Philipe WECKEL-- Anne RAINAUD-- Guillaume AREOU-- Sarah CASSELLA-- Danilo COMBA-- Florina COSTICA-- Tidiani COUMA-- Emmanuelle DEWUYST Michel DJIMGOU DJOMENI--Valérie GABARD -- Abdoulaye MOUSSA -- Edith PINCOVAI-- Anne-Laure PROVENCE--Fatma RAACH-- Karine RINALDI-- Jacobo RIOS RODRIGUEZ-- Antonella SAMPO-- Noémie SIMONEL-- Sébastien TOUZE -- Aude VASSEUR-- Sabrina URBINATI

 

Sommaire

N°147

 

 

 

 
 
 

 

 

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Conseil de Sécurité / lutte contre la prolifération : prorogation du mandat

du Comité 1540

Aude Vasseur

 

 

Le 25 avril 2008, le Conseil de Sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 1810 prorogeant pour une période de 3 ans le mandat du Comité créé par la Résolution 1540 visant à empêcher l’acquisition d’armes de destruction massive par des acteurs non étatiques (voir la dépêche du 25 avril 2008). Cette résolution interdisait en effet aux Etats d’apporter un appui, quelqu’en soit la forme, aux acteurs non étatiques tentant de fabriquer, d’acquérir, de transporter ou d’utiliser des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou leurs vecteurs. Elle obligeait également les Etats à adopter des mesures législatives et de contrôle internes afin de prévenir l’acquisition ou l’utilisation d’armes de destruction massive par des acteurs non étatiques. Le Conseil de Sécurité a donc créé un Comité chargé de surveiller la mise en œuvre de cette résolution et de servir de forum d’assistance et de coopération dans ce sens.

Ce Comité a axé ses efforts sur deux domaines principaux. D’une part, il examine les rapports sur les mesures adoptées par les Etats pour mettre en œuvre la Résolution 1540. Jusqu’ici 140 Etats ont rendu leur rapport et une cinquantaine ne se sont pas acquittés de cette obligation imposée par la Résolution 1540 (voir les rapports des Etats). Le Comité a donc pris plusieurs initiatives afin d’encourager ces Etats à rendre leur rapport dans les plus bref délais. D’une part, il a fourni à leurs autorités une base de données législatives et un projet de matrice partiellement complété par les experts pour servir de base à la rédaction de leur rapport. D’autre part, le Comité créé par la Résolution 1267 concernant Al Quaida, les Taliban et les personnes ou entités qui leur sont associées, le Comité contre le terrorisme créé par la Résolution 1373 et le Comité 1540 ont élaboré une stratégie commune concernant les Etats qui ne rendent jamais de rapport ou qui tardent à rendre afin de les encourager à le faire. Notons que, lors des derniers exposés des 3 comités devant le Conseil de Sécurité, certains Etats ont insisté sur la nécessité de tenir compte des raisons réelles du retard de certains Etats pour rendre leur rapport. En effet, ces retards sont souvent dus à un manque de ressources et à une insuffisance des orientations techniques et législatives.

La deuxième priorité du Comité 1540 est la sensibilisation. Dans ce cadre, ses membres ont participé à des séminaires organisés par le Département des affaires de désarment des Nations Unies, ainsi qu’à plusieurs autres activités ne portant pas exclusivement sur la mise en œuvre de la Résolution 1540 organisées par des Etats ou d’autres entités (voir l’annexe à l’exposé du 22 mai 2007). Ces activités ont permis au Comité d’accroître sa coopération avec les organisations internationales, régionales ou sous-régionales, telles que l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, la Commission préparatoire de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, l’Organisation mondiale des douanes, l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’Organisation des États américains ou l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est. Le Président du Comité 1540 a également souligné sa volonté d’intensifier la coopération avec les organisations non gouvernementales (voir l’exposé du 17 décembre 2007).  

Lors des réunions d’information au Conseil de Sécurité, les Etats membres ont rappelé l’importance du respect des droits et libertés fondamentaux dans la lutte contre le terrorisme et ont appelé les 3 comités subsidiaires du Conseil de Sécurité à continuer de tenir compte de ces préoccupations (voir la réunion du 14 novembre 2007). En outre, l’Afrique du Sud a souligné que le problème principal n’est pas la prolifération des armes de destruction massive, mais leur existence. Elle s’est donc demandée si le Comité devait continuer d’exercer ses fonctions en ignorant la question du désarmement.

Enfin, certains Etats ont souligné que les mesures d’assistance doivent avoir lieu sur la base d’une véritable coopération et ne pas être ressenties comme imposées. A cet égard, le Représentant de l’Indonésie a souligné que l’adoption de la Résolution 1540 et la création du Comité avaient été ressentis comme une action législative du Conseil de Sécurité visant à imposer aux Etats la mise en œuvre en droit interne de l’obligation de non prolifération en dehors des mécanismes multilatéraux traditionnels. Il a donc appelé à la création négociée d’un organe multilatéral pour pallier aux lacunes en matière de non prolifération que la Résolution 1540 et le Comité visent à combler de façon provisoire (voir la réunion du 22 mai 2007).

 

Obs. La Résolution 1540 a pour objet principal d'assurer l'incrimination effective et vérifiée des activités de prolifération par tous les Etats. Le Comité des sanctions en question remplit donc une fonction originale qui dévoile le rôle "législatif" que s'est arrogé le Conseil de sécurité.  (PW).

 

 

 

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Assistance humanitaire : l’affaire de l’Arche de Zoé

PINCOVAI Edith et PROVENCE Anne Laure

 

 

 

L'Arche de Zoé est une association française "loi 1901" qui déclare avoir pour objectif l'aide aux enfants orphelins et l'aide humanitaire. Elle a fait la une de l'actualité en octobre 2007 lorsque les forces de police du Tchad arrêtent tous les participants d'une opération alors qu'ils s'apprêtent à embarquer 103 enfants dans un avion affrété pour les amener en Europe. La justice tchadienne condamne alors les principaux membres aux travaux forcés pour « tentative d'enlèvement de mineurs tendant à compromettre leur état civil, faux et usage de faux en écriture publique et grivèlerie ». En effet, d'après une enquête menée conjointement par l'Unicef, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et le Comité international de la Croix-Rouge, 85 % des enfants que transportait L'Arche de Zoé ne sont pas orphelins et les trois quarts sont tchadiens.

Sujet d’actualité, nombreuses sont les lectures qui expliquent les tenants et les aboutissants « détaillés », les faits relatés dans cette note ne présentent que les différentes procédures pénales affiliés à cette affaire ainsi que certaines questions relatives à l’action des ONG.

Le 25 octobre 2007, plusieurs bénévoles et responsables de l'association qui accompagnaient un groupe de 103 enfants sur le point de quitter le Tchad, sont arrêtés par les autorités du pays, de même que les membres d'équipage de l'avion affrété à cet effet auprès d'une société espagnole. Ils sont soupçonnés par les autorités locales de se livrer à un enlèvement d'enfants. L'association évoque quant à elle une opération destinée à « évacuer vers l'Europe des enfants orphelins du Darfour », victimes de la guerre civile qui sévit dans cette région.

Vendredi 26 octobre 2007, la justice française effectue une perquisition au siège de l'association qui est également la résidence parisienne du président de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, ainsi qu'au domicile d'Eric Breteau, Président de l’association dans le cadre d'une information judiciaire « pour exercice illicite de l'activité d'intermédiaire en adoption de mineurs ou de placement en vue d'une adoption ».

Le procès a débuté le 21 décembre 2007 devant la Cour criminelle de N'Djamena (voir l’ordonnance de renvoi). Les six ressortissants français sont accusés de « tentative d'enlèvement » sur 103 enfants prétendus orphelins. D'après le code pénal tchadien les membres de l’association risquent de 5 à 20 ans de prison accompagnés de travaux forcés. Le réquisitoire du procureur général a plaidé pour une peine de 7 à 11 ans de travaux forcés tandis que les avocats des accusés ont plaidé l'acquittement. Le verdict rendu par la cour de justice le 26 décembre 2007 condamne les six membres de l'association à huit ans de prison assortis de travaux forcés et à une condamnation pécuniaire de 4,12 milliards de francs CFA soit environ 6,3 millions d'euros (40 millions de francs CFA par enfant), à payer aux familles solidairement avec deux autres condamnés dans cette affaire. Le 27 décembre, la mise en œuvre  de la convention judiciaire franco-tchadienne de 1976 a été demandée par la France, ainsi le 28 décembre 2007, ils sont rapatriés en France, à l'aéroport du Bourget, afin qu'ils puissent purger leur peine conformément aux conventions existantes entre le Tchad et la France pour l'extradition des ressortissants condamnés de ces deux pays.

Un mois plus tard le 28 janvier 2008, le tribunal correctionnel de Créteil a déterminé 8 années de prison ferme comme peine équivalente aux huit ans de travaux forcés auxquels ils ont été condamnés au Tchad. Suite à cette transposition de la peine en droit français, une demande de grâce a été déposée par les avocats auprès des autorités tchadiennes.

Le 31 mars 2008, le président du Tchad Idriss Déby Itno signe un décret leur accordant la grâce présidentielle. Dans la soirée, les six membres de l'Arche de Zoé sont tous libérés.

Toutefois, quatre d'entre eux restent visés par une instruction menée par le parquet de Paris pour "exercice illégal de l'activité d'intermédiaire en vue d'adoption", "aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France" et "escroquerie". Ils ont été mis en examen le 13 février pour ces deux derniers motifs.

La question des 6,3 millions d'euros que les condamnés doivent toujours verser "solidairement" aux familles des 103 enfants reste également posée. Cette question "n'est pas concernée par la grâce", a insisté le gouvernement tchadien.

Les différentes procédures pénales relatées ici mettent en avant la question sensible de l’adoption internationale. Conformément aux principes de la convention des Nations Unies du 20 novembre 1989 sur les droits de l’enfant et la convention de la Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, une adoption ne peut être envisagée que si l’enfant a été reconnu adoptable par les autorités compétentes conformément à la loi et aux procédures applicables. Au demeurant, si le Soudan est partie à la convention sur les droits de l’enfant, le droit de ce pays ne reconnaît pas l’adoption, à l’instar de nombreux pays de droit musulman. Dans ce contexte, il est clair que l’assistance, qui pouvait être apportée aux enfants soudanais victimes des troubles au Darfour ne devait être envisagée uniquement que dans le cadre de l’action humanitaire. De plus, en France, l’adoption d’un mineur étranger ne peut être prononcée si sa loi personnelle l’interdit.

L’affaire de l’Arche de Zoé pose également la question de l’action humanitaire, et met en lumière le vaste débat relatif à l’action des ONG et à leur contrôle. Les dérives de l’Arche de Zoé, “très dommageables en terme de crédibilité pour toutes les organisations humanitaires », selon les termes de Daniel Duvillard chef des opérations du CICR pour la corne de l’Afrique, restent toutefois très marginales dans le monde de l’aide humanitaire, cependant cette affaire est l’occasion de se pencher sur le statut des ONG, ainsi que sur les actions et le rôle de la France dans cette affaire.

Bien que les ONG ne disposent pas de statut international, on s’accorde traditionnellement sur trois critères pour retenir la qualification d’ONG: l'absence de buts lucratifs, l'appartenance au droit privé et à la sphère privée, et le caractère international des objectifs.

Malgré la diversité des approches relatives à la définition de l’ONG, la caractéristique principale, la clef de voûte, demeure l’indépendance dans ses relations avec les États. Ainsi dans le cadre de l’Arche de Zoé, la France vis-à-vis des membres condamnés, ne pouvait intervenir que dans le cadre classique de la protection consulaire de ses ressortissants. Et en amont, c’est à dire avant l’arrestation des membres de l’association, le ministère des affaires étrangères n’a pu mener, face au projet de l’Arche de Zoé, qu’une action de prévention limitée. Ainsi, 6 mois avant l’opération « children rescue » du 25 octobre, le MAE a alerté les familles à trois reprises par voie de communiqué de l’illégalité du projet de l’association. De plus, deux procédures exceptionnelles ont été engagées contre l’association (signalement au Parquet de Paris et convocation de M. Breteau). Face au risque de voire le projet se dérouler au Soudan, l’ambassade de Khartoum a été prévenue. Par la suite six ministères susceptibles d’être impliqués dans l’accueil par des familles ou l’arrivée en France d’enfants orphelins ont été alertés. Après de nouvelles informations relatives au lieu de l’opération, qui semblait être le Tchad et non plus le Soudan, le ministère a également informé l’ambassade. Une fois s’être informé auprès de la communauté humanitaire, il apparaissait que l’Arche de zoé n’apparaissait pas sur place. De fait, ce n’était pas "l’Arche de Zoé" qui était au Tchad mais l’association "Children Rescue", nom sous lequel elle agissait au Tchad. Cette association justifiait sa présence au Tchad par un projet de traitement sanitaire et d’instruction des enfants, et disposait sur place de toutes les autorisations nécessaires délivrées par les autorités Tchadiennes. L’arrestation des membres de « Children rescue » a nécessité la mise en place d’une cellule de crise de suivi et d’information, par ailleurs sur demande du premier ministre une mission commune d’inspection doit déterminer dans quelles conditions l’Arche de Zoé a continué la préparation de son opération malgré les nombreuses mises en garde dont elle a fait l’objet.

L’affaire de l’Arche de Zoé pose au cœur du débat la question du contrôle et de la responsabilisation des ONG, comme le souligne Rama Yade. En France, la plupart des ONG subissent de multiples contrôles obligatoires ou volontaires comme le rappel B. Kouchner en novembre 2007. En effet, l’État dispose de nombreux outils qui sont autant d’indices permettant de se forger une opinion sur une ONG, cependant il faut bien avoir conscience qu’aucun ne constitue une référence absolue (Contrôles liés au statut « association loi 1901», contrôles liés au statut d’association reconnue d’utilité publique, normes comptables et certifications des comptables, contrôles du fait que l’ONG est agréée pour l’envoi de volontaires de solidarité internationale, contrôles et évaluations liés au fait que l’ONG est financée par les pouvoirs publics, outils de contrôle ou évaluation de l’Union européenne ,outils de contrôle ou évaluation des autres bailleurs de fonds internationaux ). De plus, il existe des instruments volontaires, propres au milieu associatif français comme la charte de coordination Sud « une éthique partagée », ainsi que des outils non exclusifs aux ONG comme le « Comité de la charte ».

Ces différents outils permettent de se faire une opinion sur l’action de certaines ONG, cependant ils ne peuvent concerner toutes les ONG, l’exemple de l’Arche de Zoé en est la preuve. Se pose alors la question d’un renforcement du contrôle de ces ONG ? A cette idée s’oppose bien souvent la nécessité pour ces organisations d’être indépendantes vis-à-vis de leur État. Selon Rama Yade, cette indépendance est d’ailleurs particulièrement souhaitable pour les ONG agissant en Afrique, en effet un contrôle étatique pourrait donner le sentiment d’une trop grande proximité avec leur État d’origine, ce qui pourrait leur interdire l’accès aux zones de crise dans lesquelles elles interviennent.

Alors qu’un renforcement du contrôle des ONG apparaît contre-productif, la responsabilisation des ONG et les démarches collectives apparaissent les plus appropriées. Rappelons à ce titre, qu’il existe une série de principes directeurs relatifs à l’action en faveur des enfants non accompagnée ou séparés de leurs familles.

Il faut certainement retenir de cette affaire qu’il ne s’agit que d’une dérive isolée de la pratique générale de l’action humanitaire, et qu’elle est l’occasion comme le propose la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme d’ouvrir une réflexion sur « la responsabilisation des ONG qui est la contrepartie de leur liberté d’action ». D’ailleurs le président de la commission des affaires étrangères Axel Poniatowski a rappelé que la commission avait adopté le rapport de la mission d’information sur les ONG, qui formulait une série de préconisations « dont il pourrait être utile de s’inspirer. »

Bien que les ressortissants français ai été graciés, l’affaire n’en n’est pas pour autant terminée. Reste la question des indemnités à régler. Bien que du côté des autorités françaises la position semble claire, pour François Fillon « Il est hors de question que les contribuables français paient 6 millions d’euros pour des erreurs que la France n’a pas commises », en effet, seuls les membres de l’Arche de Zoé sont responsables devant la justice Tchadienne. Du côté des autorités Tchadiennes il semble qu’au contraire, le ministre de la justice que « la compétence d’exécution de la décision de la justice tchadienne a été transférée à la France, qui seule garantit l’effectivité du paiement des intérêts civils » a estimé le ministre de la justice Tchadien, ce qui bien évidement semble impossible au vue de l’indépendance entre l’ONG et l’Etat, cependant une solution devra être trouvée.

 

Arche de Zoé (3 août 2007)

 

Le ministère des Affaires étrangères et européennes appelle à la plus grande vigilance les familles engagées dans le projet d’accueil ou d’adoption en France d’enfants provenant de la zone du Darfour .

L’opération annoncée par l’association « l’Arche de Zoé » ne bénéficie du soutien d’aucune des organisations humanitaires intervenant sur le terrain depuis plus de 4 ans. En l’état des informations transmises par les organisateurs, rien ne permet de garantir que les enfants soient réellement orphelins et sans secours.

La perspective pour les familles de pouvoir adopter les enfants au terme d’une procédure d’asile ou de naturalisation est particulièrement préoccupante. Le placement et l’adoption d’enfants orphelins en France sont réglementés dans l’intérêt même des enfants et des familles. Envisager de se soustraire à ces règles revient à exposer l’enfant comme la famille à une situation lourdement traumatisante.

Enfin, il convient de rappeler que l’adoption n’est pas reconnue au Soudan et, qu’en France, l’adoption d’un mineur étranger ne peut être prononcée si sa loi personnelle l’interdit.

Au lendemain de l’adoption par l’ONU de la résolution autorisant l’envoi d’une opération ONU-Union africaine dans la province soudanaise du Darfour, qui prévoit explicitement en son paragraphe 17 la protection des enfants, la France est plus que jamais mobilisée sur le sujet particulier de la protection des enfants du Darfour au Soudan et dans les pays limitrophes.

Elle apporte tout son soutien aux organisations humanitaires engagées dans cette action qui ont besoin de toutes les manifestations concrètes de solidarité possibles. Les familles souhaitant manifester leur solidarité avec ces enfants sont invitées à s’informer très précisément de la situation auprès de ces organisations

 

Dossier du MAE

Situation de l’association "L’Arche de Zoé" et des 103 enfants accompagnés par 9 ressortissants français (31 mars 2008)

Point de presse du 29 avril 2008

5 - ARCHE DE ZOE


 

(M. Eric Breteau de l'Arche de Zoé vient de publier un livre qui était attendu depuis quelques semaines. Il y met en cause le ministère des Affaires étrangères et européennes ainsi que l'Elysée. Le ministre - lorsque nous lui avions posé la question il y a une quinzaine de jour - avait dit que le Quai d'Orsay se réservait le droit de porter plainte et poursuivre en justice M. Breteau après examen de son livre.

 J'aimerais savoir où vous en êtes de votre analyse de cette publication ?)

 

Je n'ai pas lu le livre de M. Breteau. Ce que je voudrais rappeler ici - et vous le savez très bien parce que vous nous avez beaucoup entendu nous exprimer à ce sujet et que, comme vous venez de le rappeler, le ministre l'a fait il y a encore quelques jours - c'est ce que nous avons toujours dit du projet de M. Breteau tel qu'il avait été présenté au nom de l'Arche de Zoé.

Nous avons tenté à plusieurs reprises de dissuader les membres de l'Arche de Zoé de mettre à exécution ce projet.

Quelques rappels, quelques dates : M. Breteau avait été reçu le 4 juillet à ce ministère où il avait reçu les réactions de forte réserve que je viens de rappeler. Cinq jours après, le 9 juillet, nous avons saisi la justice pour fait d'exercice illicite de l'activité d'intermédiaire pour l'adoption. Puis, l'association persistant toujours dans ses intentions, M. Breteau avait été convoqué le 31 juillet par le directeur de cabinet de Mme Rama Yade. Chaque fois nous avons marqué nos plus extrêmes réserves.

J'ajoute que l'une des raisons des difficultés que nous avons rencontrées, c'est que l'opération menée au Tchad l'avait été sous un autre nom, Children Rescue, dont personne ne savait que c'était en réalité la même chose que le projet de l'association l'Arche de Zoé.

Voilà où nous en sommes. Vous savez aussi que M. Breteau a été mis en examen, et pour cet aspect je vous renvoie sur le ministère de la Justice.

 

 

 

 

 

 

 

CPI/RDC: levée des scellés sur le mandat d'arrêt

à l'encontre de Bosco NTAGANDA

Valérie GABARD

 

 

 

En charge de la situation en République Démocratique du Congo, la Chambre préliminaire a décidé le 28 avril 2008 de lever les scellés du mandat d'arrêt délivré le 22 août 2006 à l'encontre de Bosco NTAGANDA (voir le Communiqué de Presse de la Cour et celui du Procureur).

Tout comme le premier accusé de la Cour pénale internationale, Thomas Lubanga Dyilo (ICC-01/04-01/06) dont il était le subordonné, la chambre préliminaire lors de l'émission du mandat d'arrêt, a estimé qu’il existait des motifs raisonnables de croire à la commission de crimes de guerre par l'intéressé. Bosco Ntaganda est l'ancien chef adjoint de l’état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) et actuellement chef d’état-major présumé du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe armé en activité au Nord Kivu en RDC. Les crimes qui lui sont repprochés auraient été commis entre juillet 2002 et décembre 2003 dans la région de l'Ituri. Les charges retiennent a son encontre et sur la base l'article 8 (2), le crime d'enrôlement et la conscription d'enfants de moins de 15 ans et le fait de les faire particper aux hostilités.

Cette levée des scellés intervient alors que l’intéressé est toujours en liberté. La Chambre préliminaire a néanmoins estimé que les circonstances qui avaient justifié cette décision initiale avaient changé et elle fait droit à la demande du Procureur. Initialement placé sous scellés pour éviter que l’accusé ne se cache, fuit ou fasse obstacle aux enquêtes, la mesure devient inutile dés lors qu’il semble que Bosco NTAGANDA ait été informé de l'existence d'un mandat d'arrêt international. Il convient au contraire d’en assurer une publicité large pour faire obstacle à toute tentative de fuite vers un pays non informé.

Le Procureur a indiqué qu’il « appartient aux autorités compétentes en RDC, et dans les autres pays concernés, de l’arrêter et de faciliter sa remise à la CPI avec le soutien de la communauté internationale. » Selon le Bureau du Procureur Bosco NTAGANDA continuerait à être impliqué dans la commission de crimes en République démocratique du Congo. Il aurait quitté le district de l’Ituri pour aller dans la province du Nord Kivu, dans la région de Masisi.  où il aurait pris le poste de chef d’état-major au sein du groupe politico-militaire CNDP groupe contre lequel il existe des informations crédibles concernant des crimes graves commis dans les deux provinces du Kivu. Le Procureur dévoilant petit à petit sa stratégie dans le cadre de cette situation a également indiqué que d’autres mandats d'arrêt devraient suivre.

Il s'agit du quatrième mandat d'arrêt émis dans le cadre de la situation en République démocratique du Congo. Le premier procès de la Cour à l'encontre de Thomas Lubanga Dyilo doit débuter en juin et l'audience de confirmation des charges dans l’affaire Le Procureur c. Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui est prévue pour le 27 juin 2008.

 

 

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Du droit et des accommodements avec le droit : la France et les droits de l'homme en Tunisie

Prof. Philippe WECKEL

 

 

 

LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME OUVRE LES TRAVAUX DE SA QUATRE-VINGT-DOUZIÈME SESSION

Le Ministre tunisien de la justice exprime la détermination de son pays à donner un nouvel élan à la dynamique de protection et de promotion des droits de l’homme


COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME: LA TUNISIE PRÉCISE LES CONDITIONS D’EXERCICE DES DIFFÉRENTES LIBERTÉS :

Plusieurs experts expriment leurs inquiétudes au sujet de cas de tortures ou de mauvais traitement
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Personne ne conteste l'importance essentielle du droit dans le fonctionnement de la société internationale. Il faut bien reconnaître cependant qu'il a les défauts de ses qualités. Cette incidence négative dans les rapports entre les Etats devient manifeste lorsque le droit alimente une "diplomatie de la stigmatisation", c'est-à-dire finalement l'antithèse de la diplomatie. Ce phénomène est bien connu dans le traitement international d'Israël qui fait trop souvent l'objet d'une mise en cause systématique et partiale nourrie par une argumentation d'ordre juridique. Néanmoins, deux plus deux font toujours quatre, même en shekels, et le souci de contrer cette démarche politique ne saurait occulter la réalité juridique, celle des obligations internationales et de leur respect, y compris s'agissant de l'Etat juif.  Ainsi les Etats-Unis tiennent un discours plutôt critique dans leurs relations bilatérales avec Israël, mais privilégient la protection de cet Etat dans les rapports multilatéraux. Dans l'activité quotidienne des Etats il n'est donc pas toujours aisé d'assurer la cohérence entre les besoins légitimes de la diplomatie et les exigences "carrées" de la légalité internationale. De la compréhension à la complaisance le pas est aisément franchi.

Deux faits de cette semaine illustrent cette difficulté. D'une part, la signature de l'accord de partenariat entre l'union européenne et la Serbie alors que Mladic et Karadzic sont toujours en fuite soulève le problème de l'équilibre entre les besoins de l'intégration européenne et les exigences du droit confortées d'ailleurs par un arrêt de la Cour internationale de Justice. L'affaire sera examinée dans un prochain numéro de Sentinelle. D'autre part, la question de l'attitude qu'il convient d'adopter à l'égard de la Tunisie dans le domaine des droits de l'homme a resurgi de manière prévisible à l'occasion du déplacement du Chef de l'Etat français à Tunis. En voici les éléments documentaires :

 

 

ALLOCUTION
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
LORS DU DINER D'ETAT OFFERT
PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TUNISIENNE,
M. ZINE EL ABIDINE BEN ALI

(Tunis, 28 avril 2008)

Signataire des grandes conventions des Nations unies, votre pays s'est engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, en respectant - et Monsieur le Président de la République, j'y suis très sensible, parce que c'est une question qui m'a toujours passionné - un moratoire strict sur la peine capitale à laquelle naturellement j'ai toujours été opposé à titre personnel.

Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants, que je veux saluer, et qui font écho à ce que disait déjà feu le Président Bourguiba lorsqu'il confiait : "Je suis réaliste. Etre réaliste, c'est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible". Je sais d'où vous venez Monsieur le Président de la République, d'où vient la Tunisie et la Tunisie peut se comparer sans rougir à tant d'autres pays.

Ces signaux, ces réformes s'inscrivent sur un chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus sans lesquels un pays n'est pas un grand pays. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l'avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur. Je viens d'un continent dont l'histoire, y compris l'histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons. J'ai pleinement confiance dans votre volonté de voir continuer à élargir l'espace des libertés en Tunisie. Nous en avons parlé vous et moi.

 

Le second discours gouvernemental s'inscrit dans un contexte plus polémique et soulève, par voie de conséquence, un problème de cohérence avec l'analyse juridique de la situation :

Assemblée nationale : questions d'actualité (30/04/2008)

Droits de l'homme en Tunisie

M. le président. La parole est à M. Pierre Moscovici, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

M. Pierre Moscovici. Le Président de la République, en visite officielle en Tunisie, a déclaré lors d'un dîner offert par le Président Ben Ali : « Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse en Tunisie ».

Monsieur le Premier ministre, la Tunisie est un pays ami. Son bilan économique est l'un des plus brillants parmi les pays du Maghreb : sa classe moyenne se développe, la lutte contre la grande pauvreté est efficace, le statut de la femme y est en progrès, son taux de croissance est solide. Ces aspects sont incontestablement positifs.

Mais comment peut-on affirmer décemment que l’espace des libertés progresse en Tunisie alors que, depuis vingt ans, le régime est régulièrement épinglé par les ONG pour ses violations des droits de l’homme, alors que des actes de torture ont été récemment dénoncés par les Nations unies, alors que les militants des droits de l’homme sont traqués, alors que la censure est partout, alors qu’une mission de la Fédération internationale des droits de l’homme a été interdite d’entrée dans le pays pas plus tard que la semaine dernière (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire), alors que les opposants politiques sont bâillonnés pendant que l’on installe un président à vie qui, à chaque mandat, obtient des scores hallucinants ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et sur quelques bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) C’est une contre-vérité absolue que de prétendre cela ! Pourquoi Nicolas Sarkozy en a-t-il rajouté, trahissant ainsi les démocrates tunisiens ? (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Je m’étonne de votre surprise. En tout cas, nous ne la partageons pas.

M. Christian Vanneste. La Tunisie est un ami de la France !

M. Pierre Moscovici. Après la visite consternante du colonel Kadhafi reçu en grande pompe à Paris, après les félicitations adressées à Vladimir Poutine à la suite d’élections législatives qui n’ont été ni justes ni libres, après les très molles protestations contre les violations des droits de l’homme en Chine ou la répression au Tibet, on ne peut plus parler de tâtonnements ou d’erreurs de début de mandat. C’est une démarche volontaire, délibérée, consentie d’ignorer superbement la question des droits de l’homme dans nos relations avec les pays étrangers.

M. Christian Vanneste. Et Cuba ? Vous en parlez, de Cuba ?

M. Pierre Moscovici. Le Président de la République avait critiqué la Realpolitik. Il avait promis une politique des droits de l’homme. Il avait même osé dire : « il n’y a pas de politique étrangère sans morale ». Nous sommes aujourd’hui très loin de ces promesses ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

Monsieur le Premier ministre, ma question est simple : croyez-vous vraiment que l’espace des libertés progresse en Tunisie ? N’est-il pas de votre devoir de dire la vérité, de dénoncer, contrairement à la complaisance du Président de la République, les violations quotidiennes des droits de l’homme en Tunisie et dans le monde ? C’est ainsi, et seulement ainsi, que la France serait elle-même et qu’elle serait à nouveau écoutée ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

M. Lucien Degauchy. De quoi je me mêle ?

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État chargé des affaires européennes.

M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Monsieur Moscovici, ne comptez pas sur moi pour polémiquer sur un sujet aussi important à mes yeux. Je vous répondrai sur trois points.

Tout d’abord, la Tunisie n’est pas la Corée du Nord. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Faire une telle comparaison, c’est caricaturer la situation d’un pays ami de la France où des responsables politiques de tous bords se rendent ou se sont rendus régulièrement.

Ensuite, nous n’avons jamais caché que la France souhaitait qu’une évolution politique accompagne désormais les succès du développement économique et social, les progrès sur le statut de la femme ou la tolérance religieuse. Cette ouverture, c’est aux Tunisiens eux-mêmes d’en fixer le rythme, le contenu, les modalités, mais elle est aujourd’hui indispensable et possible.

M. Julien Dray. C’est la dictature !

M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. En disant cela, je ne fais que reprendre mot pour mot ce que disait Hubert Védrine, alors ministre des affaires étrangères, devant cette assemblée, et M. Moscovici s’en souvient parfaitement ! Qu’il y ait des insuffisances et des progrès à faire, personne ne le conteste, mais ce n’est pas en les stigmatisant, en s’érigeant en donneur de leçons que l’on fait avancer les choses ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre. – Protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

M. Jérôme Lambert. C’est sûr qu’avec Sarkozy on n’a plus de leçons à donner !

M. Julien Dray. Quelle tristesse !

M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Le Président de la République a parlé de la nécessité d’élargir les libertés et la question des droits de l’homme a été abordée durant cette visite par Rama Yade notamment.

Enfin, et c’est le plus important, c’est par le renforcement des liens avec l’Union européenne et les exigences en matière de droits de l’homme que ce dialogue impose, c’est par la construction d’une Union pour la Méditerranée que nous ferons progresser l’État de droit. Telle est l’ambition de tous les démocrates, la vôtre comme la nôtre ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre. – Vives protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. Bernard Roman. Vous devriez avoir honte !

M. Christian Paul. Trahison !

 

La différence entre la Corée-du-Nord et la Tunisie, sur le plan juridique, réside d'abord, c'est-à-dire avant toute autre considération, dans la nature des obligations internationales consenties par l'Etat. En effet, la Tunisie s'est, contrairement à la Corée-du-Nord, engagée de manière précise et inconditionnelle en ratifiant le Pacte des droits civils et politiques. Elle n'y a pas été contrainte et son geste volontaire l'honore tout parti