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Sommaire

N°154

 

 

 
 

 

 

 
 
 

 

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CS : Prorogation du mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre.

PROVENCE Anne Laure


 

Documents :

 

Résolution du Conseil de sécurité depuis 1999 :

Résolution 1789 du 14 décembre 2007

Résolution 1728 du 15 décembre 2006

Résolution 1687 du 15 juin 2006

Résolution 1642 du 14 décembre 2005

Résolution 1568  du 22 octobre 2004

Résolution 1548 (2004) du 11 juin 2004

Résolution 1475 (2003)

Résolution 1486 (2003)

Résolution 1517 (2003)

Résolution 1416 (2002)

Résolution 1442 (2002)

Résolution 1354 (2001)

Résolution 1384 (2001)

Résolution 1303 (2000)

Résolution 1331 (2000)

Résolution 1283 (1999)

Résolution 1251 (1999)

Résolution 1250 (1999)

 

 

Le 13 juin 2008, le Conseil de Sécurité a adopté la résolution 1818 relative à l’île de Chypre. Cette résolution, prise sur la base du rapport S/2008/353 du Secrétaire général, proroge le mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix (UNFICYP) sur l’île jusqu’ 15 décembre 2008. Il a également demandé aux deux parties chypriotes d’engager « d’urgence » des consultations avec la Force sur la démarcation de la zone tampon et sur l’aide-mémoire des Nations Unies de 1989, afin de parvenir rapidement à un accord sur les questions en suspens. De plus, la résolution, adoptée à l’unanimité, exhorte les parties à donner suite à l’élan acquis et à poursuivre leurs efforts pour définir dans la plus grande mesure possible les domaines de convergence et de désaccord.  Il les exhorte également à veiller à ce que des négociations véritables puissent commencer rapidement et sans heurt, conformément à l’accord du 21 mars et à la Déclaration conjointe du 23 mai (Documents accessibles aux annexes du rapport du SG S/2008/353).

L’accord du 21 mars et la Déclaration conjointe, ont montré une volonté politique renouvelée, de la part des gouvernements chypriotes grecs et turcs, de soutenir les efforts de l'Organisation des Nations unies et d'y participer pleinement et de bonne foi. Ils réaffirment l'attachement des dirigeants à une fédération bicommunautaire, bizonale et à l'égalité politique, comme il est envisagé dans les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment la résolution 1251 du 29 juin 1999, et manifesté l'intention d'envisager de nouvelles mesures de confiance civiles et militaires.

L’accord du 21 mars a porté la création de groupes de travail et de comités techniques qui ont posés les fondements de véritables négociations, en toute bonne foi, sur un règlement global et durable, sous les auspices de la mission de bons offices du Secrétaire général. Le Conseil avait d’ailleurs accueilli cet accord avec « une grande satisfaction » (Communiqué de presse) dans une Déclaration du président du Conseil.

Le partenariat évoqué, dans la Déclaration conjointe du 23 mai, par les deux dirigeants disposera d'un gouvernement fédéral, qui représentera une personnalité juridique unique au niveau international, ainsi que d'un État constitutif chypriote turc et d'un État constitutif chypriote grec qui jouiront du même statut. Le dirigeant chypriote grec, Demetris Christofias et son homologue turc, Mehmet Ali Talat, ont ainsi réaffirmé leur engagement à la création d'une fédération bicommunautaire et bizonale.

La résolution 1818 prend acte des progrès accomplis sur l’île en vue du règlement global de la situation et salue notamment  l’ouverture du point de passage de la rue Ledra qui a contribué à renforcer la confiance et l’interaction entre les deux communautés. Malgré les efforts entrepris, certains problèmes demeurent notamment le rétablissement à Strovilia du statu quo militaire antérieur au 30 juin 2000, par la partie chypriote turque et les forces turques.

Les réaction ne se sont pas faite attendre : la France s’est réjouie de l’adoption de cette résolution, le jour même ; et à la conclusion de son voyage à Chypre le 18 juin, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, B. Lynn Pascoe, a déclaré qu'il demeurait optimiste quant au développement de la situation dans le pays, les dirigeants chypriotes grec et turc étant « partis d'un bon pied avec l'appui solide de l'ONU ».

« L'attente au plan international est considérable. Nous voulons que ça marche et le plus tôt sera le mieux ». Espérons que la volonté politique des deux parties chypriotes associées aux efforts des Nations Unies aboutira au règlement de la situation sur l’île, où l’ONU a envoyé une force d’interposition en 1964 (Résolutions 186).

 

 

Nucléaire : propositions révisées EU+6 faites à l'Iran

Anne RAINAUD

 

 

 

 

 

 

Les 13 et 14 juin 2008, Javier Solana s'est rendu en personne pour rencontrer certains des hauts responsables iraniens (Manouchehr MOTTAKI, ministre des Affaires Etrangères et Saeed JALILI, Secrétaire du Conseil national suprême de la sécurité) afin de sortir par la voie diplomatique de la situation délicate dans laquelle se trouve et l'Iran et la communauté internationale. Parlant en tant que Haut représentant de la PESC, mais aussi au nom des 6 Etats parties prenantes dans cette négociation (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume Uni, Russie, P3 (UE) +3) Mr. Solana a fait une série de propositions, une "offre vaste et généreuse" selon la conférence de presse qu'il a tenue sur le sujet (cf. document Conseil Union Européenne S211/08 du 14 juin 2008)

L'union Européenne et les 6 Etats précités ont ainsi fait une proposition à l'Etat iranien (cf. document S210/08) à même de satisfaire l'ensemble des protagonistes ; la formule de Javier Solana est éclairante tout en soulignant la nécessité pour l'Iran de se conformer à ces obligations internationales : "There is a potential win-win here: Iran gets cooperation from the international community and the international community gets the reassurance it needs that Iran's nuclear programme is of a peaceful nature. In order to move forward, the Iranian leadership knows very well the condition. Cooperation with the International Atomic Energy Agency has to be total and the UN Security Council resolutions have to be implemented in full".

L'offre de coopération reprend largement la version de l'offre déjà présentée en juin 2006 (cf. propositions du 6 juin 2006) et alors rejetée par les responsables iraniens; elle est néanmoins présentée comme le point de départ pour de réelles nouvelles négociations et comme "une solution complète, à long terme et pacifique, du problème nucléaire iranien". Les propositions synthétiquement sont ainsi les suivantes :

- il s'agit de permettre à l'iran de développer un programme moderne sur l'énergie nucléaire, lui garantir l'approvisionnement en combustible nucléaire, l'aider dans la gestion des déchets nucléaires, soutenir ses programmes de R&D, y compris dans le domaine nucléaire mais uniquement une fois la confiance revenue. L'UE+5 reconnaît donc le droit de l'Iran à développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, en conformité avec les obligations du Traité de non-prolifération.

- coopération envisagée dans de très nombreux domaines : la sécurité régionale au Moyent Orient, la libéralisation du commerce, partenariat dans le domaine de l'énergie, environnement, infrastructure, transport, communications, science et technologie , high-tech, modernisation de l'agriculture, éducation, gestion de l'urgence, aviation civile...

La volonté de négocier doit se comprendre sous l'angle d'une volonté de voir une évolution : en cas de non réponse de l'Iran, le jeu des sanctions deviendra prioritaire. En l'occurrence, le Conseil de l'Union Européenne a décidé de prendre des nouvelles "mesures restrictives à l'encontre de l'Iran" si on reprend l'intitulé de la décision du Conseil du 23 juin 2008 mettant en œuvre l'article 7, paragraphe 2, du règlement (CE) no 423/2007 ; elle ne fait que modifier le règlement (CE) n° 423/2007 du 19 avril 2007 comme celui-ci l'y autorise, en élargissant la liste des personnes, des organismes et des entités visée à l'article 7, paragraphe 2 du règlement précité.
Ces mesures assimilées à une aggravation des sanctions contre l'Iran ne met pas celle-ci dans un climat serein; selon l'agence de presse de la République islamique, " le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Mahdi Safari a affirmé que l'Iran retirerait ses fonds dans l'Union européenne pour les investir dans d'autres régions en réponse aux sanctions de l'UE contre le pays" ... et que "l'UE subira des "pertes" si elle participe à des sanctions contre l'Iran, (...) car l'Iran a "des ressources de gaz et de pétrole que tout le monde veut acheter" (cf. communiqué de presse IRNA du 26 juin 2008). De même, en réaction "aux décisions partiales de l'Union européenne d'appliquer des sanctions financières contre l'Iran, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a conseillé aux 27 pays de respecter les droits légitimes du peuple iranien (;..); il a également "souligné que l'Iran dénonçait les approches illogiques et contradictoires de l'Europe qui ont décidé d'appliquer des sanctions contre l'Iran alors que le paquet de propositions incitatives des deux parties étaient en train d'être examinés"(cf. communiqué de presse IRNA du 24 juin 2008).

Article 7, paragraphe 2 du règlement (CE) n° 423/2007 : "Sont gelés tous les fonds et ressources économiques qui appartiennent aux personnes, entités ou organismes cités à l’annexe V, de même que tous les fonds et ressources économiques que ces personnes, entités ou organismes possèdent, détiennent ou contrôlent. L’annexe V comprend les personnes physiques et morales, entités et organismes non cités à l’annexe IV qui ont été reconnus conformément à l’article 5, paragraphe 1, point b), de la position commune 2007/140/PESC:

a) comme participant, étant directement associés ou apportant un appui aux activités nucléaires de l’Iran posant un risque de prolifération; ou

b) comme participant, étant directement associés ou apportant un appui à la mise au point par l’Iran de vecteurs d’armes nucléaires; ou

c) comme agissant au nom ou sur les instructions d’une personne, d’une entité ou d’un organisme visé aux points

a) ou b); ou

d) comme une personne morale, une entité ou un organisme détenu ou contrôlé par une personne, une entité ou un organisme visé aux points a) ou b), y compris par des moyens illicites".

 

 

La question des sanctions contre l'Iran : le consensus et l'action

La mesure adoptée par le Conseil de l'Union européenne à l'égard de l'Iran le 23 juin dernier illustre bien ce propos de la Ministre israélienne des affaires étrangères :

"The (...) problem is the need for a consensus. We must remember that Europe today has practically turned into one unit, and in making decisions - certainly of the kind needed in our context or with regard to actions we demand of Europe - they need a consensus. They need a consensus in the Security Council when it comes to Iran. A consensus is important but it also has a price, because in any dialogue about necessary sanctions or actions, the first price paid is a very low common denominator which is therefore less effective".

Jusqu'à présent le Conseil de sécurité et l'Union européenne ont adopté des sanctions non afflictives, des sanctions qui ne sont pas essentiellement destinées à causer un dommage à l'Etat visé, mais devraient le gêner dans la poursuite ou le développement d'activités illicites. Un embargo sur des biens qui ne relèvent pas de la filière nucléaire ou militaire, une sanction affectant les intérêts économiques de l'Iran dans leur globalité, etc. traduiraient une évolution de l'attitude envers l'Iran et supposeraient, aux yeux de plusieurs Etats, un changement réel de la situation de l'Iran, tel que celui qu'impliquerait la certitude officielle de l'existence d'un programme nucléaire militaire. Néanmoins la nouvelle décision de l'Union européenne aggrave nettement les sanctions et, sous couvert d'application de la Résolution 1803, elle pénalise l'économie iranienne dans son ensemble. Ce très bref dialogue est à cet égard très éclairant :

"(Confirmez-vous que l'Union européenne s'apprête à prendre des sanctions contre la banque iranienne Melli comme vient de l'annoncer Gordon Brown ?)

Comme elle l'a fait par le passé lors de l'adoption de résolutions similaires, l'Union européenne travaille sur des mesures de mise en œuvre de la résolution 1803 du Conseil de sécurité" (France, Actualités diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, Point de presse du 16 juin 2008).

Derrière l'apparente continuité de l'action européenne la décision du 23 juin 2008 marque un passage à un niveau supérieur. La liste des personnes physiques et morales est très longue (15 personnes et 16 entités) et surtout y figure la Banque Melli, la première banque commerciale d'Iran. Ses activités à Hambourg, Londres et Paris sont désormais interdites et, même si les autorités iraniennes ont eu le temps de déplacer les capitaux vers l'Asie, la décision européenne ne devrait pas être sans conséquences sur le plan financier et économique. Melli  est la première institution financière du pays avec plus de 3.100 succursales, dont 16 à l'étranger. Elle compte 45.000 employés pour un capital de 32 milliards de dollars. L'activité commerciale de l'Iran en Europe se complique et surtout l'ensemble du secteur bancaire dans cette région est concerné par la mise au ban de la Banque Melli.

Madame Livni semble dire qu'il y a des timorés et puis, il y a les courageux qui sont prêts à payer le prix de l'action. Les Israéliens seraient évidemment exemplaires de la seconde catégorie et cette attitude illustrerait le fossé qui s'est creusé entre Israël et la Communauté internationale. L'impatience que manifeste l'Etat juif dans l'affaire iranienne est compréhensible. Toutefois le consensus n'est pas une faiblesse, mais une force, une grande force, et il importe aujourd'hui que les 6 (P3 (UE) +3) préservent l'unité dans cette période de montée en puissance de la réaction collective face à l'Iran.

En élargissant le propos il n'est pas inutile de rapporter cette analyse du Ministre français des affaires étrangères :

"... Concernant le dossier iranien, George Bush a dit qu'aucune option n'est exclue. Cette vision des choses est-elle vraie également pour la France, y compris l'option militaire ?

R - Nous n'en sommes pas là du tout. Non, George Bush n'a pas dit qu'il allait bombarder ou qu’il utiliserait une option militaire.

Il s’est exprimé comme bien des leaders, les Russes, les Chinois, tout le monde est d'accord. Nous avons adressé une lettre proposant le dialogue mais en même temps, il est vrai qu’il faut des sanctions. Personne n'acceptera qu'il y ait une bombe menaçante, comme toutes les bombes d'ailleurs, mais, dans les mains de M. Ahmadinejad, elle l'est plus qu'ailleurs" (source).

(PW)

 

 

Point de presse du 24 juin 2008 de la porte-parole du Quai d'Orsay

3 - IRAN/NUCLEAIRE


 

(Comment allez-vous mettre en oeuvre les mesures prises hier à Bruxelles au niveau français ? Y a-t-il un calendrier déjà établi ?)

Ces mesures ont été adoptées dans le cadre d'un mécanisme qui a été décidé lors de l'application de la résolution 1737. Par ce mécanisme, l'Union européenne peut ajouter des entités et des individus aux listes du Conseil de sécurité des Nations unies. Vous vous référez à ce qui s'est passé hier : la décision du Conseil des ministres d'hier, nous allons bien sûr l'appliquer. Vous avez noté que la liste adoptée hier était très étendue. Cette liste est publique, il y a la banque Melli, qui est la première banque commerciale iranienne, et il y a d'autres entités ou individus de premier plan dont les 27 estiment qu'ils participent aux opérations iraniennes de prolifération.

Je vous rappelle à cette occasion l'offre que nous avons faite aux autorités iraniennes et qui a été présentée par M. Solana. Nous avons pris cette décision hier parce que nous attendons que l'Iran manifeste son intention de négocier réellement. Or, nous avons noté quelques déclarations qui montrent malheureusement que les Iraniens ne veulent toujours pas suspendre leurs activités sensibles contrairement à ce que demande le Conseil de sécurité. Les sanctions ne sont pas une fin en soi : nous avons une double approche qui allie dialogue et fermeté. Nous avons mis une offre sur la table et nous appelons l'Iran à faire le choix de la coopération et non de la confrontation, en suspendant ses activités sensibles pour que les Six et l'Iran puissent entreprendre des négociations.

(Concernant la liste des sanctions supplémentaires : est-ce que cela traduit un signe d'impatience, parce qu'il n'y avait pas un délai déclaré pour une réponse ?)

Je vous ai dit que si nous avions adopté cette décision hier, c'est parce que nous regrettions de ne pas constater du coté iranien la volonté de suspendre les activités sensibles.

(C'est pour accentuer les pressions ?)

C'est pour accroître la pression bien sûr. Mais toujours dans l'optique que j'ai rappelée : négociation et fermeté. Notre objectif est une solution négociée, une négociation avec l'Iran qui aura accepté de suspendre les activités sensibles comme le lui demande la communauté internationale.

(Quel est l'état actuel du statut des avoirs iraniens dans les banques en France ? Sont-ils gelés ?)

Il s'agit d'une question très technique. Cela doit dépendre des avoirs. Nous allons nous renseigner.

(Quelle est exactement la situation de la participation iranienne dans Eurodif ?)

On me dit que vous en trouverez le détail dans le document de référence d'Areva pour l'année 2006.

(Vous nous avez indiqué vendredi dernier les raisons pour lesquelles les offres ''approfondies'' faites aux autorités iraniennes avaient été présentées si tard. Est-ce qu'il est prévu que d'autres offres plus approfondies encore soient présentées ?)

Pourquoi dites-vous ''si tard'' ? Nous attendons toujours de la partie iranienne qu'elle manifeste sa bonne volonté en suspendant ses activités sensibles. Nous faisons aujourd'hui cette offre très approfondie. Vous êtes en train de nous demander si nous allons encore l'approfondir. Je trouve la question un peu étrange. Avant de savoir si nous allons encore l'approfondir, nous attendons la réponse à notre offre qui, je le répète, est très approfondie dans tous les domaines, en particulier pour la coopération dans le nucléaire civil. Nous attendons la réponse iranienne et nous espérons que cette réponse sera positive.

(Les Iraniens vous reprochent de ne pas leur laisser le temps de répondre ?)

Il faudrait savoir : monsieur me dit que l'on prend trop de temps et vous me dites qu'on ne leur laisse pas assez de temps. Laissons les Iraniens examiner notre offre qui est très approfondie et très conséquente et attendons leur réponse. Nous espérons vraiment que l'Iran va accepter de rentrer dans la négociation mais, comme je l'ai rappelé, pour rentrer dans la négociation il faut que l'Iran suspende ses activités sensibles.

(Concernant la décision d'hier contre la banque ? Ne croyez-vous pas que cette action trop pressée aggravera la situation ?)

Je ne crois pas. Dans la double approche qui est la nôtre, il est important de maintenir la pression pour amener les Iraniens à faire le choix de la négociation.

(Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien a critiqué la décision de l'Union européenne d'imposer de nouvelles sanctions au moment ou Téhéran étudie l'offre approfondie et considère qu'il y a une approche paradoxale de la part des Européens ?)

Nous cherchons vraiment à amener les autorités iraniennes à négocier avec nous. Nous constatons que du côté iranien il n'y a pas d'évolution, et nous notons les déclarations qui disent que l'Iran ne veut pas suspendre ses activités sensibles. La décision d'hier est donc un élément de pression pour amener les autorités iraniennes à changer d'attitude, à appliquer les résolutions du Conseil de sécurité, à venir dans la négociation et pour cela à suspendre les activités sensibles, en particulier tout ce qui est lié à l'enrichissement de l'uranium.

(Je ne comprends pas la chronologie des choses. M. Solana est parti à Téhéran avec cinq directeurs politiques afin de proposer une nouvelle offre aux Iraniens avec un addendum qui proposait une discussion possible concernant les modalités de négociations futures. Dix jours plus tard, on impose des sanctions, sans que l'Iran ait répondu à l'offre. Cela a-t-il été décidé par les 27 eux-mêmes ou bien ces sanctions étaient-elles déjà en discussion ?)

Nous constatons que lorsque les Iraniens font des déclarations publiques, c'est toujours pour dire qu'ils ne suspendront pas leurs activités sensibles. Et, en particulier depuis que M. Solana est venu présenter cette offre, des déclarations de ce type ont été faites par les autorités iraniennes.

Nous attendons une réponse iranienne et nous espérons que cette réponse sera positive. La décision prise hier par les 27 est un moyen de pression sur l'Iran afin de l'amener à changer d'attitude, à suspendre ses activités sensibles et à entrer dans la négociation. C'est l'intérêt de l'Iran, c'est aussi notre intérêt et c'est l'intérêt de toute la communauté internationale qu'il y ait une coopération entre nous tous.

Attendons maintenant la réponse iranienne concernant l'offre qui a été déposée par M. Solana.

 

 

 

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Accord de coopération sur le nucléaire civil Etats-Unis/ Russie

Anne RAINAUD

 

 

 

 

 

Les Etats-Unis développent avec nombre d'Etats des relations bilatérales dans un but de coopération en matière d'énergie nucléaire civile. Parmi les derniers notables accords menés par les Etats-Unis sur ce terrain, des rapprochements sont tentés avec deux Etats nucléaires "à forte personnalité", l'Inde et la Russie; certes la situation de ces deux Etats n'est pas comparable, mais nous verrons que le récent accord Etats-Unis/ Russie du 6 mai 2008 peut, tout comme l'antérieur accord Etats-Unis/ Inde (3 août 2007), rester lettre morte du fait d'un blocage parlementaire. Si la Russie est Partie au TNP (cf. état des ratifications par la Fédération de russie des traités sur les armes), ce n'est pas le cas de l'Inde qui a toujours refusé d'adhérer à ce traité, malgré ses activités dans ce domaine. Ainsi, 10 ans après les essais atomiques indiens (immédiatement suivis par ceux du Pakistan), l'Administration Bush a cherché à réhabiliter l'Etat indien (qui était sous embargo sur les matériels sensibles) et lui permet par cet accord d'obtenir un véritable statut de puissance nucléaire. Si le Congrès des Etats-Unis suivra son Président, le parlement indien fera pour sa part opposition et laissera la question non aboutie (activisme sur ce point du parti communiste, allié du Premier ministre Manmohan Singh). Quant à l'accord avec la Russie, c'est ici une association d'intérêts dans un domaine extrêmement sensible sur le plan de la souveraineté étatique et ce, avec le frère ennemi de la guerre froide. Ces accords sont, sans surprise, l'aboutissement d'assez longues négociations dont on peut trouver des traces dès 2006 (au moins). En l'occurrence, dans le cas de la Russie, V. Poutine, aura joué un rôle déterminant avant qu'il ne quitte son poste de président de la Fédération. Selon le message de la Maison Blanche, cet accord était une priorité des deux présidents : "The conclusion of this agreement, which advances U.S.-Russia nonproliferation and civil nuclear energy cooperation goals, has been a priority for both President Bush and President Putin". Cette pratique d'accords de coopération bilatéraux dans le nucléaire civil est néanmoins courante. Le président Bush le soulignait pour banaliser la signature de l'accord avec la Russie : "Currently, the United States has in force 22 bilateral agreements for peaceful nuclear cooperation, including an agreement with the European Atomic Energy Community (Euratom) permitting cooperation with the 27 Member States of the European Union" (cf. communiqué de la Maison Blanche du 6 mai 2008). Cependant, l'exécutif aux Etats-Unis se heurte lui-même dans cette démarche au Congrès et notamment au Sénat qui peut parfois jouer un rôle décisif dans le fameux "checks and balances".

L'Accord de coopération Etats-Unis Russie sur les usages pacifiques de l'énergie nucléaire s'incrit dans un contexte contradictoire : à l'optimisme de la Maison Blanche s'oppose le Sénat qui cherche à faire pression sur la politique russe menée à l'égard de l'Iran.

1.Un accord essentiel pour la coopération Etats-Unis Russie dans le domaine de l'énergie nucléaire.

Cet accord coopération (également appelé accord 123 par référence à la section 123 de la loi sur l'énergie atomique de 1954 révisée -Atomic Energy Act of 1954-) est considéré par l'exécutif américain comme une base juridique fondamentale afin de développer la coopération entre ces deux Etats dans le domaine des usages pacifiques de l'énergie nucléaire. Il fournira notamment un cadre pour des ventes commerciales potentielles de produits nucléaires civils de la Russie par des sociétés américaines. Il préparera également le terrain pour des "initiatives" à venir sur l'énergie nucléaire et la non-prolifération. En ce sens cet accord est dans la totale continuité des divers rapprochements formalisés entre ces deux Etats, notamment : la récente déclaration Etats-Unis Russie du sommet de Sochi (6 avril 2008, Strategic Framework Declaration Sochi Summit), la déclaration États-Unis Russie de juillet 2007 sur l'énergie nucléaire et la non-prolifération, le partenariat global globale pour l'énergie nucléaire (GNEP), ou encore l'ancien accord de 1993 sur l'uranium hautement enrichi (highly enriched uranium) extrait des armes nucléaires (HEU Agreement).

Une rapide exégèse de l'accord peut se résumer ainsi quant aux objectifs de coopération poursuivis:

-                            coopération scientifique et recherche sur l'énergie nucléaire dont les réacteurs nucléaires, le cycle du combustible, sur la fusion thermonucléaire, sur la gestion des déchets nucléaire,

-                            sûreté nucléaire et radioprotection,
- industrie nucléaire et commerce : cet aspect est notamment développé aux articles 3 et 4 de l'accord,

-                            cargaisons de "material moderator" (c'est à dire essentiellement de l'eau lourde ou tout autre matière intervenant dans le processus de fission (cf. définition donnée au point 7 de l'article 1er), matériel nucléaire (cf. définition donnée au point 8 de l'article 1er), technologies et équipements (cf. définition donnée au point 2 de l'article 1er), services dans le domaine du cycle du combustible, autant pour leur usage aux Etats-Unis qu'en Fédération de Russie,

-                            questions relatives à l'usage pacifique de l'énergie nucléaire, dont non prolifération, garanties de l'AIEA et protection de l'environnement

-                            le transfert de technologie nucléaire sensible ne pouvant se faire que par le biais d'un amendement à cet accord du 6 mai 2008; de même le transfert de matériel nucléaire ne pourra permettre un enrichissement supérieur à 20 pour cent.

L'accord de coopération devrait permettre aux Etats-Unis et à la Russie par ce rapprochement de mieux répondre, selon la présentation faite outre Atlantique, aux défis du 21ème siècle comme l'augmentation des besoins en énergie, le problème des gaz à effet de serre, la non prolifération nucléaire notamment grâce au recours à des technologies les plus récentes présentant un moindre risque de prolifération nucléaire, la lutte contre le terrorisme nucléaire, une meilleure maîtrise du cycle du combustible. Il s'inscrit donc dans un contexte de négociation générale sur ce thème ; ainsi signalons qu'en marge de cet accord des discussions se sont tenues sur des points extrèmement intéressants, notamment sur la question d'un centre international pour l'enrichissement de l'uranium(cf. déclaration de John C. Rood, sous l'autorité du Secrétaire d'Etat pour le contrôle des armes et la sécurité internationale, du 12 juin 2008): la Russie a proposé la création d'un tel centre afin d'éviter que les Etats ne développent par eux-mêmes leurs propres capacité d'enrichissement. Un centre international d'uranium enrichi existe déjà entre la Russie et le Kazakhstan, lequel pourrait servir sinon de base au moins de modèle sur la base duquel s'inspirer pour l'avenir. L'idée n'est pas nouvelle et les grands traités fondateurs sur le nucléaire avaient déjà envisagé des mécanismes d'internationalisation ; mais cela n'a jamais été soutenu en pratique.Il est étonnant de ne voir nullement mentionné dans cette déclaration une quelconque allusion à l'AIEA, mais peut-être celle-ci est-elle implicite.

 

2. Le Sénat des Etats-Unis s'invite dans la négociation.

Si le Congrès des Etats-Unis ne s'oppose pas à cet accord pendant un délai de 90 jours (la Douma ne menaçant pas pour sa part l'exécutif de la Fédération de Russie) à compter de sa transmission, celui-ci est alors prévu pour une durée de 30 ans. Or il s'avère que le 18 juin 2008, une proposition de loi du Sénat risque de bloquer le processus en imposant un accord conditionnel : en effet, selon ce texte, les Etats-Unis ne peuvent pas mettre en vigueur l'accord conclu avec la Russie sur la coopération conforme au chapitre 123 de l'Acte d'énergie nucléaire et ne peuvent pas exporter vers la Russie des matériaux ou biens, services et technologies nucléaires jusqu'à confirmation par le président américain au Congrès que la Russie a suspendu son soutien nucléaire et toutes les livraisons d'armes conventionnelles et de missiles à l'Iran et que l'Iran n'aura pas suspendu de façon complète, vérifiable et irréversible son programme d'enrichissement d'uranium (cf. description of an original bill titled the "iran sanctions act of 2008” Scheduled for Markup by the Senate Committee on Finance on June 18, 2008 : Paragraphe III : Nuclear Energy and Cooperation, A: U.S. – Russia Nuclear Cooperation, Description of Proposal : "The proposal provides that the Untied States may not enter into a 123 Agreement with Russia. The proposal further provides that the United States may not issue licenses for the export of any nuclear material, facilities, components, or other goods, services, or technology that fall within the scope of the 123 Agreement. Moreover, the United States may not approve the direct or indirect transfer or retransfer to Russia of any nuclear material, facilities, components, or other goods, services, or technology that fall within the scope of the 123 Agreement. These prohibitions remain in place unless the President certifies to Congress that (1) Russia has suspended all nuclear assistance to Iran and all transfers of conventional weapons and missiles to Iran; or (2) Iran has completely, verifiably, and irreversibly dismantled all nuclearenrichment-related and reprocessing-related programs".
Déjà le 7 mai 2008, soit le lendemain de la signature de l'accord par le président du groupe nucléaire russe Rosatom Sergueï Kirienko et l'ambassadeur américain en Russie William Burns, certains sénateurs ont demandé au Président Bush de ne pas soumettre cet accord au Congrès du fait de la politique de la Fédération deRussie à l'égard de l'Iran (cf. lettre des sénateurs Norm Coleman et Evan Bayh

Dans un souci de clarté sur le centre international d'uranium, le Sénat des Etats-Unis a également subordonné la participation financière des Etats-Unis dans la mesure où l'AIEA en assurerait le contrôle (cf. description of an original bill titled the "iran sanctions act of 2008” Scheduled for Markup by the Senate Committee on Finance on June 18, 2008 : Paragraphe III : Nuclear Energy and Cooperation, B. International Fuel Bank : "The proposal expresses the sense of Congress that the United States should support the creation of an international nuclear fuel bank by the IAEA. The proposal further expresses the sense of Congress that the President should ensure that the fuel bank has multilateral support, isunder IAEA control, and has necessary safeguards in place prior to making a contribution onbehalf of the United States").

 


 

U.S.-Turkey Agreement for Peaceful Nuclear Cooperation (123 Agreement)

U.S.-Turkey Agreement for Peaceful Nuclear Cooperation

 


 

U.S. and India Release Text of 123 Agreement

United States and India Complete Civil Nuclear Negotiations

 


 

International Energy Challenges and American Diplomatic Engagement 

 

 

 

 

Déclaration de Nuremberg sur la paix et la justice

Aude Vasseur

 

 

 

Le 20 juin 2008, l’Allemagne, la Finlande et la Jordanie ont remis au Secrétaire général et aux Etats membres de l’ONU la Déclaration de Nuremberg sur la paix et la justice. Cette déclaration reprend les conclusions d’une conférence internationale organisée du 25 au 27 juin 2007 sur le thème « Bâtir l’avenir sur la paix et justice ». Lors de cette conférence, 10 ateliers interdisciplinaires concernant la paix et la justice dans le cadre de la consolidation de la paix après les conflits ont rassemblés des experts venus de plus de 60 pays. En partant de l’étude d’expériences concrètes de consolidation de la paix, ils ont étudié les rapports entre la paix et la justice, entre le développement et la justice et entre les différents systèmes de justice, internationaux, nationaux et locaux. Les débats ont notamment porté sur le rôle des médiateurs dans le processus de paix, la question de l’amnistie, de la légitimité des acteurs de la justice transitionnelle, notamment des juridictions pénales internationales, et sur la question de la réconciliation (voir les documents de la conférence). Dans son rapport sur la conférence, SAR le Prince Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein a constaté que les objectifs de la paix et de la justice pouvaient parfois être contradictoires, mais qu’il existe un cadre moral et normatif pour résoudre ces dilemmes.     

La Déclaration contient d’abord une définition large de la paix et de la justice. D’une part, la paix est entendue comme une paix durable et la consolidation de la paix doit comprendre une approche à long terme passant par l’endiguement des racines des conflits et la promotion du développement durable, de l’état de droit et de la gouvernance, et du respect des droits de l’homme. D’autre part, la justice transitionnelle comprend la justice criminelle, mais également la recherche de la vérité, la réparation et les réformes institutionnelles. La définition de la justice renvoie aussi à la justice économique qui passe par un accès juste et égal aux biens publics et l’équité générale dans la société. La prise en compte de la justice économique confirme la nécessité de tenir compte du partage des richesses dans les sociétés post-conflictuelles et de l’égal accès aux ressources naturelles, questions qui pose problème actuellement dans la résolution du conflit soudanais.

La Déclaration énonce également une série de principes concernant la paix et la justice dans la phase post-conflictuelle. Elle consacre d’abord le principe de la complémentarité entre la paix et la justice. La recherche immédiate de la paix après les conflits ne peut donc se substituer à la nécessité de rendre la justice. La justice participe en effet à la reconstruction de la confiance au sein de la société et dans les institutions, ce qui permet de renforcer la paix à long terme.

Le deuxième principe concerne la nécessité de mettre fin à l’impunité. Il souligne l’émergence, notamment grâce à l’entrée en vigueur du Statut de la Cour internationale pénale, d’une norme juridique internationale selon laquelle les crimes internationaux intéressant la communauté internationale dans son ensemble ne doivent pas rester impunis. L’émergence de cette norme a deux conséquences. D’une part, elle implique l’interdiction des amnisties pour les auteurs de ces crimes. Cependant, la Déclaration ne nie pas la nécessité d’accorder des amnisties dans les situations post-conflictuelles, puisqu’elles sont souvent complémentaires de la libération des personnes emprisonnées pendant le conflit et de la réhabilitation de certaines personnes. Elle indique simplement que l’amnistie ne peut être accordée aux auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. D’autre part, l’émergence d’une norme internationale concernant l’interdiction de l’impunité des auteurs de ces crimes implique une extension de la responsabilité de protéger. En effet, la Déclaration indique qu’elle inclut non seulement l’obligation pour les Etats de prévenir ces crimes, comme la consécration de la responsabilité de protéger dans le Document final du Sommet de 2005 le prévoyait, mais elle oblige également les Etats à enquêter sur ces crimes et à en poursuivre les auteurs.

Le troisième principe rappelle que les victimes doivent être représentées et jouer un rôle central et actif dans la justice transitionnelle, dans la consolidation de la paix et dans la réconciliation.

Le quatrième principe consacre le rôle crucial de la légitimité des stratégies de consolidation de la paix et de justice transitionnelle. Cette légitimité repose sur le respect des standards internationaux, mais également sur une appropriation par la population locale. Notons que, dans le domaine de la consolidation de la paix, la Commission de Consolidation de la Paix de l’ONU axe ses travaux sur l’appropriation des mesures de reconstruction par la population. Dans le domaine de la justice, cette appropriation implique également un juste équilibre entre l’intervention des institutions de justice internationales, nationales et locales, qui incluent les processus traditionnels et communautaires de justice.

Enfin, le cinquième principe insiste sur le fait que la réconciliation passe par la justice, mais également par la recherche de la vérité grâce au dialogue entre les anciens groupes antagonistes concernant les différentes versions du passé.

La Déclaration comprend enfin une série de recommandations visant une meilleure mise en œuvre de ces principes dans les stratégies des acteurs internationaux et locaux concernant la construction de la paix, dans les mesures adoptées pour  traiter avec le passé et dans les stratégies de développement. Les acteurs prenant part à la consolidation de la paix dans les situations post-conflictuelles, y compris l’ONU, pourront faire référence à cette déclaration dans leurs décisions (voir le communiqué de presse).

 

 

 

Srebrenica : ouverture d’un procès contre l’Etat néerlandais et l’ONU devant un tribunal de La Haye

Aude Vasseur

 

 

 

 

 

Le 16 juin 2008, s’est ouvert devant la Cour de district de La Haye un procès contre l’Etat néerlandais et l’ONU concernant le massacre de Srebrenica. Les Pays Bas et les Nations Unies sont accusés par un survivant du massacre et la famille d’une victime d’avoir failli à leur obligation de protéger la population civile. Rappelons que l’enclave de Srebrenica avait été qualifiée de zone de sécurité par le Conseil de Sécurité et placée sous protection des troupes néerlandaises de la FORPRONU. De nombreux civils avaient trouvé refuge dans cette enclave, avant que les troupes néerlandaises ne décident de laisser les troupes commandées par Mladic entrer dans l’enclave. Plus de 8.000 personnes ont été massacrées. Le TPIY a qualifié ce massacre de génocide dans plusieurs affaires et est toujours à la recherche de Mladic.

A cette époque, Hasan Nuhanovic était interprète pour la FORPRONU et ses parents et son frère sont morts dans le massacre. Les autres plaignants sont la famille de Rizo Mustafic, qui était employé par la FORPRONU comme électricien et a également été assassiné. Ils accusent l’Etat néerlandais d’être responsable de négligence du fait de l’inefficacité de son armée dans la protection de la population civile. Ils estiment que les Pays Bas sont responsables de crimes de guerre, ont été impliqués dans un génocide et ont violé les droits de l’homme en remettant les civils à l’ennemi.

Cette affaire pose donc le problème de la répartition des responsabilités entre les Nations Unies et les Etats dans le cadre des opérations de paix placées sous contrôle du Secrétaire général de l’ONU. La défense soutient que les troupes néerlandaises étaient sous contrôle opérationnel de l’ONU et non du gouvernement néerlandais. En effet, dans ce type d’opération, les Etats mettent leurs troupes à disposition de l’ONU et le Secrétaire général prend les décisions opérationnelles et tactiques. Les commandants des bataillons nationaux sont simplement chargés d’appliquer ces décisions. Les avocats des plaignants ont cependant affirmé que l’ONU n’est pas en mesure d’assurer le contrôle opérationnel des troupes néerlandaises, car l’article 97 § 2 de la Constitution prévoit que les troupes armées néerlandaises sont placées sous contrôle suprême du gouvernement néerlandais. Ils estiment par conséquent qu’elles étaient effectivement placées sous contrôle du Ministère de la Défense. En effet, une partie de la doctrine considère que les autorités nationales demeurent responsables des actions de leurs troupes dans le cadre d’opérations de paix placées sous commandement du Secrétaire général de l’ONU, car elles en conservent le contrôle effectif.

La Cour de district de la Haye devrait rendre son jugement le 10 septembre 2008. Elle a également commencé à procéder aux audiences dans l’affaire dite des « Mères de Srebrenica ». Il s’agit d’une autre action collective engagée par une association représentant 6.000 femmes ayant perdu des membres de leur famille lors du massacre de Srebrenica. Elles cherchent aussi à faire reconnaître la responsabilité de l’Etat néerlandais et des Nations Unies pour pouvoir obtenir une réparation et surtout une reconnaissance de leur part.

 

 

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Débat au Conseil de sécurité au sujet du conflit frontalier entre l'Erythrée et Djibouti

Prof. Philippe WECKEL

 

 

 

Le Président en exercice du Conseil de sécurité, M. Alejandro D. Wolff (États-Unis), a fait une déclaration à la presse le 24 juin 2008 au sujet de la situation à la frontière entre Djibouti et l'Erythrée. On notera en particulier que "les membres du Conseil de sécurité ont demandé au Secrétaire général d’envoyer une mission d’établissement des faits à la frontière entre Djibouti et l’Érythrée". L'inquiétude monte au sujet  d'une confrontation militaire entre les deux pays de la Corne de l'Afrique. Elle entraînerait les forces françaises stationnées à Djibouti dans la bataille. La France s'y est engagée fermement.

On commence à comprendre quelle guêpe a piqué le gouvernement érythréen pour l'entraîner dans ce conflit frontalier. Jusqu'à présent il était demeuré très discret sur ses motifs et ses intentions. Devant le Conseil de sécurité le représentant de l'Erythrée a expliqué que l'Ethiopie avait installé un camp militaire sur le mont Mussa Ali. Or cet endroit se trouve être le point de jonction de la frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée avec la frontière de Djbouti tel que défini par la Commission des frontières (Ethiopie/Erythrée) constituée en vertu du Traité de paix d'Alger. Les arbitres ont procédé comme s'il n'y avait jamais eu de contestation relative à l'Île de Doumeira et à l'emplacement de la frontière de Djibouti.

Or on voit qu'aujourd'hui l'Erythrée est tenté de répondre à l'attitude de l'Ethiopie qu'il analyse comme une provocation remettant en cause le tripoint. Dans cette situation compliquée que les arbitres de la Commission des frontières n'ont pas contribuée à simplifier, Djibouti est une victime collatérale d'un conflit apparemment insoluble. Décidément l'arbitrage relatif aux frontières entre l'Ethiopie et l'Erythrée restera comme le règlement juridictionnel le plus calamiteux de l'Histoire (PW).


 

Décision de la Commission d'établissement des frontières du 13 avril 2002

3) The termination of the boundary

6.16 Article I of the 1908 Treaty provides that the boundary, running southeast and at a distance of 60 km from the coast, continues until it joins “the frontier of the French possessions of Somalia.” The reference to “the French possessions of Somalia” is understood by the Parties to refer to the State of Djibouti, which has ucceeded to “the French possessions of Somalia.” The 1908 Treaty does not establish a particular place on the frontier with Djibouti which would become a tripoint by virtue of the Treaty of 1908, but relies upon the 60 km formula to establish the location of the tripoint. The termination of the boundary of the 1908 Treaty at its easternmost extremity is the point, 60 km from the coast, where the boundary line meets the frontier of Djibouti. The exact location of this point (Point 41) will be specified in the demarcation phase, taking account of the nature and variation of the terrain as well as the precision made possible by large-scale survey maps.

Dans le disposif le tripont avec la frontière de Djibouti est défini de la manière suivante

n°41 latitude 12/ 28.3' longitude 42/ 24.(1' Eastern terminus at the border of Djibouti)

 

 

Speech by Eritrean Permanent Mission to the United Nations
By
Jun 25, 2008, 18:02

 

Excellencies,

The Government of Djibouti has been engaged in leveling incessant and baseless accusations against the Government of Eritrea for the past two months. These accusations have no bearing whatsoever with the facts and realities on the ground.

In the event, Eritrea did not respond to the hostile campaign. Instead it chose the path of restraint and patience.

This was for profound reasons. Because Eritrea is keenly aware that the provocative campaign originates from, and is designed and packaged, elsewhere. Indeed, Djibouti and its people cannot have, by any stretch of imagination, any interest in this affair. The issue is not, in reality, an agenda of, or a matter that regards Djibouti.

The fact is there is no good-faith territorial or other dispute between Eritrea and Djibouti. Djibouti's unwarranted hostile campaign is underpinned by, and synchronized with, other ulterior motives and regional developments.

Allow me, Excellencies, to elaborate more on the dimensions and ramifications of this manufactured crisis.

On 22 April this year, few weeks before the onset of this unwarranted campaign, the Ethiopian regime set up a new military camp on mount Musa-Ali. Ethiopia built a network of winding roads up the mount, and, deployed offensive, long-range, artillery and heavy equipment with the apparent knowledge and acquiescence of its major backers.

Musa-Ali is perked on a border junction of the three countries. The Eritrea-Ethiopia Boundary Commission (EEBC) has, in the course of its delimitation and demarcation Awards of the Eritrea-Ethiopia boundary, determined the respective sovereignties of both countries at this trilateral junction. Ethiopia's actions, six years after the EEBC Award, are in flagrant violation of these determinations.

In spite of these illegal acts of destabilization, Eritrea chose to keep silent so as to pursue its

established legal approach with higher focus.
 

 

But Eritrea's restraint in the face of this provocation only aroused further frustration on the forces who wanted to stir trouble by trampling the rule of law. A hostile campaign was set in motion and on June 10 this month, the Government of Djibouti was pushed to launch a provocative and meaningless military attack on our units in the border. Furthermore, Djibouti cried foul first to accuse Eritrea for the very acts that it had perpetrated as the local proverb goes: "a slingshot hits its target and emits a shrill cry first".

Djibouti thus did not only launch an unprovoked attack but leveled a trumped up and well-orchestrated accusation against Eritrea.

What was more appalling was the unbalanced and unwarranted Presidential Statement that t

he UN Security Council adopted on 12 June this month with the prodding and sponsorship

of the United States.

In spite of all these adversities, Eritrea did not relax but instead bolstered its restraint.

As I pointed out earlier, the underlying objective of the military provocation, using Djibouti as

the Trojan Horse, is to divert Eritrea from the main agenda – its legal pursuit to ensure Ethiopia's eviction from its sovereign territories in accordance with the final and binding determinations of the EEBC – and to embroil Eritrea in another front. The whole idea is to entangle us in mutual recriminations with Djibouti. This would lead to endless, fashionable, "mediation missions" and the aggravation of putative regional crises. This would in turn dilute and eclipse Eritrea's legal efforts to ensure international action towards the eviction of Ethiopian occupation from sovereign Eritrean territories.

That the architects of this "crisis" are officials in the US State Department and their allies in Addis Abeba is very clear indeed. As part and parcel of her routine vilification campaigns against Eritrea, the US Assistant Secretary of State for Africa claimed, on May 12 last month, that "Eritrea had made an incursion into Djibouti".

The timing of Djibouti's attack, which coincided with the US Presidency of the UN Security Council, also speaks volumes in itself. The Press Statement that the US Administration issued swiftly at 2:00 a.m. on Wednesday June 11 (just few hours after the attack) condemning Eritrea of "military aggression" is more than curious and betrays the game plan. The Peace and Security Council of the African Union was also "seized on the Eritrea-Djibouti problem" three times in May under the Chairmanship of the Ethiopian regime. The same charade occurred with IGAD in Addis Abeba this month. (These institutions have maintained a deafening silence on Ethiopia's violations of the AU Charter and its occupation of sovereign Eritrean territories for the last six years).

In this light, the new campaign this week in the Security Council is highly regrettable. Why has Djibouti been prompted to submit an accusation against Eritrea at this level? Why has the Security Council been summoned to discuss a dubious and irresponsible accusation against another Member State with such hastiness? When the Security Council has kept silent or shown little, if any, concern to Ethiopia's flagrant violation of international law and its occupation of sovereign Eritrean territories, how has it been persuaded now to discuss a "territorial dispute" that does not exist and where no territory has been occupied? Why is an unwarranted skirmish that Djibouti provoked in the first place being misconstrued "as an act of aggression" (US terminology) that deserves prompt consideration and action by the UN Security Council? Why is the issue being blown out of all proportions? We could ask endless

questions.

The Government of Eritrea wishes to underline again that it will not be plunged - through

provocations, enticements and other mendacious accusations - into a crisis to become a scapegoat for misguided policies that have failed miserably in our region.

Indeed, if the Security Council is genuinely concerned in maintaining regional peace and security, it must look elsewhere. It cannot, and must not, otherwise target the victim. For the former to happen, Eritrea believes and humbly requests the Security Council to examine seriously, and to take appropriate measures against, the misguided acts of the US Government that are contributing to the creation, complication and escalation of conflicts in our region.

Ministère de l'Information

http://www.shabait.com/staging/publish/article_008490.html

 

 



 

 

 

Quelques avancées nationales pour les populations autochtones :

Reconnaissance par le Canada de sa responsabilité pour sa politique assimilationniste / Reconnaissance du peuple Aïnou au Japon / Remise de terres en Nouvelle Zélande.

Karine RINALDI

 

 

 

 

« Les autochtones ont appris à avoir honte de qui ils sont. Pour cela, nous nous excusons […] le fardeau de cette expérience […] nous revient directement, en tant que gouvernement et en tant que pays ». Selon les mots du chef de l'opposition, « en tant que chef du Parti libéral du Canada, un parti qui a dirigé notre pays pendant 70 ans, je reconnais notre responsabilité et je m'excuse ».

Avec le but affiché d'assimiler les jeunes autochtones à la culture européenne majoritaire du pays, de 1874 à 1996 - date de fermeture du dernier pensionnat - plus de 150.000 enfants autochtones avaient été retirés de force à leurs familles et placés dans 132 établissements financés par le gouvernement fédéral et dirigés par des religieux. Nombre de ces enfants ont en outre subis des agressions physiques, psychologiques et sexuelles. Il existe environ 80 000 survivants, avec un âge moyen de 59 ans. Certains d’entre eux ont, au cours de cet événement, raconté leurs propres histoires, comme le chef algonquin Jimmy Papatie, de la communauté de Kitcisakik, victime d’un prêtre pédophile: « j'avais cinq ans quand je suis parti au pensionnat. Je suis sorti de là plein de rage. J'ai consommé. J'ai commis des actes de violence. J'avais 19 ans quand j'ai tenté de me suicider parce que je n'étais plus capable de vivre avec des fantômes […]. Même l'argent n'effacera jamais ça de la mémoire ». 

Puisqu’en mars 2007 le ministre des Affaires indiennes de l'époque avait soutenu ne pas avoir besoin de présenter de telles excuses, ces paroles prononcées le 11 juin dernier constituent un changement de cap de la politique canadienne. Mais, bien que cela paraisse indépendant, il ne faut pas oublier que dans ce pays est sur pied depuis le 1er juin 2008 une Commission de vérité et de réconciliation des pensionnats indiens, créée sur ordre des tribunaux. Elle est l'aboutissement d'un accord parmi les survivants des pensionnats et les représentants des Autochtones, des églises et du gouvernement du Canada. Son mandat est d'aider les Canadiens à connaître et à comprendre la vérité des séquelles des pensionnats, et de favoriser la réconciliation par l'instauration de nouvelles relations qui s'appuient sur la reconnaissance et le respect mutuels : « le processus de vérité et de réconciliation, qui s'inscrit dans une réponse holistique et globale aux séquelles des pensionnats indiens, est une indication et une reconnaissance sincères de l'injustice et des torts causés aux Autochtones, de même que du besoin de poursuivre la guérison ».     

Dans ces pensionnats indiens, au premier abord, deux types d’actes appelleraient à deux types de réparation : l’assimilation, qui répond à la volonté de faire disparaître une culture différente, et les atteintes à l’intégrité personnelle, les violences sexuelles. Cependant, le viol des filles, en parallèle avec la situation déjà observée en Afrique ou en ex-Yougoslavie, par exemple, peut également faire penser à un moyen d’assimilation, le viol pouvant être un moyen pour humilier, punir, contrôler, terroriser, éloigner les femmes et leurs communautés.

Ainsi, bien que des indemnisations soient prévues, la réparation doit également - et principalement - se faire à un autre niveau. Comme le reconnaît le Gouvernement, « cette politique a causé des dommages durables à la culture, au patrimoine et à la langue des autochtones». Ainsi, l’assimilation venant d’être reconnue comme néfaste par la Canada (l’OIT avait déjà changé de politique en 1989 par la révision de sa Convention 107 de 1957 !), la diversité culturelle doit être retrouvée.

Pour réparer ce processus de privatisation des identités culturelles, il est nécessaire de lutter contre les dénis de droits, discriminations religieuses, ethniques, le non-respect des conditions de travail et d’éducation. Les politiques de réparation historique doivent réparer les effets d’un accès inégal des individus à des ressources, au marché du travail et du logement et des instances décisionnelles et symboliques. Par ailleurs, un aspect fondamental est celui des terres : le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale avait, dans ses observations finales de mai 2007 sur la situation au Canada, noté « avec préoccupation que les revendications portant sur les droits territoriaux des autochtones sont traitées principalement par la voie contentieuse, à un coût exorbitant pour les communautés autochtones concernées vu les positions très conflictuelles adoptées par le Gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ». Ainsi, le Canada devrait mettre en œuvre la recommandation du Comité de régler les revendications territoriales, le Comité exhortait le Canada « à entamer […] des négociations de bonne foi fondées sur la reconnaissance et la réconciliation, et lui recommand[ait] à nouveau d’examiner les moyens de faciliter l’administration de la preuve en matière de droits et titres fonciers des autochtones dans le cadre de la procédure judiciaire ».

Les réparations ordonnées par la Cour IADH dans l’affaire du Massacre Plan de Sanchez - une affaire relative au massacre d’une communauté autochtone au Guatemala, pourraient être particulièrement intéressantes dans le cas canadien. Elles consistaient dans des traitements médicaux, psychologiques et psychiatriques obligatoires ; dans la réalisation d’une étude sur la culture ainsi que sa diffusion ; dans la mise en place d’un enseignement interculturel et bilingue.   

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Cette information est à mettre en parallèle avec un récent événement important au Japon : la reconnaissance par le Parlement, dans une résolution votée à l'unanimité, de l'existence du peuple indigène aïnou - qui vie depuis des millénaires dans l'archipel et qui a été contraint de renoncer à ses terres, langue et mode de vie par la « loi sur les anciens aborigènes de Hokkaido » adoptée en 1899 à Tokyo. Est affirmé pour la première fois que les Aïnous « sont un peuple indigène avec sa propre langue, religion et culture », le « gouvernement accepte solennellement le fait historique que le peuple aïnou a été victime de discrimination et a souffert de la pauvreté au cours de la modernisation [du] pays ». Mais ces avancées doivent également se traduire dans de réels engagements.

 Le progrès est encore plus grand en Nouvelle-Zélande : sept tribus maories ont signé le 25 juin dernier un traité par lequel le gouvernement néo-zélandais transfère à plus de 100 000 Maoris la propriété de 176 000 hectares qui appartenaient au gouvernement central.

 

 

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Populations autochtones et tribales, Général :

Système Interaméricain et peuples autochtones et tribaux 

Nations Unies et Peuples autochtones et tribaux

 

L’adoption par le Fonds Monétaire International de la réforme des quote-parts

Céline Bada

 

 

 

Le Conseil des gouverneurs du Fonds monétaire international (FMI) a adopté le 28 avril 2008 le programme de réforme du système de quotes-parts de l’institution. Cette décision s’inscrit dans le cadre de la Stratégie à moyen terme proposée dès septembre 2005 par Rodrigo de Rato (Directeur général du FMI de 2004 à 2007) avec le soutien du Comité monétaire et financier international (CIMFI).

Ce document amorce, au sein du FMI, une réflexion sur la mission de cette institution et son adaptation aux différents paradigmes de la mondialisation, en particulier ceux découlant des avatars d’un marché intégré : l’interdépendance des économies nationales, le développement des risques de diffusion des déséquilibres économiques, monétaires et financiers, et la vulnérabilité des pays émergents face aux perturbations de l’économie internationale. Rodrigo de Rato notait ainsi dans son premier rapport sur la Stratégie à moyen terme : «  it is not that globalization is new, for clearly it is not, but rather that it is now quantitatively and qualitatively different, and this has exposed gaps in the day-to-day work of the Fund » (Voir à ce sujet The Managing director’s report on the Fund’s medium-term strategy, 15 septembre 2005). Dans ce contexte, la réflexion sur le rôle du FMI proposé par ce rapport s’articule autour de trois préoccupations : d’une part affermir la mission de surveillance par laquelle le Fonds orientent les politiques de ses Etats membres en fonction de l’analyse de la situation économique mondiale. D’autre part soutenir le développement économique des Etats membres du Fonds et, plus particulièrement, répondre aux besoins de financement spécifiques des pays émergents et des pays à faible revenu. Il s’agit enfin de renforcer la légitimité du FMI par une réforme de sa « gouvernance », acception désignant l’ensemble des règles d’administration et de gestion de l’institution ce qui inclue le processus de prise de décision et la répartition des voix entre les Etats membres. Sur ce point, la position de Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI est que « la représentation de chaque pays au sein du FMI doit refléter les évolutions récentes de l’économie mondiale ».

Est ainsi posée la question de la répartition des quotes-parts, souscription des Etats membres du Fonds au capital de l’institution aménagée par les Statuts du FMI (« Une quote-part, exprimée en droits de tirage spéciaux, est assignée à chaque État membre […]. Les quotes-parts des autres États membres sont fixées par le Conseil des gouverneurs. La souscription de chaque État membre est égale à sa quote-part […]», article III, section 1). Le système de représentation retenu par les institutions de Bretton Woods se voulant une projection réaliste des rapports entretenus par les agents économiques, le montant des quotes-parts attribuées à chaque Etat est déterminé en fonction de la place de ce dernier dans l’économie mondiale. Entrent donc dans le calcul des quotes-parts des variables exclusivement économiques : le produit intérieur brut, les importations, les exportations et les réserves de change.

Dans cette logique, les quotes-parts fixent l’accès à l’aide financière accordée par le FMI, mais ils conditionnent surtout la représentation des Etats au sein des organes décisionnels  du Fonds. Ainsi, l’influence des Etats membres dans le cadre du processus décisionnel s’exerce à hauteur de leur participation financière aux ressources du Fonds, comme l’illustre la composition du Conseil d’administration du FMI. L’organe « responsable de la conduite générale du Fonds » ne compte que 24 administrateurs pour 185 Etats membres. Les cinq actionnaires les plus importants du Fonds (les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, la France et la Grande-Bretagne) disposent chacun d’un administrateur, tandis que dix-neuf administrateurs représentent les intérêts des cent quatre-vingts autres Etats réunis en circonscriptions. Pour exemple, une circonscription réunit des Etats aux réalités aussi diverses que le Ghana, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Iran, l’Afganistan, et le Pakistan. Parallèlement, vingt-quatre Etats d’Afrique de l’ouest, d’Afrique de l’est, ainsi que l’île Maurice et l’Union des Comores forment une seule circonscription.

Ce mode censitaire de répartition des voix a donc fait l’objet d’une longue controverse dans la mesure où dans la détermination de l’ordre économique international, il a contribué à renforcer l’emprise des pays riches industrialisés, et parallèlement, à marginaliser les voix des Etats en développement, principaux solliciteurs de l’aide publique internationale. Certes, l’attribution des quotes-parts fait l’objet tous les cinq ans d’une révision générale, suivie éventuellement d’un réajustement ; une révision ponctuelle est également possible à la demande d’un Etat. Néanmoins, la portée de ces révisions n’est que très relative puisqu’elles n’ont pas pour objet de remettre en question le mode de calcul des quotes-parts, c’est-à-dire le choix des variables utilisées et leur poids dans la formule.

En 2002, le Consensus de Monterrey (22 mars 2002), adopté à l’issue de la conférence internationale sur le financement du développement, a relayé les aspirations des Etats du Sud en soulignant « la nécessité d’élargir et de renforcer la participation des pays en développement et en transition aux processus de prise de décisions et de fixation de normes internationales dans le domaine économique [.] Dans le cadre du mandat et dans la limite des moyens des institutions et instances concernées, [les Etats réunis à Monterrey ont recommandé que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale continuent] à accroître la participation de tous les pays en développement et en transition à leur processus de prise de décisions et renforcer ainsi le dialogue international et les travaux entrepris par ces institutions pour répondre aux besoins et aux préoccupations de ces pays en matière de développement » (page 16, paragraphes 62 et 63). Le Conseil économique et social, dans le cadre de ses réunions spéciales de haut niveau avec les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du commerce, et l’Assemblée générale ont également servi de tribunes pour les revendications en faveur de la réforme des institutions de Bretton Woods. Ces questions ont en effet mobilisé les travaux de la Commission économique et financière de l’Assemblée générale (ou Deuxième commission) qui a relevé à plusieurs reprises « l’urgence d’une réelle participation des pays en développement au processus de prise de décisions et d’élaboration des normes financières internationales » (Communiqué de presse AG/EF/447, « Le fonctionnement des institutions de Bretton Woods doit refléter les aspirations légitimes des pays du Sud, estiment des délégations de la deuxième commission », 24 avril 2003). Il faut enfin rappeler le rôle du Groupe intergouvernemental des 24 pour les questions monétaires internationales et le développement. Le G24 constitue un forum de concertation visant à permettre aux pays en développement de définir une position commune sur les questions monétaires, financières et de développement. Depuis 2002, les Etats du G24 ont à chacune de leurs réunions –qui précèdent les Assemblées annuelles et les réunions de printemps du FMI– insisté sur le fait qu’il convenait « de renforcer la participation des pays en développement — en particulier des pays d’Afrique subsaharienne — dans la structure de prise de décision des institutions de Bretton Woods » (Communiqué du 27 septembre 2002 ).

Le FMI a pris acte de ces interpellations lors de l’Assemblée annuelle du Fonds et de la Banque mondiale de 2006, à Singapour. A cette occasion, les États membres du Fonds ont approuvé la Stratégie à moyen terme ainsi qu’un programme biennal de réformes nécessaires à sa mise en œuvre afin de « refléter le poids et le rôle relatifs des membres de l’institution dans l’économie mondiale », et pour que « les pays à faible revenu puissent mieux faire entendre leur voix » ( nous renvoyons aux Etudes thématiques du FMI, « La réforme des quotes-parts et de la représentation au FMI : réponse à l’évolution de l’économie mondiale », avril 2007).

Dans ce cadre, quatre principales mesures ont été adoptées par les gouverneurs:

·                Dans un premier temps, la révision et le réajustement ponctuels des quotes-parts de la Chine, du Mexique, de la Corée du sud et de la Turquie.

·                Ensuite, l’élaboration d’une nouvelle formule de calcul des quotes-parts : celle-ci devrait comprendre le PIB, le niveau des réserves de change et l’ouverture de l’économie.

·                Une nouvelle révision ponctuelle des quotes-parts à partir de la nouvelle formule de calcul est prévue afin de permettre la prise en compte de l’évolution de la place des pays émergents.

·                Les pays à faible revenu bénéficient quant à eux d’une augmentation des voix de base, nombre fixe de voix octroyées par le Fonds à tout État membre lors de son adhésion, nonobstant son poids économique. Cette procédure supposera au préalable une révision des statuts du Fonds. En effet, aux termes des Statuts de l’institution, « la majorité de quatre-vingt-cinq pour cent du nombre total des voix attribuées est requise pour toute modification des quotes-parts. La quote-part d'un État membre ne sera pas modifiée tant qu'il n'aura pas donné son consentement et qu'il n'aura pas effectué le versement, à moins que le versement ne soit réputé avoir été fait […] » (Statuts du FMI, article III, section 2, c et d).

·                Enfin, les administrateurs élus par un collège d’États numériquement important (essentiellement le collège composé des États africains), seront assistés par plusieurs collaborateurs.

Après la révision ponctuelle des quotes-parts de septembre 2006, la résolution du Conseil des gouverneurs du 28 avril 2008 pose donc le second jalon du programme engagé à Singapour, mais ne le concrétise pas tout à fait : la mise en œuvre effective de la réforme de la gouvernance du FMI nécessite une révision de l’acte constitutif du Fonds ; la procédure est en cours puisque les gouverneurs se sont prononcés favorablement sur la recommandation du Conseil d’administration. Mais cette décision reste à confirmer par les États, éventuellement par voie législative pour certains d’entre eux. Le Fonds précisait à cet égard en avril 2007 que le nouveau calcul des quotes-parts devait être « globalement acceptable pour l’ensemble des pays membres, tout en préservant et en améliorant l’efficacité du crédit ». Il ne s’agit donc pas, par cette réforme, de remettre en cause l’équilibre issu de la pondération des voix des Etats membres en fonction du poids de leur économie. A cet égard, et malgré l’aménagement d’un « mécanisme [permettant de maintenir] constant le ratio voix de base/total des voix attribuées au FMI » (Communiqué de presse n° 08/93, 29 avril 2008), l’on peut s’interroger sur la portée réelle de cette réforme pour les pays à faible revenu.

A cette première limite s’ajoute les insuffisances de la nouvelle méthode de calcul des quotes-parts. Pour opérer un véritable changement, elle aurait pu tenir compte, au-delà des indicateurs économiques, de paramètres permettant d’apprécier l’efficacité d’une politique économique en fonction de ses répercussions sur les conditions de vie des populations.

L’accueil réservé des pays en développement, représentés par le G24, est sur ce point éloquent : « Les ministres notent que le train des réformes proposé pour le FMI et soumis au Gouverneurs comporte quelques premières mesures positives […]. Ils soulignent toutefois que les réformes proposées ne font qu’amorcer la correction du déséquilibre fondamental de la structure de gouvernance. [Les ministres] se félicitent de l’accroissement des voix attribuées aux pays émergents [toutefois] la modification de la structure de vote et de la répartition des quotes-parts en faveur des pays en développement reste insuffisante » (Communiqué, 11 avril 2008).

 

Position des États en développement sur la question de la réforme de la gouvernance des institutions de Bretton Woods :

 

§                     Union africaine (UA)

-Position commune africaine sur la réforme des Nations-Unies dite « Consensus d’Ezulwini »

-Déclaration de Syrte (Lybie) :

§                     Groupe intergouvernemental des 24 pour les questions monétaires internationales et le développement

- Communiqué, 1er octobre 2004

- Communiqué, 21 avril 2006 

- Communiqué, 16 septembre 2006 

- Communiqué, 13 avril 2007 

- Communiqué, 19 octobre 2007 

 

 

Organisations internationales

 

ONU

Deuxième commission de l’AGNU :

- Projet de résolution « Système financier international et développement », 3 décembre 2007 (A/C.2/62/L.47) .

- Communiqué de presse AG/1413, « La capacité de l’ONU à répondre aux crises, la question iraquienne et le rôle des institutions de Bretton Woods dominent le débat de l’Assemblée générale », 25 septembre 2003 .

- Communiqué de presse AG/EF/447, « Le fonctionnement des institutions de Bretton Woods doit refléter les aspirations légitimes des pays du Sud, estiment des délégations de la deuxième commission », 24 avril 2003.


 

Ecosoc

- Communiqué de presse ECOSOC/6039, « La réunion entre l’ECOSOC, les institutions de Bretton Woods et l’OMC fait un diagnostic mitigé de la mise en œuvre du consensus de Monterrey », 14 avril 2003 

- Communiqué de presse ECOSOC/6059, « l’ECOSOC finalise le programme de la réunion de haut niveau avec les institutions de Bretton Woods et l’OMC qui aura lieu le 26 avril », 23 avril 2004

- Communiqué de presse ECOSOC/6060, « Les institutions de Bretton Woods et l’OMC prônent, avec l’ECOSOC et la CNUCED, la cohérence entre les politiques financières, commerciales et de développement », 26 avril 2004

 

FMI

Publications

- Bulletin du FMI pour la société civile, « Réunions de printemps: Compte rendu des travaux du Comité monétaire et financier international (CMFI) », Mai 2006.

- Séries des brochures n° 53 « La gouvernance du FMI : Processus de décision, surveillance, transparence, et responsabilité institutionnelle », Leo Van Houtven :

Comité du développement (Comité ministériel conjoint des Conseil des gouverneurs de la Banque et du Fonds sur le transfert de ressources réelles aux pays en développement),

- DC2003-0002, 27 mars 2003, « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition dans les instances décisionnelles de la Banque mondiale et du FMI » :

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Rapport d’étape présenté par les conseils de la Banque mondiale et du FMI » DC2003-0012, 12 septembre 2003.

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Rapport d’étape présenté par les conseils de la Banque mondiale et du FMI » DC2004-0014, 28 septembre 2004.

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Rapport d’étape » DC2005-0003, 4 avril 2005.

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Document de base » DC2005-0003/Add.2, 4 avril 2005.

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Note de référence préparée par les services du FMI» DC2005-0007, 13 avril 2005 

- « Renforcer la voix et la participation des pays en développement et en transition. Rapport d’étape présenté par les conseils de la Banque mondiale et du FMI » DC2005-0014, 9 septembre 2005.

 

Société civile

 

- Forum social européen, « Un agenda politique pour le développement de l’Union européenne », 16 décembre 2003.

- Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs, « Réseau pour le réforme des IFI ».

- Bretton Woods Project, critical voices on the Worldbank and IMF, « Lettre ouverte  sur la réforme institutionnelle du FMI, par des organisations de la société civile européenne ».

 

 

 

 

 

 

 

Fin de la réunion des États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer

Tidiani COUMA

 

 

 

 

 

Les 155 États parties à la CNUDM ont tenu leur dix-huitième Réunion du 10 au 20 juin 2008 à New York (v. Réunions précédentes). Au cours de cette session, ils ont abordé de nombreuses questions. Parmi les sujets examinés, on peut noter ceux relatifs, notamment, à la question de la répartition des sièges à la Commission des limites du plateau continental et au Tribunal international du droit de la mer ainsi que le rapport d’activités des trois institutions créées par la Convention à savoir l’Autorité internationale des fonds marins, le Tribunal international du droit de la mer et la Commission des limites du plateau continental. Nous limiterons dans cette au rapport d’activité du TIDM et à la question de la des sièges.

Les participants ont  adopté le Rapport annuel du Tribunal du droit la mer. Ce rapport a été présenté par le Président de l’institution, Rüdiger WOLFRUM . Il a porté le bilan  de l’activité de la juridiction durant l’exercice 2007. Dans son exposé M. WOLFRUM a souligné la situation exceptionnelle qui s’est présentée devant la juridiction en 2007. Celle-ci avait, en effet, été appelée à se prononcer dans le cadre de deux procédures d’urgence. Le Tribunal avait été saisi par le japon dans le cadre de différends l’opposant à la Fédération de Russie au sujet de l’arraisonnement de deux chalutiers de pêches, le Hoshinmaru et le Taminmaru (v. Sentinelle du 07 juillet 2007). Deux ordonnances ont été rendues à cet effet, le 6 août 2007 (v. Tribunal international du droit de la mer : Arrêts dans les affaires du navire 88th Hoshinmaru et du navire 53rd Tomimaru  Tidiani COUMA ; Tribunal international du droit de la mer : Affaire du « Hoshinmaru » (Japon c. Fédération de Russie), prompte mainlevée Danilo COMBA )

Dans ces affaires, les « demandes de la mainlevée de l’immobilisation  ont été portées devant le Tribunal le 6 juillet 2007 par le Japon, Etat du pavillon des deux  navires, contre la Fédération de Russie, au titre de l’article 292 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer ».

Le Président du Tribunal de Hambourg dira que « [L]’affaire du Hoshinmaru a valeur d’exemple : ce cas démontre que le mécanisme de règlement des différends internationaux est efficace et qu’au-delà de l’intérêt commercial qu’ont les armateurs à récupérer leurs navires dans les meilleurs délais, les procédures de prompte mainlevée ont également une portée humanitaire.  L’intervention du Tribunal peut en effet mettre fin à la détention éventuelle des équipages des navires arraisonnés ». Il faut rappeler que dans la seconde affaire, « le Tribunal conclut que la demande de la mainlevée de l’immobilisation du navire Tomimaru est sans objet». (v. sentinelle n°117).

Lors des travaux de la dix-huitième les Etats parties se sont également penchés sur la question de la de la répartition des sièges à la Commission des limites du plateau continental et au Tribunal international du droit de la mer. Ils ont en outre débattu des propositions qui ont été faites à la Réunion en vue de permettre à un certain nombre d’États de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent dans la soumission, à la Commission des limites du plateau continental, de leur requête concernant la délimitation de leur plateau continental au-delà de la limite des 200 milles nautiques.  La date butoir qui avait été arrêtée pour le dépôt de ces dossiers est en effet fixée au 13 mai 2009 (v. Document).

 

 RAPPORT DU TRIBUNAL INTERNATIONAL DU DROIT DE LA MER À LA RÉUNION DES ÉTATS PARTIES POUR 2007

Exposé et déclarations

 M. RÜDIGER WOLFRUM, Président du Tribunal international du droit de la mer, a indiqué qu’en 2007, le Tribunal avait tenu deux sessions, pendant lesquelles il a abordé un nombre de questions d’ordre juridique et judiciaire, ainsi que des questions d’ordre organisationnel et administratif, comme par exemple, la préparation du budget.  C’est ainsi qu’il a été procédé à l’examen du Règlement et de la pratique en matière judiciaire du Tribunal et de la compétence du Tribunal dans les affaires de délimitation maritime, a indiqué M. Wolfrum.  Les juges ont également étudié les documents établis par le Greffe qui se rapportent aux questions juridiques liées aux pipelines et aux ressources génétiques des fonds marins, a précisé M. Wolfrum.  De plus, le Tribunal a examiné des questions liées aux procédures concernant la prompte mainlevée de l’immobilisation des navires ou la prompte libération de leurs équipages, telles que l’introduction d’une demande de prompte mainlevée en vertu de l’article 292 de la Convention dans les affaires de pollution du Greffier et les délais impartis pour statuer sur deux ou plusieurs procédures de prompte mainlevée soumises simultanément.

 En 2007, le Tribunal a été amené, pour la première fois, à connaître de deux procédures urgentes introduites en vertu de l’article 292, a indiqué le Président.  Le 6 juillet, le Japon a saisi le Tribunal de deux affaires contre la Fédération de Russie, dans le but d’obtenir la mainlevée de l’immobilisation de deux navires de pêche, le Hoshinmaru et le Taminmaru.  Dans les deux cas, les autorités russes avaient arraisonné les navires alors qu’ils pêchaient dans la zone économique exclusive de la Fédération de Russie.  Le Tribunal a rendu ses arrêts dans les deux affaires le 6 août 2007, un mois après avoir reçu les demandes du Japon.  Les deux arrêts ont été adoptés à l’unanimité, s’est félicité Rüdiger Wolfrum.

 L’affaire du Hoshinmaru a valeur d’exemple, a-t-il souligné: c’est un exemple qui démontre que le mécanisme de règlement des différends internationaux est efficace et peut faire changer le cours des choses pour les États et les particuliers.  En effet, les autorités russes ont reçu la caution le 16 août 2007 et ont procédé à la mainlevée de l’immobilisation du navire et à la libération de son équipage le même jour, soit 10 jours seulement après que le Tribunal eut rendu son arrêt.  Un tel dénouement, a estimé le Président, démontre que les procédures de prompte mainlevée ne sont pas uniquement motivées par l’intérêt commercial qu’ont les armateurs à récupérer leurs navires rapidement.  Elles ont également une portée humanitaire incontestable.  Il arrive fréquemment que non seulement des navires, mais également leurs équipages, fassent l’objet de mesures de détention et c’est là où l’intervention du Tribunal peut peser sur le cours des choses, a relevé son Président.

 Abordant l’activité judiciaire du Tribunal, le Président a évoqué le différend entre le Chili et la Communauté européenne concernant la conservation et l’exploitation durable des stocks d’espadon.  Cette affaire soumise en 2000 reste inscrite au Rôle des affaires.  Les parties étant parvenues à un arrangement provisoire, elles ont demandé à plusieurs reprises que les délais pour la présentation des exceptions préliminaires soient prorogés.  La Chambre spéciale du Tribunal, constituée pour connaître de cette affaire, s’est réunie les 29 et 30 novembre 2007, afin d’examiner une nouvelle demande en ce sens émanant des parties.  Ayant reçu des parties les informations à l’appui de leur requête, la Chambre spéciale a décidé par ordonnance de proroger jusqu’au 1er  janvier 2009 le délai fixé pour la présentation des exceptions préliminaires, les parties se réservant toutefois le droit de relancer la procédure à tout moment, a précisé M. Wolfrum.

 Ces affaires montrent bien que le Tribunal peut, de diverses façons, contribuer grandement au règlement des différends internationaux, et ce même sans avoir à émettre un arrêt définitif et contraignant quant au fond d’une affaire dont il serait saisi, a-t-il dit.  L’introduction d’une procédure peut en soi faciliter le règlement d’un différend par voie de négociation entre les parties, comme l’atteste la pratique du Tribunal.

En outre, les avis consultatifs rendus par le Tribunal pourraient singulièrement faciliter le règlement de toutes sortes de différends, les affaires de délimitation maritime en étant un bon exemple, a souligné le Président.  Il s’agit souvent d’affaires politiquement délicates et d’une grande complexité du point de vue juridique et technique.  Si les États peuvent rechigner à se soumettre à la décision définitive et contraignante d’une tierce partie, ils n’en risquent pas moins d’éprouver des difficultés à régler leur différend par voie de négociation bilatérale sans faire appel à une tierce partie.  En pareil cas, a conclu le Président, le rôle consultatif du Tribunal peut les aider à parvenir à un règlement satisfaisant pour les deux parties.

 Le représentant de la Slovénie, qui prenait la parole au nom de l’Union européenne, a remercié le Tribunal international du droit de la mer pour ce rapport 2007.  Il a estimé que le Tribunal avait contribué de manière significative au règlement de disputes ainsi qu’à l’application du droit de la mer.  Il a pris note des deux cas soumis au Tribunal conformément à l’article 292 de la Convention.  La libération par les autorités de la Fédération de Russie du navire de pêche japonais Hoshinmaru après qu’une caution ait été fixée, démontre l’efficacité des procédures de prompte mainlevée, a précisé le représentant.  Il a aussi indiqué qu’il fallait permettre au Tribunal de gérer deux ou plusieurs demandes de prompte mainlevée en même temps.  Il s’est inquiété que 57 États parties à la Convention n’aient pas versé leur contribution pour 2007 au Tribunal et a appelé tous les États parties à s’acquitter de leurs contributions dans les délais, et en leur totalité. 

 Le représentant de l’Argentine a rappelé qu’un séminaire régional s’était tenu à Buenos Aires en mai, et qu’il avait porté sur la question du règlement des différends.  Ce séminaire a permis aux gouvernements de la région d’Amérique latine et Caraïbes d’approfondir leurs connaissances quant aux mécanismes d’accès au Tribunal. 

 Les représentants de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, de Trinité-et-Tobago, du Japon et des Bahamas se sont félicités de la qualité du rapport présenté par le Président du Tribunal international du droit de la mer.  Ils ont estimé que cette juridiction avait un rôle important à jouer dans le règlement des différends et qu’elle était le point focal pour développer et affiner le droit international de la mer.  Pour sa part, le représentant de la Fédération de Russie a rappelé qu’une bonne partie du rapport avait été consacrée aux cas pour le règlement desquels son gouvernement avait fortement collaboré.  Il a souligné à quel point les questions juridiques liées aux pipelines étaient importantes aux yeux de sa délégation.

 Le Président du Tribunal a salué les délégations de leur soutien et de la coopération dont avaient fait preuve les États parties envers le Tribunal au cours de l’année écoulée.

 

LES ÉTATS PARTIES À LA CONVENTION DES NATIONS UNIES SUR LE DROIT DE LA MER ADOPTENT LE RAPPORT DU TRIBUNAL INTERNATIONAL

 

Les États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer ont entendu, aujourd’hui, les exposés des responsables des trois institutions créées par la Convention et qui, respectivement sont: le Tribunal international du droit de la mer, la Commission des limites du plateau continental et l’Autorité internationale des fonds marins.

 Les participants à la dix-huitième Réunion des États parties à la Convention ont pris note du rapport annuel du Tribunal international du droit de la mer*, qui leur a été présenté par son Président, Rüdiger Wolfrum.  Les participants ont également pris note des informations communiquées par le Secrétaire général de l’Autorité internationale des fonds marins, Satya N. Nandan, etparle Président de la Commission des limites du plateau continental, Alexandre Tagore Medeiros de Albuquerque.

 Le Président du Tribunal international du droit de la mer, Rüdiger Wolfrum, a indiqué qu’en 2007, le Tribunal avait été amené, pour la première fois, à connaître de deux procédures urgentes, ouvertes par le Japon, qui a saisi cette juridiction pour des contentieux l’opposant à la Fédération de Russie, dans le but d’obtenir la mainlevée de l’immobilisation de deux de ses navires de pêche.

 Dans les deux cas, les autorités russes avaient arraisonné les chalutiers Hoshinmaru et Taminmaru alors qu’ils pêchaient dans la zone économique exclusive de la Fédération de Russie.  Le Tribunal a rendu, à l’unanimité, ses arrêts dans les deux affaires le 6 août 2007, soit un mois à peine après avoir reçu les demandes du Japon.

 « L’affaire du Hoshinmaru a valeur d’exemple », a souligné M. Wolfrum: ce cas démontre que le mécanisme de règlement des différends internationaux est efficace et qu’au-delà de l’intérêt commercial qu’ont les armateurs à récupérer leurs navires dans les meilleurs délais, les procédures de prompte mainlevée ont également une portée humanitaire.  L’intervention du Tribunal peut en effet mettre fin à la détention éventuelle des équipages des navires arraisonnés.

 Le Tribunal international du droit de la mer a été créé en 1982 par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer dans le but de régler les différends nés de l’interprétation et de l’application de la Convention.  Le Tribunal, qui siège à Hambourg, en Allemagne, est composé de 21 membres élus par les États parties à la Convention.  Il est également compétent pour connaître des différends relatifs aux activités liées aux fonds marins.

 S’agissant des travaux judiciaires du Tribunal, son Président a rappelé qu’une affaire demeurait inscrite au rôle, à savoir celle opposant le Chili à l’Union européenne au sujet de la conservation et de l’exploitation durable des stocks d’espadons dans le sud-est de l’océan Pacifique.  Cette affaire avait été soumise à une Chambre spéciale constituée en 2000, a rappelé M. Wolfrum.

Les parties étant parvenues à un arrangement provisoire, elles ont demandé à plusieurs reprises que les délais pour la présentation des exceptions préliminaires soient prorogés.  À la suite de cette requête, la Chambre spéciale a décidé de proroger, jusqu’au 1er janvier 2009, le délai fixé pour la présentation des exceptions préliminaires, les parties se réservant toutefois le droit de relancer la procédure à tout moment, a précisé M. Wolfrum.

 Dans l’après-midi, le Président a présenté un état des exercices financiers 2005-2006 et 2007-2008 du Tribunal, ainsi que le projet de proposition de budget pour l’exercice 2009-2010**.

 

 

Assemblée générale

MER/1903

 

Convention des Nations Unies sur le droit de la mer

Réunion des États parties

Dix-huitième Réunion

119e et 120e séances – matin & après-midi

DROIT DE LA MER: LES ÉTATS PARTIES À LA CONVENTION DISCUTENT DU DÉLAI DE SOUMISSION DES REQUÊTES CONCERNANT LA DÉLIMITATION DE LEUR PLATEAU CONTINENTAL

 

Ils cherchent un consensus sur la question de la répartition des sièges à la Commission des limites du plateau continental et au Tribunal international du droit de la mer

 Les États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer ont débattu, ce matin, des propositions qui ont été faites à la Réunion en vue de permettre à un certain nombre d’États de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent dans la soumission, à la Commission des limites du plateau continental, de leur requête concernant la délimitation de leur plateau continental au-delà de la limite des 200 milles nautiques.  La date butoir qui avait été arrêtée pour le dépôt de ces dossiers est en effet fixée au 13 mai 2009.

Plusieurs pays, dont la République-Unie de Tanzanie, le Cap-Vert, le Sénégal ou les Îles Salomon, ont souligné la complexité technique et le coût financier élevé de la préparation de ces demandes que les États côtiers doivent déposer auprès de la Commission des limites du plateau continental.  Si certaines délégations participant à la Réunion ont indiqué que leur gouvernement remettrait à temps leur requête, la majorité des États ont reconnu qu’en la matière, les pays en développement faisaient face à un défi de taille du fait de la pénurie dont ils souffrent en termes de ressources financières et de capacités techniques et logistiques.

Face à ce constat, plusieurs États parties, dont, entre autres, le Costa Rica, l’Inde, le Panama et le Chili, ont demandé que soit repoussée la date limite de dépôt des requêtes relatives à la délimitation du tracé de leur plateau continental.

 D’autres pays, comme l’Afrique du Sud, la Norvège, l’Islande, la Slovénie; qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, ou encore, le Kenya, ont appuyé la suggestion qui a été faite qu’il soit permis aux États côtiers de soumettre à la Commission des informations préliminaires avant la date butoir, puis ensuite de déposer le dossier finalisé d’une demande complète.

Dans leur grande majorité, les États parties ont toutefois souligné qu’il fallait respecter l’intégrité de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et ont indiqué que le fait pour un État côtier de ne pas présenter de demande à la Commission n’affectait pas le droit inhérent qu’a cet État concernant son plateau continental.

Le représentant de la Chine a toutefois rappelé que les demandes faites par les États devaient être les plus précises possibles en raison des conséquences qu’elles peuvent avoir sur les droits et les intérêts d’autres pays.  Insistant aussi sur l’importance de ces requêtes, le représentant de Singapour a en outre noté que l’établissement des limites extérieures du plateau continental permettra notamment de préciser les limites géographiques de la « Zone », à l’intérieur de laquelle se trouvent les ressources du patrimoine commun de l’humanité.

 Cet après-midi, les États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer ont également examiné la répartition des sièges à la Commission des limites du plateau continental et au Tribunal international du droit de la mer.  Les représentantes de l’Égypte; s’exprimant au nom Groupe des États d’Afrique, et des Philippines; au nom du Groupe des États d’Asie, ont ainsi demandé que la distribution actuelle soit revue.  Elles ont souligné que l’augmentation du nombre d’États parties provenant de ces deux grands Groupes devait être prise en considération et reflétée dans la répartition.  Le Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, et celui des États d’Europe de l’Est ont respectivement quatre et trois sièges alors qu’ils représentaient 22 États parties, a notamment fait remarquer la représentante de l’Égypte.

 Le représentant de l’Espagne; qui s’exprimait au nom du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, a pour sa part estimé que si elle était suivie, la suggestion du Groupe africain et du Groupe asiatique donnerait 11 sièges à ces deux Groupes, tandis que les trois autres grands Groupes en recevraient 10.  Appuyé par les points de vue de la délégation des Bahamas; qui parlait au nom du Groupe des États d’Amérique latine et des Caraïbes, et de celle de l’Arménie; qui prenait la parole au nom du Groupe des États de l’Europe de l’Est, le représentant de l’Espagne a souhaité que toute décision sur cette question soit prise sur la base du consensus.

 Après une suspension de séance, le Groupes des États d’Afrique et le Groupe des États d’Asie ont présenté un projet de décision sur la question, en notant que, pour l’heure, les États n’étaient pas encore parvenus à un consensus.  Les représentants des autres grands groupes régionaux ont souligné qu’ils avaient besoin de temps pour analyser le texte qui leur était soumis et ont demandé que les consultations officieuses sur cette question se poursuivent.

 Par ailleurs, ce matin, alors qu’elle examinait les questions budgétaires relatives au Tribunal international du droit de la mer, la dix-huitième Réunion des États parties a pris note du rapport du Tribunal pour les périodes financières 2005-2006 et 2007-2008*.  Elle a également décidé de sélectionner en tant que Commissaire aux comptes pour la période 2009-2012**, le cabinet d’audit BDP Deutsche Warentreuhand, qui a été jugé comme étant le soumissionnaire ayant fait la meilleure proposition, basée sur le principe du mieux-disant et du meilleur coût.

 La prochaine séance plénière de la dix-huitième Réunion des États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer aura lieu demain, mercredi, le 18 juin, à 10 heures.

 

* SPLOS/175

** SPLOS/176

 

COMMISSION DES LIMITES DU PLATEAU CONTINENTAL

 

Charge de travail de la Commission (SPLOS/INF/20, SPLOS/INF/20/ADD.1 ET SPLOS/INF/20/ADD.2)

 

Capacités des États, en particulier des États en développement, de s’acquitter des obligations que leur imposent l’article 4 de l’Annexe II à la Convention et l’alinéa a) de la décision énoncée dans le document SPLOS/72

 

Déclarations

 

Le représentant du Cap Vert a souligné l’importance de la Convention de 1982, rappelant qu’elle avait notamment permis la redéfinition de la carte politique des océans.  Il a reconnu que les États côtiers en développement et les États insulaires avaient bénéficié positivement du régime de la Convention.  Il a toutefois estimé qu’il existait un monopole exclusif des sources des connaissances, qui reste contrôlé par les pays développés.  Il a rappelé que des instituts de ces pays faisaient, chaque année, la collecte de données à travers les océans, dont la plate-forme des plateaux continentaux d’autres États.  Il a fait remarquer que ces pays industrialisés possédaient des informations importantes sur les plateaux d’autres États, mais qu’ils ne les rendaient pas disponibles à ces mêmes États.  Les coûts des projets de recherche sont élevés et exigent un personnel spécialisé, a fait remarquer le représentant.  Il a par exemple indiqué que le Cap-Vert, qui dispose de peu de ressources, devait obtenir des informations disséminées dans divers instituts de recherche des pays développés afin de préparer sa soumission à la Commission des limites du plateau continental.  Tout en notant les progrès accomplis par son pays, il a déclaré que le Cap-Vert ne serait pas en mesure de respecter la date limite de mai 2009 pour déposer son dossier.  Il a rappelé que son pays avait demandé que cette date soit repoussée, mais a aussi indiqué que sa délégation restait prête à examiner toutes autres propositions qui permettraient aux pays en développement de présenter leur soumission.

Le représentant de la Slovénie, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a fait remarquer qu’on prévoyait une augmentation significative de la charge de travail de la Commission.  Insistant sur l’importance des travaux de la Commission, il a affirmé qu’elle devait maintenir le haut niveau d’expertise requis pour les examens des soumissions des États.  Enfin, il a rappelé que le Secrétaire général devait rendre public le résumé des recommandations approuvées par la Commission. 

 Le représentant de la République-Unie de Tanzanie a noté que de nombreux États faisaient face à des difficultés financières et techniques en ce qui concerne le respect de la date butoir de mai 2009.  Il a indiqué qu’en dépit de ces défis, la République-Unie de Tanzanie préparait sa demande concernant l’élargissement de son plateau continental au-delà des 200 milles nautiques.  Il a noté que cette soumission devrait se faire dans les délais fixés.  Exhortant tous les pays développés à renforcer les capacités des pays en développement et à les aider à présenter leurs demandes, il a insisté sur le rôle crucial de la formation et des transferts de technologies.  Il a souligné que les États parties devaient adopter une démarche pragmatique et tenir compte de la capacité des États, surtout ceux en développement, à tenir ces délais.

 Le représentant du Sri Lanka a indiqué que cette dix-huitième Réunion des États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer devait faire preuve de souplesse en ce qui concerne le respect de la date butoir de dépôt par les États de leur soumission auprès de la Commission des limites du plateau continental, fixée à mai 2009.

Le représentant de l’Afrique du Sud a déclaré qu’il y avait autant de raisons de repousser la date de mai 2009 que de la maintenir.  En effet, de nombreux États ne seront pas en mesure de présenter leur soumission en mai 2009, a-t-il constaté.  Mais d’un autre côté, a-t-il fait observer, la Commission aura de grandes difficultés à faire face au volume de soumissions, ce qui exige que cette date soit revue.  L’Afrique du Sud a néanmoins, en ce qui la concerne, l’intention de respecter cette date limite, a conclu le représentant.

 Le représentant des Îles Salomon a apporté son appui à l’appel lancé par les pays en développement qui ont exprimé la nécessité de repousser la date butoir de dépôt des soumissions, initialement fixée à mai 2009.  Le manque de ressources appropriées et de compétences techniques auquel se heurtent ces pays est en effet devenu un véritable handicap, ce qui fait que les Îles Salomon, en ce qui les concerne, ne pourront probablement présenter que des soumissions partielles, a relevé le représentant.  Les États devraient pouvoir avoir la latitude de compléter leur soumission au fur et à mesure de leurs moyens, a-t-il préconisé.

 Le représentant de Maurice a annoncé que son pays allait présenter sa soumission dans les délais prévus, soit avant le 13 mai 2009.  Il a demandé que de plus amples informations soient fournies à sa délégation par la Commission des limites du plateau continental, sur les modalités et les principes fondamentaux des présentations conjointes.  S’agissant de la charge de travail de la Commission, il a exhorté la Commission à trouver des voies pour que les soumissions soient examinées dans des délais raisonnables.  Par ailleurs, il a partagé la préoccupation de certains autres États en ce qui concerne le délai fixé pour la soumission des dossiers.  Il s’est dit prêt à envisager l’idée de prolonger le délai fixé et revoir la date limite de dépôt des demandes en vue de satisfaire les États qui ont besoin de plus de temps.  Le représentant a aussi lancé un appel à tous les États afin qu’ils appuient les pays en développement dans la confection de leurs dossiers de soumission.  Il a également exhorté les pays en développement à se servir de toutes les possibilités qui leurs sont offertes pour renforcer leurs capacités dans ce domaine.

 Le représentant de la Chine a noté qu’il ne restait plus que 11 mois avant la date butoir de dépôt des soumissions.  Il a affirmé que cela mettait beaucoup de pression sur les pays en développement et que cette dix-huitième Réunion des États parties à la Convention devait traiter de ce défi de manière prioritaire.  Il a annoncé que la Chine se préparait à présenter sa propre soumission mais avait encore de nombreuses questions sur la délimitation du bord extérieur de son plateau continental au-delà des 200 milles nautiques.  Il a rappelé que la délimitation, une fois faite, était finale et contraignante.  Le représentant a aussi souligné que cette délimitation avait des effets sur d’autres États parties, autres que ceux qui ont décidé de présenter une soumission à la Commission.  Insistant sur la difficulté d’établir les limites du plateau continental, il a estimé que certains éléments n’avaient pas été bien pris en compte lors de la rédaction de la Convention.  S’agissant de la date butoir, le représentant a estimé qu’il fallait permettre à tous les États de présenter leur soumission avec des données scientifiques suffisamment fiables. 

 Le représentant du Canada a indiqué qu’un volume de travail accru devait déboucher sur une amélioration des méthodes de travail de la Commission.  Il a reconnu l’importance de la question des délais de soumission et estimé qu’il fallait traiter de la question d’une manière qui soit à la fois inventive et équitable.  Il a insisté sur la nécessité d’élaborer toute décision qui serait prise sur la base du consensus.  Dans cette perspective, il a noté qu’il fallait d’abord aborder la question de manière officieuse.

 Le représentant du Brésil a déclaré que tout État côtier devrait pouvoir, dans des délais raisonnables, présenter une demande révisée ou une nouvelle demande à la Commission.  Il a proposé qu’une étude de toutes les ressources disponibles soit menée pour informer les États de la possibilité d’en tirer parti pour l’élaboration de leur demande de soumission.

 Le représentant de Trinité-et-Tobago a indiqué qu’il fallait entendre les préoccupations des pays en développement en ce qui concerne la présentation de leur soumission d’ici à mai 2009.

 Le représentant de la Norvège a demandé à tous les pays qui n’ont pas encore présenté leurs demandes de le faire dans les meilleurs délais, même s’il a reconnu qu’il existait des raisons économiques, techniques ou financières qui les poussent à ne présenter que des demandes partielles.

 Le représentant du Suriname a dit que sa délégation soutenait la proposition faite par certains États concernant la prolongation du délai de présentation des demandes afin de ne pas compromettre le droit des États côtiers à définir les limites de leur plateau continental.  Il a indiqué que son pays présenterait son dossier dans les délais prévus, soit avant mai 2009.

 Le représentant de la Slovénie, parlant au nom de l’Union européenne, a reconnu les difficultés rencontrées par certains États parties pour respecter le délai de soumission des demandes.  Il a estimé que les États devaient faire tout ce qui était possible pour respecter cette date.  Toutefois, conscient de la complexité scientifique du travail de présentation, il a dit que l’Union européenne était prête à entendre les solutions proposées, qui doivent être prises sur la base du consensus.

 Le représentant de Singapour a estimé que la question des délais était importante pour tous les États, et pas seulement ceux concernés, car l’établissement des limites extérieures du plateau continental permettra notamment de préciser les limites géographiques de la Zone, où se situent les ressources du patrimoine commun de l’humanité. 

 Le représentant des Palaos a exprimé des préoccupations quant à la capacité de son pays à présenter une demande complète d’ici à mai 2009.  Il a salué au passage les propositions faites pour surmonter ces difficultés.  Son homologue du Sénégal a estimé que les délais existants pour la présentation des demandes de soumission ne pourront pas être respectés par un certain nombre de pays.  Il a donc proposé de proroger le délai initialement fixé à mai 2009, quitte à introduire la possibilité de présenter des demandes partielles.  Ensuite, il faut faciliter l’accès des pays qui ont besoin de ressources au Fonds d’affectation, a-t-il estimé.  La représentante du Kenya a estimé quant à elle que la détermination des limites du plateau continental avait également des incidences sur le travail de l’Autorité internationale des fonds marins.

 La représentante de Cuba a réitéré l’engagement de son pays à présenter sa demande avant la date butoir fixée.  Toutefois, elle a estimé qu’il fallait prendre en considération la question relative aux capacités des États.  Plusieurs délégations ont indiqué que leurs pays avaient des problèmes financiers ou techniques pour leur présentation, a-t-elle constaté.  Elle s’est dite en faveur de la préservation du droit des États à présenter leur soumission. 

 Le représentant de la Nouvelle-Zélande a reconnu les difficultés posées par la préparation des soumissions et a insisté, à cet égard, sur l’importance du renforcement des capacités et de l’assistance technique.  Il a estimé que la date butoir n’avait pas de conséquences juridiques sur le droit d’un État concernant l’étendue de son plateau continental puisque ce droit lui était inhérent au titre du droit international.  Il s’est dit favorable à la présentation d’informations intérimaires, suivie d’une présentation complète de dossier. 

 Le représentant de l’Islande a aussi rappelé les droits inhérents qu’ont les pays sur leur plateau continental et affirmé que la non-présentation d’une demande auprès de la Commission n’affectait pas ces droits.  Toutefois, il a encouragé tous les États à faire tout ce qui était possible pour présenter leur demande dans les temps.  Il a dit que sa délégation partageait l’avis de certaines autres délégations, selon lesquelles la Commission devrait accepter des demandes préliminaires d’États qui ne sont pas en mesure de respecter les délais fixés.  Il a précisé que ces demandes seraient complétées par la suite.  Il a aussi insisté sur l’importance d’obtenir un consensus sur cette question. 

 Le représentant de l’Inde a reconnu les problèmes auxquels font face de nombreux pays en développement concernant les soumissions relatives au plateau continental.  Celui de l’Argentine a repris la proposition de la Norvège, selon laquelle les États qui sont dans cette situation devraient pouvoir présenter des demandes partielles.  Il a ajouté que les États parties à la Convention devaient reconnaître qu’une telle option ne doit cependant pas créer de précédent.  Le représentant d’Oman a déclaré pour sa part que son gouvernement avait l’intention d’exercer sa souveraineté sur son plateau continental.  Oman préparant actuellement sa demande, le représentant a annoncé qu’il ne serait cependant pas en mesure de la présenter dans les délais.

La représentante du Costa Rica a souscrit à la demande qu’ont faite plusieurs États de prolonger le délai de soumission auprès de la Commission des limites du plateau continental.  Notant la complexité des ressources techniques, logistiques et financières nécessaires pour la préparation des dossiers, elle a indiqué que son pays, malgré tous ses efforts, ne pourrait peut-être pas respecter la date butoir.

 Le représentant du Japon a annoncé que son pays devrait être en mesure de présenter une demande complète au début de l’année prochaine.  Il s’est toutefois dit très sensible aux difficultés rencontrées par certains États Membres et s’est dit disposé à discuter de solutions pratiques pour surmonter ces obstacles.  Il a par ailleurs indiqué qu’il fallait préserver l’intégrité de la Convention.

 Le représentant de la Sierra Leone a affirmé qu’il fallait aider la Commission à faire face à sa charge de travail accrue, notamment en tenant compte du niveau de ressources et faire en sorte qu’il soit approprié.  Il a dit qu’il partageait l’avis selon lequel la date butoir fixée pour le dépôt des soumissions devrait être reportée.  Enfin, il a dit que son pays serait en mesure de présenter une demande préliminaire avant la date butoir.

 Le représentant de la Fédération de Russie a déclaré qu’il fallait respecter l’intégrité de la Convention, tout en tenant compte des difficultés rencontrées par certains pays en développement.

 Son collègue du Chili a indiqué que son gouvernement travaillait à la préparation de sa demande mais qu’il lui serait difficile de la présenter en mai 2009.

 Le représentant du Bénin a ensuite estimé que la question du volume de travail était aussi liée au délai fixé pour la présentation des dossiers.  Dans ce contexte, la coopération régionale peut aider à prendre en charge certains aspects de la préparation des demandes de soumission, a-t-il dit, avant de se déclarer favorable à la présentation d’une demande préliminaire.

Notant les difficultés que rencontrent certains pays pour soumettre leur demande à la Commission, le représentant de Panama a demandé que l’on prolonge les délais fixés pour ces soumissions.  Il a appuyé l’idée de permettre aux États de déposer une demande préliminaire qui serait ensuite complétée. 

 La représentante des États-Unis a estimé que la question des délais était la plus importante qui soit examinée par la Réunion cette semaine, et elle a insisté sur l’importance de parvenir à un consensus pour la régler.  Elle a partagé l’avis des délégations qui ont rappelé qu’un État côtier ne perd pas son droit inhérent au plateau continental, même s’il ne fait pas de présentation à la Commission. 

 

RÉPARTITION DES SIÈGES À LA COMMISSION ET AU TRIBUNAL

 

Déclarations

 

Le représentant de l’Espagne, qui s’exprimait au nom du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, a rappelé qu’en mars dernier, son groupe avait adressé des questions concernant la proposition mise en avant par le Groupe des États asiatiques et le Groupe des États africains.  Il a affirmé qu’il fallait travailler sur la base du principe du consensus entre les États parties.  Il a demandé si ces Groupes considéraient qu’il y avait des problèmes dans le travail effectué par la Commission et par le Tribunal.  En quoi cette proposition répondrait-elle mieux aux exigences, à la lettre et à l’esprit de la Convention? a-t-il demandé.  Il a estimé que la Convention « ne préconisait pas une stricte proportionnalité mathématique » en ce qui concerne la répartition des sièges.  Il a constaté que la proposition du Groupe africain et du Groupe asiatique donnerait respectivement 11 sièges pour ces deux Groupes et 10 pour les groupes restants.  Il a donc estimé que cette proposition se faisait au détriment des autres groupes régionaux.  Enfin, il a souhaité que cette discussion se poursuive dans le cas de consultations officieuses. 

La représentante de l’Égypte, qui prenait la parole au nom du Groupe des États africains, a rappelé que le Groupe des États d’Europe occidentale et autres États et celui des États d’Europe de l’Est avaient respectivement quatre et trois sièges alors qu’ils représentaient 22 États parties.  Elle a expliqué que la proposition visait à respecter une répartition géographique équitable, avec un minimum de trois sièges pour chaque groupe régional.  Affirmant que le Groupe africain était engagé à travailler sur la base du consensus, elle a rappelé qu’il avait déjà fait un compromis l’année dernière en reportant l’examen de cette question.  Toutefois, le Groupe africain estime qu’une décision doit être prise au cours de cette dix-huitième Réunion des États parties, a-t-elle ajouté, en précisant que l’arrangement conclu serait temporaire. 

La représentante des Philippines, parlant au nom du Groupe des États asiatiques, a indiqué que la présentation de cette proposition n’était pas en elle-même une critique des travaux menés par les deux organes concernés.  Elle a mis en avant l’augmentation du nombre des États parties à la Convention provenant des Groupes Afrique et Asie.  Cela veut dire qu’il faut une nouvelle répartition des sièges pour garantir une distribution géographique équitable au Tribunal et à la Commission, a-t-elle fait valoir.  Elle a espéré que la Réunion parviendrait à un consensus sur cette question, tout en notant que la répartition des sièges devait faire l’objet d’un examen constant.  Elle a dit que le Groupe Asie était prêt à écouter les autres suggestions mais a souligné que l’élément du consensus ne devait pas être utilisé pour ne pas prendre de décision sur ce point. 

 La représentante des Bahamas, qui s’exprimait au nom du Groupe des États d’Amérique latine et des Caraïbes, a souligné que le principe de la répartition et de la distribution équitables des sièges devait prévaloir.  Elle a émis l’espoir que cette question serait réglée par consensus.

 Le représentant de l’Arménie, intervenant au nom du Groupe des États de l’Europe de l’Est, a indiqué que cette question devait être réglée sur la base du consensus et de la transparence.  Il a estimé que toutes les possibilités de règlement n’avaient pas été épuisées et qu’il fallait réfléchir à d’autres solutions en consultations officieuses.

 

 

Exxon Valdez: arrêt de la Cour suprême américaine et la « portée » des dommages punitifs

Danilo COMBA

 

 

Arrêt:

EXXON SHIPPING CO. ET AL. v. BAKER ET AL.

 

 

 

 

L’Affaire Exxon Valdez (Sentinelle) constitue un différend symbolique, à la fois à l’échelle nationale et dans une perspective comparatiste, montrant les évolutions et les difficultés présentes dans les disciplines de protection de l’environnement, en l’espèce de la mer et ses écosystèmes. De plus, s’agissant d’une affaire relevant d’un pays de Common Law, l’analyse de l’arrêt de la Cour suprême peut toucher d’autres éléments d’intérêt certain, comme celui de la règle du précédent. Sans rapport, direct du moins, avec le droit international, l'Arrêt peut difficilement être ignoré par les spécialistes de cette discipline en raison de son impact mondial dans une affaire symbolique.

En effet son analyse nous montre également les rapports entre les juridictions nationales et fédérales, la possibilité pour les juges de créer et non seulement de dire le droit ou encore le rapport entre les lois fédérales et les grands principes de Common Law.

En somme la catastrophe environnementale de 1989, au sujet de laquelle de nombreux différends ont vu le jour, est un sujet majeur depuis 20 années. La société en cause a déboursé près de 3,4 milliards de dollars pour nettoyer les sites pollués, répondre à des procédures à l’aimable ou judiciaires (criminelles, civiles et pour dommage écologique), ou encore pour indemniser plus de 32.000 pêcheurs et professionnels de la mer.

L’intérêt de cette affaire et de la décision qui vient d’être donnée, suite à l’action civile des professionnels de la mer, concerne le montant total des dommages compensatoires ( « lost income and similar economic harm to commercial fishermen and other private parties »), mais surtout sur la place (dans l’AN et le Quantum) desdits « punitifs damages » : ces derniers ont été établis par le système étasunien afin de renforcer, par la dissuasion économique, le principe de prévention (montrant que le non-respect des normes comporte des sanctions effectives).

Rappel de Sentinelle :

Ainsi, selon les règles prévues pour demander et établir la « Jurisdiction on writ of certiorari » (voir en particulier  la « Rule 14 »),  la Société Exxon pose à la Cour les questions suivantes:

1. May punitive damages be imposed under maritime law against a shipowner (as the Ninth Circuit held, contrary to decisions of the First, Fifth, Sixth, and Seventh Circuits) for the conduct of a ship’s master at sea, absent a finding that the owner directed, countenanced, or participated in that conduct, and even when the conduct was contrary to policies established and enforced by the owner?

2. When Congress has specified the criminal and civil penalties for maritime conduct in a controlling statute, here the Clean Water Act, but has not provided for punitive damages, may judge-made federal maritime law (as the Ninth Circuit held, contrary to decisions of the First, Second, Fifth, and Sixth Circuits) expand the penalties Congress provided by adding a punitive damages remedy?

3. Is this $2.5 billion punitive damages award, which is larger than the total of all punitive damages awards affirmed by all federal appellate courts in our history, within the limits allowed by (1) federal maritime law or (2) if maritime law could permit such an award, constitutional due process?

 Les Juges de la Cour Suprême ont accepté de se saisir dans les limites des questions « 1, 2, AND 3(1) PRESENTED BY THE PETITION ». 07-219 EXXON SHIPPING CO. V. BAKER

 

Le présent arrêt apporte les réponses suivantes :

1.             Les deux parties se sont opposées sur la jurisprudence faisant « précédent » dans l’affaire en l’espèce. La Cour s’est nettement divisée sur cette question (4/4) ; ainsi, ne pouvant pas trancher la question si les dommages punitifs sont applicable à la charge du propriétaire du navire en conséquence du comportement fautif du capitaine, elle a dis (page 14 de l’arrêt): “The Court is equally divided on this question, and “[i]f the judges are divided, the reversal cannot be had, for noorder can be made.” Durant v. Essex Co., 7 Wall. 107, 112 (1869). We therefore leave the Ninth Circuit’s opinion undisturbed in this respect, though it should go without saying that the disposition here is not precedential on the derivative liability question”.

2.                  La deuxième question était de déterminer si une Cour fédérale pouvait prévoir des dommages punitifs additionnels alors que le « Clean Air Act » ne disciplinerait (selon la position de la société, voir en particulier le § 1321 de la Loi) que les sanctions civiles et pénales applicables. La question concerne également les moyens pouvant etre soulevés par l’acteur devant la Cour Suprême :

It is true that “[o]nce a federal claim is properly presented, a party can make any argument insupport of that claim; parties are not limited to the precise arguments they made below.” (…) “But this principle stops well short of legitimizing Exxon’s untimely motion”. “(…) As to the merits, we agree with the Ninth Circuit thatExxon’s late-raised CWA claim should fail”.

En outre, selon une lecture systématique, “In order to abrogate a Common-Law principle”, (l’application de dommages punitifs dans le domaine des activités liés à la mer), “the statute must speak directly to the question addressed by the common law”. Ce que ne peut véritablement pas être affirmé.

3.      Ainsi l’objet principal de cet arrêt a été la question du montant (le Quantum), le calcul et les paramètres juridiques pour sa détermination.

Selon la majorité des juges (5 c. 3), le montant prévu par la Cour d’Appel (2,5 milliards de dollars) à titre de dommages compensatoires et punitifs est excessif.

A titre de rappel, la Cour d’Appel avait estimé que l’Exxon avait eu un « comportement irresponsable, en plaçant un alcoolique aux commandes d'un supertanker chargé de millions de barils de pétrole pour naviguer dans les eaux de la Baie du Prince William » ; cette grave négligence conduisait à des sanctions (punitives) sévères» (voir Sentinelle).

La Cour ne retient pas cette analyse, en particulier dans l’expression économique des sanctions punitives; selon la majorité des juges l’obstacle principal à la sévérité des juges de 1ère et 2ème instance est de les tempérer avec les exigences de prévisibilité des sanctions et de « due process ».

Le balancement des différentes coordonnées juridiques (sanctionner mais dans la garantie d’un procès équitable et « prévisible ») doit par ailleurs être analysé à la lumière de l’évolution du concept de dommages punitifs (dans la jurisprudence et dans les applications étatiques), de la jurisprudence relative aux différents types de responsabilité et enfin établi selon les spécificités du secteur maritime. Par cela la Cour retienne que dans son rôle de dernière instance elle doit participer à une meilleure définition des paramètres des « dommages punitifs ».

“Many States have gone further by imposing statutory limits on punitive awards, in the form of absolute monetary caps, a maximum ratio of punitive to compensatory damages, or, frequently, some combination of the two. The States that rely on a multiplier have adopted a variety of ratios, ranging from 5:1 to 1:1”.

“The real problem, it seems, is the stark unpredictability of punitive awards. Courts of law are concerned with fairness as consistency, and evidence that the median ratio of punitive to compensatory awards falls within a reasonable zone, or that punitive awards are infrequent, fails to tell us whether the spread between high and low individual awards is acceptable. The available data sug­gest it is not”.

“Our review of punitive damages today, then, considers not their intersection with the Constitution, but the desir­ability of regulating them as a common law remedy for which responsibility lies with this Court as a source of judge-made law in the absence of statute”.

“This is why our better judgment is that eliminating unpredictable outlying punitive awards by more rigorous standards than the constitutional limit will probably have to take the form adopted in those States that have looked to the criminal -law pattern of quantified limits”.

“Traditionally, courts have accepted primary responsibility for reviewing punitive damages and thus for their evolution, and if, in the absence of legislation, judicially derived standards leave the door open to outlier punitive-damages awards, it is hard to see how the judiciary can wash its hands of a problem it created, simply by calling quantified standards legislative”.

“On these assump­tions, a median ratio of punitive to compensatory damages of about 0.65:1 probably marks the line near which cases like this one largely should be grouped. Accordingly, given the need to protect against the possibility (and the disrup­tive cost to the legal system) of awards that are unpredict­able and unnecessary, either for deterrence or for meas­ured retribution, we consider that a 1:1 ratio, which is above the median award, is a fair upper limit in such maritime cases”.

La Cour ainsi “Applying this standard to the present case, we take forgranted the District Court’s calculation of the total rele­vant compensatory damages at $507.5 million. A punitive-to-compensatory ratio of 1:1 thus yields maximum punitive damages in that amount. We therefore vacate the judgment and remand the case for the Court of Appeals to remit the punitive damages award accordingly.

Trois juges se sont éloignés de la position expresse aux 4 et 5 e points de l’arrêt : selon le juge Stevens le pouvoir discrétionnaire du juge (et la construction de ses limites) est le paramètre à préférer pour définir cette affaire. Selon le juge Stevens « In light of Exxon’s decision to permit a lapsed alcoholic to command a supertanker carrying tens of millions of gal­lons of crude oil through the treacherous waters of Prince William Sound, thereby endangering all of the individuals who depended upon the sound for their livelihoods, the jury could reasonably have given expression to its “moral condemnation” of Exxon’s conduct in the form of this award” (page 55/61).

Selon une organisation étasunienne l’Exxon est responsable de l'un des plus grands désastres écologiques et « The punitive damages in the case should reflect that fact as well as the size and scope of the responsible corporation ».

La minorité remarque en outre que, “the new law made by the Court (la définition de paramètres plus précis, c’est-à-dire le rapport 1:1) should have been left to Congress”.

 

 

 

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Transformation des eaux chiliennes en sanctuaire baleinier: une pérennisation nationale du moratoire international de 1986 sur la chasse à la baleine

Michel Djimgou Djomeni

 

 

 

 

 

Le 23 juin 2008, la 60ème Session annuelle de la Commission Baleinière Internationale (CBI) s’est ouverte à Santiago du Chili. Comme à l’accoutumée, les parties auront à plancher sur un certain nombre de thématiques dont beaucoup constituent des pommes de discorde contribuant à diviser la Commission entre partisans et adversaires de la chasse à la baleine. Dans cette atmosphère de dissensions potentielles et réelles, un acte insusceptible de provoquer  une levée de bouclier est la décision inédite prise par la Présidence chilienne, de transformer l'espace marin de son pays en véritable sanctuaire baleinier, décision dont le contexte particulier en magnifie la portée.

Le contexte de la décision

La décision de transformation des eaux chiliennes en sanctuaire baleinier est prise au moment où la CBI traverse une crise institutionnelle sans précédent, et dont les signes précurseurs avaient été perçus dès la réunion de St. Kitts et Nevis en juin 2006. Au cours de cette session, les clivages entre chasseurs et abolitionnistes s’étaient accusés. Deux ans plus tard, ces clivages demeurent, et c’est dans ce contexte qu’est intervenu l’annonce présidentielle.

Le 23 juin 2008 en effet, jour de l’ouverture de la 60ème Session annuelle de la CBI, la Présidente chilienne, Michelle Bachelet, a annoncé l’interdiction totale et définitive de la chasse à la baleine dans les eaux relevant de la juridiction de son pays. Matérialisée par un Décret signé le 23 juin 2008, cette décision est la toute première d’une série d’actes qui concrétiseront la « sanctuarisation » des eaux chiliennes. Un projet de loi déjà conçu à cette fin, sera soumis au Parlement dans les prochaines semaines pour adoption.

Derrière cette décision, il faut voir l’effet de facteurs internes surdéterminants. La société civile chilienne a été à la pointe du plaidoyer pour la création de ce sanctuaire. Des ONG actives dans le domaine de la protection de l’environnement en général et de la conservation des grands cétacés en particulier ont été pour beaucoup à cet égard. Au nombre de celles-ci, le Centre de conservation des cétacés (CCC) et la Confédération nationale des artisans pêcheurs chiliens (CONAPACH) ont été d'une contribution déterminante. En octobre 2007, ces organisations avaient lancé (sous le slogan «Chili 2008: Sanctuaire baleinier » en espagnol, “Chile 2008: Santuario de Ballenas”) une campagne pour l’interdiction définitive de la chasse à la baleine dans les eaux chiliennes, campagne qui, avec le soutien de la Marine et du Sénat chiliens avait abouti à une sorte de pétition adressée à la Présidence chilienne dans ce sens.  Il convient de noter que la décision de la Présidente de la République est également fondée sur un soutien populaire évident. Des sondages d’opinion effectués quelques mois avant la tenue de la 60ème  Session annuelle de la CBI avait révélé que 97% des chiliens étaient favorables à la transformation des espaces marins de leur pays en sanctuaires baleiniers.

La portée de la décision

La portée d’une telle décision est double. Elle est importante tant du point de vue de la conservation que du droit international de la protection des grands cétacés.

Sur le plan de la conservation, la « sanctuarisation » des eaux chiliennes renforce la protection des baleines dans la mesure où il est établi qu’environ 50% de ces grands cétacés viennent dans les eaux chiliennes, soit pour s’y reproduire, soit pour y franchir une étape de leur longue migration. Qui plus est, les côtes chiliennes comptant parmi les plus longues au monde, les aux ainsi sanctuarisées couvriront un grand espace géographique soustrait au harpon des baleiniers.

Sur le plan juridique, on peut dire que le droit international de la conservation des grands cétacés sort renforcé de cette posture chilienne. En réalité, c’est le camp des abolitionnistes qui gagne ainsi sur le plan symbolique. En sanctuarisant ses eaux, le Chili fait montre d’une application plus rigoureuse et pérenne du moratoire de 1986, et il est à espérer que cette « sanctuarisation » fasse tâche d’huile.

Sans se contenter de sanctuariser les eaux de son pays, la Présidente Michelle Bachelet a, dans son discours prononcé le 23 juin 2008 dans l'ancienne station baleinière de Quintay transformée en musée, déclaré qu’au cours de la prochaine réunion de la CBI, le Chili s’opposera à toute proposition visant à autoriser la capture et la mise à mort de grands cétacés pour des raisons scientifiques, une allusion à peine voilée aux programmes de pêche scientifique menés par le Japon, la Norvège et l'Islande.

Cette décision qui a été saluée par les organisations non gouvernementales oeuvrant dans le domaine de la protection de l'environnent, à l'instar de Greenpeace et le International Fund for Animal Welfare (IFAW), s’inscrit dans la logique d'une tradition chilienne de « conservatiste » des ressources halieutiques. Déjà au courant des années 70, le Chili s’était abstenu de chasser la baleine, ce en vertu d'un moratoire qu'il s'était imposé et qui devait expirer en 2005. Dans le même ordre d’idées, on se souvient que le Chili a pendant longtemps promu le concept de « mer présentielle » pour soutenir sa prétention à exercer un droit de surveillance sur les activités de pêche se déroulant dans les régions adjacentes à sa zone économique exclusive.

 

 

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Mauritanie : adoption du projet de loi relatif à la délimitation de la frontière maritime avec le Cap-Vert

Tidiani COUMA

 

 

 

 

Le 12 juin 2008, le Sénat  mauritanien a adopté un projet de loi autorisant la ratification de l’Accord de délimitation maritime avec le Cap-Vert (v. communiqué ). Cet accord avait été examiné et approuvé  par le gouvernement, Conseil des Ministres, le 23 avril 2008 (v. Sentinelle du 27 avril 2008). Rappelons que le présent accord a été signé à Praia, la capitale du Cap-Vert, le 19 septembre 2003  . Il fait une application simple de l’équidistance pour fixer la limite maritime unique du plateau continental et de la zone économique exclusive. La ligne de base archipélagique a été retenue pour le Cap Vert.

 

Le Sénat mauritanien adopte un projet de loi sur la délimitation de la frontière maritime entre la Mauritanie et le Cap Vert

Nouakchott, 12 juin (AMI)- Le Sénat a adopté, jeudi, au cours d'une plénière tenue à Nouakchott sous la présidence de M. Ba Mamadou dit M'Baré, à la majorité de ses membres, la convention portant sur la délimitation de la frontière maritime entre la Mauritanie et le Cap Vert, signée le 19 septembre 2003.

Prenant la parole à cette occasion, M. Kane Moustapha, ministre du pétrole et des mines, ministre des affaires étrangères et de la coopération par intérim a présenté aux sénateurs les explications nécessaires sur ledit projet de loi.

Le ministre a affirmé, dans ce cadre, "que les gouvernements des deux pays, s'attachant à l'esprit d'amitié et de coopération et désirant développer et renforcer leurs relations de bon voisinage ont décidé amicalement et par le biais de la concertation de délimiter les frontières maritimes communes" séparant "la zone économique exclusive et le bassin côtier des deux pays". M. Kane Moustapha a ajouté que les deux pays " se sont basés, dans le tracé de leur frontière maritime commune sur la carte américaine à dimension 1/1000000 établie et diffusée par le centre aérien de l'agence de défense".

Le ministre a précisé que la convention des nations unies sur les mers attribue à chaque pays côtier une zone économique exclusive de 200 miles marins, à partir du bassin côtier du pays en question, soulignant que la disposition citée dans cette convention ne peut pas s'appliquer sur l'espace maritime qui sépare la Mauritanie et le Cap Vert, ce qui a amené les deux pays à partager leur espace maritime commun, à raison de 170 miles marins pour chacun d'eux.

Certains sénateurs ont demandé à hâter la délimitation des frontières de la Mauritanie avec tous les pays limitrophes, à renforcer les moyens de contrôle sur les eaux territoriales du pays et à préserver l'environnement marin.

 

 

 

 

UE / ouverture des négociations pour une Communauté de transport avec les Balkans occidentaux d’ici 2009

Florina COSTICA

 

 

 

 

 

Le 24 juin 2008, la Commission a ouvert les négociations sur la création d’une Communauté de transport avec les Etats des Balkans occidentaux. Après le traité pour la Communauté de l’énergie, un traité instituant la Communauté de transports sera conclu à l’horizon 2009, avec l’objectif déclaré de créer un marché intégré des infrastructures et des transports (terrestres, par voies navigables et maritimes). De même, le traité visera aussi à harmoniser la législation applicable dans la région des Balkans avec l'acquis communautaire, mais aussi les règles relatives à la sécurité, à la protection de l’environnement et aux services.

Les négociations sur les questions techniques débuteront à l’automne 2008.

 

 

 

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