelles les conditions inhumaines de vie sont identiques, de même que les preuves, les experts, les représentants des victimes, le décret présidentiel décrétant l’émergence, et même la route sur laquelle les membres de la communauté survivent… Cependant, dans cette seconde affaire, la Cour aboutie à la constatation des violations des articles 4 (droit à la vie) et 19 (droit de l’enfant), outre 8 et 25, 21 et 3 (personnalité juridique) 

Le seul point résolutif mis en œuvre jusqu’à présent est la création d’un système de communication pour que la communauté puisse se contacter avec les autorités sanitaires en cas d’urgence. Les autres points sont loin d’être satisfaits.

L’Etat devra, dans un délai de 3 ans à partir de la notification (c'est-à-dire avant avril 2009), adopter toutes les mesures nécessaires pour rendre à la communauté ses terres ancestrales. L’Etat a indiqué lors de l’audience qu’il serait plus facile de chercher des terres alternatives, étant donné la difficulté d’expropriation… Mais aucune négociation n’a encore été ouverte pour l’expropriation des terres indiquées dans l’arrêt. La Cour rejette cette proposition.

Sur le point de l’adoption en droit interne des mesures nécessaires à la création d’un mécanisme efficace pour la réclamation des droits à la propriété des terres ancestrales, un point essentiel qui devrait éviter que de telles affaires se répètent, l’Etat n’a porté aucune information à ce sujet…

Par ailleurs, le fond de développement communautaire n’a pas été mis en œuvre. Concernant l’indemnisation pour dommages, le délai s’est écoulé en avril 2007 sans qu’elle n’ait été payée intégralement. Par ailleurs, au mois d’octobre 2006, l’Etat aurait du terminer de mettre en place un programme de recensement, chose qui n’est pas faite. Le délai s’est également écoulé pour la publication et la transmission radio de la sentence. La publication a eu lieu en juin 2007, mais l’Etat doit informer sur la transmission radio.

L’Etat devait également, en attendant que la communauté récupère ses terres, seul moyen qui la rendra à nouveau autonome, lui fournir les biens et services nécessaires à sa subsistance. Dans la présente affaire, la situation est la même que pour l’antérieure et l’Etat tente de se défendre de la même manière, indiquant les quantités d’eau ou d’aliment qu’il achemine. Selon la Cour, l’unique source d’eau potable est celle proportionnée par l’Etat. Si celui-ci manque à ce devoir, pour ne serait-ce qu’un jour, il met en danger les membres de la communauté. Les mesures sont insuffisantes puisqu’elles n’ont pas empêchées de nouveau décès (13). L’Etat continu par conséquent de violer le droit à la vie.

Les prochains rapports informant de la mise en œuvre de ces points sont attendus avant fin mai 2008.

****

Les représentants avaient indiqué lors des deux audiences privées que le manque de dialogue entre eux et l’Etat est l’une des raisons du non avancement concret, aucun comité dans le pays ne prendrait vraiment cela au sérieux.

En réponse, et face à la faiblesse de sa défense tout au long des audiences, l’Etat s’était engagé devant les membres de la Cour à « formar una comisión por un Decreto Presidencial » qui serait chargée de la mise en œuvre des arrêts de la Cour IADH.

Le 22 février dernier, Dario Diaz Camaraza, « Procurador General de la Nacion », annonçait la création de cette commission interinstitutionnelle. Par conséquent, plus de comité de mise en œuvre à chaque affaire, mais une institution permanente. Espérons que cela ne soit pas qu’un effet d’annonce, et que près de 3 ans après le premier arrêt, le Paraguay commence à prendre la vie des membres de ces communautés au sérieux. Affaire à suivre…

 

 

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Système Interaméricain et peuples autochtones

 

1. OEA : 

 

2. Cour IADH

 

Commission IADH

 

 

 

3. Divers, peuples autochtones, minorités

 

 

JUGEMENT RENDU DANS L’AFFAIRE RAMUSH HARADINAJ (Kosovo)

Abdoulaye Moussa

 

 

Le Jeudi 3 avril, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a acquitté l’ex-commandant régional de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) et ex-premier ministre, Ramush Haradinaj, de même que l’ex chef de l’unité des forces spéciales "aigles noirs", Idriz Bala. En revanche, l'un des commandants en second de M. Haradinaj, Lahi Brahimaj, a quant à lui été condamné à six ans de prison pour avoir administré des traitements cruels et pratiqué des actes de torture sur des civils serbes et des opposants. Cette décision intervient dans un climat particulier, deux mois après que le Kosovo ai déclaré son indépendance le 17 Février.

Cette affaire dont l’introduction devant le tribunal date du 4 Mars 2005 a causé de nombreux ennuis au TPIY. Ainsi, 9 témoins dont 3 étaient protégés de même que deux policiers sont morts dans des circonstances suspectes au cours de l’affaire.

Le procès de Ramush Haradinaj qui était accusé de crimes contre l’humanité commis entre 1997 et 1999 a été particulièrement marqué par des pressions exercées sur les témoins; pressions qui avaient déjà été soulevées par le procureur générale Carla Del Ponte, devant le Conseil de sécurité des Nations unies de même que les trois juges chargés de l’affaire. Le procureur avait également fustigé la mission des Nations unies au Kosovo (Minuk) pour son soutien ouvert à l’ex-premier ministre. Les Etats-Unis avaient en outre refusé de coopérer dans cette affaire, embarrassant le tribunal qui n’a aucun pouvoir de police et dont les enquêtes dépendent fortement de la coopération des Etats.

Si Pristina, la capitale du Kosovo nouvellement indépendant a accueilli la décision avec des applaudissements, Belgrade quant à elle a mal pris la nouvelle de l’acquittement d’Haradinaj. On craint un durcissement de la coopération entre le gouvernement Serbe et le tribunal sur la question épineuse des arrestations attendues de Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

Communiqué de presse du TPIY

 

La Chambre de première instance I a acquitté aujourd’hui Ramush Haradinaj et Idriz Balaj de tous les chefs d’accusation dont ils devaient répondre, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité qu’ils auraient commis au Kosovo entre mars et septembre 1998. Le troisième accusé, Lahi Brahimaj a été condamné à six ans d’emprisonnement pour traitements cruels et tortures infligés à deux personnes au quartier général de l’Armée de Libération du Kosovo (l’’UCK»), à Jablanica.

 Haradinaj, Balaj et Brahimaj devaient répondre de chefs d’accusation relatifs à leur participation à une entreprise criminelle commune dont le but était de permettre à l’UCK d’exercer un contrôle total sur la zone opérationnelle de Dukagjin en procédant au transfert illégal de civils serbes, roms, et albanais du Kosovo soupçonnés d’avoir collaborés avec les forces serbes.

Pendant la période en question, Haradinaj était un commandant de l’UCK de la région de Dukagjin, Balaj était le commandant de l’unité des Aigles Noirs au sein de l’UCK et Lahi Brahimaj était un membre d’I'UCK, basé au quartier général de Jablanica, dans la municipalité de Djakovica.

 La Chambre a acquitté les trois accusés de tous les chefs d’accusation de crimes contre l’humanité. Les moyens à charge présentés par l’Accusation «n’ont pas toujours permis à la Chambre de conclure qu’un crime avait été commis ou, dans l’affirmative, que l’UÇK y avait été mêlée.»

 Les juges ont conclu « qu’il est possible que les victimes aient pu être prises pour cibles pour des raisons essentiellement liées à leur situation personnelle et non pas du fait de leur appartenance à la population civile attaquée.» La Chambre a estimé que l’ampleur et la fréquence des mauvais traitements, des transferts forcés et des meurtres dont ont été victimes les civils serbes et roms, ainsi que les civils albanais du Kosovo soupçonnés de collaborer avec les Serbes ou de ne pas soutenir l’UÇK «ne permettaient pas de conclure à l’existence d’une attaque dirigée contre une population civile.»

 Les trois accusés devaient aussi répondre de 19 chefs de violation des lois ou coutumes de la guerre, notamment ceux de meurtre, torture, viol et traitement cruel. La Chambre a conclu que de nombreux crimes reprochés dans l’acte d’accusation avaient été commis par des soldats de l’UCK, en particulier les crimes perpétrés dans la propriété familiale de Jablanica.

La Chambre de première instance a établi que, au vu des éléments présentés, il n’était pas possible de conclure au-delà de tout doute raisonnable à l’existence d’une entreprise criminelle commune  dont le but était de s’attaquer aux civils, et qu’en conséquence, les trois accusés ne pouvaient y avoir participé.

 Concernant les chefs d’accusations relatifs à la responsabilité présumée des accusés dans le meurtre de 30 victimes dans le secteur du canal de Radonjic, la Chambre a conclu que  «seuls sept de ces meurtres avaient été prouvés au-delà de tout doute raisonnable et pouvaient être imputés à des soldats de l’UÇK. Les éléments de preuve présentés au sujet des auteurs des autres meurtres allégués et des circonstances dans lesquelles ces meurtres ont été commis manquaient de précision, n’étaient pas concluants ou étaient inexistants.»

 Dans l’acte d’accusation, le Procureur reprochait aussi aux accusés, sur le fondement de leur responsabilité individuelle, d’avoir planifié, incité à commettre, ordonné, aidé à commettre et encouragé de nombreux crimes. La Chambre de première instance n’a trouvé d’éléments de preuve suffisants que pour deux de ces chefs d’accusation, lesquels n’impliquaient qu’un seul accusé – Lahi Brahimaj.

 Brahimaj a été reconnu coupable d’avoir pris part en personne au traitement cruel et à la torture du Témoin 6, détenu dans la propriété de Jablanica à partir de mi-juin 1998. Il a également été reconnu coupable de traitement cruel et de torture pour sa participation aux interrogatoires du Témoin 3, retenu prisonnier au quartier général de Jablanica en juillet 1998. Après l’interrogatoire, Brahimaj a ordonné à deux femmes vêtues d’uniformes noirs de s’entraîner sur la victime, ce qu’elles ont fait en commençant à frapper le Témoin 3. Le Témoin 3 et le Témoin 6 ont été détenus et ont subi de mauvais traitements et des actes discriminatoires parce qu'ils étaient soupçonnés de collaborer avec les forces serbes et d’avoir des liens avec elles.

 Le Juge Alphonsus Orie a souligné les grandes difficultés rencontrées par la Chambre pour obtenir le témoignage de nombreuses victimes. La Chambre a reçu les dépositions d’une centaine de témoins pendant le procès. 34 d’entre eux ont bénéficié de mesures de protection et 18 ont été assignés à comparaître.

 «La Chambre a eu la nette impression que le procès se déroulait dans un climat tel que les témoins se sentaient en danger»,a déclaré le Juge Orie. 

 La Chambre de première instance a ordonné la libération immédiate d’ Haradinaj et Balaj. Brahimaj retournera au Centre de Détention du Tribunal dans l’attente de son transfert vers le pays dans lequel il exécutera sa peine de six ans d’emprisonnement. La période que Brahimaj a passé en détention depuis mars 2005 sera déduite de  la durée totale de sa peine.

 Le procès avait commencé le 5 mars 2007, la présentation des moyens à charge prenant fin en novembre 2007. Les trois équipes de la Défense ont alors choisi de ne pas présenter de moyens à décharge. Les réquisitoires et plaidoiries se sont tenues entre le 21 et le 23 janvier 2008.

 Depuis sa première audience, en novembre 1994, le Tribunal a mis en accusation 161 personnes pour des  violations graves du droit humanitaire perpétrées sur le territoire de l’ex-Yougoslavie entre 1991 et 2001. Les procédures à l’encontre de 111 d’entre elles ont pris fin. Il n’y a aura pas de nouveaux actes d’accusations.

 

 

 

 

 

 

La Commission IADH approuve un document sur la protection des personnes privées de liberté.

Karine RINALDI

 

 

Par la Résolution 1/08, la Commission interaméricaine des droits de l’homme vient d’approuver des Principes et Bonnes Pratiques sur la Protection des Personnes Privées de Liberté dans les Amériques.

Les conditions carcérales sur le continent sont une grande préoccupation, elles ont donné lieu à plus de 30 décisions de fond de la Commission interaméricaine des droits de l’homme et 10 arrêts de fond de la Cour Interaméricaine, sans compter les nombreuses mesures provisoires ordonnées par cette Cour.

Il existe au niveau international plusieurs textes tels que l’Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement, du 9 décembre 1988, les Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus, ou encore les Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté.

Dans le système interaméricain de protection des droits de l’homme, une Commission sur les droits des personnes privées de liberté dans les Amériques existe, sans équivalent au sein du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, bien qu’il existe un Groupe de travail sur la détention arbitraire. Florentín Melendez a été prolongé dans la charge de Rapporteur de cette commission lors de la dernière session de la Commission IADH (voir Sentinelle du 9 mars 2008).
Elle a pour mandat notamment de s’informer sur la situation des personnes privées de liberté dans les Etats membres de l’Organisation des Etats Américains, en réalisant des visites dans les pays, dans les lieux de détention, y compris sans préavis, pour éventuellement filmer ou prendre des photos. Sur ces bases, cette Commission prépare pour la Commission interaméricaine des rapports, des recommandations et formule également des recommandations aux Etats.

Cette Commission sur les droits des personnes privées de liberté dans le système interaméricain, après de nombreuses consultations et réflexions sur la problématique pénitentiaire sur le continent, est à la base de l’adoption de ce texte régional spécifique. Le système se dirige lentement vers l’adoption d’une Déclaration interaméricaine sur les droits et les devoirs des personnes soumises à une quelconque forme de détention ou réclusion » (voir Sentinelle numéro 127 du 25 novembre 2007).

 

 

 

Entrée en vigueur de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

Abdoulaye Moussa

 

L’Equateur qui compte 1,6 million de personnes handicapées sur 13 millions d’habitants vient de ratifier la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a ainsi lors d’un communiqué de presse daté du 04 Avril 2008 salué l'entrée en vigueur de la Convention relative aux droits des personnes handicapées du 13 Décembre 2006 et de son protocole facultatif suite au dépôt du 20ème instrument de ratification par l’équateur le 03 Avril.

La convention qui avait été adoptée  par consensus par l’assemblée générale deviendra donc un instrument juridique obligatoire à partir du 3 mai 2008.

La convention a pour but de « promouvoir, protéger et assurer la pleine et égale jouissance de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales par les personnes handicapées » qui sont quelque 650 millions de par le monde.

L’Equateur est avec la Tunisie et la Jordanie très attaché à la lutte contre la discrimination dont sont victimes les personnes handicapées. La Tunisie a mis en place en 2005 une loi imposant des quotas de personnes handicapées dans les secteurs public et privé tandis que la Jordanie fait partie des Etats ayant initié le projet de rédaction de la convention en 2001.

En 2007 déjà, une réunion d’un groupe d’experts intitulée « Au nom de l’efficacité – Participation de la société civile à la mise en oeuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées » s'était tenue à Madrid. Elle avait donné lieu à une déclaration dite de Madrid qui déterminait les moyens de mise en œuvre et de suivi de la convention de même que les moyens de faire participer la société civile à cette mise en application.

Aujourd’hui, c’est une page importante qui vient d’être tournée en ce qui concerne les droits des personnes handicapées, mais c’est également un événement notable du fait qu’il a été initié en grande partie grâce au lobbying  des ONG de défense des droits de l’homme.

 

 

«  Pour que le Conseil des droits de l’homme tienne vraiment promesse, vous devez créer un environnement où règne la confiance.  Vous devez engendrer un climat où les meilleures pratiques sont de mise.  Vous devez susciter une plus grande responsabilisation pour les actions menées en matière de droits de l’homme. »

Discours inaugural de Ban Ki-moon.

 

7ème session du Conseil des droits de l’homme 

(3 au 28 mars 2008)

Antonella SAMPO et Valérie GABARD

 

Extrait du Communiqué de presse : LE CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME ÉLIT LES MEMBRES DE SON COMITÉ CONSULTATIF ET DÉSIGNE DES TITULAIRES DE MANDATS 26 mars 2008

Liste des titulaires de mandats désignés

Les experts suivants ont été désignés comme titulaires de mandats de onze procédures spéciales:

Mme Raquel Rolnik (Brésil), Rapporteuse spéciale sur le droit à un logement convenable en tant qu'élément du droit à un niveau de vie suffisant;

M. Olivier de Schutter (Belgique), Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation;

M. James Anaya (États-Unis), Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones;