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La Commission interaméricaine des droits de l’homme
présente le rapport de sa visite à Haïti.
Karine RINALDI.
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La Commission IADH a rendu public, le 14 avril dernier, son
rapport élaboré suite à sa visite dans le pays effectuée du 16 au
20 avril 2007. Cette visite répond aux vœux de l’Assemblée générale de
l’OEA de suivre et rendre compte de la situation des droits de l’homme
dans ce pays et d’y promouvoir les droits de l’homme. Le Gouvernement
haïtien n’a pas désiré soumettre ses observations sur ce rapport.
Suite au séminaire de 2 jours de formation sur le système
interaméricain tenu par la Commission et destiné aux fonctionnaires de
plusieurs ministères, le Gouvernement a annoncé sa décision de créer
un groupe de travail interministériel qui coordonnera les
responsabilités internationales de l’Etat liées aux droits de l’homme.
C’est une annonce positive puisque il arrive que les représentants des
Etats qui viennent devant le système interaméricains des droits de
l’homme soient incapables, par mauvaise foi ou pas manque total de
coordination au niveau interne, d’informer sur la situation interne
concrète, relative, par exemple, à l’état d’avancement des enquêtes
ordonnées à l’Etat.
Les préoccupations majeures de la Commission selon ses observations
sont les suivantes : la sécurité publique, l’absence de
professionnalisation des forces de police, la nécessité d’investir
grandement, financièrement et humainement, dans l’administration de la
justice, et celle de développer les services sociaux de base.
Concernant la sécurité publique, la Commission rappelle que
pendant « la période de transition, les forces de police se sont
révélées inaptes à répondre à la vague de criminalité et le vide
sécuritaire a rapidement été comblé par la prolifération de groupes
armés agissant en toute impunité, de cercles criminels organisés
[prenant] le contrôle des quartiers de Port-au-Prince ». Elle observe
que la sécurité publique s’est visiblement améliorée en 2007, bien
qu’elle reste fragile. Des présumés criminels et membres de gangs
soupçonnés d’être les principaux auteurs de kidnappings lors de 2005
ont été arrêtés, jugés, emprisonnés. Cependant, le système
judiciaire n’a pas pu répondre rapidement aux demandes de justice.
Pour commencer, la carence des effectifs de police est grande, trop
d’arrestations sont faites sans mandat, il existe des éléments
corrompus et criminels au sein de la police…
La Commission recommande que les dossiers de prévarication des agents
soient publics.
Selon la Commission, il est d’importance primordiale
« que
les institutions policières et judiciaires prennent des mesures
immédiates et de longue durée pour nouer des rapports professionnels
et collaboratifs étroits ». Les projets de loi sur la création d’un
conseil supérieur de la magistrature, sur le statut des magistrats, ou
sur l’école de la magistrature doivent désormais être adoptés et munis
des ressources suffisantes. La Commission appelle à l’aide financière
internationale.
Par ailleurs, les conditions d’incarcération sont inhumaines. Les
détentions préventives prolongées pendants des années sont monnaie
courante. L’affaire devant la Cour interaméricaine concernant la
détention prolongée de l’ancien premier ministre Yvon Neptune n’est
que la face apparente de l’iceberg. En 2007, sur 5480 détenus, 4642
attendaient leur comparution. En mars 2007 s’est créée une commission
de révision spéciale de la détention. La Commission interaméricaine
espère que des peines de substitution à l’incarcération seront
élaborées.
La Commission s’intéresse particulièrement à la situation de
discrimination et violence contre les femmes et filles dans le
pays, ce qui sera objet d’un prochain rapport. La situation des
enfants sera l’objet d’une visite afin d’élaborer des
recommandations à l’Etat pour protéger ce groupe vulnérable,
particulièrement les enfants domestiques, les enfants des rues enrôlés
dans des bandes armées.
Les recommandations générales ont été adoptées par consensus et
soulignent la nécessité de l’aide internationale pour atteindre les
objectifs proposés. Les recommandations sont les suivantes :
« 1. Concernant la sécurité publique, d’élaborer un plan national de
sécurité approfondi comprenant des stratégies pour contrôler la
multiplication des crimes et le trafic illégal, plus spécifiquement,
d’adopter des mesures de long terme et viables pour assurer une
meilleure prévention et une punition adéquate des actes criminels
violents, et pour renforcer particulièrement les mécanismes de
responsabilité afin que les auteurs soient effectivement tenus
responsables de leur crimes.
2. Concernant la force policière, de continuer à fournir l’assistance
technique et financière pour le développement professionnel de la
Police nationale d’Haïti, et plus précisément de prendre des mesures
pour améliorer la formation académique, tout en renforçant la chaîne
de commandement, y compris la supervision effective et le contrôle de
la conduite des officiers, et adopter des mesures disciplinaires
lorsque nécessaire.
3. Concernant le système juridique, d’élaborer un programme de réforme
national détaillé et d’assurer une allocation suffisante de ressources
pour la mise en oeuvre du dit plan, y compris un support technique et
financier adéquat pour le Secrétaire d’État à la Justice.
4. Concernant le système judiciaire, encourager la prompte adoption
des avant-projets de loi proposés sur le statut de la magistrature,
l’établissement d’une école de magistrature et la création d’un
conseil supérieur de magistrats.
5. Concernant le système pénitentiaire et les personnes privées de
liberté, de prendre des mesures urgentes pour améliorer les conditions
de vie et sécuritaires dans les installations carcérales et centres de
détention pour assurer qu’ils répondent aux standards internationaux
des droits humains et également, en plus de la création d’une
commission spéciale sur la détention, d’adopter les meilleures
pratiques et des mesures préventives à long terme, ce qui peut inclure
des réformes institutionnelles, afin de réduire le temps durant lequel
les personnes sont détenues en détention préventive.
6. D’adopter rapidement une législation qui protège adéquatement les
femmes et filles contre les actes discriminatoires et les différentes
formes de violence- physique, sexuelle et psychologique- aux niveaux
public et privé. D’attribuer des ressources suffisantes et de formuler
des règlements nécessaires pour assurer leur implantation à l’échelle
nationale
7. De fournir aux femmes victimes l’accès gratuit à des services
légaux effectifs pour déposer une plainte devant les tribunaux et
créer des centres spécialisés fournissant aux victimes de violence des
services multidisciplinaires, notamment de natures juridique,
médicale, et psychologique.
8. De développer un programme national pour le public visant une
formation éducative à un âge précoce dans le but de cultiver le
respect des femmes en tant qu’égales, la reconnaissance de leurs
besoins particuliers et leur droit de vivre sans être sujettes à la
violence ou la discrimination.
9. D’adopter des politiques publiques et des programmes dans le but de
reconfigurer les stéréotypes sur le rôle des femmes dans la société et
de promouvoir l’éradication des schémas discriminatoires qui empêchent
leur accès intégral à la justice ; ces politiques publiques doivent
contenir des programmes de formation et des politiques préventives
étendues ».
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Il est important de noter que le commissaire Freddy Gutiérrez
n’a pas entièrement approuvé ce rapport, puisque selon lui, la
responsabilité internationale et particulièrement celle de la
MINUSTAH, sont directement en cause dans le renversement de
l’ancien président Jean Bertrand Aristide et de l’ancien
gouvernement. Il estime ainsi que Haïti est un « territoire
occupé » et demande « qui doit répondre pour les violations des
droits de l’homme durant une occupation ? »…
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