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HERVÉ CASSAN
(1947-2021)
Docteur de l’Université de Montpellier, Hervé Cassan a construit sa carrière académique en passant par Rabat, Fès, Lille, Paris V puis, après ses expériences au sein de l’ONU et de l’OIF, l’Université de Sherbrooke de 2010 jusqu’à son décès. Il a créé puis dirigé la revue « Trimestre du Monde ».
« Au-delà du caractère « singulier » de [s]a carrière (…), il y a une permanence (…) : l’intérêt [qu’il a] porté très tôt à l’analyse de la négociation internationale » (Entretien avec Hervé Cassan). Ce thème de recherche l’a conduit de l’université vers les Nations Unies.
Un spécialiste de la négociation internationale
Sa thèse de doctorat portant sur « Les garanties d’exécution des obligations en droit international public », Hervé Cassan a été amené à réfléchir aux modes alternatifs de règlements des différends. Son premier article, paru à l’Annuaire français de droit international, est consacré au consensus dans la pratique des Nations Unies. Il n’aura de cesse par la suite de s’intéresser aux thèmes de la médiation et de la négociation, de manière universitaire ou au sein d’institutions internationales.
En 2010, il crée, au sein de l’Université de Sherbrooke, le Groupe pour la prévention et le règlement des Différends (G-PRD). Il développe alors, sur la base de ses expériences au sein d’institutions internationales, une approche de la négociation « par item », défendant une approche « antidogmatique » et « non conceptuelle » de la négociation (Entretien avec Hervé Cassan). Les items constituent « l’ensemble des mots utiles au négociateur pour penser sa négociation » (Traité pratique de négociation). Il classe ces items selon « l’approche du triple P », qu’il avait eu l’occasion de développer au sein du comité Goulding, alors qu’il était conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU : personnes, processus, problèmes. Il retranscrira cette méthode dans son ouvrage Traité pratique de négociation.
Un partisan du droit international du développement
A son arrivée à l’Université Paris Descartes en 1985, Guy Feuer lui propose de « [s]’associer à lui pour écrire un Précis Dalloz de Droit international de développement », ce qui « reste[ra], au-delà des années, une de [s]es belles aventures intellectuelles » (Droit international du développement, 2019). Il participera ainsi à la rédaction de la seconde édition (1991) avec le Professeur Feuer.
Il reprendra ensuite le flambeau en 2019, pour une « refonte (…) à la lumière des profonds bouleversements qui ont affecté la matière » (Droit international du développement, 2019). La structure des précédentes éditions (Les institutions du développement / l’action pour le développement) est cependant maintenue, ce qui témoigne de la pertinence du concept, « malgré la réticence et les interrogations qu’il suscite dans certains milieux » (Droit international du développement, 2019).
Il associe ces deux thématiques de recherche en dirigeant un ouvrage Contrats internationaux et pays en développement et différentes thèses à ce sujet.
Un praticien au sein de l’ONU
Secrétaire général de l’Association française pour les Nations Unies, il a été conseiller politique de Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire général des Nations Unies, de 1993 à 1996 puis son conseiller spécial lorsque ce dernier est devenu Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (1998-2002). Il a également été brièvement membre du cabinet de Kofi Annan, ayant succédé à Boutros-Ghali au secrétariat général de l’ONU (1996-1998) et enfin ambassadeur, représentant permanent de l’OIF auprès de l’ONU de 2003 à 2008.
En tant que conseiller de Boutros-Ghali, il a contribué à mettre en œuvre l’Agenda pour la Paix, et a pu constater la montée en puissance à la fois du Conseil de sécurité, devenu « un centre d’impulsion essentiel des grandes négociations politiques multilatérales » (Entretien avec Hervé Cassan), et de la fonction de secrétaire général des Nations Unies, par la nomination de représentants spéciaux et la création du département des affaires publiques. Il assiste également à la transformation institutionnelle de l’OIF, qui passe, avec la création du secrétariat général, d’une « agence culturelle et technique à une véritable organisation internationale ». En tant qu’ambassadeur auprès des Nations Unies, il développe encore des enceintes de négociation permettant de défendre des positions communes et de « prénégocier les positions respectives des différents Etats membres de l’OIF dans les grandes négociations en cours à l’ONU » (Entretien avec Hervé Cassan).
Il fournit, dans ses entretiens, une analyse fine de l’intérêt et des limites de la négociation au sein des Nations Unies et plus particulièrement sous l’égide du Secrétaire général : demandée par les pays en développement, elle est accaparée par les grandes puissances réunies au Conseil de sécurité. Cassan consacrera par la suite plusieurs articles à la diplomatie multilatérale, notamment au Conseil de sécurité et à ses relations avec le Secrétaire général.
Marie GUIMEZANES
Maîtresse de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale
Sources : « Entretien avec Hervé Cassan », Propos recueillis par A. Colson, Négociations, 2016, 26(2), pp. 121-136 ; Droit international du développement, Paris, Pedone, 2019, Préface (PJ) ; A. Pellet, Préface, Le droit international du développement, évolution ou révolution ?, Pedone, 2024 ; « La vie quotidienne à l’ONU au temps de Boutros Boutros-Ghali (extraits) », Mélanges H. Thierry, Paris, Pedone, 1997
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Ouvrages
Les garanties d’exécution des obligations en droit international public, Thèse, Montpellier, 1974, 375 p.
Traité pratique de négociation (avec Marie-Pierre de Bailliencourt), Larcier, 2019, 376 p.
Droit international du Développement (avec Guy Feuer), 2e édition, Paris, Dalloz, 1991, 613 p.
Droit international du développement (avec Pierre-François Mercure et Mohammed Abdou Bekhechi), Paris, Éditions A. Pedone, 2019, 658 p.
Direction d’ouvrages
Contrats internationaux et pays en développement, Paris, Economica, 1990, 284 p.
Articles
« Humanité et développement : quelques remarques prospectives », in M. Flory, A. Mahiou, J.R. Henry (dir.), La formation des normes en droit international du développement, Paris/Alger, Éditions du CNRS, 1984, pp. 197-201
« Le Secrétaire général et le Conseil de sécurité : un couple tumultueux », in SFDI, Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, Colloque de Rennes, Paris, Pedone, 1994, pp. 260-272 (article mis en ligne avec l’aimable autorisation des Editions A. Pedone)
« La vie quotidienne à l’ONU au temps de Boutros Boutros-Ghali (suite) », in L’évolution du droit international. Mélanges offerts à H. Thierry, Paris, Pedone, 1997, pp. 73-92 (article mis en ligne avec l’aimable autorisation des Editions A. Pedone) (PJ)
« La vie quotidienne à l’ONU au temps de Boutros Boutros-Ghali », in Boutros Boutros-Ghali Amicorum discipulorumque liber : paix, développement, démocratie, Bruxelles, Bruylant, 1998, pp. 305-325
« L’avenir du Conseil de sécurité : une question de méthode », Annuaire français de relations internationales, 2000, pp. 805-816
Commentaire des articles 11 § 2 et 3 ; 15 § 1; 24 § 3, in J.-P. Cot, A. Pellet et M. Forteau (dir.), La Charte des Nations Unies : commentaire article par article, Paris, Economica, 3e édition, 2005, pp. 661-677 ; pp. 753-761 ; pp. 905-909 (articles mis en ligne avec l’aimable autorisation des Editions Economica)
« La diplomatie multilatérale de la paix : plaidoyer pour un code de procédure », in Conflits, sécurité et coopération : liber amicorum Victor Yves Ghebali, Bruxelles, Bruylant, 2007, p. 105-123
Hommage
P.-F. Mercure (dir.), Le droit international du développement, évolution ou révolution ? Hommage au professeur Hervé Cassan (1947-2021), colloque des 26 et 27 mai 2022, Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke ; préface d’Alain Pellet
Mise en ligne: septembre 2026